Voici le détail de cette belle décoration
Un panorama représentant le détroit; le milieu du théâtre occupé par des rochers qui dominent la mer. A gauche du spectateur, une statue de Vénus; devant la statue et à quelque distance, un autel couvert d'offrandes et de fleurs. Au deuxième plan, une tour d'un aspect sombre ; à droite^ au premier plan à travers les rochers, le terrain descend en pente vers le "vage et se perd dans la coulisse.
4- Représentée pour la première fois au théâtre de l'ddéon, le 3i mars »^22, et créée par David, Sartison et M»»" Delâtre et Falcoz. La première représentation de cette pièce à la Comédie-Française a eil lieu le 29 septembre 1843, avec la distribution suivante : MM. Samson (Bourdeuil), MaîUait (Dorsay), Leroux (le commis); M»"» Anaïs (M»» Dorsay), Aug. Brohan (M«« Bourdeuil), Denain (M»* de Montalant), Thénard (M»» Hippolyte).
sont joués par Leroux (Dorsay) et M"*" Madel. Brohan (Mme Bourdeuil), Aug. Brohan (M°»« Dorsay) et Figcac (Stéphanie).
Le même soir, M"« Figeac jouait, pour la première fois, le rôle d'Armande, dans les Femmes savantes.
L'année iSSg est encore une année maigre : reprises sur reprises, débuts, représentations de retraites, mais peu de nouveautés, et surtout de nouveautés durables. Voici en quelques mots, et par avance, le bilan de la nouvelle année que la nomination de M. Talbot^ comme sociétaire, inaugure le 1" janvier même.
M. Talbot est un artiste plus solide et sérieux que brillant : beaucoup d'acquit et d'expérience, grand amour de son métier et du travail, homme d'excellent conseil et d'une véritable modestie ; se mêlant peu des petites affaires d'intérieur, et n'étant, par conséquent, d'aucune coterie. On a prétendu que les relations de famille qui existent entre M. Talbot et M. Geffroy, dont il est le gendre, ont facilité son admission. La chose est possible, et je ne dis pas que cette circonstance y ait nui; mais , en somme, il n'y a eu là ni pression ni scandale, et d'ailleurs, on pouvait beaucoup plus mal choisir.
1 5 Janvier. — Fort belle représentation en l'honneur du 237e anniversaire de la naissance de Molière, compo-
sée de PÉcol'e des maris et le Bourgeois gentilhomme. Divers artistes de l'Opéra ou élèves du Conservatoire paraissent dans rintermède et le divertissement de la dernière pièce. Au premier acte, M"»« Ferdinand (chant) et M^'* Moncelet (danse); au quatrième acte, M. Périé (le Muphti), et comme chanteurs des parties autres que les soli, MM. Hayet, Lavigne, Peschard, Roudil, Méthelin, Daubert, etc.
17 Janvier. — Débuts de M^e Montagne, élève de M. Beauvallet, et qui a obtenu le deuxième prix de tragédie aux derniers concours du Conservatoire. C^est une personne distinguée et à coup sûr intelligente, mais qui est d'une taille un peu exiguë pour les grands rôles tragiques^ et dont, en outre, la voix ne porte malheureusement pas. On avait pu croire d'abord à un excès de timidité fort compréhensible, mais la voix continuant à ne point passer la rampe, il a bien fallu se rendre compte de Tinsuffisance de Torgane de la débutante i. C'est dans le rôle de Chimène. du Cid^ qu'elle se montrait ce soir-là pour la première fois 2, Je n'ai pas vu que M'^* Montagne, qui n'est pas restée longtemps à la Comédie-Française 3, se soit fait jour
1 . « Ce n'est pas rintelligence, ce n'est même pas la sensibilité qui manquent à MUe Montagne, c'est la personne tragique. Elle n'est pas, dans ce sens qu'elle ne représente pas. Elle n'est pas Chimène, elle ne sera pas davantage Atalide ou Sabine ; elle est un second prix du Conservatoire, intelligent et distingué. Elle manque de physionomie, ce qui l'emp^cbe d'éclairer les mouvements si divers que cherche toujours à cacher la fiU^ de Don Gormas; elle manque de voix, ce qui l'empêche de s'exalter, d'exagérer sa douleur et de trahir son amour par la violence même de ses emportements; mais où le rôle est simple et sincère, elle le rend avec justesse dans de petites proportions. » (Th. Gautier.)
