‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 65 sur 271 · CHAPITRE XVI. — DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. — DÉCEMBRE

Du lundi 1er décembre au samedi 6 inclus.

La semaine se passe dans l'anxiété que cause l'attente des explications parlementaires.

Vendredi commencent les explications parlementaires. J'assiste à cette séance. Foule dans la tribune de la maison du roi. Les trois princes. Impressions de Mgr le duc d'Orléans ; il répète le mot de coterie. Susceptibilité du maréchal Gérard qui se retire. Attitude de la Chambre. Dupin, Thiers, Guizot Explications des ministres des Trois jours. M. Passy ne se compromet pas, mais ses réticences accusent le roi ; Charles Dupin est ridicule d'emphase vide et creuse. Teste ne dit ni oui ni non. C'est là une comédie assez ridicule. Combien le ministère est plus grand.

Samedi. Continuation des débats. Anxiété au château. Attitude de la reine pendant le dîner. Sa Majesté, de laquelle je n'étais séparé que par Mgr le duc de Nemours, me dit qu'elle est malade d'incertitude et d'impatience. Madame Adélaïde paraît agitée. Le roi est calme et d'humeur sereine. A 7 heures, de Berthois vient annoncer que la Chambre a passé au scrutin, que M. Thiers a terminé la discussion par un discours admirable et d'un grand effet. Une demi-heure après arrive Vatout qui annonce la victoire de la Chambre à une majorité de soixante-sept voix.

Le roi, après le dîner, cause fort librement en présence de ses officiers sur les dernières crises ministérielles. Sa Majesté me voyant arriver dit : c Ah! voilà M. Fleury. Je suis fâché qu'il n'ait pas entendu ce que je viens de dire.

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Je veux le répéter pour lui.» Alors Sa Majesté raconte qu'après la démission collective du ministère du n octobre, M. Thiers vient un matin dire à Sa Majesté : cSire, nous avons un grand ministère! Laissez-moi parler jusqu'au bout sans m'interrompra Je veux exposer à Votre Majesté les plans du Conseil. » Ces plans étaient le rappel du maréchal Gérard, l'amnistie par une loi, les affaires étrangères à M. de Broglie, M. de Rigny à la marine. Le roi s'y refusa, il ne voulait, pour le moment, de l'amnistie à aucun titre, et il s'étonnait que les ministres n'en fissent plus qu'une question de légalité ; il s'affligeait qu'ils eussent pu consentir à l'abandon de la prérogative royale, intéressée si sérieusement dans cette questioa Enfin il ne voulait pas de M. de Broglie pour les affaires étrangères. — Après cette exposition, le roi, me regardant avec une affectation de bienveillance, se plaignit de la partialité que le Journal des Débats avait mise à rendre compte de ces revirements, et à les présenter sous un jour peu favorable à la royauté. Puis Sa Majesté se leva et m'emmena plus loin; le cercle qui l'avait écoutée se dissipa, et je restai seul avec Sa Majesté dans le billard. Je défendis le Journal des Débats, en renvoyant à l'auteur de l'article qui avait blessé Sa Majesté, à Rémusat, la sécheresse et l'injustice de sa rédaction. J'ajoutai que le Journal des Débats n'avait pas voulu défendre le roi dans toute cette affaire, uniquement par respect pour son inviolabilité qu'il n'avait pas cru devoir livrer, sur un point si délicat, aux répliques d'une politique impérieuse; mais que toute la suite de la politique faite par le journal depuis trois ans prouvait le dévouement qu'il n'avait cessé de témoi-

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