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VIE PASTORALE

1^ Le nom, l'âge, les emplois, les qualités, les défauts, les études, les goûts de chaque ecclésiastique. Impossible de gouverner sans cela. Vocat eas nominatim. — Agnosce vultiimpecoris tui, tuosque grèges considéra. — A

(i) De Rome.

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plus forte raison faut-il connaître aussi les pasteurs.

2* 11 faudrait que chaque curé en eût autant de ses ouailles.

3® Savoir de chaque curé, surtout avant la visite : 1^ Combien de pâques, sur tant d'habitants, hommes et femmes. Combien de communions à Noël et pendant Tannée. — 2^ Combien meurent sans sacrements. — 3^ Combien à la messe les dimanches et les grandes fêtes.

4® En 1850. — Je prêcherai Carême, puis retraite en Semaine sainte à la Cathédrale. — Puis, à La Chapelle, repos comme travail de cabinet, si possible.

Plusieurs prédications les dimanches ou fêtes dans les principales villes du diocèse. — Sur le salut, la sainteté.

Deux retraites ecclésiastiques. — Synode. — Décrets du Concile (1), — Préparation du Jubilé.

Puis Rome vers le 19 septembre.

5® Au retour, en 1851, Jubilé. — Mission générale, si possible. — Quatre compagnies de missionnaires se partageraient le diocèse : peutêtre en chaque arrondissement. — Lazaristes, Jésuites, Missionnaires de France, Liguoriens.

(1) Concile de Paris, 1849.

l l'orai:

6" J'assisterai à l'Offlce de la Cathédrale tous les dimanclies et toutes les fêtes. — Je tâcherai d'y attirer les fidèles par la beauté des Offices. — La mallrisc, la musique, — Faire delà Cathédrale le modèlcdes paroisses d'Orléans; faire des paroistics d'Orléans le modèle des paroisses des autres villes, et, de proche en proche, de toutes les paroisses du diocèse. — Les modèles, les sources, en formant les jeunes prêtres sous de bons curés dans les vicariats.

Beauté, gravité, variété, brièveté, exactitude, commodité des heures.

7° Catéchismes. — Petit, première communion, persévérance. — Pensions. Manuels.

En visite, l'cxameQ pour la confirmation, peut-être pablîtjuement. C'est long, mais les parents en profitent. Cela produit un grand effet.

8° Séminaires. — Au Grand, immédiatement le décret du Concile. — Examen pour les Ordres, publiquement, en latin. — ï aller prêcher souvent. — Le Petit; congrégation, si possible. — Niveau des études. Manuel.

9" Places à donner. — 1" Toujours au plus digue, cligjiioii. Autrement, péché mortel. — 2" Comme M. Alain de Solminihac, se mettre à genoux avant, pour dire : Vejti, Creator, et l'oraison suivante : Tu, Domine, qui corda

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nosti omnium, quiSauhim et Bamabam in opus ad quod assumpseras eos, segregari jussisti, ostende quem (quos) elegeris accipere locum ministerii hujus et apostolatus. — 3® Mettre ensemble, ou aaprès les uns des autres , les bons prêtres.

Année de grande tristesse et de grandes grâces. Mais l'extrême tristesse des choses me poussa trop à Tirritation contre les hommes. — Je vis tous les maux ; je vis aussi les remèdes et pris toutes les grandes résolutions : l'ordre, la vie intérieure, le travail de chacun, la résignation paisible.

L'ordre intérieur peut seul aider à soutenir une pareille charge et de pareilles peines ; donner des lumières et des forces pour résister en paix au désordre du dehors, le dominer ab alto et le régénérer.

17 février. 1" Dimanche du Carême. — Je commence à prêcher à la Cathédrale.

16 mars. — 1^ Il faut me retremper dans la grâce épîscopale, dans la pensée présente et dans le sentiment profond et constant de ce caractère sacré. — 2<* Une fidélité absolue à mes exercices de piété est la condition nécessaire. Il

y faut tout sacrifier. C'est le moyen de tout sauver, de tout fortifier, dctoutbienfalre. — 3" Ne faire par moi-même que les choses très importantes : décider toutes choses avec conseil, et faire travailler chacun assidûment. Tel est le seul ordre raisonnable. Autrement, je m'absorberai et ne ferai rien. Les détails inutiles sont un coupable emploi du temps d'an évégue. — 4oRelire la vie et les œuvres des saints évêques. Me nourrir toujours de ces grandes choses. Chaque jour UQ peu. — 5" Faire tous les jours ma méditation la plume k la main.

17 mars. — La croix arriva. Je m'aperçus de l'œil malade. Cataracte.

18 mars. Lundi de la Passion. — fUfaut être fidèle dans l'action, indifférent pour le succès. La foi le demande ; la grâce en donne la force. Les mécomptes y contraignent douloureusement. — 2' Il ne sert de rien de s'atttister. 11 faut l'espérance, l'ardeur, te courage. La tristesse donne la mort.

19 mars. Fête de saint Joseph. — La dévotion à ce bon saint si laborieux, si humble, sî patient, si fidèle m'a consolé. J'ai dit la sainte messe chez les Carmélites avec sainte Thérèse. Le Bréviaire m'a offert bien des lumières et des consolation?.

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Il faut faire ce que je peux; chercher là ma consolation et ma paix ; et devenir saintement indifférent au reste.

25 mars. Annonciation. — Que la sainte Vierge me donne bonne nouvelle ! Oh ! que j'en ai besoin de tous côtés ! Je ne crois pas que jamais j'aie plus senti ma faiblesse. Quel labeur ! Quelles peines avec les hommes! Quels mécomptes I

27. Mercredi saint. — J'ai fait ma méditation dans Bossuet sur ces paroles : Ante Diem festum Paschae. — L'après-midi, extrême fatigue de tête et d'yeux. Bonnes nouvelles du Petit Séminaire comme situation matérielle, comme situation morale.

29. Vendredi saint. — Saint François d'Assise et sa vie m'ont fort consolé pendant tous ces temps de tristesse. Nous ne pouvons être sauvés, purifiés que par les croix. Nous les fuyons toujours. Toutes nos pensées, toutes nos habiletés sont un effort pour échapper à la croix. C'est du moins bien vrai pour moi. Mais Dieu, dans sa bonté, nous sauve malgré nous... Il nous envoie des croix, il laisse tomber sur nous celles que notre imprudence ou nos passions nous attirent. Par là, il nous sauve, il nous améliore, il nous sanctifie presque malgré nous. Il sr

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que nous ne nous révoltions pas contre ces croix, et que nous nous laissions faire, quoique avec tristesses et regrets.

30. Samedi saint. — Pourquoi ne ferais-je pas vœu de pauvreté et d'obéissance entre les mains du Pape? Il y aurait là une grande consolation, une grande sanctification. Quelle serait la limite et l'étendue de ces vœux? Saint François d'Assise incomparable sur la pauvreté. Quant à l'obéissance, grand bonheur de la pratiquer... Ce qu'un évêque ne peut pi-esque pas.

31 . Pâques. — Depuis vingt ans, je me reprenais fortement à la joie de cette fête; mais trop naturellement peut-être... Il faut désormais regarder surtout la pâque étemelle, le ciel.

Lundi 1®' avril. — J'allai passer quinze jours à Paris pour mes yeux. Cataracte reconnue.

Mgr Dupuch se chargea de ma visite pastorale.

