CHAPITRE XIV. — FÉVRIER
prince de la Paix (1), qui contredit la reine et ajoute que Maïo doit tout son luxe à la bienveillance d'une vieille femme, folle de lui, et riche autant que folle. Le roi comprend, et en fait des gorges chaudes avec sa femme : t Pauvre Maïo! il lui est mort une tante! Pauvre femme! c'est bien dommage !i Le tout accompagné d'un gros rire.
Le bal d'enfants dure de 8 heures à minuit. Bigarrure étrange, zèle des mamans à faire valoir les grâces de leurs bambins; les petites filles plus guindées que les garçons, lesquels sont peu galants; la bande du collège me donne bien de l'occupation ; il faut les rabattre sans cesse dans la salle du bal. Les deux filles de la comtesse de Sainte-Aldegonde distinguées par leur grâce charmante, leur simplicité, leur bonne humeur franche et sans prétention. Le fils de M. Decazes, celui de M. Lehon, remarquables par leur mauvaise mine. On soupe de bon appétit à onze heures. Soirée charmante et à laquelle la reine, d'abord fort triste avant l'ouverture du bal, a paru prendre un véritable plai.ir.
Samedi 16.
Le général Heymès est venu voir nos exercices gymnastiques au collège. Le général a déjeuné avec nous. C'est un homme aimable et rond. Il nous a parlé du mauvais effet du contrôle exercé par le duc d'Orléans sur les in-
(1) Don Manuel Godoï, prince de la Paix (1 767-1851), favori de la reine.
vitations militaires. — Le soir, petit bal. Colère de ces dames qui n'y sont pas invitées; on appelle ces réunions le sérail de Monseigneur; on y voit toujours les mêmes dames, d'un rang bien inférieur à celles qu'on n'invite pas, mais ces roturières sont charmantes et méritent bien la préférence; ce sont Mme Friand, de Loine, Strikland, et beaucoup d'autres, femmes ou filles qui forment le plus délicieux parterre de fleurs qui se puisse voir quand vient le souper.
J'étais mieux portant et j'ai joui de tout jusqu'à 3 heures du matin; Rodolphe Appony s'est laissé choir lourdement en dansant le cotillon; on s'est empressé autour de lui; c Ce n'est rien, disait-il, en mettant la main sur son derrière qui avait porté; je suis tombé sur le plati C'était le mot
Dimanche 17.
Le roi nous fait attendre la messe jusqu'à 1 1 heures et demie.
A 2 heures, l'ambassadeur belge, M. Lehon, est venu présenter au roi les remerciements du peuple belge à l'armée française; son discours était convenable et il l'a prononcé d'une voix ferme et sonore; le roi a lu sa réponse qui était assez insignifiante et qu'il a débitée médiocrement; il eût mieux fait d'improviser. La cérémonie était belle; le roi sur son trône, son entourage brillant, la reine et ses filles; l'ambassadeur a salué merveilleusement bien pour un parvenu; il s'est retiré mieux encore en exécutant