‹ Journal intime de la Comédie françaiseChapitre 55 sur 67 · M. E. Pfovost se retire définitivement le 12 mars · texte numérisé non relu

M. E. Pfovost se retire définitivement le 12 mars

2. La pièce a été jouée pour la première fois, à VOdéon, le 34. avril 1834. Voici sa distribution dans les deux théâtres :

Odéon. Théâtre-Français.

Thomassin MM. Talbot. Talbot.

Frédéric Métrêmc. C. Verdellet.

M»« Destourville M««>e« Grassau. Ramelli.

Rosine ^ Bérengère. E. Dubois.

OÙ elle remplit le rôle de M"»« Destourville, [qu'elle a déjà joué à rOdéon. Elle a grand air, de la tenue, beaucoup d'expérience et d'habileté, mais la retraite et l'oubli où la Comédie-Française paraît la reléguer presquUmmédiatement après ses débuts, obligent cette artiste distinguée et que la malechance semble poursuivre, à quitter bientôt une scène où le répertoire ne veut pas d'elle*.

Le 1 5 août, spectacle gratis annuel, composé d*Athalie^ avec M"" Emilie Guyon et des chœurs 2. Les fourberies de Scapin complètent cette matinée qui, comme toujours, attire une grande foule.

Le 2 septembre, reprise de la Métromanie^ comédie en ëinq acteS) en vers, de Piron, qui, depuis longtemps,

t. « Mo>«i^amelli a quitté la scène, mais à son corps défendant, et après avoir épuisé tous les mauvais vouloirs de la déveine. Son histoire est bien étonnante. Voilà une femme qui avait de la figure, du talent, et qoi n'était pas arrêtée par le cruel obstacle de la misère, où se heurtent aax débuts de la route beaucoup de nos jeunes comédiennes. Elle eut le bonheur de rencontrer dans sa carrière un rôle où elle déploya des qualités de premier ordre et obtint un succès immense (la marquise du Marquis d< VUlemer)\ elle pouvait se croire en passe d'arriver, dans son art, à nne haute position et à un grand nom. Depuis lors, rien ne lui a plus réossi, sans que j'aie jamais su pourquoi. Elle est entrée à la Comédie-Français: elle y a trouvé devant elle M"* Nathalie qui ne lâchait pas aisément %ei rôles ; elle ne s'est pas obstinée dans une lutte qu*elle sentait impossible; elle a passé au Gymnase, puis est revenue à l'Odéon, puis est retourna au Gymnase, et, après toutes ces tentatives infructueuses, a pris son parti de disparaître. Je l'ai regrettée pour ma part. M»* Ramelli savait conserver un grand air tout en restant bonne et aimable femme. > (Fs. Sabcit.) — Le troisième début de M»* Ramelli, dans Philaminte des Femmes savantes, fut reculé jusqu'au i3 juillet de Tannée suivante. Elle a qoint définitivement la Comédie le 1*^ octobre 1868.

2. Les stances par M»'* Ponsin et Tordeus, et les chœurs chantés pir les élèves du Conservatoire, avec les soli par M. Caron et Mil* Wtrtbeimber, artistes de l'Opéra. Athaiie est donnée une seconde fois le sorieadcmain 17, avec la môme interprétation, mais avec M*« Ferdinand Sa!" lard remplaçant M^* Wertheimber.

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n'était plus au répertoire, et qui sert de début à M. Charles Prudhon dans le rôle de Dorante. Élève de la classe de Régnier et lauréat aux derniers concours du Conservatoire, M. Prudhon est un jeune premier d'excellente tenue et d'une physionomie élégante et agréable. Il s'est d'abord produit dans divers personnages secondaires de comédie i, puis dans la tragédie : Atrée et Thyeste^ Alexandre ^Médée^ Andromaque^ etc.; mais ce n'est guère qu'à partir de son originale création du docteur Solem dans la Christiane^ de M. Gondinet (20 décembre 1871), que cet artiste distingué a commencé à faire figure vraiment sérieuse à la Comédie- Française.