2. MM. Beauvallet (Rodrigue), Maubant (Don Diègue); M«« Joownii: (Elvire).
3. Ce n'est que le 24 janvier suivant que MW« Montagne a reparu une deuxième fois dans le Cid.
ANNÉE i85g. 243
ailleurs; elle n'a, depuis, que je sache, paru sur aucun autre théâtre. Elle avait cependant certaines qualités qu'il aut reconnaître et qui auraient pu la mieux servir, sans doute, sur des scènes moins relevées, et surtout dans des salles d'une étendue plus restreinte.
22 Janvier. — Débuts de M**« Devoyod, qui arrive de rOdéon, où, depuis deux ans, elle obtient de véritables succès dans la tragédie *. D'une taille élevée, d'une belle physionomie avec de grands yeux pleins de vivacité et d'intelligence, M"« Devoyod n'a eu qu'à se montrer pour produire tout d'abord une assez favorable impression par la chaleur communicative de son jeu. Elle a malheureusement contre elle un défaut de prononciation qu'elle n'a jamais pu vaincre et qiii est capital, ce qui ne l'empêchera pas, toutefois, de fournir une longue carrière à la Comédie- Française, où elle a joué avec succès, et pendant dix années environ, dans la tragédie, dans le drame ou dans la haute comédie.
C'est par la comédie qu'elle débute, et dans un rôle créé par M"« Judith, celui de la Fiammina, de la* pièce de Mario Uchard. Elle a de fort brillantes toilettes et vraiment beaucoup d'élégance et assez grand air. Les der-
I. M»« Louise-Pierrette-Élise de Voyod dite Devoyod, née à Lyon, le 10 jaillet i838; élève du Conservatoire le 28 juin i853 (classede M. Sam- 100); elle obtient aux concours de i855 les premiers accessit de tragédie et de comédie et les seconds prix aux concours de Tannée suivante Immédiatement engagée à rOdéon, elle y débute le 20 octobre i856 dans le rôle de Célimène du Misanthrope. « M'i» Devoyod, dont le jeu et la diction se font surtout remarquer par la vigueur, est regardée comme la moins imparfaite des héritières de MUe Rachel, dans le répertoire tragique au Théâtre-Français. » (Gust. Vapereau.)
• Elle est grande, elle a du regard, de la fierté, une voix sonore, tendre, poissante et d'un accent qui pénètre; MUe Devoyod n'est pas tout à fait une débutante ordinaire. » (Th. Gautier.)
niers actes lui permettent de montrer, en outre, qu'elle a de la sensibilité et de Témotion. Elle obtient, en réalité, un très-honorable succès, et il faut reconnaître, d'ailleurs, que les deux années qu'elle a passées à TOdéon lui ont donné Fhabitude assez complète des planches, et une certaine assurance qui manque, en général, aux jeunes débutantes, lesquelles arrivent directement sur la scène du Théâtre -Français sans qu'elles se soient à l'avance essayées sur d'autres scènes.
Les deuxième et troisième débuts de M^^^ Devoyod ont eu lieu le 25 février dans Rodogune^ et le 7 avril dans le Verre d^eau (rôle de la duchesse de Marlborough).
25 Février. — Rentrée de M"« Emilie Guyon*. M"* Guyon avait effectué ses premiers débuts à la Comédie. Française le 7 juin 1841, dans le rôle de Dona Sol d'f/ernani. Elle n'y a séjourné alors que deux années, et, en 1843, elle est allée à l'Ambigu, où elle a obtenu de considérables succès dans le drame. M™* Guyon a été, en effet, pendant plus de quinze années, c'est-à-dire jusqu'à son dernier retour à la Comédie-Française, la reine dramatique incontestée du boulevard. En 1854, elle est entrée à la Porte-Saint-Martin,- et tout le monde se souvient encore des triomphes qu'elle y obtint dans la Vie £une comédienne, les Mères repenties^ le Fils de la nuit^ etc.
