CHAPITRE XV. — FÉVRIER
raie et une peine infinie à travailler, je ne fais que de détestable besogne:
Je ne suis pas sorti ce soir. Mme Lehon est venue; comme elle allait dépasser la porte d'entrée du salon bleu, le rire Ta prise, elle a rétrogradé, et Vatout est allé lui rendre son sérieux; alors elle s'est présentée devant Madame.
Il y a quelque temps, on fit effort pour retenir Mme Angelet dans 1* premier salon après dîner, sous le prétexte de laisser quelque liberté à la famille royale. Mme Angelet insista pour entrer et elle entra. Aujourd'hui, Mme Adélaïde ayant demandé pourquoi Ton ne faisait pas entrer les deux commandants des postes, Mme Angelet a raconté son aventure. Alors la princesse a dit : t Oui, je sais qu'on voudrait nous imposer l'étiquette de l'ancienne cour et fractionner notre salon en deux ; mais, tant que j'y pourrai quelque chose, ni moi ni le roi, nous ne consentirons à cela ! Vous pouvez donc être bien tranquille, madame Angeletîi
Jeudi 27.
Soirée au salon. Le roi assiste à une représentation du petit théâtre des enfants, lesquels restent court. Le roi donne une leçon de perspective au prince de Joinville. On cause de l'affaire Cabet; le roi annonce que l'intention est de le porter en triomphe, absous ou condamné, mais qu'on y mettra bon ordre. La sérénité du roi ne se dément pas, quand il parle de ces hommes acharnés à le calomnier, à le perdre, à le détruire. On voit que le sentiment de sa supériorité le soutient.
Vendredi 28.
Je travaille à mon article: J'assiste au cours de Saint- Marc qui disserte spirituellement sur la Henriade et nous promet la Pucelle. Je l'accompagne et fais visite à sa. femme. Nous causons une heure au coin du feu.
Condamnation de Cabet. On l'annonce au roi à table. Rumigny le proclame tout haut, devant les gens, au grand mécontentement de Sa Majesté. — Après dîner le roi exprime la satisfaction qu'il éprouve de cette justice rendue aux anarchistes et l'espoir qu'il a que cet exemple donnera de l'énergie aux jurys à venir. Jubilation du salon (1).
Samedi 1" mars 1834.
Travaillé toute ma journée avec une ardeur qui m'avait fait défaut tous les jours précédents.
Sorti le soir. Visite à M. Lacaze. Passé le reste de la soirée chez Jules de La Rochefoucauld et chez Edmond Blanc, qui avait grand monde, des montagnes de gâteaux et des mangeurs à proportion. Causé avec Guillot, dont la conversation m'a fait grand bien, au milieu de ce tourbillon de niaiseries politiques, littéraires et autres qu'on appelle la conversation des salons. Cui bono? me disait Armand Bertin, à minuit passé, fatigué d'attendre.
(1) Cabet (1788-1856), le député de la Côte-d'Or, poursuivi pour la publication de pamphlets contre la monarchie, fut condamné à deux ans de prison. Il se retira à Londres où il écrivit son Voyage en Icarie.