M. Delaunay, dans cette reprise de la Métromanîe^ a primé d'ailleurs de très*haut les autres interprètes de la pièce. Le rôle de Damis, qu'il joue avec une jeunesse et une verve incomparables et en même temps avec le style de la meilleure] tradition classique, a fait le plus grand honneur à ce remarquable comédien ; il n'est même pas de personnage de l'ancien répertoire qui l'ait mieux servi et il est difficile de croire qu'à aucune époque on Tait joué avec plus de charme, de talent et de succès 2.

Notons encore, à la date du 9 septembre, la première représentation d'une sorte de proverbe, en vers, de M. Emile Bergerat, qui a pour titre Une amie, et que la comédienne distinguée qui l'interprète, M™« Madeleine . Brohan, a fait, dit-on, accueillir à la Com«die*Française. Ce n'est, à vrai dire, qu'une conversation qui se tient entre

1. Son deuxième début a lieu le 17 septembre, dans Tart1{fè (Valère)} et le troisième dans Mario du Jeu de l'amour et du hasard (16 septembre)»

2. Jouent les autres rôles 1 MM. Maubant (Baliveau), Talbot (Francaleuji Eug. Provo6t(Mondor)j Mae» M. Royer (Lucile), R. Didier (Lisette).

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une marquise rêvant Téternité en amour et un duc, qui n'est autre que Richelieu lui-même. Leur discussion marivaudée sur les charmes de Tamitié et sur les douceurs et les vicissitudes de Tamour dure un peu bien longtemps, sans doute, mais cela est dit en vers élégants et parfois bien trouvés par M* Leroux, qui est de longue main habitué à représenter Richelieu et par M"** Madeleine Brohan qui n'en est pas à jouer sa première marquise.

5 DÉCEMBRE. — Première représentation de Henriette Maréchal, drame en trois actes, en prose, de MM. £d* mond et Jules de Concourt^ avec prologue, en vers, de Th. Gautier.

Voici Tune des pièces les plus célèbres dans les Êistes modernes du sifflet; depuis la Gaëtana de M. About, de récente mémoire, on n'avait pas vu de soirée plus orageuse sur une scène parisienne; on retrouverait, même difficilement, dans les annales du Théâtre-Français, U trace d^un pareil scandale. Ici encore, comme pour Gàt" tana, on reprochait aux auteurs leurs attaches politiques; ils étaient reçus chez la princesse Mathilde, cousme du souverain ; ils avaient lu publiquement leur pièce dans soa salon et on assurait que ce n^était qu^à sa haute influence qu'elle avait dû d'être accueillie aussi facilement à la Co* médie- Française. Il y eut donc cabale et la pièce était condamnée avant même que les portes de la salle se fussent ouvertes.* Depuis plusieurs semaines il n'était d'ail* leurs question que de la pièce dans un certain public, et les siffleurs s'étaient dès longtemps concertes. L'un d'eux, Georges Cavalier, fruit sec de l'École polytechnique, pour le moment ingénieur civil en disponibilité, et qui paraît avoir été le chef principal de la bande, inaugura ce soirlà, sous le glorieux surnom de Pipe en bois^ sa triste et ri' dicule notoriété.

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D*ailleurs, pour qu'il n'y eût point de doutes sur leurs intentions prochaines, les cabaleurs les manifestèrent dès le commencement du spectacle, en sifflant — est-ce parce que Ponsard était aussi un des hôtes de la rue de Courcelles? — la poétique idylle à' Horace et Lydie ^ qui précédait la pièce nouvelle et qui, jusqu^alors, avait toujours été écoutée avec faveur. Enfin, après un long et tumultueux entr'acte, le rideau se lève, vers neuf heures et demie, sur le premier acte d'Henriette Maréchal.