La Comédie-Française crut devoir lui ouvrir de nouveau ses portes, mais cette fois M"* Guyon était une puis-
I. Née le 2 octobre 182 1, Emilie-Honorine Guyon avait épousé son cousin germain l'acteur Georges Guyon, celui qu'on a suraominé le Talma du boulevard, et qui avait d'abord débuté, sans succès, i la Comédie-Française dans la tragédie de Mahomet (3 mars i833). Il rnoomt en i85o. M»* Emilie Guyon épousa ensuite, en secondes noces, M. Mathieu Plessy, fabricant de produits chimiques et frère de M*« Anooki- Plessy (1860).
sance avec laquelle il fallait traiter sur des bases de haute valeur. On lui offrit donc le sociétariat, avec tous ses avantages, et le I" octobre i858, elle fut définitivement admise. Une assez forte indisposition a retardé jusqu'à ce jour sa représentation de rentrée, qui a lieu dans Rodogune ^, par le rôle de Cléopâtre, et dans Par droit de conquête, par le personnage de M™' Georges, la fermière, créé par M"«« Allan.
Cest dans la tragédie que M™« Guyon réussit surtout, et c'est seulement, en effet, comme grand premier rôle tragique qu'elle est appelée à rendre quelques services à la Comédie-Française, dont le répertoire ne s'est pas, par la suite, prêté à un développement sufHsant des qualités spéciales qui avaient fait les immenses succès de cette éminente artiste sur les scènes du boulevard. La tragédie n'obtient en effet les faveurs ordinaires du public que lorsque des individualités tout à fait exceptionnelles l'interprètent. M"« Guyon n'est pas une tragédienne classique : elle paraît même à tout moment comme importunée par les souvenirs et les traditions du drame où elle a brillé si longtemps; elle a une grande chaleur, une tenue fort belle et certainement fort digne, mais ses éclats de voix ou de gestes ne sont pas toujours dans la mesure voulue et la dépassent aussi quelquefois. Elle est cependant fort applaudie, et, tout en maintenant ces restrictions, nous pouvons dire que la Comédie-Française vient d'acquérir l'actrice de Paris la plus capable de rendre encore quelque lustre à la tragédie.
I. Distribution des rôles : MM. xMaillart (Antiochus), Maubant (Séleucm), Chéry (Oronte), Verdellet (Timagène); M^ei Guyon (Gléopàtre), Devoyod (Rodogune), Jouvante (Laonice).]
Dans le grand répertoire comique M"* Guyon ne peut réussir à un égal degré ; elle y demeure toujours , — quoi qu'elle fasse, — une reine de tragédie ou de mélodrame mal à Taise dans les costumes trop modernes. Sa tenue^ sa démarche et sa manière de dire ont quelque chosç de solennel qui n'est ni simple ni naturel; on croirait volontiers voir une grande dame qui s'est travestie. Les grandes dames du répertoire courant de la rue de Richelieu n'ont, en effet, ni les emportements, ni les fureurs, ni les effets compliqués de viols, d'inceste, de trahisons auxquels elle était habituée. En un mot, M"«Guyon, pas plus dans la comédie que dans la tragédie, n'est une classique; elle a un tempérament artistique auquel les orages du théâtre sont nécessaires, et qui ne saurait s'accommoder des rôles qu'il fsLut u parler, » ainsi que parle tout le monde.
Son deuxième début a lieu le 1 7 mars, — et sans nou* velle particularité à faire ressortir, — dans Agrippine de Britannicus^^ et nous parlerons plus loin du troisième, qui a été le plus éclatant, dans Athalie,
26 FÉVRIER. — Représentation extraordinaire donnée au bénéfice de Brindeau, sociétaire retiré, et pour sa retraite 2.
C'est la dernière apparition de M. Brindeau sur la scène de la rue de Richelieu; il joue Alceste du Misanthrope, et Vaudreuse de la Fin du roman. Voici d'ailleurs le programme complet de cette belle représentation :
1. MM. Beauvallet (Néron), Maubant (Burrhus), Jouanm (Britaonicoi^ Verdcllet (Narcisse); M»»" E. Guyon (Agrippine), Favart (Joniejf Joovante (Albine).
