CHAPITRE XVI. — AVRIL 1834 m
La journée du vendredi se passe à attendre des nouvelles. Une grande anxiété règne au palais. Le roi luimême paraît soucieux. Thiers arrive avec une figure allongée. Le maréchal Clauzel vient visiter le roi, ce qui donne fort à penser ; mais moi je ne vois dans cette démarche qu'une simple visite.
Dimanche 13.
Nouvelles de Lydn ; bonne humeur du roi. Revue, discours aux officiers réunis. Le soir, barricades, essai d'insurrection ; le grand dîner du roi est désert. Foule au salon ; on apprend que Bail lot (1) est blessé. — Equipée courageuse de Thiers ; les militaires disent qu'il a eu un auditeur tué sous lui (2).
Lundi 14.
Ce que devient l'insurrection. Revue du roi. Sa colère contre le duc d'Orléans, contre sa sœur, contre les ministres qui veulent l'empêcher d'aller visiter les troupes sur les boulevards. Il sort cependant et fait le tour des Tuileries à cheval ; anxiété de sa sœur ; ses menaces par gestes quand le roi revient. — Avortement du ministère à la Chambre.
Du mardi 15 au dimanche 20 inclus.
Le duc d'Aumale obtient le premier prix de semestre, toutes facultés réunies.
(1) Baillot, officier d'état-major de la garde nationale.
(2) M. Thiers, à cheval auprès des généraux, vait vu tuer à quelques pas de lui un auditeur au Conseil d'Etat.
lia JOURNAL DE CUVILLIER-FLEURY
Samedi 26.
Anniversaire de la reine. Ballade allemande dessinée et lithographiée par le9 princesses* Bonne humeur du roi.
Dimanche 27.
Visite à M. le duc d'Orléans à Meudon. Longue et intéressante causerie sur Lyon, sur La Fayette, sur Kersauzie (1). Visite de ce dernier au prince. Proposition de quitter les républicains pour un grade. Noble réponse du jeune prince.
Jeudi 1* mai 1834.
Fête du roi. Réception et discours. Dupin prononce le sien d'un ton rogue et d'un air de tribun, qui ne s'accordaient guère avec les décorations qui chargeaient sa poitrine. Le roi a répondu avec fluidité à tout le monde.
Longue causerie politique avec Lerminier (2). Je parlais de verve et il est impossible que la franchise de mes aveux
(1) Un gentilhomme breton, neveu par sa mère de La Tour d'Auvergne, le premier grenadier de France, et qui s'était fait lui-même dans l'armée un renom mérité de bravoure et de capacité hardie, M. de Kersauzie, nature à la fois fougueuse et opiniâtre, dominante et populaire, était devenu carbonaro, républicain, membre du comité central de la Société des Droits de V homme... Il avait organisé pour son compte et à part une petite association de douze cents hommes, choisis un à un, tous bien connus de lui et le connaissant tous, aveuglément hardis et dociles, pleins de foi dans leur chef, et prêts à lui obéir sans question, ni délai. {Mémoires de Guisot.)
(2) Professeur de législation comparée au Collège de France.