La scène représente le couloir des premières loges à l'Opéra, ce couloir fameux de l'ancienne salle incendiée qui donnait directement sur le foyer. C'est là, en effet, que va s'engager la dramatique action de la pièce nouvelle. Mais, M"» Ponsin s'avance; elle est revêtue d'un spirituel et fantaisiste costume dessiné par Gavarni, ce philosophe de la caricature, ami d'enfance des deux auteurs. De sa voix fraîche et nettement timbrée, l'accorte comédienne, qui représente la muse du carnaval moderne, vient expliquer et excuser aussi son invasion momentanée sur la scène de Corneille et de Molière. On l'écoute d'abord avec déférence et bientôt avec plaisir, tant elle détaille finement les jolis vers de Th. Gautier, l'écrivain inattendu de ce prologue, et qui est aussi un des amis particuliers des auteurs. On applaudit cette fois « pour de bon. » O puissance de la poésie! elle a rendu un moment silencieux ces siffleurs illogiques qui ont sans doute oublié que Th. Gautier est aussi l'un des fidèles de la princesse Mathilde, dont il va même devenir le bibliothécaire. Le dernier mot du prologue se rattache d'ailleurs tout directement à ce premier acte d'un style si imagé et d'un réalisme si follement vivace :

Si le théâtre est fait comme la vie humaine, Il se peut qu'un vrai bal y cause et s'y promène j

Or donc excusez-nous d'être de notre temps, Nous autres qui serons des types dans cent ans. Pendant que la parade à la porte se joue. Le drame sérieux se prépare et se noue. Et quand on aura vu Talbum de Gavarni L'action surgira terrible*..

Un masque entraînant l'orateur.

As-tu fini?...

Cet « as-tu fini ? ù est le signal du débordement de langage populacier et d'argot spécial que nous avons entendu durant la plus grande partie de ce premier acte; cet « as-tu fini ? » met le feu aux poudres. Et voici d'abord le tableau brillant et animé du bal lui-même ; voici surtout, placé sur le rebord de la galerie qui donne au-dessus du foyer, un monsieur en habit noir, — la distribution de la pièce ne lui donne pas d'autre nom, «- lequel a bien dîné et qui se met, du haut de sa tribune improvisée, à invectiver, que dis-je, à u engueuler > tous les masques qui passent au-dessous de lui. Ceux-ci, naturellement, lui répondent dans un langage encore plus imagé et aussi plus vulgaire, et il s'ensuit, entre cette foule bigarrée et grouillante et cet étrange orateur, une lutte de gros mots comme le bal même de TOpéra n'en entend pas tous les soirs*. Et voilà du coup cette même lutte qui s'établit

I . Voici quelques-unes de ces invectives choisies parmi celles qui ont excité le plus de clameurs dans cette scène unique où M. Bressaot tenait tête à Torage, qu'il avait lui-même provoqué, avec une verre si gouailleuse et si impertinente l'Ohé sauvage! tu vas tnanqucr le train de Batignolles ! — Va donc photographe tans ouvrage! — Chapelier de la rue Vivienne!— Peintre de tableaux de sages -femmes!^ TcêT' neur de mats de cocagne en chambre! — Éleveur de sangsues mécaniques! — Pédicure de régiment! — Athéniens'de Chaillot! — Tas de polichinelles! — Abonné de la Revue des Deux^Afondet!,..