2. Nous avons dit plus haut que M. Brindeau avait quitté la Comcdie- Française en i85t.
ANNÉE iSSg. 247
i» Le Misanthrope y ainsi distribué :
MM. Samson (Oronte), Beauvallet (Philinte), Delaunay (Acaste), Régnier (Dubois), Brindeau (Alceste), Métrême (Clitandre); M»" Arnould - Plessy (Célimène), Judith (Éliante), Nathalie (Arsinoé), c'est-à-dire interprété surtout par des sociétaires;
2» La Fin du romauj avec MM. Got (Stephen), Brindeau (Vaudreuse), Monrose (Verrières); M»» Fix (Henriette);
3» Intermèdes : scènes d'imitations intitulées les Comiques de Paris, musique de M. Sylvain Mangeant, dites par M. Brasseur, artiste du Palais-Royal ;
Prélude de Bach arrangé par Gounod et joué et chanté par MM. Amingaud, Maton et M""» Miolan-Carvalho ;
Cavatine d'Ernani, de Verdi, chantée par W^* Saint-Urbain, alors au Théâtre-Italien.
I" Mars. — Première représentation de Rêves d^amour comédie en trois actes, en prose, de MM. Scribe et de Biéville.
Ces Rêves d'amour, la dernière comédie que M. Scribe ait donnée au Théâtre-Français, ont assez faiblement réussi; On ne reconnaît pas la vieille habileté de M. Scribe dans ce scénario usé que ne relèvent ni Tesprit, ni les détails des scènes ou de l'intrigue. Une jeune femme, heureuse s'il en fut, M™« Dalibon, se reprend tout à coup de belle passion pour un officier de marine qui, de son côté, s'était épris, — du moins elle se Tétait imaginé, — d'un discret mais violent amour pour elle, alors qu'elle était encore jeune fille. Depuis, l'officier avait passé pour mort dans un voyage autour du monde, mais, — exactement comme dans la Joie fait peur, — il revient tout à coup. M"« Dalibon, troublée, malheureuse, aimant toujours, au fond d'elle-même, ce bel amoureux, est obligée de le recevoir; mais il se trouve, en fin de compte, que ce n'est pas elle qu'il aimait, mais bien sa belle-sœur, la sœur de
son mari, qui, elle aussi, a eu jadis, pour Tofficier si inespérément réapparu, une passion qui était au moins partagée, puisque le tout finit pour elle par un mariage dont il esc le héros * .
M. de Biéville, le collaborateur de M. Scribe, pour cette œuvre qu'on a le droit de qualifier de sénile, a cherché à défendre, dans son feuilleton du Siècle^ la pièce nouvelle contre ses détracteurs. Il a voulu, prétend-il, — de concert avec son éminent collaborateur, — donner une leçon aux jeunes femmes rêveuses, les placer entre les dangers et les périls sans nombre des amours clandestins et le calme, la joie et les douceurs du foyer conjugal; les faire passer par toutes les épreuves qui résultent d'une passion illégale et défendue, mais cependant sans que les choses soient assez poussées à l'extrême pour que le retour au bien et au devoir ne soit ni impossible ni choquant comme invraisemblance; ramener enfin cette femme à l'amour de son mari et de son ménage sans quelle se soit irrémédiablement compromise.
Ce plaidoyer pro domo n'a point paru suffisant et n'a désarmé ni la critique, ni surtout le public, qui a assez froidement accueilli les trois actes de Rêves d'amour^ dans lesquels il a retrouvé l'éternelle mise en scène de procédés qui avaient déjà si souvent servi à M. Scribe, et notamment dans Oscar ^ ou le Mari qui trompe sa femme ^ pièce récemment reprise au Théâtre-Français et dont la comédie nouvelle n'est, en quelque sorte, que la contre-partie.
