‹ Journal intime de la Comédie françaiseChapitre 43 sur 67 · I. Moins MM. Got, Bressant, Ma» Nathalie et Fix · texte numérisé non relu

I. Moins MM. Got, Bressant, Ma» Nathalie et Fix

3. MM. Geffroy (Tartufe), Barré (Orgon) ; M»* Judith (Elmire).

23o LA COMEDIE-FRANÇAISE.

coquetterie si spirituelle et si .fine, et qui est d'ailleurs le seul de Musset qu'elle garde définitivement.

18 Septembre. — Première représentation de V Œdiperoi de Sophocle, traduction par M. Jules Lacroix, avec musique d'Edmond Membrée *.

La restitution du chef-d'œuvre tragique de Sophocle, que M. Jules Lacroix vient de nous donner aussi littéralement traduit que possible et habilement coupé en cinq actes, est des plus curieuses à tous les points de vue. Cest la tragédie grecque elle-même que nous avons ici sous les yeux dans sa naïveté grandiose. En respectant aussi fidèlement et en serrant d'aussi près le texte original, M. Lacroix est arrivé à être très-supérieur à tous ceux qui avaient, avant lui, tenté d'approprier V Œdipe-roi à la scène, et entre autres, — pour ne citer que nos poètes nationaux, — Corneille, Voltaire, Lamotte, M.-J. Chénier, etc.... IJŒdipe de Voltaire, la plus célèbre de ces appropriations, et qui a joui si longtemps, au siècle dernier, de Testime et de la faveur publiques, est bien démodé aujourd'hui. On ne le remettrait certainement pas à la scène, avec une chance quelconque de succt^s. Cela tient aux transformations que Voltaire a cru devoir faire subir aussi bien au texte primitif qu'au fond même de la tragédie de Sophocle, qu'il avait accommodée au goût du jour, lequel n'était pas toujours très-éclairé ni très-pur. La traduction de M. Lacroix nous présente, au contraire, l'œuvre puissante de Sophocle daas sa simplicité première si pleine de force et de grandeur.

I. Ont créé les rôles : MM. Geffroy (Œdipe), Jouanni (Créon), Chcry (Tirésias), Troiichet (le prêtre de Jupiter), Talbot (un messager). Barré (on ancien esclave), Maubant (un envoyé), Verdellet (le coryphée) ; .M»" Nathalie (Jocastc), Favart, Stella Colas et Jonvante (femmes thébaines).

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Les chœurs, qui constituent une des parties principales de la pièce^ et dont le rôle est considérable dans la marche de Faction, où ils interviennent si souvent, ont été également respectés. Ils se déclament sur un accompagnement musical très-développé et dont M. Edmond Membrée est l'auteur. Les soli de ces chœurs sont récités à tour de rôle par les jeunes Thébaines, le coryphée et l'une des femmes du chœur des mères *. L'unique décoration devant laquelle se déroulent les tragiques péripéties des cinq actes du drame est magnifique de couleur locale et d'éclat. La vue du temple et celle du palais d'Œdrpe, séparés par la belle statue d'Apollon Lycien, sont d'un très-grand effet, et le paysage de la toile de fond, traversé par la rivière Isménus serpentant au milieu d'autres temples qui s'aperçoivent dans un vague lointain, CQmplète un véritable tableau antique très-fidèlement étudié.

21 Septembre. — Débuts, dans le rôle d'Henriette des Femmes savantes^ de M"* Marie Royer, élève de M. Provost, qui a obtenu aux derniers concours du Conservatoire le double premier prix de tragédie et de comédie. La

I. Les intermèdes, que remplissent les chœurs déclamés sur la remarquable musique de M. Membrée, se répartissent de la manière suivante, dans la tragédie :

Acte /«r. — Premier intermède : trois strophes et antistrophes déclamées par M»M Favart, Stella Colas et M. Verdellet;

Acte II. — Deuxième intermède : deux strophes et antistrophes déclamées par M»«« Favart, Jouvante et M, Verdellet ;