1«^ mai. — Messe à Notre-Dame des Miracles.

J'ai pris la résolution d'aller ce mois-ci à Notre- Dame de Cléry et à Notre-Dame des Aydes. — J'ai formé le vœu d'aller dire la sainte Messe à la fin de cette année, à Saint-Ambroise, à Saint- Pierre, à Saint-Jean, à Sainte-Marie. Ou, si je ne puis, neuf messes en l'honneur de la sainte

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Vierge et de ces grands Saints, en action de grâces... — Je méditerai chaque jour de ce mois sur la croix.

7 mai. — Neuvaine en Thonneur de Notre- Dame de la Salette (1). — Lotions avec l'eau de la fontaine. Chaque jour : neuf Souvenez^vous, Veni, Sancie Spiritus, Veniy Creator, la sainte Messe à la montagne , trois Pater.

Si je guéris, le pèlerinage d'Orléans jusqu'à la montagne à pied .

Demander 1* la guérison complète; — 2® le meilleur emploi possible de la vue recouvrée.

Le 9 mai, j'allai m'établir à La Chapelle. Ce séjour fut d'une grande douceur et secours de Dieu : cette impression dure encore. Agréments de cette maison, de ma grande chambre...

C'était la première fois que j'étais chez moi à la campagne. Les premiers jours je fis de grandes promenades avec Am. de Nanteuil. Cela me remit peu à peu. Je fis la lettre aux professeurs du Petit Séminaire. Ce travail commença à me remonter, puis il me donna le courage d'entreprendre le 1®' volume (2). Ce travail fut une grande consolation, éleva mon âme, et la déga-

(1) Pour obtenir la guérison de ses yeux.

(2) Sans doute, le 1" toI. de l'Education.

gea des tristesses et des misères humaines. J'y trouvai une grande douceur.

Le samedi 18 mai, je commence la neuvaine.

La grande condition, la grande affaire, c'est de bien comprendre qu'une pareille grâce devrait être le signal d'une vie absolument sanctifiée, consacrée, dédiée à Dieu. La grâce extérieure, miraculeuse ne sera peut-être pas accordée : il faut au moins que j'obtienne la grâce intérieure ; il faut que pendant ces neuf jours, ma fidélité à la vie spirituelle soit entière. C'est d'ailleurs une sainte semaine; j'ai toujours eu grande dévotion à l'Esprit-Saint et à la semaine de la Pentecôte. L'ordre dans ma vie, dans mes papiers est toujours mon premier devoir.

19 mai, fête de la Pentecôte. — J'ai officié pour la première fois à la Cathédrale. Alliance consommée en un jour convenable. A l'élévation, vraie grâce de Dieu.

25 mai. — U y a, par la vertu de l'Esprit- Saint dans l'Eglise, Gratia curationumy la grâce des guérisons miraculeuses... Je ne réponds pas du tout que ce ne soit pas un miracle qui m'ait jusqu-à ce jour conservé l'œil bon... La sainte Vierge... Et tant de prières charitables faites pour moi par toutes ces âmes...

31 mai. — Fête du mois de Marie. Le Grand Séminaire est venu. Séance académique. Bonne espérance.

29 juin. Saint Pierre. — C'est une de mes résolutions les plus importantes de méditer sur les grandeurs et l'autorité du prince des Apôtres. C'est une grande et sainte étude. Elle doit être faite en esprit d'oraison, sur un cahier à part.

5 juillet. — Histoire de saint Pierre et de saint Paul. L'Evangile ; les Actes; les Epltres; les traditions ; les Pères jusqu'à Bossuet. — Saint Jean Chrysostome surtout. — Facile et très beau.

Saint Pierre reprend saint Paul ; saint Paul reprend saint Pierre: ils ne se reprochent jamais leurs chutes. Saint Paul rappelle souvent ses indignités. Saint Pierre pleure toute sa vie ; mais on ne dit rien de son grand malheur. Tous les évangélistes le racontent : puis nul n'en reparle.

Le nom de Judas est : Qui et tradidit eum.

Le nom de Pierre n'est pas : Qui et negavit eum. — Le flevit amore explique tout. Combien il est étonnant que Notre-Seigneur lui ait laissé le sacerdoce, l'apostolat, la primauté ! Mais il y eut le flevit amore.

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Foi de saint Pierre : les deus grands dog'mes.

1"* C'est lui quicoofesse la divinité de Notre- Seigneur : Tu es Chrisius, FiliusDei vivi.

2° C'est lui qui proclame la présence réelle : Et vos vultis abire? — Ad quem ibimus?...

Juillet et aoilt. — Grand travail, mais doux repos. — Je conserverai le souvenir de ces temps, de ce lieu (1), de ces silences, de ces ombrages, de cette belle lumière, le matin et le soir, de ces inspirations pour mon livre.

En septembre. Retraites ecclésiastiques données par M. Pétetot; il y en eut deux, où je parlai beaucoup. Cela réussit d'abord :

Exsuitant in luce. Je ne m'irritai pas et tâchai d'encourager.

Novembre. — Travail extraordinaire dès trois heures du matin. Forces poussées à bout; il ne faut plus rien faire de la sorte. Je ne sais si jamais il y a une volonté de Dieu à travailler avec cette violence. Oh ! que cela est contraire au bien de mon&me..., et au bien, k la perfection de ce que je fais! Rien n'est pire. — J'écris ceci en pais, & La Chapelle, le 24 juin 1851,

(1) Lu chipdle Salnt-Msamin.

fête de saint Jean-Baptiste. Bien résolu avec l'aide de Dieu de tendre plus que jamais au repos sacré, et de ne plus travailler ainsi.

Le 2 décembre, départ plein de joie pour Rome.

Revenu de Rome le 20 février. — Je n'ai pas bien profité du repos de ce voyage.

Bonne retraite du mois. Inspiration du repos sacré et vue des croix. — A la fin de Tannée, grâce de sainte Thérèse. — Voilà les deux grands biens de 1851.

Le mal a été : printemps et été sans repos, sans travail de cabinet, sans lumière.

4 mars. — Le bon Dieu m'a fait une grande grâce. En lisant la Vie de D. Barthélémy des Martyrs, j'ai découvert comment je pouvais désirer la mort sans témérité... et avec une confiance simple et profonde, sans crainte.

Dans cette pensée, je l'ai désirée du fond du cœur, et j'ai dit avec joie : Desiderium habens dissoivi et esse cum Christo.

Je la désire afin de sortir de ce monde, de moi-même, du péché..., afin d'en voir la fin..., afin de ne plus courir le risque de pécher et d'offenser Dieu.

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Il y a dans ce désir et dans son motif quelque chose de certainement bon : 1* le sacrifice de sa vie ; — 2® la charité qui l'inspire.

Désirer la mort pour être délivré des peines de la vie et trouver enfin le repos, serait déjà permis et bon.

Mais désirer la mort pour être délivré du péché et trouver enfin la sainteté ; la désirer, comme la fin du péché et de la concupiscence^ comme le commencement d'une vie, d'une justice et d'une charité étemelle, est incomparablement meilleur.