I. Ont créé les rôles : MM. Régnier (Dalibon}, Delaunay (Henri Melfort), Saint-Germain (Euryale Desmichels) \ M»** Favart (M»« Dalibon}, Madel. Brohan (Jeanne), Figeac (Gervaise).
i5 Mars. — Reprise de le Philosophe marié^ comédie ea cinq actes et en vers, de Destouches i.
C'est la pièce la plus littéraire sinon la plus connue de Destouches; c'est, en tout cas, la plus estimée de son ré* pertoire. La Comédie-Française l'a jouée, pour la première fois, le i5 février 1727, avec un succès très-vif 2, mais elle n'était plus à la scène depuis longtemps. Or, nous sommes dans une année particulièrement fertile en reprises, et les lettrés ne peuvent qu'approuver la réapparition de la pièce de Destouches, bien que cependant le public ne lui ait fait qu'un médiocre accueil. Elle est, d'ailleurs, insuffisamment interprétée. Le rôle d'Ariste eût gagné à être joué par un artiste moins froid et moins compassé que Leroux; en revanche, Damon est parfaitement rendu par Bressant, et Céliante, la belle-sœur mondaine et bavarde, a, dans M"» Plessy, la plus brillante des interprètes. Le côté vraiment comique était représenté par M"*« Aug. Brohan, d'une gaieté piquante dans le petit rôle de la soubrette Finette.
8 Avril. — Reprise d^Athaiie^ tragédie de Racine, avec musique nouvelle des chœurs, par M. Jules Cohen 3.
Voici, cette fois, une véritable solennité tragique, et qui a obtenu un grand et réel succès, surtout en présence du public spécial de la première représentation. VAthalie^
I. MM. Leroux (Ariste), Provost (Géronte), Bressant (Damon), Maillart (le marquis); M»*» A. Plessy (Céliante), Judith (Mélite), Aug. Brohan (Finette).
3. « Elle eut le plus grand succès, nous dit le chevalier de Mouhy, c'est la pièce de l'auteur qu'on joue le plus souvent; elle eut vingt représentations avant Pâques^ six après et dix dans le cours de Tannée, en tout trente-six représentations. » {Tablettes dramatiques.)
3. MM. Beauvallet (Joad), Maubant (Abner) ; M>"e*Devoyod (Josabet), la petite Debreuil (Joas).
25o LA COMÉDIE-FRANÇAISB.
que vient de nous rendre la Comédie-Française, est vraiment splendide : une interprétation hors ligne, les cos* tûmes, la mise en scène, et jusqu'à l'éclat de la musique, tout a concouru à Êiire de cette reprise l'un des plus beaux spectacles auxquels nous ait depuis longtemps conviés la Comédie- Française.
M*« Emilie Guyon est admirablement belle dans le rôle de cette reine tragique qu^elle nous a présentée avec beaucoup de dignité et de grandeur. Je ne crois pas qu'elle ait jamais trouvé, rue de Richelieu, un personnage plus approprié à ses moyens physiques et à la nature de son talent. C'est bien là la reine de théâtre qui lui convenait avant tout, et elle s'y est montrée très-supérieure même à ce qu'elle a été dans la Cléopâtre de Rodogune, qui l'avait cependant assez bien servie. On lui a même reproché de s'être £siite a trop belle; » Athalie ne doit pas se rendre sympathique, a-t-on dit, sinon elle écrase Joad, qui court le risque de ne plus être pris alors que pour un vulgaire conspirateur.
Il est facile de répondre à cette objection, à laquelle le judicieux M. Vapereau a prêté son autorité *, que c'est beaucoup plus avec la répulsion que doivent nous iaxtt éprouver les sentiments connus d' Athalie et exprimés par elle, qu'avec ses qualités physiques que la reine nous apparaît tout d'abord ; quant à la sympathie personnelle que peut nous inspirer l'interprète du personnage, elle est secondaire, en l'espèce, et elle s'efface même tout à fait devant l'horreur que le poëte a attachée à l'ensemble des actes et du caractère d' Athalie, à qui l'histoire, d'ailleurs, n'a point refusé la beauté ; enfin, s'il nous était permis de