CHAPITRE XXV. — AOUT
t Napoléon passant à Bordeaux eut le malheur, dans un graiïd dîner, et fatigué de n'entendre parler que des vins du Médoc, de demander du chambertin... Les Bordelais sont persuadés que c'est là ce qui Ta perdu, ou tout au moins qu'un homme qui les comprenait si mal ne pouvait longtemps gouverner ni eux ni la France.
«Dans l'après-midi, je 9uis allé à Saint-Médard (i).On y arrive en une petite heures par un chemin roulant comme les Champs-Elysées entre deux haiek de jardins et de maisons de plaisance. De Saint-Médard' on traverse une petite lieue de vignobles pour se rendre au château loué pour le prince. Druard en a fait un établissement aussi commode qu'élégant On a tout remis à neuf. D'une masure on a fait un palais. Druard a fait bâtir en outre, en saillie sur la façade du nord, une salle de réception monstre, pouvant servir de salle à manger ou de bal. C'est magnifique comme proportions, d'un dessin charmant, avec dix grandes fenêtres des deux côtés. Le prince ne voulait pas donner de fêtes au camp; il y sera bien obligé, ne fût-ce que pour légitimer une pareille dépense. On- peut avoir de cinq à six cents invités au moins. Le château est situé entre le champ de manoeuvres au nord et le catop au sud, à moitié chemin des deux et dans un milieu incommode. J'ai fait seller mon cheval arabe, et je suis allé visiter l'emplacement destiné aux tentes et où quelques-unes sont déjà posées. C'est dans un terrain sablonneux Les soldats auront bien du mal et les chevaux encore plus. Il y a déjà une quantité d'établissements à
(1) Camp et village à 8 kilomètres de Bordeaux.
restaurer les estomacs et à tourner les têtes. Le Jockey- Club a sa tente et son restaurateur, à l'instar du club parisien. La population de Bordeaux fait ses huit lieues tous les jours en omnibus pour aller au camp, d'où elle n'approche guère, parce que les consignes sont absolument sévères. J'espère que le duc d'Aumale y remédiera* car il faut bien qu'il se mette en tête que le dit camp n'est qu'un joujou à l'usage des Bordelais. Autrement, il n'a pas de sens, t Adieu. •
« Bordeaux, 6 août 1845, 9 heures.
tMa bonne aimée, les princes sont arrivés hier, à une heure par une pluie battante Ils ont fait leur entrée pendant une éclaircie qui a permis à cette population impressionnable de manifester un enthousiasme indescriptible. J'écris au Journal des Débats, et je t'y renvoie II e9t neuf heures, et je vais m'habiller pour aller déjeuner et de là, suivre le prince à Belfort et au camp.
« Bordeaux, 7 août.
t Je ne t'écrirai encore que quelques lignes aujourd'hui. Demain nous allons à Saint-Médard, ou pour mieux dire à Belfort, nous y établir. J'aurai le temps de t'entietenir.
tLa journée d'hier a été consacrée à des visites philanthropiques par le duc et la duchesse, et à une promenade militaire au camp par le duc d'Aumale que j'ai accompagné au château de Belfort. Il a été ravi de son établisse-