Sans doute, il y a toujours la crainte du jugement de Dieu ; mais le motif de ce désir doit bien diminuer cette crainte... Et, quant au Purgatoire, je Taccepteetje le désire comme un feu purifiant et par conséquent bienfaisant. En un mot, c'est la haine du péché et l'amour de Dieu qui m'inspirent ce sacrifice de la vie et ce désir de la mort. Quoi de meilleur? Il faut bénir Dieu de me l'avoir inspiré hier, et lui demander de le nourrir dans mon cœur (ce 5 mars, mercredi des Cendres).

18 mars. — J'ai fini hier l'admirable histoire de D. Barthélémy des Martyrs. Cette histoire m'a donné de douces et graves consolations depuis quelques mois. Rien n'est plus élevé.

plus riche en citations de Pères, surtout de saint Grégoire le Grand. Je dois lire et relire ces fortes et saintes choses. Je vais commencer ce matin la Vie de saint Charles, le grand modèle de l'action et du gouvernement ecclésiastique. Il faut mettre sous sa protection mon retour en mon diocèse et ce que je viais essayer d'y faire. La force et la douceur, voilà les deux points importants et décisifs. — Ce 27 mars.

Il faut que j'y ajoute la patience et longanimi^ tas. Si dans vingt ans il y a des fruits, ce sera beaucoup. Oui, mais sans oublier que la pusillanimité n'est pas la patience; qu'elle laisse tout périr; que je suis chargé d'inspirer le mouvement et la vie, et qu'il n'y a pas un moment à perdre.

14 avril. — Il f^ut que je commence cette petite retraite. La Semaine sainte y est très favorable. Ce ne sera pas quelque chose d'une grande perfection ; mais ce sera quelque chose d'utile, où, avec la grâce de Dieu, je ferai de mon mieux et reposerai mon âme.

1^ Cette retraite sera très paisible. Repasser tous mes souvenirs, toute ma vie devant Dieu... Tous mes cahiers... Goûter le repos avec Dieu.

2® Etudier le Pontifical et la Rédemption, avec les beaux et saints Offices de ces jours bénis.

3® Reprendre ma retraite de l'épiscopat et les bonnes pensées de mon voyage. ^

Mardi 15 avril. — Tristesse des dérangements de raprès-mîdi d'hier. Oh ! que le repos de Dieu est meilleur! Il faut mieux me défendre aujourd'hui. En tous cas, avoir au moins ma matinée parfaite. Le silence, le repos même de la pensée : Requiescere. La quiétude, voilà le grand besoin de mon âme, le grand besoin même des affaires, et des livres que j'ai à cœur d'achever.

Il faut que cette machine cesse enfin d'être en activité perpétuelle, de s'user par ce frottement incessant et si ^'iolent. — Il faut pour en jouir : V^ Bien accomplir les résolutions de mon voyage et de mon retour. — 2® Eloigner les visites inutiles. — 3^ Diminuer le nombre des affaires.

Je sens que le repos est tout pour moi en ce moment. — Mon esprit ne s'est jamais élevé, mon âme n'a jamais été forte et féconde que dans mes voyages ; parce que c'était le seul temps de repos dans ma vie, le temps où je suis délivré de tout. Je ne puis trouver, retrouver la force, la lumière dont j'ai besoin, que dans ce repos. C'est l'admirable mot de Notre-Seigneur : Venite in desertum lociim et requies-

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cite. — Quand on n'y prend garde, pour certaines natures» Tactivité devient une maladie, une espèce d'entraînement irrésistible, par conséquent un désordre... et bientôt un épuisement...

Je viens de relire la divine parole : Sciens Jésus quia venit hora ejuSj ut transeat de hoc mundo ad Patrem. — Ce bienheureux passage est pour moi celui de l'agitation de mes actions, de mes paroles, de mes pensées au repos sacré, . . — Mon heure est venue. C'est évidemment ce que le bon Dieu me demande ; ce que me demande mon âme, ma nature épuisée, mon âge.

1® Le repos et la consécration du matin.

Jamais un journal, ni une nouvelle, ni une lettre avant midi, au moins avant dix heures. — Une heure et demie de prière ; puis le bréviaire, une demi-heure. — Trois heures de travail reposé, au moins. — 2® Le repos et la consécration du soir. — De cinq heures ou même de quatre heures à sept heures et demie, exercices de piété compris. — Après souper, conversations paisibles, amicales, pieuses, cordiales, jamaisagitées. — Oraison bien prévue. — 3^ Le repos du dimanche. — Les Offices, la promenade. — 4® Le repos d'une semaine, d'une retraite, chaque année.

Mercredi 16 avril. — Méditer en écrivant ou en soulignant, ou en notant. Prier de même. J'ai observé que c'est pour moi le seul moyen de faire au moins quelque petite chose, en fait de méditation. Autrement, je ne fais rien; avec cela quelque peu de chose. Quand j'y reviens, le lendemain ou longtemps après, je m'étonne des lumières vives, réelles, pratiques, que j'y trouve.

Redoubler d'attention aux prières vocales, à la sainte messe et au bréviaire.

Quant à l'action de grâces, la faire toujours avec les psaumes et mon bréviaire du jour, quand il s'y prête. Me souvenant toujours de Jésus-Christ présent, et lui adressant ma méditation ou ma prière.

« Ecrivez lentement; parlez à Dieu que vous savez présent; écrivez ce que vous lui dites; priez-le de vous inspirer, de vous dicter ses volontés ; de vous mouvoir de ces mouvements intérieurs, purs, délicats et simples, qui sont sa touche, qui sont sa voix. »

Sans prétendre si haut, j'ai éprouvé que c'est pour moi la seule manière de penser quelque chose. Autrement, toute ma méditation est un néant.

17 avril. Jeudi saint. — Tout prêtre est et

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doit être, comme Jésus-Christ, prêtre et victime.

La gloire du sacerdoce dont il est revêtu, couromié ne va bien qu'avec les douleurs. 11 faut comprendre cela et s'y résigner. Il faut soufifrir, se dévouer à souffrir; et, si ce n'est pas de bon gré, ce sera de même. Les hommes ne laissent jamais le prêtre sans souffrance. Ils en font toujours plus ou moins une victime. Il ne peut les sauver qu'en leur demandant d'expier eux-mêmes, de souffrir... Cela les irrite. On ne peut échapper à leur haine qu'en ne cherchant pas à les sauver ; mais alors on n'est plus prêtre ; on tombe dans la mort, et, d'une autre façon et c'est la plus triste, dans l'ignominie.

Plus le prêtre souffre, plus il est victime, mieux il est prêtre, meilleur prêtre. Il ne fait le bien qu'en proportion de ce qu'il souffre. Que tout cela est important à se dire au moins pour se consoler fortement et se soutenir au milieu de ses peines. Voyez saint Charles. Quel grand pontife ! mais aussi quelle grande victime ! Et saint Paul : Quotidie morior.

Tout chrétien doit être une victime : Hostiam viventem. Mais le prêtre, le pontife doit être victime par excellence.

Voilà ce dont je dois me souvenir toutes les

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fois que j'ai une peine, que je l'encoQtre une croix... Il faut aller au fait et se dire la vérité. Il faut s'attendre à des imbécillités, à, desgrossîferelés. Combien Notre- Seigneur n'en a-t-il pas souffert! 11 y aura un Pilate, un Hérode, des bourreaux, ane populace, un Calvaire, unecroix, uu cruciûement... On ne sauvera quelque chose qu'à cette condition.