Acte III. — Troisième intermède : deux strophes et antistrophes déclamées par M"« Favart et M. Verdellet;

Acte IV. — Strophe déclamée par M»c Stella Colas et antistrophe par M"« Favart. — Quatrième intermède : deux strophes et antistçophes déclamées par M»« Jouvante et M. Verdellet;

Acte V. — Strophes d'Œdipe déclamées par M. GefFroy avec réponses dites par M. Verdellet.

nouvelle venue a une physionomie pleine de vivacité, une tenue excellente et elle conquiert rapidement la faveur du public. Le 25, cette intelligente artiste accomplit ses deuxième et troisième débuts dans les rôles d'Ëlisede V Avare et d'Angélique du Malade imaginaire. Elle est aussitôt admise comme pensionnaire.

Nous verrons, dans la suite de ce livre, Mï*« Royer aborder successivement tous les rôles de son emploi et prendre une excellente place, en qualité d'amoureuse et de jeune première. Ce n'est cependant qu'en 1873(11 janvier)*, et après quinze ans de services, qu'elle est enfin admise au sociétariat. Deux créations remarquables dans les Enfants^ comédie de M. Georges Richard (ao septembre 1872), et dans la Farce de maître Pathelin^ cette restitution si habile de M. Ed. Fournier (26 novembre 1 872), avaient en quelque sorte forcé, pour elle, la porte où elle frappait depuis si longtemps. Mais, hélas! la sympathique comédienne ne put jouir que pendant quelques mois du grand honneur qui venait d'assurer si heureusement son avenir dramatique : elle fut emportée par une fièvre typhoïde, le 21 juin 1873, âgée d'à peine trente-deux ans.

26 Septembre. — Première représentation, à la Corné die-Française, de l'Oncle de Sycione, comédie en imactc, en vers, de M. René Clément *.

I . Représentée pour la première fois au théâtre de l'Odéoo, le 19 tTiil i835. Voici les deux distributions dans les deux théâtres :

OdéoH. Thédire-Franfois.

Simon, père de Pannychis. . . . MM. Talbot Talbot.

Blépyre , riche marchand de

Sycione Fleuret.... Mirecoar.

Pamphile, «on neveu Laray Delille.

Canon, esclave de Simon.... Barré Barré.

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Jolie petite pièce antique, sans grande intrigue, mais remplie de charmants détails et de vers finement et spirituellement tournés. La douce Pannychis, jeune Grecque de la Grèce classique, aime en secret le beau Pamphile. Simon, son père, veut lui faire épouser son ami Blépyre, qui, lui, n'est ni jeune ni beau, mais envers qui il a contracté jadis de grandes obligations, en échange desquelles il lui a promis de lui donner sa fille quand elle aurait atteint rage du mariage. Or, Pamphile est précisément le neveu de Blépyre, et comme les traits de son oncle sont un peu oubliés, car il est depuis longtemps absent pour ses affaires, Pamphile usera de stratagème et tentera de se Élire passer pour lui. Simon trouve bien le prétendu oncle un peu jeune, mais il donne cependant dans le panneau, et Pannychis épouserait son amant sans conteste si Blépyre ne survenait tout à coup. Blépyre est heureusement un homme raisonnable qui comprend bien vite que son neveu constitue un mari plus sortable que lui-même pour' une fille aussi jeune et aussi belle; il les dotera donc tous deux :

Ma fortune est à vous,

Vous êtes mes enfants* Pour moi je revendique Un coin obscur et cher au foyer domestique. Ainsi votre maison d'un ami s'accroîtra Et la faveur des dieux sur vous s'inclinera.

Mlle Favart est bien jolie, émue et touchante dans ce gracieux personnage de Pannychis, à peine esquissé et s poétique dans son rapide et vague dessin. On a ri beau-

Odéon. Théatre-Francah, PaQoychis, fille de Simon.... Mnea^Harville-Brindeau Favart. Myrrhiae, Dourrice de Pannychis.* Grassau... Lambquin.

coup aussi de la grotesque Myrrhine, duËgne acariâtre, et du mitron Carion, fort amusant avec le carcan que son maître a imaginé de lui mettre au cou pour l'empfcher de goûter à sa farine et à son miel. En somme, charmant succès, [rës-litcéraire, et qui promettait un écrivain distingué, qui, cependant, n'a guère fait depuis parler de lui.

