‹ Journal intime de Cuvillier-FleuryChapitre 77 sur 271 · CHAPITRE XVI. — JUILLET · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI. — JUILLET

Je le crois préoccupé de la crainte qu^pn ne touche maladroitement à la presse, mais en somme je ne pense pas qu'il songe à dormir après un si horrible attentat.

c Désormais le roi ne sortira plus qu'escorté par la garde municipale à cheval et la cavalerie de ligne : il a surabondamment prouvé sa loyale intention de vivre comme un citoyen au milieu de ses concitoyens : c'est le cri de la population qui lui commande aujourd'hui de ne marcher qu'en roi et de ne plusrisquer avec sa vie le salut de la France. Cette conviction du danger immense que courait le pays, si le coup fatal eût porté, est universellement établie, et elle perce jusque dans les journaux de l'opposition.

c Mardi seulement, la Chambre des députés sera en nombre et en mesure de délibérer. Les grandes funérailles auront lieu lundi : tout le pays y sera par représentations. Je crois que l'intention du roi est de se rendre aux Invalides : mais on en parle tout bas, et nul ordre n'est donné à l'avance II est bon que les discussions politiques commencent sous l'inspiration de ce majestueux spectacle de deuil : chacun y lira mieux son devoir.

cRien de nouveau quant à la procédure qui s'instruit contre les auteurs du crime On acquiert de moment en moment la preuve de la réalité d'un complot, et la lumière de la justice pénètre dans cet abominable mystère d'iniquité. Mais les magistrats se taisent sur les détails, et le peu d'indiscrétions commises sont dans les journaux.

cLe roi est tout à fait bien. Il n'y aura rien à lui faire Il parait que la première impression a été terrible chez notre angélique petite reine à Ostende : elle est tombée

roide évanouie. Elle s'est remise ensuite; mais à la date de sa lettre elle bouillait d'impatience, n'ayant encore que les renseignements télégraphiques, rassurée seulement sur sa famille et craignant les ravages de la mitraille parmi tout ce qui entourait le roi et qu'elle appelle : t Nos amis. »

Pendant plusieurs jours les députations se succèdent au château, venant de Dieppe, du Tréport, de toutes les campagnes voisines.

Au milieu de beaucoup d'impatience et d'incertitudes sur ce que Leurs Majestés décideront de nous, notre séjour se prolonge, sans incident. Les bains de mer, les cavalcades, les navigations sur la Bresle, les promenades dans la forêt le remplissent.

Voyage du prince de Joinville à Eu, du 8 au 10. Récit du 28 juillet. Le prince de Joinville crut que c'était un éclat de pétard. On ne s'aperçut qu'après des horribles effets de l'explosion.

Excursion à Paris. Je dîne à la table du roi ; conversation avec Sa Majesté le soir sur la terrasse; récit du 28 juillet, croyance du roi à son étoile ; nécessité de mesures sévères; il fallait attendre que la nécessité prononçât; beau et admirable langage du roi pendant tout cet entretien.

Retour à Eu.

Du 16 au 21 septembre. Arrivée et séjour du roi au château d'Eu. Visite au Tréport. Promenade en mer. Puis le roi ne sort plus, s'occupe de son château. Bains et promenades des princesses. Leur gaieté, besoin de distractions. Soirée après l'officiel des grands dîners. Charades

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