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dans la salle et qui met en présence le clan nombreux des siffleurs et celui des spectateurs, qui ne veulent pas juger et condamner la pièce sans l'entendre. C'est un tapage épouvantable que Tintérvention de la police ne parvient pas à calmer et qui durera toute la soirée. Ce premier acte cependant est à coup sûr le plus original, le mieux venu et le seul amusant de la comédie tout entière. Uaction y commence d'abord intéressante et clairement exposée. Voici deux frères, Paul et Pierre de Bréville, Pun tout jeune encore, l'autre d'âge plus avancé, qui se sont égarés dans cette fourmilière. Pierre protège Paul et croit faire réducation de son frère en le lançant déjà dans ce monde inconnu où il tombe pour la première fois ayant pour uniques armes sa seule innocence que quelques verres de Champagne préliminaires mettent en bien grand danger en un pareil lieu. Bientôt il rencontre, en effet, un domino, une femme que le trop entreprenant Monsieur en habit noir a obligée à quitter sa loge où il s'est lui-même installé et endormi, et qui attend sur une banquette du foyer le réveil et la sortie de cet impertinent dormeur. Paul s'approche timidement, entame une conversation, devient tendre, pressant, amoureux, en un mot, d'une femme dont il ne sait pas le nom et dont il n'a même pas vu la figure. A ce moment le Monsieur, enfin sorti de son sommeil, apparaît sur le devant de la loge et vient poursuivre de ses insultantes obsessions le domino que Paul accompagne. .En jeune et galant chevalier, celui-ci prend aussitôt la défense de la dame; les deux hommes échangent leur carte et se quittent sur un cérémonieux salut. L'exposition finit sur cette perspective d'un duel certain et du développement de cet amour, à peine ébauché, de Paul de Bréville pour une inconnue. C'était là vraiment une action nettement engagée, et nous maintenons, en dé-

pit des sifflets, que cet acte si curieux et si nouveau au théâtre, — au Théâtre-Français surtout, — méritait au moins d'être entendu.

La suite n'a malheureusement pas répondu à ce début, car nous tombons bien vite dans le drame le plus noir, le plus rebattu et le plus ennuyeux du monde. Paul est si grièvevement blessé dans son duel qu'on est obligé de le transporter et de le soigner dans la maison la plus proche do lieu où s'est passé le combat, et cette maison — voyez le hasard 1 — n'est autre que celle habitée par le funeste domino pour lequel il s'est battu. Ce domino était M"« Maréchal, femme du monde, supérieure à son mari par l'éducation et l'esprit et qui, par reconnaissance, entoure de ses soins le pauvre garçon qui s'est presque fait tuer pour elle. Mais Mm» Maréchal a trente-six ans et elle est mère d'une fille qui en a dix-huit; cependant, Paul, quand il a recouvré peu à peu sa santé et ses forces, en devient éperdument amoureux et son amour est bientôt partagé. Au troisième acte, nous sommes à Trouville où l'on jase beaucoup sur la liaison de Paul et de M"* Maréchal qui n'ont l'air ni* de s'en douter, ni de s'en soucier. Le frère aîné qui pressent une catastrophe prochaine, vient dévoiler à cette dernière les bruits qui courent sur son compte et que son mari ne peut tarder à connaître. Il lui apprend aussi que sa iille Henriette aime Paul. A cette révélation, M™« Maréchal se désespère à l'idée terrible qu'elle est la rivale de sa propre fille, et elle parle de ne plus revoir son amant. Il arrive d'autre part que M. Maréchal a trouvé que Paul pouvait être un bon parti pour Henriette et il interroge sa fille sur le projet qu'il a de le prendre pour gendre. Celle-ci déclare qu'elle ne veut pas se marier; Maréchal ouvre alors les yeux devant ce refus inexplicable et en présence aussi d'autres indices malbeu-

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reusement trop clairs; un soir, à un dernier rendez-vous des deux amants, il arrive inopinément et va surprendre Paul enfermé chez sa femme. A ce moment, Henriette sort de sa chambre, y pousse Paul de Bréville, éteint la lampe et va s'agenouiller devant la porte qui tombe enfin sous les coups répétés de son père. Celui-ci, apercevant dans Tombre cette femme éperdue et suppliante, s'imagine qu'il a devant lui l'épouse coupable et d'un coup de pistolet il étend sa fille morte à ses pieds.

