M'« DOMONT
Alvarez.
La petite Dumont.
M*« Larcey.
(Il ne s^agit, dans cette analyse, que de U pièce retouchée par M. Alexandre Dumas fils et représentée 'à la Comédie- Française.)
Un homme, Dumont, a pour associé un autre homme, Ai* varez, devenu son ami et son
thie et affection, un autre homme, M. de Valchaumé qui, abusant de la confiance de son hôte, parvient à séduire sa femme. Le mari sait bientôt la fatale vérité; la femme apprend par une amie, M"« de Mainville, que cette vérité est connue et presque publique. Cette amie lui conseille d'éloigner au plus vite son amant. Discussion entre la maîtresse et Pâmant: celui-ci veut fuir seul, mais celle-là veut fuir avec lui; tous deux sont indécis sur le parti à prendre ; survient le mari ; il provoque l'amant qui refuse de se battre et qui, tout à coup, tombant aux pieds de l'homme qu'il a outragé, obtient^ à la fois — du moins tout donne lieu de le penser, — l'oubli pour lui et le pardon pour sa maîtresse, la brusque fin de la pièce sans conclusion aucune, laissant le champ libre à toutes les suppositions.
commensal et qui, abusant de la confiance de son hôte, parvient à séduire sa femme. Cet homme ignore la fatale vérité ; sa femme apprend par une amie, M»« Larcey, que cette vérité est connue et presque publique. Cette amie lui conseille ou de marier son amant ou bien de l'éloigner au plus vite. Discussion entre la maîtresse et l'amant; ce dernier veut enleversa maîtresse qui, dans l'horreur de sa faute et aussi de son amant, livre elle-même le secret terrible à son mari, en lui donnant de son plein gré la lettre par laquelle Alvarez lui propose de partir. Mais Dumont ne veut ni duel ni scandale; < je ne mettrai pas quatre témoins, dit-il à Alvarez, dans la confidence d'un fait qui ne doit être connu que des coupables et du juge ; et d'ailleurs, si je ne vous tuais pas, où serait la réparation ? si vous me tuiez, où serait lajustice?»Dumontchassedonc son déloyal associé en se ruinant par une liquidation précipitée dont il lui laisse tout l'odieux et il éloigne sa femme qui retourne chez ses parents pour un temps indéterminé.
Donc le fond des deux pièces est tout à fait le même, la différence existe seulement dans les développements et les détails. Dans VAmi de la maison, M. de Saint-Pré est certes un homme de bien, mais d'une confiance un peu
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aveugle et qui abuse du droit qu^un honnête homme a de se plaindre, au lieu de chercher tout d'abord, sinon le remède de son mal, au moins son explication et au besoin sa vengeance. — Dans le Supplice d'une femme (édition Girardin), Dumont est au fond un homme d'un caractère absolument semblable et qui n'eût pas été plus possible à la scène que ne le serait de Saint-Pré, si M. Dumas fils n'était aussi heureusement intervenu.
M™« de Saint- Pré hésite entre son devoir et son amant; elle paraît cependant plus portée à garder son séducteur, puisqu'elle veut à un certain moment se faire enlever par lui; ses remords, fort déclamatoires, n'ont l'air que médiocrement solides. Le rôle et le caractère de M"« Dumont sont, il est vrai, tout différents, mais ils diffèrent précisément sur les mêmes points et sur les mêmes incidents. Elle aussi, elle hésite entre son devoir et son amant, mais c'est par haine pour celui qui Ta séduite; c'est lui qui propose la fuite qu'elle repousse avec horreur ; mais cependant ce sont bien les deux mêmes femmes, coupables toutes deux, toutes deux prises de remords et revenant à leurs maris, non pas d'elles-mêmes, mais par le même motif et la même conclusion : la découverte de leur faute et l'expulsion de leur amant.
Valchaumé, de VAmi de la maison^ n'est pas plus intéressant ni sympathique qu'Alvarez du Supplice d'une femme; ils n'ont ni l'un ni l'autre le mérite du repentir; ils cèdent à la force ; ils ne rendent point de leur plein mouvement ni de leur volonté, aux maris qu'ils ont trompés, leur femme qu'ils ont séduite ; ils sont violents tous deux et ils deviennent même parfois ridicules.
M"* Larcey, la coquette du Supplice d'une femme^ et M"»* de Mainville, qui joue le même rôle dans VAmi de la maison^ sont deux mondaines, brillantes et légères; bien
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que le rôle de la dernière soit moins développé, elles jouent absolument toutes deux le même personnage révélateur, et elles servent à tendre, dès le commencement du drame, la suite et Tinterez de l'intrigue dans une scène qui, à part les détails, est absolument identique. Nous retrouvons aussi dans- les deux drames deux petites filles innocentes, sautillantes et gracieuses ; le rôle de Pune est moins détaillé dans VAmi de la maison, mais toutes deux ont un point de ressemblance très-capital ; elles ont une prédilection marquée pour Tamant de leur mère qui a pour elles la même affectueuse familiarité.