8 Novembre. — Première représentation de le Luxt, comédie en quatre actes, en prose, de M. Jules Le- , comte*.

La comédie de M. Lecomte veut nous faire toucher du doigt tous les maux qui peuvent s'abattre sur un ménage dont la passion du luxe absorbe les ressources aui dépens des néceasiiés de la vie, passion d'autant plus malheureuse ei coupable quand elle s'est introduite dans une famille dont la fortune est modeste et qu'elle doit conduire, en peu de temps, à la ruine.

M"* et Mil» Morel, fimme et fille d'un ingénieur honnête et habile, sont les deux exemples choisis. Ces daines aiment le luxe, la toilette et les bals; elles veulent briller partout, beaucoup plus que leur fortune ne leur permet' de le faire, et le résultat inévitable de cet excédant de la dépense sur la recette, qu'elles pratiquent en permanence, se fait bientôt sentir. Si le plaisir a été grand, le réveil est terrible. Les créanciers arrivent en foule, mais la caisse est vide et le déshonneur, grâce aux folles prodigalités <ie M"" Morel, entrerait tout di-oit dans la maison si un neveu, que M. Morel a élevé, ne se présentaitprovidealiLllement et ne sauvait, par reconnaissance, sa tante Ju n:]urrage qu'elle avait cependant bien mérité, en lui offrant

I. Ont crM les rfiloa : MM. GslTroy (.Morel], Leco plère), Maillart (d'Auvrav), Monrose [Farju); M»" Joi Fnvirl (Esther), Figeac (comlesscde Barges), Emma

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les sommes nécessaires pour payer ses dettes. Ce dénoûment, — déjà bien heureux, — se complique encore du mariage inespéré de M"« Morel avec un riche Américain que ses beaux yeux ont séduit à Bade. En somme, tout le monde est content, et si M™« Morel est guérie de sa folie, elle n'a guère été punie que par la crainte passagère d'une catastrophe, dont la réalité eût peut-être été plus naturellement dans la logique des choses.

On a rapproché la pièce nouvelle de M. J. Lecomte de la comédie d'Emile Augier, les Lionnes pauvres. Cette pièce de Téminent écrivain mettait en effet en scène un semblable sujet (théâtre du Vaudeville, — 22 mai i858), mais avec une verve, une force et une autorité bien supérieures. Chez lui, la leçon était d'ailleurs terrible et proportionnée à la faute commise par son héroïne, beaucoup plus coupable encore que Mme Morel, puisqu'elle avait un amant qui payait son luxe, ce qui n'est heureusement pas le cas de la bonne bourgeoise de la pièce de M. J. Lecomte. Une conclusion plus dramatique n'eût pas nui, cependant, à son succès, et tout le monde a reconnu, en effet, que la trop luxueuse M"« Morel s'était tirée à bien bon compte des difficultés fâcheuses qu'elle avait si volontairement créées autour d'elle, et que sa fille avait trouvé, dans un riche mariage, non la guérison de la maladie du luxe que lui avait si imprudemment inculquée madame sa mère, mais bien de nouvelles occasions et les moyens d'y persévérer autant qu'elle le voudrait, et cette fois avec d'autant plus de plaisir qu'elle y verrait moins de danger.

La pièce de M. Jules Lecomte n'est arrivée à la scène qu'après de sérieuses retouches et modifications dues aux précieux conseils de M. Régnier. Elle est intéressante, bien écrite, mais d'un style parfois un peu cherché, et

elle trahit encore, par bien des endroits, l'inexpérience de son auteur. Elle a obtenu toutefois un assez vif et durable succès.

i8 Novembre. — Débuts de M. Eugène Garraud, dans le rôle d'Éraste, du Dépit amoureux *.

