CHAPITRE XVI. — JUILLET i83S
que cela soit J'entends porter de toutes parts d'énergiques menaces contre la presse que la malédiction publique accusait hier partout, dans les rues comme dans les salons, d'un si horrible attentat. Nous verrons. Que l'on garde seulement quinze jours durant cette vertueuse indignation, et l'on aura le temps de faire beaucoup de biea Mais ne tombons pas dans la langueur après notre premier feu jeté. •
a Jeudi 30 juillet.
cMon cher Fleury, vous savez que la Chambre des pairs est déjà saisie de l'affaire : l'opinion des nobles juges est pour le moment très énergique : elle répond à celle de Paris, aussi exaltée qu'on peut se le figurer en faveur du roi, contre la faction parricide qui vient de porter de si terribles coups. Déjà l'assassin a été interrogé : l'opinion d'un des membres de la commission, Montalivet, est que cet homme est un scélérat, nullement fanatique, mais d'une intrépide détermination. Il a été attaché à Murât dont il porte les arme9 tatouées sur la poitrine : il a dit bien des choses, mais refuse de s'expliquer sur ses complices : tout porte à croire que c'est un instrument. Il ne paraît pas avoir l'idée de se détruire, et croit qu'il guérira, ce qui serait d'une capitale importance. On disait hier qu'un de ses complices était arrêté : c'était, dit-on, un homme blessé comme lui, par l'explosion de la machine, et qui s'était présenté à je ne sais quel hospice pour réclamer des soins, comme victime de l'explosion. Là, il aurait maladroitement laissé échapper des mots qui au-
raient révélé l'origine de la blessure, et confronté avec deux femmes de la maison voisine, par où il a pris la fuite, il aurait été reconnu par elles. Cependant on a lieu de croire, quoiqu'on n'ait pas droit encore de l'affirmer, que le parti était en attente du coup, sans être bien informé des circonstances, et c'est pourquoi Ton a mis la main sur tous les rédacteurs en chef des journaux républicains. M. Gisquet (i), dont la parole est bien discréditée, prétend que le refus de Kersauzie de s'associer à l'évasion (2) de ses camarades de prison tient à ce qu'il voulait être sur les lieux pour diriger cette épouvantable machination. Il serait le chef d'un carbonarisme régicide de quatre-vingts individus qui se sont liés par serment à tuer le roi, et parmi lesquels figuraient les quatorze scélérats arrêtés sous cette prévention, il y a trois semaines. Tout cela est fort peu clair encore : mais les poursuites du parquet et de la police sont fort actives, sinon fructueuses, et l'instruction de MM. Legoindec et Zangiacomi marche avec toute l'intelligence et la promptitude désirables.
«On se demande maintenant que faire. L'opinion réclame des mesures générales d'une rapide énergie. Je suis assuré qu'on fera quelque chose pour arrêter le débordement de la presse et des caricatures; je sais qu'un projet
(1) Gisquet, préfet de police.
(2) V Evasion des détenus de Sainte-Pélagie. Kersauzie avait, en avril 1834, été arrêté comme membre de la Société des Droits de l'homme. Royaliste militant, il refusa, ainsi que trois autres codétenus, de s'évader par le souterrain creusé par les prisonniers. (V. Louis Blanc, Hist. de dix ans, t. IV, p. 417.).