Je pourrais encore rapprocher quelques scènes importantes et à peu près identiques : celle où Mme Larcey vient raconter à M"® Dumont les soupçons auxquels sa conduite donne lieu ; les deux scènes d'explication entre les deux amants où Ton retrouve la situation parfaitement semblable de cette femme séduite et de son séducteur se débattant comme ils peuvent contre la force des choses qui, fatalement, les accable; et encore les scènes d'explication entre le mari et l'amant, toutes deux au troisième acte, dans les deux pièces, toutes deux si parfaitement en situation semblable. La même provocation de l'amant par le mari se retrouve dans les deux scènes, différemment présentée, il est vrai, mais produisant le même effet et aboutissant de la même façon. Tous ces rapprochements sont d'ailleurs surtout sensibles si l'on compare VAmi de la maison avec le Supplice d*une femme ^ tel que M. de Girardin l'a d'abord écrit, puis publié pour quelques élus*. 11 est d'ailleurs un dernier rapprochement qu'il est très-facile d'établir entre les deux drames : c'est que la
I. Le Supplice cf une femme, drame en trois actes, par M. Emile d^ Girardin (tirage à cent exemplaires).
première version de M. de Girardin est pour le moins aussi mauvaise et impossible à la scène que le drame touffu de l*Ami de la maison, qui deviendrait peut-être une bonne pièce à son tour s'il était livré également, en vue de la représentation, à la dextérité d'un aussi habile arrangeur. . Je ne puis d'ailleurs tirer ici aucune conclusion de ce petit débat qui n'offre, en somme, qu'un simple intérêt de curiosité littéraire. Toute la question serait de savoir si M . de Girardin connaissait, par avance, le drame que j'ai rapproché du sien, soit qu'il l'ait lu dans la brochure imprimée, sous le titre de r Adultère, soit qu'il ait eu sous les yeux le manuscrit de la Comédie- Française, intitulé rAmi de la maison. Dans le cas contraire, il faut avouer que le hasard est un puissant maître et que les beaux esprits, même à plus d'un demi-siècle de distance, sont encore sujets à pouvoir se rencontrer.
Le 7 juin, M. Eugène Provost est, — un peu prématurément, ce nous semble, — proclamé sociétaire. C'est une agréable surprise qu'on a voulu faire au comédien illustre dont M. Eug. Provost est le bienheureux fils ; mais il est clair que ce jeune artiste — la suite Fa bien prouvé — eût gagné à se perfectionner encore et surtout à attendre que la haute faveur, dont il a été investi, ait pu lui être octroyée comme récompense de son propre mérite et non de celui de son père. Quelques années plus tard, en effet, la Comédie, qui avait eu le tort d'élire M. Provost fils, a eu un second tort : elle est purement et simplement revenue sur sa décision première et a obligé le s(fciétaire qu'elle avait créé, un peu malgré elle, à redevenir pensionnaire comme devant. M. Provost a jugé alors qu'il était de sa dignité de se retirer, et il a sa* gement agi ; l'affaire a fait grand bruit, en son temps, dans
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rintcrieur de la maison de Molière, d'autant plus que le Comité, puisqu'il entrait dans la voie des exécutions sommaires, aurait pu ne pas se borner à celle-là^.
3o Juin. — Première représentation de la Pomme^ comédie en un acte, en vers, de M. Théodore de Banville. Cest une idylle antique, un duo mythologique, charmant d'ailleurs, bien qu'un peu long, entre Mercure (Coquelin) et Vénus (M"« Ponsin), qui se trouvent en coquetterie réglée dans l'île de Cythère, où la déesse de TAmour, amadouée par le messager des dieux, lui laisse emporter sa ceinture en échange de la pomme tentatrice qu'il est chargé de lui offrir comme appât et qu'elle croque à belles dents tout entière. Cette Pomme est la première pièce donnée par M. de Banville à la Comédie-Française; elle est d'une poésie très-recherchée, très -travaillée, très-
spéciale à son auteur, mais c'est, en somme, l'œuvre d'un fin lettré et elle a été fort sympathiquement accueillie.
Le 7 juillet, premier début de M"« Ramelli, comédienne de valeur, qu'on a remarquée à l'Odéon et au Gymnase, et qui arrive avec un talent vrai et de précieuses qualités à la Comédie-Française, où elle ne pourra cependant trouver à se faire jour. Elle paraît d'abord dans la duchesse du Verre d'eau^ puis, le 17 août suivant, dans la reprise de la jolie saynète en vers de M. Lalnyé^ Au printemps ^^