19 avril. Samedi saint. — 1" Me retremper dans les exercices de piété chaque jour. — 2° Demander à Dieu de corroborer ma volonté : Inclina cor meum in testimonia ttta. — 3" La vertu de religion en toutes choses, comme un saint Charles. — i," La charité surtout pour les prêtres. — 5° Se souvenir de saint Paul, évêque et apôtre du premier ordre : Sufficit gratia me a.

20. Fête de Pâques. — Belle et touchante procession de ta Résurrection. Bel Office. Magnifique clôture du jubilé à Sainte-Croix.

24. — Avec M. de Montalembert. La Cour- I)ieu[\). Quelle étrange barbariel Faire une carrière de pierres des monuments religieux les plus beaux! En faire des cahutes, des écuries,

(1) Ancienne abbaje du diocèse d'OrléanB.

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des chemins vicinaux! C'est absolument comme si on faisait, des plus beaux tableaux de Raphaël ^ des couleurs pour badigeonner un cabaret.

25. Saint-Benoit (1), une des plus grandes métropoles intellectuelles du moyen âge, pendant cinq siècles. — Douceur profonde de la prière et de la présence de Dieu au fond de ces allées, sous ce cie], dans cette verdure...

Le prieur, marié dans le pays, comme à la Cour-Dieu, et cinq ou six religieux vivant de 100,000 livres de rente. Voilà ceux qui ont renversé ces saints lieux, ces saintes maisons, qui en ont fait des écuries!... Quand l'Eglise ne réforme pas de tels abus, le siècle, indigné, les renverse, et Dieu châtie ainsi des crimes par d'autres crimes.

Mardi 6 mai. — Quelle triste chose que Paris ! Quel mouvement ! Quel bruit! Quelle grâce Dieu m'a faite en m'éloignant de Paris ! Tout, de nouveau, dans ma vie, doit tendre, avec plus de fermeté que jamais vers le repos. C'est là le grand besoin de mon âme, le saint repos. Et, dans ce repos sacré, il faut me retremper dans la méditation de l'Incarnation et de la Rédemp-

(i) Autre abbaye célèbre de FOrléanais.

142 JOUBKAI. ir^TlUE

tioa de Notre-Seigneur, et dans sou amour.

Dernière grâce de ma vie.

Il faut que je ne m'occupe plus que de Nôtre- Seigneur Jésus-Christ personnifié dans les grands évêques, dans les grands apôtres ; mais surtout de sa personne sacrée, de lui-même, de son inearnation, de sa rédemption, de son sacrifice, de l'Eucharistie, de sa vie étemelle, temporelle, cachée, publique, souffrante, glorieuse. Il faut que ma vie soit cachée et reposée en Dieu avec Jésus-Christ. Grâce de saint Jean devant la Porte latine et à Patmos.

Parti d'Orléans le 9, pour ma visite pastorale qui ne^dura que onze jours. Je me suis reposé quelques heures chez M. Berryer avec MM. de Falloux, de Sèze et de Kerdrel. Retour avec M. de Falloux par Fontainebleau,

Je reviens ici accablé de fatigue. Il faut m'y cantonner dans une certaine vie intérieure. — Le repos sacré : Declinare a turba, requiescere, tacere, exspectare, sedere. Surtout me taire : écouter, laisser parler. Sedere in altitudine, et eircumspectare : Episcopus.

29 jeudi. Asci^siON — Quelle belle fin de la vie mortelle de Notre-Seigneur Jésus-Christ!

Quelle belle conclusion de la Rédemption I

Qu'est-ce que le christianisme? C'est une rédemption. Quel est le moyen de cette rédemption? Un sacrifice : un sacrifié, une victime. Quel est l'agent de ce sacrifice? Un pontife, un médiateur, un pont jeté sur un abîme entre deux puissances, deux extrémités contraires. Ce sera encore ainsi dans l'éternité : Pontifex faclus in œtemum. Dieu et l'homme auront un médiateur étemel, Jésus-Christ.

Samedi 7 juin. Veille de la Pentecôte. — Depuis l'Ascension, j^ai médité avec quelque consolation ce grand et beau mystère. Le Bréviaire y aide beaucoup.

Voici la Pentecôte! Quelle révélation! Une nouvelle, une autre personne de la Trinité se montre, vient à nous ; quel événement ! Et c'est l'amour, la bonté, la consolation, la douceur, la lumière, la force : Rectum, bonum, sanctum.

Lundi 9. — Qu'est-ce que l' Esprit-Saint?

Qu'est-ce que cette divine personne qui vient à nous sur la terre? Elle se nomme l'Esprit, spiri^ tus, le consolateur^ paraclitus. C'est une eau ▼ive et rafraîchissante : c'est un feu, une flamme, une ardeur, une chaleur divine, un •ouCQe puissant : Fons agiue^ ignis, spiritus ardoris^ flatus vehemens.

21 juin. Saint Louis de Gonzague. — Me

voici de retour. Quel bonheur d'être seul! Il faut y demeurer le plus possible ; éloigner les visites; jouir de cette paix, de ce silence, de cette solitude. Il faut me retremper dans la vie intérieure; refaire mes forces de toute façon; me fortifier paisiblement par les épreuves qui m'attendent, pour la perte de mes yeux, pour les grands renversements (1).

Ma visite au Saint-Sacrement tous les jours; plutôt deux fois qu'une. Au moins une fois avec récitation : Psaumes en action de grâces.

24. — Après-midi bien prise. Mais en paix, sans humeur. Il n'y a que cela de raisonnable. S'irriter n'avancerait à rien ni pour l'âme, ni pour la tête.

25. — Il faut bien et prudemment employer mon temps. Mais rien de pressé, de violent, de fixé. Il faut en ce travail beaucoup d'ordre et de sérénité, des vues calmes et élevées. Relire Bossuet et Fénelon...

M'élever, m'élever! Me dégager; me tenir haut dans la sérénité et dans la lumière; et redescendre de là avec des clartés simples, vives, profondes, paisibles.

26 juillet. Fête de sainte Anne. — Vœu de

(1) Sans doute les renversements politiques.

faire une visite au Saint-Sacrement chaque jour pendant une année ; quand j'habiterai une maison où sera le Saint-Sacrement et que les portes ne seront pas fermées. Dans le cas contraire ou en présence d'autres difficultés, j'interpréterai moi-même pour moi, comme pour les autres. Lorsque la veille, impossible, deux le lendemain. — Cinq minutes au moins : deux hymnes.

1 1 août. — Les fêtes de la Croix et de la sainte Couronne me laissent entrevoir et pressentir les ngagniflcences de la Rédemption et de la vie de Notre-Seigneur. 11 y aurait là la plus grande, la plus admirable étude à faire. La sainte Couronne d'épines ! ... La royauté de Notre- Seigneur est une chose bien extraordinaire... Dans la vie de Jésus-Christ, un chapitre intitulé : La destinée cCun Roi, du Roi des rois.

J'ai médité ces jours-ci avec grande clarté, simplicité de vues et quelque douceur mes notes sur la sainte volonté de Dieu.

Ce matin, ma résolution, à 5 heures un quart, c'est la paix, Tindifférence à bien des choses, le repos de Tàme et du corps, la fuite des occupations et des fatigues qui ne sont pas de devoir, l'ordre immédiat dans mes papiers et dans les

146 JormxAL ithme

aflEaires da diocèse. Pais le trayail» autant qu^il plaira à Dieu.