Tel est ce drame violent et d'une conclusion si répugnante. Il eût fallu^ pour rendre admissible cette vieille et fastidieuse intrigue, une habileté consommée et prodigieuse. Le malheur est que MM. de Concourt qui, d'ailleurs, abordaient pour la première fois le théâtre, et qui n'y ont pas reparu depuis, manquaient précisément de l'expérience dramatique la plus élémentaire ; ils n'avaient même pas le style vrai de la scène, ayant transporté dans leur pièce cette langue précieuse et recherchée qui les ont mieux servis dans les ouvrages spéciaux d'art et d'histoire qu'ils ont communément publiés. D'autre part, ils ont pris, comme les débutants, la violence pour la force et la brutalité pour la passion. Il se dégage enfin des deux derniers actes de leur pièce un long ennui que le bruit des sifflets et les cris des cabaleurs sont seuls venus égayer quelque peu.

Il faut d'ailleurs répéter, à la décharge de ces deux sympathiques écrivains, que leur pièce était condamnée à l'avancé, qu'on n'a pu que la fort mal écouter au milieu des sifHets qui ont encore redoublé lorsque M. Cot a voulu nommer les auteurs. L'éminent artiste a dû attendre pendant quelques minutes un silence qui ne se produisait pas ; mais comme c'est un homme de tête et de caractère qu'on ne démonte pas facilement, il a bravé l'orage et il

est parvenu, enfin, au milieu d'une éclaîrcie, à jeter en p ^ ^^ ture au brouhaha du parterre le nom des frères ' .^j:: Concourt. -^

Le lendemain il ne fut question dans tout Paris que ^.j^^it premier acte d'Henriette Maréchal et du tumulte i' -^loi avait accueilli la nouvelle pièce à sa première représe: r» gi^gjm tion. Il y avait grande place, en ce temps-là, où les ;; «^ eussions politiques n'étaient pas libres, pour certains ' . ^51 nements littéraires qui se trouvaient prendre, parle 1 ggfi une importance d'autant plus considérable. Tout le me ^£jf voulut voir la pièce ; les bureaux de location îv . -^ ' assiégés, et le drame si bien chuté la veille parut s'an ^*fc cer comme un succès fructueux et durable. Ma ^^^A deuxième représentation (7 décembre) ne fut pas or v^^^ tumultueuse que la première bien que les auteurs eui ^^^ fait de larges coupures dans leur ouvrage, dont ils avi ' y^ modifié le dénouement. Il était donc évident qu'il y \ / ^ik un parti pris de ne pas le laisser jouer. En effet, le 9, jr^ troisième soirée, le même scandale, mais plus accentc -V^^ produisit encore. On venait soit pour siffler, soit pour ' ^Jf^ tendre siffler ; c'était donc un genre de succès tout cial auquel concourait bien peu jusqu'alors le mérit la pièce. Aux trois représentations «suivantes (i i, i -yr^ i5 décembre) l'attitude du public fut la même; la di^ J^^ du Théâtre- Français l'empêchait donc de continuer la A*5 présentation d'une pièce qui lui rapportait certes be f^/0 coup d'argent, mats qu'elle ne pouvait plus jouer sans ^vjf accusée de spéculer sur le scandale, et après la sixi> f^,^ soirée la comédie de MM. de Concourt fut défintttvea f^-^ retirée de l'affiche devant 6,000 francs de recette. V^'fJ

La cabale qui avait jadis tué Gaëtana en trois soii V^^S était arrivée en quelques soirs de plus aux mêmes /^' pour Henriette Maréchal C'était ce qu'on peut appi ^^ «^

une exécution sommaire, et d'autant plus révoltante et injuste qu^elle se basait sur un point de départ absurde et qu'elle frappait deux écrivains des plus honorables et des plus estimés. Il ne leur restait que la ressource de la protestation. Ils publièrent leur pièce et la firent en effet précéder d'une préface triste et indignée et qui résumait sincèrement leurs griefs. Au reproche qu^on leur avait fait de S'être servis du haut patronage de la princesse Mathilde, ils répondirent de la manière suivante :

