I . V Année littéraire et dramatique^ tome l«r
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Jouer sur les mots, nous ajouterions que lalai leur morale d'Athalie est la seule que Racine ait voulu tout particulièrement rendre antipathique et odieuse.
Leschœurs de M. Cohen ont eu un vif succès ; ils étaient chantés par quarante-sept élèves du Conservatoire *, au nombre desquels on a surtout remarqué MM. Roudil et Peschard, qui, depuis, se sont fait un nom au théâtre. Un des chœurs nouveaux, celui des lévites armés, a eu les honneurs du bis, et comme le rideau venait de baisser sur sa première exécution, on a dû le relever devant l'insistance du public, qui voulait l'entendre une deuxième fois.
2 Mai. — Première représentation de Souvent homme varie^ comédie en deux actes, en vers, de M. Aug. Vacquerie 2.
M. Vacquerie n'est pas un écrivain dramatique ordinaire; sa plume est des plus exercées, et bien qu'il ait parfois versé dans Tornière où l'a attiré une imitation trop servile de Victor Hugo, il a cependant une manière de faire qui lui est suffisamment personnelle. De tout son théâtre, — prose ou vers, — c'est peut-être la pièce nouvelle que nous mettons au premier rang, non qu'elle ait une portée quelconque, comme étude de mœurs ou d'histoire, mais bien parce que, dans sa fantaisie, évidemment cherchée, elle offre une véritable originalité de détails et une forme de style qui est comme une ciselure des plus ouvragées et des plus délicates.
1 . Ces chœurs se répartissaient ainsi : onze soprani, douze ténors, dit contra]ti et quatorze basses.
2. Ont créé les rôles : MM. Delaunay (Beppo), Got (Troppa), Garraud (asar), Worras (Claudio) ; M»»»» Judith (Fidéline), E. Dubois (Lydia).
La pièce imprimée a été dédiée par M. Vacquerie à M™* Victor Hugo.
D'intrigue point, ou si peu, que cela ne peut compter pour grand'chose : Beppo aime Fidéline, qui le dédaigne ; que fera Beppo pour se la rendre favorable? Il emprunte à son ami Troppa, — c'est ainsi que cela se passe dans les fantastiques pays hantés par l'imagination de M. Vacquerie, — une jeune fille naïve, innocente et belle qu'on a confiée à sa garde, et il tente de rendre Fidéline jalouse en se montrant à elle aux côtés mêmes de Lydia, — c'est le nom de la jeune belle. Mais pendant qu'il semble feindre pour Lydia un amour qui n'est destiné qu'à lui ramener Fidéline, son cœur se prend d'une subite et irrésistible passion pour la jeune fille, et c'est elle, en somme, qu'il épousera.
Telle est la donnée de ce joli caprice de poëte, donnée bien frêle pour deux actes, mais dont M. Vacquerie a fait un petit tableau charmant. Ces gracieux personnages, romanesques et fantasques, n'appartiennent à aucune époque déterminée ; ils sont du xiv^ aussi bien que du XVI* siècle, et la scène se passe dans le pays que vous voudrez et au milieu d'un parc avec statues, bassins, jets d'eau et villas, dont les balcons s'ouvrent au milieu des arbres et fournissent ainsi un excellent prétexte à une décoration des plus verdoyantes et des mieux réussies. Ces quatre personnages, — Fidéline, Beppo, Troppa et Lydia, — sont tous nés dans le domaine si riche et si facile de la fantaisie; l'humanité ne semble pas exister pour eux, et c'est évidemment dans le pays de l'amour qu'est placée la scène de la comédie nouvelle, beaucoup plus qu'en un bourg voisin de Florence, ainsi que l'indique l'auteur. Il est vrai que M. Vacquerie a nommé ce bourg, a le Bourg-Paradis,» ce qui permet toutes les suppositions et même toutes les extravagances. Ce Troppa, en efiet, qui confie à son jeune et bouillant ami la jolie fille dont il a reçu la garde, nous semble manquer à toutes les pré-
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cautions comme à toutes les convenances. Mais nous n'y regarderons pas d'aussi près ; nous ne protesterons que contre le titre de comédie que M. Vacquerie a donné à sa pièce : une comédie suppose, en effet, une' intrigue, une peinture de mœurs et de caractères, une étude quelconque enfin du cœur humain; et ici rien, rien... de la poésie, du vague, de l'indéterminé, enfin tout ce qui — par le fait — nous a surtout plu et enchanté dans l'œuvre nouvelle, du moment qu'il a été bien admis qu'elle n'était qu'une simple fantaisie poétique.
