CHAPITRE XXI. — JUILLET
et que tous les récits qui en ont jusqu'à présent parlé sont bien modestes. Au surplus, je l'attends à la cérémonie de demain; elle sera en grande toilette de cour, et je verrai bien comment le soleil du Brésil Ta décidément traitée.
A bientôt donc, d'autres détails. Pour le caractère on la dit vive, aimable, joyeuse, franche et bavarde. Elle n'a pas cessé de causer et quelquefois à voix haute avec le roi, Mme d'Hulst et même M. de Chabannes, qui était à côté de Mme d'Hulst Le roi nous a tous nommés à elle pendant le dîner, et quand mon tour est venu, je ne savais quelle contenance garder. Elle paraît fort éprise de son royal époux, qui est revenu très fatigué d'une maladie de foie, qu'il a gagnée sur les côtes de Guinée et dont son pauvre valet de chambre est mort au Brésil. Après dîner, la princesse est venue s'asseoir à côté de la reine à cette formidable table ronde; mais elle n'y est restée que le temps de reconnaître la place; le prince lui a fait un signe, elle s'est comme envolée, et on ne l'avait pas revue au moment où je suis parti. Envolée est le mot; elle ressemble à un de ces beaux oiseaux d'Amérique, qui se sentent si dépaysés dans nos climats, et qui semblent y chercher leur terre et leur soleil. Elle en a la vivacité, l'éclat, la mobilité; tour à tour grave jusqu'à la mélancolie, et puis sa physionomie s'illuminant tout à coup, sa bouche Couvrant, montrant ses grandes belles dents, et un rire olympien épanouissant tout son être. Teille elle est, tçlle je la peins (1).
(1) Cuvillier-Fleury a consacré un article à cette princesse dans le Journal des Débats du 1" août 1843.
Mardi 8 et mercredi 9 août 1843, *■ Montlignon.
Le prince commandera Constantine, puis l'année prochaine, il sera gouverneur général. Ses projets : Lamoricière à Oran ; Bedeau, chef d'état-major général.
Accident arrivé à la famille royale. Je vais sur le lieu. Personne n'eût échappé. Vingt-cinq pieds de profondeur entre deux murs, trois pieds d'eau bouillonnante, un pied de vase; un char à bancs par-dessus. La reine avait voulu mettre pied à terre. Le roi s'y était refusé. Le piqueur avait dit : cOn peut passer. 1 Après l'accident, le roi s'écrie : c Amélie, je te demande pardon à deux genoux.! Guizot était à Paris avec Duchâtel. Soult à Saint-Amand. Jacqueminot aux eaux. Le duc de Nemours en Bretagne. Le duc de Montpensier aux Pyrénées. Toute la famille, moins ces deux princes, le comte d'Eu et Madame Adélaïde, périssait Le duc d'Aumale me dit : cje n'ai jamais vu la mort de plus près.i Intrépidité du roi : cje me serais sauvé, dit-il !• Messe d'action de grâces (1).
(1) Cet accident arriva pendant un séjour de la famille royale à Eu.