‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 20 sur 271 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Le i" janvier 1833. — La prise d'Anvers ajoute à l'éclat des réceptions. — Luxe des toilettes féminines. — La monarchie s'est assise et fortifiée. — L'hôtel de Jules de La Rochefoucauld. — La fête anniversaire du duc d'Aumale. — La cour de Saint- Pétersbourg : les Français de l'ambassade se plaignent de la façon dont on les accueille. — Le faubourg Saint-Germain et la cour des Tuileries. — Soirée chez le proviseur d'Henri-IV ; mauvaise tenue des élèves à la Saint-Charlemagne. — Bal magnifique aux Tuileries. — Carrel blessé en duel ; émotion du duc d'Orléans et de sa maison. — La duchesse de Berry à Blaye : consultation médicale. — Petit bal du prince royal. — Les dames invitées pour leur beauté plus que pour leur naissance. — Le sérail de Monseigneur. — M. Lehon présente au roi les remerciements du peuple belge à l'armée française. — Causerie historique du roi. — Discussion à la Chambre sur les crédits supplémentaires. — Piteuse défense de Soult. Partialité de Dupin. — Cuvillier-Fleury rencontre au musée Mme Lehon au bras du sous-lieutenant de Morny; la peur qu'il lui fait.

Mardi Ier janvier 1833.

Nous avons commencé Tannée par une messe basse à laquelle assistait la reine et toute sa famille. Puis on s'est transporté dans le cabinet du roi, qui a reçu les compliments de ses enfants et nous a parfaitement bien accueillis. Pendant le déjeuner, qui a été commun à toute la famille, le roi a lu le bulletin de la santé de la princesse

de Vaudemont (i) qui se meurt; elle est morte ce soir à 6 heures. Après le déjeuner les réceptions ont commencé. M. Dupin a prononcé, au nom de la Chambre des députés, d'un ton rogue et d'une voix sourde, un petit discours aussi froid que la saison, auquel le roi a répondu avec effusion et chaleur d'âme. En général Sa Majesté a été très bien inspirée dans ses réponses d'aujourd'hui. Il y avait du ton et de la couleur, et je ne sais quelle satisfaction qui se communiquait à tout l'auditoire. Les députations étaient nombreuses, les discours animés et brillants; il était facile d'apercevoir dans tout cela l'effet de la prise d'Anvers et le contre-coup de ses cent mille volées de canon qui ont servi de baptême à la dynastie de Juillet Parmi les orateurs du jour, il est juste de mentionner particulièrement le chancelier Pasquier, pour la Chambre des pairs; le président Séguier (2); M. Naudet, pour l'Institut (3). Après les corps constitués, est venue la garnison de Paris précédée par la longue défilade de la garde nationale. A 4 heures, les ambassadeurs et ministres étrangers; M. d'Appony, ambassadeur d'Autriche, a prononcé d'une voix émue un discours plein de sagesse. Le soir, les dames de la diplomatie, en petit nombre, brillantes de parures. Mme Lehon se distinguait par la bizarrerie de sa tenue non moins que par la grâce minaudière et hardie de sa physionomie de bour-

(1) La princesse de Vaudemont, née de Montmorency, sœur du prince de Lambesc, tenait un salon aristocratique sous le Consulat ; elle ne se rallia jamais au régime impérial.

(2) Séguier, président de la Cour royale.

(3) Naudet (1786- 1878), membre de l'Académie des Inscriptions et des Sciences morales.

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