Deux des interprètes de la pièce de M . Vacquerie sont tout à fait charmants, et ils sont entrés dans leurs rôles avec un naturel parfait : c'est de MM. Got et Delaunay que je parle. Quelle exquise désinvolture et quels brillants costumes, et comme Delaunay est gracieux et séduisant dans son riche vêtement que soulève Tépée ! Quant aux dames- interprètes, elles ont peut-être moins réussi, et leurs rôles sont aussi moins bienvenus et moins sympathiques. M"*" Judith a bien la fierté un peu raidequLcon* vient à F*idéline, mais elle manque de sensibilité, et W^* Emilie Dubois est toujours une trop espiègle enfant, surtout pour ce personnage de Lydia que l'auteur nous annonçait comme u une innocente, » et qui nous a bien surpris par la quantité de théories, un peu trop instruites pour sa prétendue naïveté^ qu'on lui fait débiter dans son rôle.
5 Mai. — Reprise de la Camaraderie, comédie de Scribe, et avec la distribution suivante que nous rapprochons de celle de la création de cette jolie pièce :
Comte de Miremont.
MM. Samson.
SaïAson.
Edmond de Varennes.
Menjaud.
Maîllart.
Bernardet.
Monross.
Régnier.
Oscar Rigaut.
Régnier.
Got.
De Montlucar.
Provost.
Mi recour.
Dutillet.
Dailly.
Talbot.
Saint-Estève.
Colson.
Jouanni.
Desrousseaux.
Monrose.
Saint-Germain.
Césarine.
M»w Volnys.
Plessy.
Agathe.
Plessy.
Favart.
Zoé.
Anaîs.
Fix.
Il est à remarquer que M™« Plessy, qui reprend le personnage de Césarine, a joué successivement les trois rôles de femme de la Camaraderie; elle crée celui d'Agathe le 19 janvier iSSy; joue celui de Zoé, le i3 septembre suivant, et enfin celui de Césarine, le 19 mai 1839.
14 Mai. — Représentation au bénéfice de rex-sociétaire Saint-Aulaire et pour sa retraite.
La plus grande gloire, nous pourrions même dire la seule gloire de ce tragédien vieilli, — il a aujourd'hui soixante-sept ans, — est d'avoir deviné le talent de Rachel. Il a été, en quelque sorte, Pinitiateur de l'illustre tragédienne, il Ta instruite, quatre années durant, dans Tart tragique dont il était Tun des plus modestes représentants, il a encouragé ses débuts au théâtre Molière d'abord, puis au Gymnase, et enfin il a négocié son entrée au Théâtre- Français. C'était, pour tout dire, un tragédien fort ordinaire, que Saint-Aulaire, bien qu'il appartînt à la Société depuis 1820 1... C'est le i" avril 1841 qu'il prit sa retraite*, et ce n'est qu'en 1859, "" comme si le Théâtre- Français eût toujours reculé devant l'octroi de ce tardif
I . ■ Saint-Aulaire, dit Tarchiviste Laugier, de Técole dite des beaox diseurs, comédien insouciant et monotone, qui aurait obtenu des succb s'il y avait eu en lui du feu sacré; Saint-Âulaire, depuis 1820 attaché m Théâtre-Français, en sortait avec ce flegme imperturbable qui ne l'a jamais abandonné. > Sa pedsictn de retraite fût réglée à 5^oûo francs.
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bénéfice, — qu'il obtint enfin la représentation de retraite â laquelle, depuis si longtemps, il avait droit.
UOdéon, le Gymnase, TOpéra-Comique et le Théâtre- Français font les'fraisdela soirée. Le bénéficiaire est trop âgé pour être capable de reparaître dans un rôle quelconque de son ancien répertoire, d*autant plus qu'il a dû perdre l'habitude de la scène depuis les dix-huit ans qull l'a quittée.
Voici le programme de cette soirée in extremis :
Comédie*Française : Le Bourgeois gentilhomme, avec la cérémonie ;
Gymnase : Le Pour et le Contre^ proverbe d*Octave Feuillet, joué par M"« Rose Chéri et Du puis ;
Odéon : Livre III, chapitre /•«', comédie en un acte de M. Pierron, représentée par Tauteur, M. Febvre et M"« Bérengère;
Opéra«*Comique : Intermède de chant par MM» Jourdan, Berthelier, et M»«* Boulard et Hurand.
