CHAPITRE XXIII. — FÉVRIER
Vendredi 2.
Démission de Salvandy confirmée.
On a mis Salvandy en demeure de retourner immédiatement à son poste. Il s'y est refusé.
Samedi 3.
Vicissitudes de la démission de Salvandy. Vendredi, le roi le reçoit et le calme. Salvandy demande que le ministïre fasse savoir qu'à la suite d'un nouvel entretien avec le roi, sa démission a été retirée. Guizot, qu'il voit après l'audience royale, veut le faire partir pour Turin dans la quinzaine. Il refuse. Il est remplacé. Avant l'audience, Dumon et Villemain avaient été détachés auprès de lui pour le fléchir.
Mercredi 7.
Election à l'Académie. Saint-Marc-Girardin, nommé au premier tour par 18 sur 34, en remplacement de M. Campenon. Salvandy manquait. Concurrents : Alfred de Vigny, 7; E. Deschamps, 8; Vatout, 1. — Fauteuil de C. Delavigne :( Votants, 35; majorité, 18 (absents : Pasquier et Sainte-Aulaire). Au septième tour de scrutin, Sainte-Beuve, 16; Vatout, 16; Alfred de Vigny, 3. — Renvoyé à un mois.
Proposition de Rémusat sur les incompatibilités. Les ambassadeurs sont exceptés.
Samedi 10.
Le Fou aux Tuileries. Vêtu cTun uniforme de capitaine d'état-major, sans épée, avec le parapluie, entre dans le salon de Louis XIV pour présenter une lettre au roi. Gourgaud l'arrête : c J'ai là trois boulettes empoisonnées, je les avale si je ne réussis pas à parler au roi.» On voit qu'il est fou. On le fait descendre au salon de service. II y reste trois heures sans démarrer. On le fait sortir enfin en le provoquant, et en lui disant : c Sortons, monsieur, et allons chercher nos témoins ! » Il demande alors à être conduit chez sa sœur, quai Voltaire, 8. C'est là qu'habite le général de B***. On apprend de lui que le fou a servi dans son régiment, qu'il y est devenu amoureux de sa femme, qu'il en a perdu la tête; et, à la suite de cette révélation, quatre agents apostés se jettent sur lui et le conduisent à Charenton.
Dimanche n.
«Voilà bien du bruit pour un petit ouragan (petit tour à Gand),» disait Sauzet après la séance du 26.
Je passe toute ma journée chez moi. Dîné au château. On s'y entretient beaucoup du départ du duc de Montpensier pour l'Afrique, diversement interprété. La reine recommande à Thiery (1), en cas de malheur, de faire donner Yextrime-onction à son fils.
(1) Thiery, lieutenant-colonel d'artillerie, était le secrétaire des commandements du duc de Montpensier.