CHAPITRE XVI. — NOVEMBRE
son dada, l'amnistie. Difficultés ministérielles que suscite son départ. Longue collision, débats intérieurs, démission de tout le cabinet dit doctrinaire, moins Persil. Motifs : résistance du roi à l'entrée de M. de Broglie, impuissance du ministère à découvrir un président dans son sein. Ministère Bassano (1). Comment M. le duc d'Orléans me l'annonce. Mot de la reine : t Que Dieu le leur pardçnne ! 1 Plaintes amères de Madame sur ce qu'elle appelle une coterie. Dîner chez Dupin le jeudi 13 novembre. Bigarrure de ses convives, Berryer, Mauguin, Bertin de Vaux, les ministres du roi. Action du Journal des Débats dans toute cette affaire ; articles de Saint-Marc et de Salvandy ; le ministère Bassano meurt le vendredi 14 après avoir duré trois jours ; impuissance et outrecuidance du tiers parti (2).
évidemment hasardeuses et faibles. Il refusa de se donner luimême, et offrit son frère en gage de son appui. Deux hommes de mérite, M. Passy et le général Bernard, consentirent à entrer sans lui sous son drapeau. Deux absents, MM. Bresson et Sauzet, furent désignés comme leurs collègues. Un vétéran du régime impérial, le duc de Bassano, s'assit avec confiance au gouvernement de cette barque légèrement montée. Au bout de trois jours, sans qu'aucun événement, aucun obstacle leur en fît une nécessité, las du fardeau qu'ils n'avaient pas encore porté, inquiets de leur situation auprès du roi comme dans les Chambres, et un peu troublés du sourire public à leur aspect, les nouveaux ministres avaient donné leur démission ; le roi nous avait rappelés en nous demandant, non sans sourire aussi, de reprendre les affaires; et dix jours après sa retraite, l'ancien cabinet était rétabli, avec l'amiral Duperré pour ministre de la marine, et le maréchal Mortier pour ministre de la guerre et président du Conseil.» {Mémoires de M. Guisot, t. III.)
(1) 11-14 novembre 1834.
(2) M. Thureau-Dangin donne du tiers parti cette fine et juste définition : « Ce n'était pas un groupe distinct, se détachant
Je me remets à l'œuvre et j'écris mon premier Volupté.
Gracieuseté de M. le duc d'Orléans qui me mène trois fois à l'Opéra en quatre jours. On lit dans sa loge un dizain de Balzac Balzac aux Italiens ; son air, sa coiffure étrange.
Du dimanche 16 novembre au lundi i" décembre.
La quinzaine se passe en escarmouches des deux côtés, entre le ministère et le tiers parti. Je fais deux articles politiques. Mon premier, Volupté, a grand succès, mais les dames du château n'en ouvrent la bouche.
L'Ambition, de Scribe; mauvaise et fade pièce, sans vérité.
M. le duc d'Orléans ne me parle plus depuis la chute de son ministère.
Le duc d'Aumale garde la chambre tout ce temps. Il ne va au collège que pour composer, il est le premier en version latine.
ouvertement de la majorité; il prétendait demeurer dans cette majorité où il agissait comme un ferment de dissolution. Impossible de désigner sa place et de tracer ses frontières. Son programme ne serait pas plus facile à définir. Il y avait là moins un corps de doctrine qu'un état d'esprit : état d'esprit fort complexe où se mêlaient d'honnêtes indécisions et d'ambitieuses intrigues, des aspirations à l'impartialité et des amours-propres susceptibles, prompts aux petites rancunes, jaloux de toute supériorité; des prétentions à l'indépendance de jugement, et une vue aussi étroite que courte de toutes choses; le désir de n'obéir à aucune consigne, et une recherche servile de la popularité ; en tout et jusque dans la façon dont ces hommes comprenaient et traitaient la monarchie, des contradictions qui les faisaient qualifier, à juste titre, de royalistes inconséquents. »