‹ Journal intime de la Comédie françaiseChapitre 36 sur 67 · MM. Régnier (Pasquin), Leroux (Dorante), Delille (Mario · texte numérisé non relu

MM. Régnier (Pasquin), Leroux (Dorante), Delille (Mario

2. « Le talent de cette belle et agréable personne, écrit Charles Monselet, au |ujet de cette rentrée de Mpe Brohan, n'est pas de ceux qui commandent l'admiration et déchaînent reniïlbusiasme. Mn>« Brohan joue bien, dit purement, plaît au regard, mais elle n*a ni cette âpreté ni ce « coquioisrae ■ auxquels se reconnaissent plus ou moins les actrices de race. Il ne loi arrive jamais de faire craquer ses rôles, d'outrer une situation, d'oublier ses camarades et la scène ; l'éventail de Célimène s'ouvre et se déploie harmonieusement dans sesTidmirables mains blanches ; mais n'ayez pas peur qu'il s'y brise, broyé entre deux alexandrins fiévreux de Molière. Est-il bien certain qu'elle soit née pour le tiiéâtre ? Ne semble-t-elle pas plutôt appartenir à cette classe de femmes dont les robes apparaissent sur le perron des châteaux, et qui font de leur vie une perpétuelle fête de reine .> Je cherche la passion sur ce visage heureux, et je n'y trouve que la grâce. La grâce et la bonté, voilà en effet cette Madeleine Brohan tout entière. ■

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de reprendre au théâtre du Gymnase, où elle avait d'abord été représentée. La distinction et le mérite de sa forme littéraire ne la rendaient certainement pas indigne de notre première scène, mais il manque à cette œuvre, un peu étrange, la netteté, la fermeté et même la hardiesse habituelle à son auteur. Cette Cendrillon de haut parage, qui se croit laide et délaissée, et qui n'en a pas moins trois amoureux à ses pieds, n'offre en somme qu'un intérêt médiocre ; elle n'a point de principes bien arrêtés, parle de tout et sur tout, et montre même beaucoup plus de savoir et d'esprit que n'en exhibent ordinairement les filles bien élevées et les personnes modestes. Ses trois soupirants l'assiègent : l'un, le vieux duc de Charamaule, lui offre sa main par pitié ; le second, le chevalier de Talmay, neveu du précédent, s'ingénie à conquérir cette forte vertu dans un but tout à fait étranger à ce qu'on nomme le bon motif; quant au troisième, Raymond deTaulignan, il se borne à soupirer son amour vrai, puis prend chaudement fait et cause pour sa belle, insultée par la sotte déclaration de Talraay, à ce point qu'il défie et blesse son rival et finit par épouser Philiberte — ce qui était d'ailleurs depuis longtemps prévu — après, toutefois, que celle-ci lui a bel et bien déclaré elle-même qu'elle l'aimait :

?i vous ne m'aimez pas, Raymond, moi je vous aime; Depuis que je connais mon cœur, il est à vous Et n'a pas souhaité d'avoir un autre époux i.

Deux actes auraient certainement suffi au développement d'un sujet aussi peu fourni d'incidents et d'imprévu; aussi la pièce de M. Augier paraît-elle un peu froide et

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