Sa sainte Tolonté. Je ne saurais trop m'y exercer, afin d'en pénétrer mon âme, et que ce soit ma nourritarey et ma joie. Tout est si triste qae, sans la vue de la volonté de Diea, rien ne serait tenable.

Dès que j'ai fait ce qae j'ai pn, l'indifférence, l'indifférence. Le bon Dieu ne me demande pas de faire, de finir tont cela, mais d'y travailler paisiblement et constamment. Il faut m'y mettre. Prendre les moyens qui dépendent de moi pour donner à m on esprit la sérénité, lalumière, la fraîcheur, la force; et abandonner le tout à Dieu. Le fait est que je me sens bien plus indifférent à ces publications que par le passé. Je ferai plus par raison, par devoir, que par entraînement, par goût.

Lundi 13 octobre. — Hier, joie de la bénédiction de Dieu sur le Petit Séminaire, trop grande, trop humaine.

A La Chapelle. — J'y ai fait un bon et heureux séjour, très doux parfois, très paisible. C'est alors que j'ai commencé la Haute Education, et fait de loin les deux volumes, sans le vouloir ni le supputer.

Le temps y a été charmant... L'automne et

ses teintes... Le couchant du soleil quelquefois si beau, si pur, si riche et si tranquille vers le fond de la grande allée... Ses dernières clartés sur la Loire, à travers les arbres à demi dépouillés, sur les feuilles jaunissantes et dorées. C'était délicieux...

La vie de sainte Thérèse m'y a charmé ; c'est une grande grâce du bon Dieu. C'a été un vrai charme, une douceur, je dirais presque une dévotion profonde. J'ai rarement reçu, dans ma vie, une bénédiction, une impression de grâce plus simple et plus profonde. Ce qui me frappe le plus dans cette vie, c'est de voir jusqu'où p^ut aller l'amour de tendresse de Dieu pour les âmes. C'est un amour vraiment extraordinaire. J'admirais que Dieu puisse se complaire à entrer dans un commerce si intime et si tendre avec une pauvre petite créature, y mettre ses délices, car sainte Thérèse n'est ni une grande ni une petite sainte. C'est une pauvre créature en qui il a plu à Dieu de faire des choses merveilleuses. Ce qui me frappe encore, c'est à quel point on sent que tout cela est vrai, certain. Quel sens!... Sens divin, sublime, et cependant si simple. Quelle grâce Dieu a faite à son Eglise, en lui faisant révéler ces merveilles de son amour et de son infinie bonté pour sainte Thé-

148 JOLUU iTnn

rète! C'est aassi une bien grande grâce que Diea me fait, que le Roàt de cette belle et sainte lectare. Après le bonheur et la giAce d eproaver ces choses, bien loin après, sans doQte. rient la grAce d'en goâtcr le récit, d'en comprendre qoelqae'chose, de connaître de loin et d'admirer de si divines merreiUes.

6 décembre. — Retour de Paris. Rentrer dans mon repos. Eloigner absolument tous les bruits. Vivre comme dans laThébalde. C'est ooe admirable grâce de Dieu de pouvoir vivre en paix, pour Dieu et pour mes livres pendant ces agitations. C'est le seul parti favorable & mon travail, à mon ftme, à ma santé. Tout le reste, préoccupation inutile et dangereuse. Là un lait délicieux, un fruit sublime, fr-uctus dulcis; un \ia fort. Sainte Thérèse m'est toujours un grand secours de vie intérieure.

En finissant cette année, je dois bien bénir Dieu... Elle a été bonne. 11 y a eu bien à faire; mais enfin le bon Dieu m'a aidé... Le seul excès de fatigue a été la visite pastorale; il faudra y prendre garde... Depuis le 15 octobre, un des meilleurs temps de ma vie... Te Peum lauda-

DR HONSEIGNECB DUPANLOUP 149

!•' janvier, 5 heures du matin. — Je bénis Dieu de nouveau des biens qu'il m'a faits Tannée dernière. Us ont été très grands.

Pour cette année, je lui demande avant tout : — 1* La suite, Fesprit de suite; — 2** la modération, la paix en toutes choses...

Tout ce mois assez bon. Fidèle aux exercices de piété, laborieux, paisible.

Le lundi 26, départ pour Paris. Le mercredi, prêcher à la Madeleine pour XL heures. — Le dimanche 1*' février, sermon à Saint-Roch. — Comme j'ai senti en ces deux prédications, surtout à la Madeleine, la joie et la lumière du surnaturel ! Quelle différence I Comme il y faut vite revenir! J'ai éprouvé cela cent fois. On nage, on est porté comme dans l'Océan (1).

Quant à mon diocèse : — 1® Quatre compagnies de missionnaires aux quatre coins. Tout est là pour le présent d'ici à vingt ans... La conversion des peuples ; l'excitation des bons prêtres. — 2^ Le Grand et le Petit Séminaire

(1) AdtUUon de 1875. — Depuis cinq ans, TAssemblée nationale m'en a bien éloigné... On n*y reWent que par le fond et la principe; mais non par la plénitude et la douceur des détails.

150 JOURiNÂL INTIME

pour former d'ici vingt ans une nouvelle et nombreuse génération de prêtres capables. — 3^ Les catéchismes de la Cathédrale et d'Orléans pour former les catéchistes des villes et des gros bourgs.

10 février. Sainte Scholastique. — Vue très claire de ce que Dieu me demande ici-bas. — 1® Les Petits Séminaires; — 2^ Les Catéchismes.

Je dois tout sacrifier à ces travaux-là, à ces règlements ; c'est Toeuvre de toute ma vie. Depuis la Petite Communauté et les catéchismes de Saint-Sulpice, je n'ai pas fait autre chose... La Vie de M. Borderies; place importante... Le bon Dieu m'^â fadt évêque, pour achever, consommer ces deux œuvres, joro meis viribus.

Mars. — Grande retraite en silence (1).

10® Il faut accomplir mes résolutions de retraite relatives à l'Ecriture sainte. — 1° La lire d'un bout à l'autre au repas. L'Ancien Testament le matin; le Nouveau le soir. — 2® Méditer de temps en temps, dans le Nouveau Testament, tout ce qui regarde le sacerdoce.., — 3® Bien dire la messe et le bréviaire. —

(1) Des quatre pages du journal dans lesquelles Mgr Dupanloup résume cette retraite, les deux premières qui contiennent les neuf premiers articles sont malheureusement perdues.

4® Actions de grâces avec les Psaumes et les Cantiques choisis. — 5® Tous mes écrits et prédications à ce point de Tue.

Tout cela, en attendant que je ne m'occupe plus que de l'Ecriture sainte.

11^ La dévotion au Saint-Sacrement, la dévotion à la Passion, Tespritde pénitence; voilà ce qui me manque le plus. Pour y remédier : — 1^ Assister assidûment aux Saints et processions de jeudi, vendredi, mardi et dimanche à Sainte-Croix. Les faire bien chanter et solenniser. — 2? Faire le Chemin de la Croix chez moi ou à la Cathédrale. — 3<> Etre attentif aux sept Psaumes de la Pénitence : les dire le mercredi des Cendres et le Jeudi saint. Se mortifier aux repas et ailleurs.

12® Composer un Chemin de la Croix miiquement des paroles de TEvangile et des prières en usage (1).

13® La visite des pauvres familles de temps en temps; la visite des malades à FHôtel-Dieu; et la prison. Tout cela est indispensable.

