‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 253 sur 271 · CHAPITRE XXX. — SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX. — SEPTEMBRE

aller remuer la terre^ africaine, au lieu de brûler (c'est bien le mot) le pavé de Paris.

« Les affaires politiques tournent à mal. Tu as pu voir dans le journal qui t'arrive le résultat approximatif des élections de Paris. Si ce n'était que cela, passe encore; mais comme on ne connaît pas le résultat de quelques sections du douzième arrondissement et de la banlieue qu'on suppose à bon droit mauvaises, il est bien possible que Fould reste par terre et que nous ayons deux socialistes au lieu d'un. Et quels noms! C'est la revanche des journées de Juin, et d'un effet déplorable dans le peuple qui se croit le plus nombreux et le plus fort parce que nous sommes indisciplinés et bêtes; car nos suffrages additionnés l'emportent de beaucoup sur les siens; et nous aurions de plus, si nous voulions, l'esprit, l'organisation, l'argent, tout ce qui rend fort Nous aimons mieux nous faire battre. Cela pourra bien tourner aux coups de fusil. La liste du National a été battue, donc le gouvernement affaibli. L'astre de Cavaignac pâlit; je le regrette pour lui et pour nous. Celui de Louis Bonaparte, par une singulière inconséquence de cette population qui a renversé un trône, se relève et reprend de l'éclat. On ne peut se dissimuler, quelque sentiment qu'on lui porte, qu'en lui ce n'est pas seulement le prestige d'un grand nom bien ou mal porté qu'on a voulu saluer, mais l'hérédité impériale qu'on a voulu consacrer. Cette élection se rattache, on ne peut le contester, aux idées d'ordre qui fermentent dans toutes les têtes; on veut un sabre, mais en même temps on veut la perpétuité du pouvoir, quelque chose qui rassure les intérêts; et c'est le peuple qui a fait

cela, la petite bourgeoisie aussi; car la haute n'a fait que des sottises. Les deux tiers des électeurs sont restés chez eux; les autres se sont divisés. Mais le peuple et les petits boutiquiers ont leur étoile, c'est Louis Bonaparte. Ils y marchent. Dieu sait où cela mène ! Car je ne crois pas, à te dire vrai, au génie de ce ressuscité. Je crois toute royauté, impériale ou non, impuissante à rien faire en ce moment. Il y a à réparer des maux immenses, une société sans frein à discipliner. Il y faut la main d'un homme de génie, celle de Dieu, ou celle du temps. Adieu, chère aimée. — A bientôt »

« Paris, mercredi 20 septembre 1848.

cils ont aujourd'hui proclamé leur président Quand je suis arrivé à Paris, vers cinq heures, on le savait à peine. Juge de mon étonnement, après ce que les journaux avaient dit. Ce n'était qu'une ruse. Le gouvernement craignant du tapage avait voulu escamoter la cérémonie, et dès le matin, M. Duf aure avait représenté à la commission électorale la nécessité d'en finir Je jour même. On avait bâclé le rapport, Louis Bonaparte avait bâclé un discours, et tout étant prêt dans la coulisse, vers quatre heures, l'affaire s'était bâclée également à la Chambre avec l'appareil que tu verras, c'est-à-dire sans tambours ni trompettes. Chez Desmars, j'ai joué de bonheur, il y avait un représentant du peuple, M. Blin de Bourdon, légitimiste à poil, qui racontait la chose en particulier à un compagnon de table, mais assez haut pour que tout le monde l'entendît et l'écoutât Après la proclamation

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