‹ Journal intime de la Comédie françaiseChapitre 40 sur 67 · MM. Samson (Cliton), Leroux (Dorante · texte numérisé non relu

MM. Samson (Cliton), Leroux (Dorante

^24- LA COMEOIE-FRANÇAISE.

/i»5, comédie en un acte, en vers, de MM. Méryet Sîraudin.

Amusante comédie, lestement menée, en vers faciles, à la Méry, sur une intrigue de vaudeville à la Siraudin. Les deux Frontins, — celui de l'ancienne comédie et du vieux monde en présence du valet moderne, — se succè* dent tous deux au service d'un provincial égaré à Paris, et que le Frontin actuel va dégoûter bien vite de sa velléité d'habiter longtemps la capitale. Il lui fait mener, en effet, si chaudement et si mondainement sa vie nouvelle, que le brave homme se prend à regretter sa province dans les fêtes et les plaisirs sans nombre au milieu desquels on le fait tourbillonner. Frontin II est congédié, et notre bourgeois retourne en son trou avec son vieux valet qui lui fera certainement l'existence plus calme et plus douce. Le bourgeois Duhamel, c'est Samson tout ahuri et fort comique et se débattant bien allègrement dans les tiraillements sans nombre dont il est Fobjet; Monrose joue l'ancien Frontin ; Leroux fait le Frontin moderne, tout brillant, gourmé et même élégant comme certains valets du jour, sous le nom prétentieux d'Arthur; Talbot représente un personnage épisodique (Gastineau), et une débutante, encore bien inexpérimentée et qui ne doit d'ailleurs que passer à la Comédie-Française, M^e Lapierre, paraît pour la première fois rue de Richelieu, dans le petit rôle de M"* de Lormeau, bas-bleu quelque peu ridicule, et qui est insuffisant pour faire valoir les qualités de la nouvelle venue.

Nous retrouvons quelques jours après (22 juin) M"* Lapierre dans les Femmes savantes^ où elle joue le rôle de Bélise avec assez de rondeur , plus d'assurance, et par conséquent avec un meilleur succès.

ANNÉE l858. 225

21 Juin. — Premier début de M. Barré dans le rôle de Pierrot de Don Juan,

Je ne sais sur combien de théâtres M. Barré a fait son apprentissage dramatique avant d'arriver à TOdéon, puis à la Comédie. Né à Paris au mois d'avril 1819, M. Léopold Barré a d'abord fait ses études au séminaire ; en iSSg, voyant que sa vocation pour TÉglise n'était pas absolument irrésistible, il quitta la soutane et s'en vint jouer la comédie sur les petites scènes de la banlieue. Nous pour* rions le suivre, depuis cette époque, sur les théâtres du Panthéon, de l'Odéon , de Saint-Germain, le Théâtre- Historique, les Folies-Dramatiques, la Porte-Saint- Martin, et enfin, une seconde fois, TOdéon, où il joue, de i852 à i838, tout le répertoire classique et fait quelques heureuses créations, notamment dans François le Champi^ deMmeSand*.

Le début de M. Barré, dans le petit rôle épisodiquede Pierrot de Don Juan^ est des plus heureux. M. Barré a beaucoup de bonhomie, de rondeur et surtout de naturel. Cest en outre un comédien d'une grande conscience, trèstravailleur, ne trouvant jamais de rôles au-dessous de son talent et les interprétant tous avec le même soin, si minimes et si peu importants qu'ils puissent paraître. Nous allons le voir doubler Provost, et par la suite remplacer tout à fait cet éminent sociétaire, non pour le faire oublier, certes 1 mais au moins pour qu'il soit possible, — après sa mort, — de lui laisser bon nombre de rôles où Provost a brillé avec tant d'éclat.

Le 25 juin, M. Barré fait son deuxième début dans le

I. Voir notre monographie de la Comédie-Française dans la collection des Foyert et CouHs$eSt en deux parties, chez Tresse, in- 16, 1875.

Georges Dandin de Molière (rôle de Georges Dandin)*, et le 12 juillet il effectue le troisième début réglementaire dans le personnage d'Orgon de Tartufe. Il devient dès lors pensionnaire définitif de la Comédie-Française, et par la suite l'un des plus utiles, nous dirons même Tun des plus indispensables. Le sociétariat a justement récompensé, en 1876, ses longs et excellents services.

I" Juillet. — Première représentation de VArioste^ comédie en un acte, en vers, de M. Charles Lafont2.

La nouvelle pièce de M. Charles Lafont, à qui la Comédie- Française doit déjà le Chef-d'œuvre inconnu (17 juin 1837), a pour sujet la fameuse anecdote légendaire dans laquelle le célèbre poëte italien, devenu gouverneur du comté de Grafïignana, tombe entre lès mains de brigands qui veulent le mettre à mort. Mais la découverte de fragments de VOrlando furioso^ qui se trouvent dans les bagages de TArioste, opère un revirement miraculeux, et ces brigands, — lettrés sans doute, — épargnent le grand poëte à cause de Tadmiration que leur inspire son illustre ouvrage. Ajoutez à cette histoire, déjà médiocrement dramatique, divers" épisodes aussi romanesques et invraisemblables que mal rattachés à Faction principale, et vous aurez la suffisante idée d'une pièce composée de morceaux disparates dont Tensemble manque absolument d^ntérêt. En revanche, nous louerons le talent poétique de M. Charles Lafont, ainsi que la fermeté de son style. On a beaucoup plus applaudi, en effet, sa comédie nouvelle pour la forme que pour le fond.

Page 1