14** 11 faut renouveler ma dévotion à TEsprit- Saint, et aux grandes vues de foi sur le Pontifical dont l'Esprit-Saint est l'auteur. Pour cela :

(1) Ce Chemin de la croix a été en effet composé : nous le possédons encore.

152 jour:hal intime

— V Je ferai chaque année deux neuvaines en l'honneur de FEsprît-Saint : la première de l'Ascension à la Pentecôte; méditations sur TEsprit-Saint, la plume à la main; recueillir tout ce que j'ai écrit sur ce sujet.

La seconde du 1"' au 9 décembre : mêmes exercices, ou bien méditation du Pontifical et de mes cahiers. — 2^ Aux approches des ordinations, je méditerai le Pontifical. — 3® Le matin, ou plutôt la veille des messes pontificales, je méditerai le Pontifical de Ornamentis.

Juillet et août. Voyage dans le Midi.., — Mardi 10 août. Course magnifique par le Martinet. Ces hauteurs... Sur le Mavancer, le Malarit, les Ballons, les Aveniens, les Granger, jusqu'au fond de ces montagnes... Le Pré du fourneau... 11 y a eu sur les bords de ce torrent des paysages incomparables, un surtout... Le charme ne peut aller plus loin. Comme Dieu est présent en ces beaux lieux ! Quelle consolation de le sentir si près, et soi si loin du monde !... Et au retour, délicieuse marche solitaire aux derniers rayons du soleil... Quel bel ordre dans cette grande nature ! Quelle sublime harmonie résulte de toutes ces créatures jetées çà et là en désordre apparent et qui, toutefois, forment un

DE HOA'SElGNEUa DCPANLOUP 153

tableaa si parfait! Ces arbres, ces bosquets, ce torrent, ces ruisseaux de toutes parts, jusqu'au fond de la vallée, ces troupeaux paissant au penchant des grands coteaux verdoyants, ce beau ciel^ le souffle des vents, les rayons du soleil à travers tout cela, puis les neiges éternelles aux derniers sommets... Et nous errant solitaires, et la présence de Dieu si sensible!

Mercredi 11. — Bréviaire et chapelet au sommet des coteaux, dans cette allée sublime et tranquille. Douce et sainte prière. Joie et confiance en cette bonne sainte Claire. Long regard sur cette grande vallée des misères humaines.

Jeudi 12. — Course à Laval. C'est ce que j'ai vu de plus beau dans ces montagnes. Route à travers les châtaigniers ; j'en aï été ravi. Torrent superbe... C'est un village des anciens jours, bien bâti. Ce sont deux châteaux d'un caractère noble, simple et agreste à la fois. L'église et le presbytère entre les deux routes. Ces maisons au milieu des arbres et des vergers ver^ doyants. Du coteau opposé, l'effet est délicieux. Le retour surtout a été admirable. Bon curé nous conduit... Montée à travers les vergers, les ruisseaux, les arbres. Puis ce magnifique bois de sapins au sommet...

Mardi 27. — Course à Saint-Jean. . . Délicieuse

découverte de cette petite église du douzième siècle, dans ce creux de vallée, au milieu de ces ombrages; si retirée, si cachée ;... et de ces chaumières, de ces braves gens... On ressent dans ces lieux Tim pression d'une paix profonde. De là, on s'étonne de l'agitation de la terre... Je me représentais tant de familles bénies de Dieu qui avaient vécu là tranquilles.

Besançon. — Cardinal de Rohan. Souvenirs de la Roche-Guy on, ici pleins de douceur, de noblesse, de pureté, de grâce de Dieu ; puis de Courcelles... Douceur inexprimable de repasser ces chers souvenirs, près de ce visage si digne et si tendre... Annecy. Mon lac, puis Saint-Sulpice et ma première communion, puis la Petite Communauté. . . Et le duc de Rohan venant m'élever, m'ennoblir, ouvrir à mon cœur de si doux, de si nobles horizons... Ces émotions, ces pensées ne se définissent pas. Que Dieu fut bon pour moi en m'envoyant cet homme excellent dont la bonté fut pour moi la sienne. Première entrevue à la première communion ; puis au Petit Séminaire; puis aux vacances de troisième...

Puis M. Borderies... En présence de ces deux souvenirs, que tout ceci n'est rien! Quand on a reçu de Dieu tant de biens, on peut bien recevoir quelque mal des hommes... 11 y a même

une grande douceur à recevoir le tout en silence. Je ne pouvais pas m'éloigner de ce marbre. La foudre éclatait. Il me semblait que j'aurais été trop heureux de mourir dans ce doux et profond sentiment de reconnaissance envers Dieu.

28. Saint Augustin. — C'est le temps des méditations profondes, meditatio cordis, et des fortes vertus. Puis ces visites officielles... Tristes relations, importantes, pour éviter les mauvaises affaires et attirer un peu à la religion ces gens-là.

31. Saint Jean-Baptiste. — Puis retour, Conseil : La Chapelle, — Te Deum ex fide et imo corde.

J'ai fait le Chemin de la Croix... Cela a des vertus étonnantes... Cela met dans la Rédemption plus que toutes les lectures ou sermons lus ou prêches... Cela unit réellement à Notre-Seigneur et à sa Passion.

8 septembre. Nativité de la sainte Vierge. — Regard en arrière sur Saint-Félix, sur Annecy et la Puya en 1848. — Confiance, confiance en la bonté de Dieu, qui a toujours été prodigieuse pour moi. — Regard sur la mort de ma mère et du Jesum de Maria natum. Donc, confiance, confiance et courage. Pas de tristesse. Chaque

jour de son mieux; et recourir comme autrefois à la sainte Vierge : Auxilium christianorum ; et surtout : Auxilium episcoporum.

1® Quant au Père commun et frère atnéy l'éclairer est un devoir là où il peut ignorer, se méprendre, être surpris... Ne faire que cela...

2® Quant à Tami, s'en servir uniquement contre les insensés.

3^ Me tenir en dehors autant que possible :

Simplex ut columbay prudens ut se7*pen$.

4° Reprendre les œuvres de mon diocèse avec suite, sans aucune entreprise nouvelle.

5® Mes livres sans désemparer un jour : Ut placitum fuerit Deo .

14 septembre. Tous les jours précédents, j'ai fait le Chemin delà Croix. — Travail de grâce : Lignum, quod cum misisset in aquasy in dulce" dinem conversœ sunt. — C'est bien vrai. 11 y a là une douceur cachée, sans fadeur. C'estferme, solide et doux. C'est le fond des choses divines et humaines : Veritas incaritate... cruxalmay salve.

18 octobre. Saint Luc^ — Videbam Satanam sicut fulgur de cœlo cadentem. Quelle chute (1)! C'est celle de l'orgueil ! Rien n'est plus périlleux

(1) Peut-être M. Renan.

l)E MONSEIGNEUR DUPANLOUP t57

pour moi que ces pensées de vanité, de complaisance en moi-même ou dans mes œuvres. C'en serait la ruine, prompte comme la foudre et bien méritée. La pensée orgueilleuse provoque immédiatement la foudre. Le châtiment vient sans retard. Demander à ce bon Dieu qu'il daigne me préserver de la vanité et de l'ostentation.

