‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 60 sur 271 · CHAPITRE XVI. — MAI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. — MAI

et la chaleur de mes réfutations ne l'aient pas modifié en quelques points. Il m'a quitté en me disant : c Tu sais que j'ai toujours eu du goût pour toi. Notre conversation de ce jour ne fait qu'ajouter à ce que j'éprouvais déjà. »

Vendredi 2.

Lecture du pamphlet de Lamennais, Paroles d'un croyant. C'est du jacobinisme absolu sous un voile de mysticité hypocrite. En revenant de Neuilly, j'ai couru chez la reine et l'ai prévenue contre l'horreur de cette diatribe. Trognon, le néo-catholique, était timidement de mon avis et pensait, espérait que l'ouvrage serait condamné en cour de Rome.

Du mercredi 14 au mercredi 21.

Voyage au château d'Eu avec le duc d'Aumale et trois de ses camarades. Entrée à Aumale, réception enthousiaste ; harangues auxquelles je réponds. Arrivée à Eu ; la garde nationale demande à garder le prince, et je l'accorde après longue résistance. Jeudi 15, promenade au Tréport et sur la falaise: Vendredi 16, pêche dans l'étang et promenade en mer par un temps fort calme. Au retour, je suis assailli de mendiants qui m'appellent c Monsieur le roi» et font dans les règles le siège de ma bourse. Apparition des veuves de quinze marins qui ont péri cet hiver dans le naufrage de leur bâtiment. Séjour à Eu jusqu'au 21.

ii4 . JOURNAL DE CUVILLIER-FLEURY

Dimanche 18, on apprend à Paris la mort du prince royal de Belgique. Mardi 20, meurt le général La Fayette et on l'enterre magnifiquement et paisiblement le jeudi 22.

Jeudi 22, causerie littéraire entre le duc d'Orléans et M. de La Rochefoucauld fort spirituellement soutenue par le prince. Puis arrive la politique; le prince raconte des anecdotes sur Casimir Périer, sa fabrique de discours avec Vitet, Thiers; son ignorance qu'il savait cacher habilement; il ignorait où fût Ancône. Le langage du prince a été remarquable d'élégance, de vivacité, d'images neuves et brillantes.

/ Du jeudi 22 au jeudi 29.

Nous reprenons nos études. Samedi, une distribution de prix de gymnastique; le duc d'Aumale se donne un grand mouvement ; je? lui prédis qu'il sera malade. Lundi, le prince est atteint d'un oreillon douloureux, qui le retient encore au lit. Mercredi, je vais aux Débats; j'y vois M. Granier de Cassagnac, discutant sur la prééminence du dernier siècle avec M. Bertin aîné, qui s'en fait le spirituel défenseur.

Dimanche i"juin 1834.

Partie sur l'eau. Le roi est fort gai. Il salue à plusieurs reprises des gamins qui crient : tVive le roi!» Bonne humeur de Mgr le duc d'Orléans. Ce qu'il nous raconte d'Alfred de Musset, de son voyage avec Mme Sand, du duc d'Abrantès, son camarade de classe, qui a voulu le tuer et vient de lui demander 500 francs.

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