‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 66 sur 271 · CHAPITRE XVI. — DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. — DÉCEMBRE

gner au trône de Juillet. Le roi, m'ayant entendu, voulut bien m'expliquer ensuite les causes de sa répugnance à laisser rentrer le duc de Broglie aux affaires étrangères. D'abord le duc de Broglie avait eu la prétention d'agir tout seul, et sans consulter ni le roi ni le cabinet En Angleterre, dit Sa Majesté, dont on se fait d'étranges idées pour tout ce qui regarde la prérogative royale, en Angleterre, jamais un ministre n'oserait faire un acte ou expédier une dépêche diplomatique sans Xapfrobation écrite du roi; M. de Broglie voulait agir sous sa responsabilité pour présenter et engager le cabinet sans le consulter. L'approbation donnée par lui au discours de M. Bignon avait soulevé contre lui toute la diplomatie européenne. L'affaire du Mémorial bordelais avait failli dissoudre le cabinet présidé par Soult; enfin le rejet du traité américain avait terminé l'existence diplomatique du duc de Broglie Plusieurs légèretés, que le roi me cita, avaient ébranlé son crédit bien avant que la Chambre, par son vote, ne l'eût renversé; et cependant le roi palliait toutes ces fautes; audacieusement même, il voulut retenir le duc de Broglie, mais une fois parti, il n'aurait accepté pour rien au monde sa rentrée aux affaires ( 1 ) ; et quand les ministres du 1 1 octobre en firent une condition de leur résurrection politique, le roi se résigna à croire que tout était fini de ce côté, et il se livra aux chances du ministère Bassano. Le roi insista fortement sur ce qu'il était l'auteur du système qui sauvait la France, sur ce qu'il l'avait soutenu en dépit de tous les obstacles, et il répéta plusieurs fois avec éner-

(1) « Je me ferai plutôt piler dans un mortier, » disait-il à l'amiral de Rigny.

gie que le ministère ne se pouvait passer de lui. Il plaisanta sur la défection de Dupin et dit, en parlant de son escapade d'hier : tOh! il aura encore une logique pour excuser cela. Il a une logique pour tout ! •

Thiers est venu au Palais. On Ta félicité. Gourgaud lui a cherché une mauvaise querelle qu'il a soutenue avec esprit et dignité. Le roi était de très bonne humeur et il a causé toute la soirée avec une grande liberté d'esprit et une facilité ingénieuse.

De Laborde s'est déclaré doctrinaire. La victoire du ministère a fait bien des conversions. A demain la réception!

Du samedi 6 décembre 1834 au 1" janvier 1835.

Dupin vient au salon. Comment reçu par le roi. Il reste cinq minutes et s'en va. Procès du National devant la Chambre des pairs. Défense de Carrel ; interruption ; la phrase sur le maréchal Ney (1) ; les tribunes. Effet que j'éprouve; Carrel me paraît au-dessous de sa réputation et de son talent. L'Assemblée est calme et imposante. — Le duc d'Orléans revient de Belgique. Sa colère ea apprenant la solidarité infligée par M. Pasquier à la Chambre des pairs dans le jugement de Ney ; ses projets de protestation. Influence de la princesse Marie pour l'en

(1) Carrel avait dit : <c Aujourd'hui le juge a plus besoin de réhabilitation que la victime, » et comme le chancelier Pasquier protestait contre ces paroles, Armand Carrel qualifia l'exécution du maréchal Ney, ^abominable assassinat

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