25 octobre. — Coup de vent d'automne; les feuilles tombent; les beaux jours s'en vont. Us ont été admirables : je n'ai jamais si bien vu les beautés de l'automne, ses splendeurs. C'est ravissant; le printemps n'est pas plus beau : JEstatem et ver, tu plasmasti ea... La lune à cinq heures et demie, tandis que le soleil couchant illuminait encore les grands arbres. Ces deux lumières, de la longue allée d'en haut, inexprimable. . . Le soleil à neuf heures et demie du matin, dans la petite allée, illuminant toutes ces teintes... Que Dieu est bon et grand !

4 novembre. — Pour mon volume, ne pas négliger. . . mais ne pas me presser : In altitudine mentis. Il faut l'exercice un peu violent et fréquent ; la paix du soir, le repos sacré avant tout. Supprimer cette tension violente et perpétuelle qui tourne à la manie, à la maladie. Toutes les fois que je m'aperçois que mon action devient impétueuse, il faut m'arrèter douce-

ment, tout court, et la suspendre. Rien n'en ira plus mal ; tout au contraire en ira mieux et plus vite.

8 novembre. — Pauvreté, misère de Thomme !

Les coups de vent qui abattent toute une nation. Tous les hommes les plus considérables d'un pays, tous les caractères fléchissent... Le oui et le non en deux ans ! Aux pieds d'un Ledru-Rol- En! M. de Lamartine était le sauveur. On baisait ses mains, ses habits... La peur était telle !

Depuis quelque temps, vue claire de la mi« sère, de la faiblesse humaine en chaque homme ; dans les plus éminents et les plus saints : Quid est homo. M. T., M. G., M. V. Je ne sais pas si les saints étaient mieux que ceux-ci. Nous ne le» voyons que de loin; et, de loin, on ne sait rien comme il faut. Voyez les gens qui m'estiment et qui peut-être feront sur moi une notice après ma mort... Qu'y aura-t-il de plus faux? De loin, on ne sait pas le fond, ni les détails. On sait quelques traits qui ont sailli sans raison et qui ne sont pas le vrai d'un homme. En ces amis, quelle misère, quelle lacune de sagesse! Mais ils sont en un sens zélés pour quelque chose, et Dieu veut peut-être se servir d'eux à cause de ces bonnes qualités, et à cause aussi de ces défauts :

DE aO^SKXETK kujoâkv 1ô9

Et les gens comme moi qui croient être sages, prudents, qui le sont pent-ëtre un peu. natorellement, humaînement... Mais qui sont humains, naturels, personnels. Dieu n'en reut pas. C'est peut-être par des saints de cette foiblessé apparente d'écrit que Dieu a hil les plus grandes choses.

Toutes les fois que je vois un homme, une femme, sa faiblesse physique, intellectuelle, morale, m'apparalt dans un jour si simple et si clair que c'est attristant : Quid eslhomo? Homo minor ad intelleclumjudicii. Voyez même sainte Thérèse. Quel décousu apparent! Quelle faiblesse réelle! Et cependant, quelle grandeur, quelle force ! Mais ce n'est que ceUe de Dieu.

L'homme n'est quelque chose que du côté de Dieu; il arrive, de ce cdté-là, à la grandeur, c'est une grandeur divine...

Et tout cela, c'est ce qu'il y a de mieux ! Mais la multitude, toute une nation, un peuple!

Qu'est-ce que c'est?

Et les hommes les plus éminents rassemblés] Quelles faiblesses, quelles folies, quelle mobilité, quelles violences I

Et les courants qui entraînent tout... l''l les réactions... Et le oui et le non sur les chose» les plus graves presque en même temps.

Vous appelez coup d'Etat ce qui réussit ; attentat ce qui ne réussit pas. Le succès, le suceès, voilà ce qui décide de tout...

Je suis obligé, pour ne pas me laisser aller à un mépris excessif, pour Thomme et pour Thumanité, de me souvenir de Flncamation, de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge. Cela m'arrête tout court.

21 décembre. — Notre-Seigneur se compare aux choses les plus douces et les plus gracieuses de la nature? Quasi diluculum. Ce premier rayon du jour après la nuit, si beau à voir... Ravissant... Cette première lueur pourprée du matin. Quasi imber nobis temporaneus. Cette rosée du soir qui vient rafraîchir et désaltérer la terre... Nous en avions bien besoin.

Une seule messe comme celle du IV® dimanche de TA vent; cela suffit..., c'est la divinité d'une religion. Ce langage, cet accord, cette harmonie de l'histoire, de la prophétie, des plus saintes exhortations, des plus miséricordieuses promesses... Cela n'est nulle part... [ncomparable épitre; jamais rien de pareil... Puis ces dates évangéliques ; ce fait qui se rattache à tout dans l'empire et le monde... Ce fait de Jean-Baptiste, cette prédication de la péni*

DE 3A0XSKIGNECE DUPANLOUP 161

tence. Puis ces douces exhortations des prophètes. Puis ces Oremus.

Toute la divinité de la religion est dans ces paroles : Anno quintodecimo imperii Tiberii Cœsaris, etc.

Ainsi, tandis qu'un Tibère régnait à Gaprée sur le monde entier, et que le sacerdoce était tombé jusqu'à un Calphe, la parole , le Verbe de Dieu vient sur Jean dans le désert, et il prêche la pénitence, pour la rémission des péchés. Puis, les admirables paroles d'isale : Rectos facile semitas ejtis. Omnis mons et collis humiliabi' tur... Toutes ces grandeurs hautaines seront abaissées ; les humiliés seront relevés, la rectitude se retrouvera partout.

Un Tibère est impossible aujourd'hui. Il y a, dans la société chrétienne, une force qui ne le permet pas. Dans quel état, dans quelles mains était l'autorité, à la venue de Notre-Seigneurl Tous ces noms si exactement écrits sont abominables... Les hommes étaient dignes de tels maîtres.

Les hommes ne savent qu'abuser : insolents

>ou lâches... Lorsqu'il leur est permis de donner

un conseil, c'est de l'opposition qu'ils font.

L'opposition ! mais le nom même est mauvais.

C'est déclarer l'autorité coupable ou dangc-

162 JOUBNAL INTIME

reuse. Le conseil est bon: mais l'opposition! C'est Tautorité constituée devenue suspecte.

26 décembre. Noël. — Grâce de douceur et de paix : In mansuetudine opéra perficere. — Tourner les avertissements et les réformes, non en reproches : Non ar guère; mais en démonstrations, en enseignements du bien : Docerey exhortari. Ne pas dire : Vous avez mal fait; mais : Voici ce qu'il faut faire. Il ne faut arguere (jue eos qui contradicunt.

3 janvier. — Grand jour! Tous les bienfaits de Dieu : jour de son élection ! Qui absconditus est cordis homo in incorruptibilitate quieti et modesti spiritus. L'homme intérieur, caché, doux, paisible, ferme et inébranlable, homme de cœur.

Donc, la piété, mes visites au Saint-Sacrement. — La fermeté et la douceur; la suite calme, paisible, constante. — Chaque chose en paix, l'une après l'autre, avec tranquillité et même avec joie. Dieu veut la paix, Dieu veut la joie et il les donne. — Voilà mes deux grandes grâces de ce jour : Gaudens gaudebo in Domino. — La paix et la joie font la force.

Depuis le 3 janvier jusqu'au 7 février, jours bien réguliers.

