CHAPITRE XVI. — AVRIL
dans son salon, il a causé quelques instants et s'est retiré chez lui pour travailler; car il travaille beaucoup depuis quelque temps à recueillir des souvenirs historiques.
U étalon promis à Valenciennes pour prix de la bonne élection de M. d'Haubersaert.
Réception du duc de Frias aux Tuileries. On lui envoie deux voitures à huit chevaux. Le roi paraît occupé de cette cérémonie dès le matin, mais il veut qu'on retranche toute formalité blessante pour les mœurs libérales de la population. On proposait des voitures dorées, il n'a pas voulu. Il paraît que l'ambassadeur est un gros homme, très peu digne de sa personne. Il viuit apporter au roi je ne sais quel ordre que lui envoie la reine d'Espagne.
Mardi 8.
A 4 heures, à la Chambre des pairs, M. de Montlosier attaque la loi des associations comme insuffisante. Discours de M. Villemain qui fait de la fausse opposition, de l'opposition postiche, pour appeler l'intérêt du public sur la Chambre ; mais cette fausse attitude est faite pour l'en éloigner. Il y avait un pair qui venait tous les quarts d'heure demander avec sollicitude à des dames placées dans notre tribune : € Mesdames, est-ce que cela vous ennuie?» Il paraissait fort inquiet, l'honnête pair.
Nouvelles des pillages de Bruxelles. Tristesse de la reine. M- Lehon, l'ambassadeur, vient nous raconter l'histoire de ces troubles qu'il attribue à ce que Bruxelles était sans défense et à ce que le bourgmestre est un produit pai trop direct de l'élection.
De mercredi 9 à samedi 12 inclus.
Nouvelles des troubles de Lyon. J'assiste à une séance de la Chambre des pairs ; Persil répond victorieusement à l'opposition de Yillemain. Longue et assommante harangue, radotage intolérable du vieux comte de Pontécoulant (1). La loi passe, pendant que les mutuellistes (2) de Lyon donnent, en se battant, gain de cause à la loi. J'envoie un article aux Débats sur cette séance, sans oublier ce rapprochement.
Mercredi 9, j'assiste au mariage de Mlle de Joantho, charmante personne de dix-sept ans, avec Donné, notre convive du Rocher.
Jeudi à Meudon ; promenade à cheval avec Mgr le duc d'Orléans. Son opinion sur les troubles de Bruxelles qu'il déplore ; il me dit qu'il faut gouverner la France par les sentiments généreux, il me fait un grand éloge du peuple à propos des guinguettes. Trois choses lui ont causé des regrets que rien n'a pu calmer jusqu'à ce jour, le sac de l'archevêché, les assassinats a propos du choléra, l'insurrection lyonnaise de 1832. — Le maréchal Gérard est venu dîner à Meudon. Nous sommes partis à 8 heures. Les princes ont fait avec beaucoup de bonne humeur les honneurs de la table. On a causé gaiement II ne manquait que le prince de Joinville.
(1) Comte de Pontécoulant (1766-1853), ancien membre de la Convention, avait voté pour le bannissement à perpétuité de Louis XVI.
(2) Association des chefs d'ateliers de soieries qui était restée jusque-là purement industrielle.