CHAPITRE XVI. — JUIN
Samedi 7.
Je vais à Bièvre passer la soirée chez M. Bertin. Dîner. Gaieté folle, joyeux propos, esprit sur le tout.
Dimanche 8.
Arrivée de la reine des Belges. Ses larmes en embrassant ses parents.
Vendredi 13.
Je donne à dîner à Armand Bertin au Rocher de Caticale. Nous sommes sept; Doudan et Auguste Bertin me manquent. On nous traite fort bien. La conversation d'abord classique, puis romanesque, devient tant soit peu grossière vers la fin ; de Wailly appelle les choses par leur nom. Saint-Marc se révolte, ce qui devient plaisant. De Sacy tolère et rit dans sa barbe. Quant à moi, il me semble que je rougis comme une jeune fille. Saint-Marc nous quitte en disant : € Excellent dîner, détestable conversation ! » Le dîner me coûte 354 francs !
Samedi 14.
Le roi mène sa famille au château de Chantilly. Promenade dans la forêt. Je grimpe sur un siège La reine des Belges me parle avec intention marquée, ce que je goûte peu; car son affabilité n'est ici que politesse, et elle ne me parlera plus, puisqu'elle m'a parlé. Il faut qu'une reine qui voyage adresse la parole au moins une fois aux
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personnes qui vivent avec elle sous le même toit et qu'elle est exposée à rencontrer dans les mêmes salons. — On dîne à 6 heures ; le vin du château a grand succès ; on en place une bouteille devant le roi Léopold qui l'aime avec passion, c'est du Sautcrne première qualité. Le roi Louis- Philippe en fait compliment au duc d'Aumale, qui triomphe avec modestie.
Mardi i" juillet 1834.
M. Jacquinot de Pampelune (1), à la retraite pour ne pouvoir plus parler, se fait nommer député.
Samedi 5.
Le maréchal Soult vient à Neuilly offrir sa démission au roi qui la refuse. Discussion qui s'établit dans le salon bleu où le roi met une grande modération et Soult une grande sécheresse (2).
Dimanche 13.
Causerie avec le duc d'Orléans. Ce qu'il me dit de l'esprit bouffon qui demeure dans sa famille et qu'elle doit
(1) Jacquinot de Pampelune (1771-1835), avocat et député ministériel.
(2) Le maréchal Soult tenait pour le maintien du régime militaire en Algérie; Guizot et Thiers voulaient essayer du régime civil. Le maréchal Gérard succéda au maréchal Soult le 18 juillet suivant.