M. Garraud arrive directement du Gymnase, où il a remplacé M. Bressant, lors de son entrée à la Comédie- Française. C'est un artiste expérimenté* et consciencieux, et qui doit doubler, souvent avec bonheur, ses chefs d'emploi, MM. Delaunay, Leroux et Dressant. M. Garraud est devenu ainsi, avec le temps, l'un des utiles pensionnaires de la Comédie-Française.

24 Novembre. — M°»« Plessy joue, pour la première fois, dans la reprise de Bataille de Darnes^ le rôle de la comtesse, créé par M™" Allan. MM. Régnier et Provost reparaissent dans les personnages de Grignon et de Montrichard qu'ils ont créés (17 mars i85i).

6 DÉCEMBRE. — Reprise 6! Oscar ^ ou le Mari qui trompe sajemme, comédie en trois actes, de Scribe.

C'est l'un des plus amusants imbroglios de Scribe, véritable vaudeville, il est vrai, mais d'une ingénieuse intrigue menée jusqu'au bout avec la verve et la dextérité des meilleures pièces de son auteur. Un rôle de soubrette, créé et repris par Mil» Brohan, est fort original; cette fine mouche, qui tourne sans cesse autour de la pièce et de rintrigue, est des mieux posée en scène, et M"* Brohan

1. MM. Got (Gros René), Saint- Germain (Mascarille); M"** Fix (Locile), Bonval (Marinette).

2. Né en i83o, M. Garraud avait successivement joué la «xoédie ao Mans, à Reims, au Havre et à Versailles, avant de venir débuter au Gymnase (1854, le Fils de famille).

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fait valoir son personnage avec une verve étonnante. La curiosité de la reprise actuelle était surtout de voir M. Régnier, qui avait créé^ en 1842, le rôle de Bonnivet^, reprendre celui plus marqué de Gédéon. Mais le talent de M. Régnier sait se prêter à toutes les transformations, et il a, en somme, paru aussi excellent en Gédéon qu'en Bonnivet.

Voici d'ailleurs la distribution des principaux rôles de la pièce aux deux époques :

Oscar Bonnivet.

MM. Régnier.

Got.

Gédéon Bonnivet.

Périer.

Régnier.

Juliette, femme d'Oscar.

M"" Denain.

Madel. Brohan.

Manette, femme de chambre. A. Brohan. Â. Brohan.

14 DÉCEMBRE. — Première représentation (ÏHé.o et Léandre, drame antique en un acte et envers, de M. Louis Ratisbonne.

La légende mythologique d'Héro et de Léandre, trèspoétique en elle-même, ne pouvait donner matière à une action dramatique quelconque. Elle constitue tout au plus un dénoûment, et comme, par le fait, elle ne peut se lier naturellement à aucune autre action plus développée, on peut dire qu'elle est impossible à la scène. M. Ratisbonne n'en a pas jugé ainsi, et il a cru que de beaux vers et de poétiques pensées, noblement exprimées, pouvaient, peutêtre, pour un soir et pour moins d'une heure, intéresser suffisamment le public au tableau un peu monotone d'une infortune dès longtemps connue. Il a donc tenté de mettre en scène l'épisode unique des amours contrariés d'Héro soupirant après la venue de Léandre, retardée par un

t. La première représentation date du 21 avril tSdS.

orage furieux, et jurant à Neptune, si son amant échappe à la rage des flots, de lui sacrifiera jamais son amour ménie. L'orage s'apaise, Léandre aborde, et la malheureuse Héro, qui ne peut plus aimer, désespère, par sa froideur. Tinfortuné Léandre qui se noie au retour. Ce que voyant Héro, elle se précipite à son tour au sein des flots pour y retrouvef, — mais non sans avoir d'abord maudit les dieux barbares qui vont causer sa mort, — le cher amant qu'elle vient de perdre :

AMYLLA, à Héro.

Ne desespérez pas de la bonté des dieux!

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