‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 197 sur 271 · CHAPITRE XXIII. — FÉVRIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII. — FÉVRIER

Mardi 13.

Ce qu'on raconte des obsèques pompeuses de la fille de Mario et de Grisi. Un char attelé de quatre chevaux, la Madeleine tendue de soie blanche, une file de voitures de deuil.

Mardi 20.

Taïti. Silence du ministère sur la prise de possession de Taïti (1).

Vendredi 23.

Colère du Morning Post et du Morning Chronicle, relativement à la prise de possession de Taïti.

Dimanche 25.

Moniteur du 26. Déclaration du gouvernement sur l'affaire de Taïti. Le Times du 23 dit sur le même sujet : «Les vainqueurs de Marengo ne doivent pas attacher d'importance à la conquête de Taïti ! »

(1) La nouvelle de cette prise de possession par l'amiral Dupetit-Thouars, au mois de novembre 1843, était arrivée en France vers le milieu de février.

Lundi 26.

Dîner au château. Le roi à Eu. Liadières (1) lit sa pièce. Impression produite sur la reine, la princesse Adélaïde, la duchesse d'Orléans, la princesse Clémentine, la duchesse de Nemours. Comment accueillies les tirades d'allusion à la politique, aux travers et aux ridicules du jour? La scène du chef de police ne réussit pas, surtout au moment de l'allusion légitimiste et de la duchesse qui « jusqaes au matin passe au gouvernement 1. Après la lecture, le duc de Nemours félicite M. Liadières, non seulement comme c poète dramatique, mais comme bon citoyen 1. On s accordait à dire que la pièce était faible d'action, et étrange d'invention dans les trois premiers actes, mais soutenue par la vivacité de la satire politique, très remarquablement intriguée et d'un haut intérêt dans les deux derniers. On blâmait généralement le rôle de l'Egérie politique, la femme reniée du député de l'opposition.

Suite de l'affaire de Taïti. Violence de la Presse. La démocratie pacifique pousse surtout jusqu'à l'excès sa fureur belliqueuse.

(1) Liadières (1 793-1 858), officier d'ordonnance du roi, député d'Orthez de 1834 à 1848, conservateur obstiné, représentait à la Chambre le parti de la cour : c'est surtout après la révolution de Février qu'il fit du théâtre. La pièce qu'il lut au château d?£u fut représentée au Théâtre-Français en 1844, puis interdite par la censure ; elle avait pour titre : les Bâtons flottants.

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