Saint-Âulaire a encore survécu cinq ans à cette suprême soirée; il est mort seulement en 1864.
23 Mai. -> Reprise dUAdrierine Lecouvreur^ drame en cinq actes^ de Scribe et Legouvé 1.
1. La première représentation date du 14 avril 184.9. Voici ^^ distribiitioil d alorS) rapprochée de celle d'aujourd'hui :
Michonnet MM. Régnier.. Régnier.
L'Abbé Leroux.. Leroux.
iMaurice de Saxe Maillart . Maillart.
Prince de Bouillon Samson.. Mirecour.
Poisson. , Got Saint-Germain,
Qoinaalt • Chéry... Chéry.
256 LA COUÉDIE-FftANCAISE.
Continuation des tentatives d'incursion de M"*« Plessy dans le répertoire de M"« Rachel. Elle se montre fort belle, très-distinguée et même suffisamment dramatique, parendroits,dansle personnage d'Adrienne, plusconforme, d'ailleurs, à la convention historique de M. Scribe qu'à celle de l'histoire elle-même ; inférieure à coup sûr dans les côtés absolument tragiques du rôle, mais parfaite dans les parties qui touchent seulement à la comédie: beaucoup d'élégance et une grande tenue. Elle dit la fable des Deux Pigeons avec bien de la recherche, et sans le naturel qui manquait d'ailleurs également à M"« Rachel. Aucune n'a bien dit cette Êible délicieuse, parce que toutes deux — Rachel, la grande tragédienne, aussi bien que Téminente comédienne qui est M"« Plessy — ont beaucoup plus cherché à se faire valoir elles-mêmes qu'à faire ressortir l'exquise simplicité qui distingue le petit chef-d'œuvre de La Fontaine.
M™" Emilie Guyon, qui reprend le rôle de la princesse de Bouillon, créé avec tant de distinction par Mme Allan, y produit beaucoup d'effet et même de sensation par son grand air, sa hauteur et son dédain calculé dans la scàne capitale du quatrième acte, où M me Plessy, comme tragédienne, perd, à côté d'elle, beaucoup de ses avantages. Mme Guyon retrouve même, dans ce rôle, certains effets qui rappellent ses belles soirées du drame, au boulevard, et
1840. iSSg.
Âdrienne Lecouvreur. . . j M»** Rachel Plessy.
Athénats , Denain Favart.
La princesse de Bouillon Allan Goyon.
MU« Jouvenot Bonval...... Jou.issaio.
M»it Dangeville Worms. ... E. Fleury.
La marquise Berlin E. Rjqaer.
Labaronne Favart M. Rojrer.
elle obtient le plus vif succès dans cette reprise^ qui avait eu surtout pour but de mettre en évidence les qualités tragiques de Mn»« Plessy, laquelle excelle décidément — et même aujourd'hui sans rivalité ni partage — dans la haute et grande comédie. Mais le domaine dramatique est assez vaste, assez étendu, assez beau, pour que ces deux reines de théâtre puissent exercer leur empire dans ces deux genres si opposés*.
6 Juin. — Représentation extraordinaire en mémoire du 2 53« anniversaire de la naissance de Corneille. Le même soir, la Comédie-Française célèbre le triomphant résultat de la bataille de Magenta, qui vient d'être connu à Paris, par un Chant de victoire^ improvisé par M. Méry, et que M.Maubant déclame avc;c un bruyant succès. Cette même cantate, mise en musique par M. Auber, est chantée à l'Opéra par M. Gueymard et à TOpéra-Comique par M. Montaubry.
Quant à Corneille, on le fête plus spécialement par la représentation de Poîyeucte 2 et du Menteur 3, accompagnés de strophes adressées au pèrs de la tragédie, et dont M. Beauvallet, qui vient les dire, est également l'auteur.
10 Juin. — Excellente reprise du Vieux Célibataire, la meilleure comédie, ou du moins la plus connue de Colin d'Harleville. La pièce, qui a eu jadis un assez grand succès, n'a pas trop vieilli et elle est encore fort amusante.
1. Lors d'une solennelle reprise d'Adrienne Lecouvreur, le 20 septembre 1871, M™« Plessy joua pour la première fois le rôle de la princesse de Bouillon et M»« Favart celui d'Adrienne. Cette fois, M»« Plessy fut parfaite dans un rôle qui était tout à fait dans ses moyens et où elle ponyait déployer ses grandes qualités de distinction, de coquetterie et d'élégance.