a Vous nous reprochez d'être des courtisans, et nous sommes les seuls hommes de lettrés qu'on ait fait asseoir, en i852, entre des gendarmes sur les bancs de la police correctionnelle pour délit de presse! Vous nous reprochez de fréqùepter le salon de la princesse Mathilde ?iMais si vous nous sifflez pour cela, il faut brûler les livres de M. Berthelot et*de M.Claude Bernard, qui sont des invités, et lacérer au salon les toiles de M. Baudry.et de M. Hébert qu'elle est allée voir dans leur atelier. Vous nous reprochez encore d'être riches, d'être heureux, d*être arrivés facilement? Eh bien! voulez-vous la vérité?

a Nous avons travaillé quinze ans, renfermés, solitaires, acharnés au travail. Nous avons eu toutes les défaites, tous les chagrins, tous les désespoirs, toutes les attaques, toutes les in-* jures amères de la vie littéraire. Nous sommes arrivés pas à pas, livre à livre, obligés de tout disputer et de tout conquérir. Et nous avons mis quinze ans enfin à parvenir au Théâtre- Français.

c Pour notre fortune, nous n'avons pas tout à fait douze mille livres de rentes à nous deux. Nous logeons au quatrième et nous avons une femme de ipénage pour nous servir.

ce Et pour notre bonheur, il ne faut pas qu'on se l'exagère tant : nous avons l'un une maladie de nerfs, l'autre une maladie de foie qui doivent assurer nos ennemis de nos souffrances dans la cruelle bataille des lettres; deux maladies qui finiront peut-être par nous faire mourir, — à moins que nous ne mour-

rions d'autre chose — tous les deux ensemble, selon des pro* messes qu'une menace a bien voulu nous faire *. »

Quant à la protection même de la princesse, la Térité est qu'elle s'était fait sentir non au Théâtre-Français, mais seulement auprès de la censure dont elle avait pu atténuer les rigueurs habituelles, surtout pour ce qui regardait le premier acte jugé, par avance^ des plus scabreux et le dénouement dont cette même censure eut mieux servi les intérêts de MM. de Concourt en exigeant qu'il fut modifié K

21 DÉCEMBRE. ^- Célébration du 226* anniversaire de la naissance de Racine; on joue Mithridate^ et les Plai^ deurs K M"« Favart déclame en outre, avec un grand

1. Le frère cadet, f^, Jules de Goncourt, n'a pas attenda son fiire,qu TÎt encore; il est mort en 1870.

2. Ont créé les rôles : MM. Got (Pierre de Bréville), Delaunay, d'une li étonnante jeunesse dans le personnage de Paul de Bréville; Bressant (on Monsieur}, Lafontaine (Maréchal); M»m Amould-Plessy (M»* Marecfaal>. Victoria-Lafontaine (Henriette), Dinah Félix (Thérèse); MM. Montetec Prudhon (deux amis] ; dans la scène du bal, outre M»* Poosin, en taux

' du carnaval, il faut citer six masques représentés par MM. Seveste, Gnérin, TroDchet, et M»«« Lloyd, Barretta et Ramelli. Enfin MU* Rosa Didier faisait à ce même acte • le Bébé. • — La presse a été relativement indulgente pour la pièce en raison même de Tinqualifiable opposition qui l'anit accueillie. Il y eut, d'autre part, un journal nouveau fondé par la sodéti du Figaro, sous le titre de l'Événement^ qni, par la plume de Jules Vallès, se déclara enchanté du tumulte de la veille : • Il y a eu tapage, foreur, scandale, tant mieux 1... Il est bon que le cri delà cabale déchire les oreilles et rie au nez de la tradition !... > II est vrai qne ce même jonroii avait acheté 3,ooofr. le droit de publier la pièce dans ses colonnes où dk commença à paraître le 9 décembre. Le drame, imprimé, porte la dédicioe suivante : A M. Edouard Thierry, à l'adminittrateur du Théâtre- Français, nous dédions cette pièce qu'il a eu le courage d^accueiUir,

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