CHAPITRE XXV. — AOUT
ment, et tous ces messieurs sont ravisdti leur. Le pays qu'on avait dit un désert est un lieu charmant et très habité. Le cainp, df ai Heurs, jette un mouvement prodigieux dans ce voisinage Le soir, il y a eu grand spectacle. La duchesse était fort belle Enthousiasme immense. Je n'ai rien vu de pareil. Ces Bordelais raffolent de nos princes; ce n'est pas du zèle, c'est de l'amour. Le duc d'Aumale ne passe pas, sans que toutes les femmes jeunes et vieilles nie le saluent du geste, des yeux et du mouchoir, et, dans le nombre des amantes passionnées de notre jeune prince^ il en est de fort jolies. Le sang est superbe. La race domine € Adieu, ma chérie 1
« Château de Belfort, dimanche 10 août.
€ J'apprends à l'instant que la duchesse de Saxe-Co bourg est accouchée d'un garçon, autrement dit un prince (1); mais on est bien peu prince ce jour-là. A propos de cela, le duc d'Aumale nous racontait que le roi disait un jour plaisamment : cLa portée des d'Orléans cest de trois jours par an.» Courage! la race n'est pas menacée de périr.
c Je ne suis pas allé au bal hier soir; j'ai bien fait La cohue était telle que la princesse elle-même a failli plusieurs fois être étouffée. Juge de ce que c'eût été des secrétaires des commandements. Je suis allé voir le camp. Il faisait humide; la lande exhalait ces vapeurs qui don-
(1) Le prince Auguste de Saxe-Cobourg, qui a épousé la seconde fille de l'empereur du Brésil, sœur de la comtesse d'Eu.
4ao CORRESPONDANCE DE CUVILLIER-FLEURY
nent la fièvre aux gens qui ne peuvent pas boiie de château-margaux »...
« Bordeaux, 18 août.
cLe duc de Nemours a quitté Bordeaux ce matin. Il se tend aux Pyrénées et de là en Espagne où le duc d'Aumale ira le rejoindre. C'est à Pampelune que se fera la réception de nos princes par la reine d'Espagne. J'aurais aimé à y assister. Mais ce sera une atroce fatigue. Le duc d'Aumale y va en lieutenant, avec le colonel Jamain. Il nous laisse tous. J'en profiterai pour courir le pays. J'irai chez le duc Decazes et chez le président de Montesquieu, l'auteur de VEsfrit des lois, rien que cela ! Il vit encore dans son château où tout son mobilier a été religieusement respecté. J'aurais voulu que les princes fissent ce pèlerinage; mais il parait que le château de la Brède est habité par un légitimiste, descendant du grand écrivain. C'est bien la peine d'avoir retrouvé les droits du genre humain pour laisser des petits-fils qui veulent les fouler aux pieds.
c Adieu. i
« Belfort, 28 août.
c Ma solitude me conduit aujourd'hui à la grande manœuvre dont le duc d'Aumale donne le spectacle à la population bordelaise. Il est parti depuis le matin, bivouaquera cette nuit et demain ne reviendra que pour dîner. Il est bien convenu que Chabannes^ qui est notre