CHAPITRE XVI. — JUILLET
de loi martiale va, selon nos vœux, être rédigé; je me crois sûr aussi du rappel en session des deux Chambres : mais arriverons-nous à temps avec toutes ces mesures pour qu'elles ne trouvent pas l'opinion refroidie? C'est là l'incertain. Et pour la presse, y touchera-t-on avec assez de dextérité pour guérir la plaie, sans toucher à côté et faire frémir toutes les susceptibilités de l'opinion sensément libérale ? Décidément, le roi a été touché au front : c'était heureusement une de ces balles qui n'étaient point de calibre et se trouvaient mêlées avec les autres formidables projectiles. Le roi n'en a voulu rien dire : mais la contusion jaune et bleue est aujourd'hui si évidente et l'avis des médecins si positif qu'on n'en peut plus douter ! Quel autre coup de la Providence ! Demain probablement auront lieu les funérailles collectives de toutes les victimes : spectacle d'une imposante et lugubre moralité, qui ne laissera pas s'endormir les sentiments de la population. On me dit à l'instant même que plus encore qu'hier ces sentiments éclatent aujourd'hui en douloureuses manifestations. Mille renseignements nouveaux arrivent aussi qui témoignent que le coup était préparé et connu à l'avance. Ce qui s'est passé à Rouen n'est-il pas assez significatif ? Au milieu de la revue du 28 arrive un individu qui annonce que le roi a été massacré et la république proclamée : qu'il faut la proclamer à l'instant... Le personnage a été sur-le-champ arrêté. •
« Vendredi 31 juillet.
a Mon cher Fleury, voici le National d'aujourd'hui que je vous adresse : il est détestable, et se permet encore le 11. 10
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mot de château (i), auquel j'espère bien qu'on le fera promptement renoncer. Il est en effet arrêté que Ton proposera des mesures relatives à la presse, dans le genre de celles que réclame le Journal des Débats : les moyens ne sont pas encore déterminés, cela est difficile quand on ne veut ni rétablir la censure, ni supprimer le jury, mais on espère y parvenir, et j'entends par là ériger en crime de haute trahison toute attaque à la personne du roi, et d'en remettre le jugement à la Chambre des pairs. Dans l'intervalle des sessions, une commission renouvelée chaque année, remplacerait la Chambre entière. C'est là un des projets en l'air. Je ne sais si c'est celui du ministère. Vous savez que d'autorité on a fait disparaître les caricatures, et à l'avenir, elles seront soumises à la condition de toutes les autres gravures, c'est-à-dire qu'elles ne pourront paraître qu'après dépôt et avec autorisation. Enfin une loi martiale sera promulguée, qui fera juger militairement dans les vingt-quatre heures tout individu pris dans la rue, les armes à la main, en temps d'émeute. Voilà ce dont j'entends parler. Vous voyez qu'on ne paraît pas disposé à s'endormir, et croyez bien qu'alors que le ministère obéirait à ses molles habitudes, l'opinion publique, très énergiquement déclarée dans les Chambres, le poussera en avant. M. le duc d'Orléans, dont vous me parlez à propos d'une parole qu'on lui attribue, a tout haut devant moi applaudi à la mesure prise à l'égard des caricatures,
(i) Le National citait les déclarations du duc de Broglie à la tribune de la Chambre des pairs et ajoutait : « Ainsi on est décidé, au château ^ quant au but; seulement on discute les moyens. » {Numéro du ji juillet)