1© Progrès pour la visite au Saint-Sacrement. — Le matin à 5 heures en passant devant la chapelle ; — avant les repas ; — puis la visite réglée : — et la prière du soir. — Cela fait au moins cinq fois par jour quand je suis fidèle. Et le goût s'y retrouve. C'est une amitié qui se forme, s'établit et se sent.

Sf^ Bons exercices de piété, grâce à sainte Thérèse. Je la goûte de plus en plus; c'est une grande bonté de Dieu.

3^ Bon et constant travail de cabinet et d'affaires, pour Séminaire et Cathédrale.

Le 27 janvier, course à Paris. — J'ai horreur de ce bruit, de cette agitation et reviens le plus vite possible.

9 février. Mercredi des Cendres. — Voici mes simples résolutions pour ce Carême.

1® Psaumes de la pénitence. — Un chaque jour. — Les sept aujourd'hui, le Jeudi saint et le Vendredi saint. — 2<* Stabat, les vendredis et samedis matin. — 3^ Malades, pauvres, prisonniers, hôpitaux. — 4<> Chemin de la Croix les vendredis. — 5<* Retraite à la fin.

Semaine sainte. — Ma retraite tristement sacrifiée à ces disputes. — Retraite à la Cathé-

164 aOUBNAL INTIME

drale, bien réussie. M. Mermillod plait. Il est évident qu'on peut là de grandes choses.

8 avril. — Reçu rencyclique aux évêques de France, et béni Dieu. — Rien n'est plus doux que de voir clairement la volonté de Dieu et de la suivre. J'ai immédiatement retiré ce mandement et rendu grâces à Dieu de ce qu'il n'y a pas eu un jour de retard.

Puis à La Chapelle à pied. Cela met l'esprit en haut et au large. Charme et douceur de voir toutes ces violettes épanouies au milieu des herbes,

3 mai. La Chapelle. — Me voici de retour ici. Il faut que j*y demande à Dieu la grâce de la paix.

La paix, la prière, le travail dans la sérénité de l'esprit. Eloigner tous les dérangements.

Les Petits Séminaires et les catéchismes ! 11 est évident que je n'ai que cela à faire, à finir sur la terre. Tout le reste est beaucoup moins mon œuvre. Si Dieu me demande quelque chose en ce monde, s'il veut qu'il y reste quelque chose de moi, quelque lumière, c'est cela. Pour ce double objet, je dois tout suspendre. Je le vois avec évidence, toutes les fois que mon esprit est hors de l'entraînement. Donc y tout sacrifier, y tout subordonner.

DE MONSEIGNEUR DUPÂNLOUP 165

10 mai. — A six heures et demie du matin, course ravissante, à Saint-Ay. Cet éclat ! Cette fraîcheur du matin ! Ce beau soleil I Cette verdure si tendre et si vive ! Cet air si pur! Ce ciel si bleu ! Cette belle Loire ! Ces sentiers fleuris au sommet des falaises, le long des haies d'aubépine et d'érable ! Puis le délicieux village de Saint-Ay. Ces maisons tournées vers le fleuve, vers les prés et les arbres tout en fleur; séparées si heureusement du monde, si tranquilles... J'ai vu rarement rien d'aussi charmant. . . Souvent j'ai redit là : Que Dieu est bon et qu'il est grand !

La Chapelle. — Méditations sur PEsprit- Saint.

11 mai. — Il est évident que depuis l'Ascension, tout, dans l'Eglise, est rempli par l'Esprit- Saint. Il est partout; il occupe tout; il remplit tout. En jetant un coup d*œil sur les quatre Evangiles, on voit aussi qu'ils en sont tout pleins. Son approche y est manifeste. L'Ancien Testament le montre aussi de loin

12 mai. — Il parait bien que « TEsprit-Saint » c'est l'amour personnel, essentiel, substantiel, la personne de l'amour. Tout à la fois : fons vivus^ ignis : mais toujours caritas. Un feu, une flamme d'une vivacité, d'une douceur infinie,

166 JOUBNAL INTIME

un rafraîchissement... Tout cela, spiritus. — Le consolateur. Voilà ce dont surtout nous avons besoin ; car tout est peine en ce monde. Mais le monde ne peut le recevoir. La chair et le sang, les yeux sensuels et Torgueil ne peuvent le recevoir. Et dans la mesure où l'on est tout cela, on ne le reçoit pas.

13 mai. — Misit Deus Spiritum Filii sut in corda vestra clamantem : Abba Pater.

C'est l'Esprit d'amour ; d'amour filial, humble , tendre et confiant; On ne sait pas dire à Dieu : Mon Père! On ne le dit pas humblement et tendrement, en enfant qui sent ses besoins, et sent aussi qu'il parle à un père, qu'il a recours & son père tout bon et tout-puissant. On fait le fort, le grand ; on se tient ferme avec raideur ; et on n'est que faiblesse. Tout consiste à bien dire le Pater. Notre-Seigneur nous l'a enseigné : Doce nos orare. — Sic orabitis. L'Esprit de Jésus-Christ fait plus. 11 en inspire les sentiments, l'accent humble, tendre et confiant.

Toute la prière est dans l'Esprit-Saint : il est Spiritus gratiœ et precum. 11 est en nous le désir, l'amour, la prière, le gémissement...

Il y a en nous une hauteur, une roideur, une fierté qui se tient contre Dieu, qui éteint la prière, l'esprit de prière. Aussi, voyez Notre-

DE MONSEIGNEUR DUPANLOLP 167

Seigneur : Procidit in faciem suam orans.

14 mai. — L'Esprit-Saint c'est Tamour :

Caritas Dei diffusa est in cordibus nostris, per Spiritum sanctum. — Fides quœ per caritatem operatur: Tout tend à l'union intime, àTamour. — Vos cognoscetiseum (Spiritum veritatis), quia apudvos manebit et in vobiserit... In illo die, vos cognoscetis quia ego sum in Pâtre meo, et vos in me et ego in vobis... C'est admirable! Oh ! comme il faut se purifier, se détacher de tout ce qui n'est pas Dieu, pour s'unir à lui !

Il ne faut pas vouloir scruter témérairement et définir en maître la nature des divines personnes, de l'Esprit-Saint ; ni vouloir en dire plus que la sainte Ecriture et l'Eglise. Il y a une certaine réserve gardée par la révélation elle-même, et qu'il est bien nécessaire à ma misère et faiblesse d'esprit, de garder.

L'Esprit-Saint n'a pas voulu que son nom fût V amour; mais V Esprit-Saint, F Esprit consolateur. On sait, on entrevoit, on adore le reste.

Saint Grégoire dit expressément : Ipse namque Spiritus sanctus amor est; unde et Joannés dicit : Deus caritas est.

Mais pour aimer ce pur et divin amour et en être aimé, il ne faut rien aimer qui ne soit pur; il faut veiller constamment, purifier, simpli-

168 JOURNAL nTIHE

fier : Qui adkuc per illiciia desideria difftuit... profecto Deum non amai.

15 mai. Pentecôte. — Très bel OfiBce. Belle musique très religieuse, tout le Séminaire chantant.

16 mai. — Manifestement , l'Esprit-Saint remplit touty anime tout, inspire tout dans FEglise. C'est lui qui apparaît au commencement et à la fin des divines Ecritures, au premier et au dernier verset : Spiritus Dei ferebatur super aguas. — Spiritus et sponsa dictmt^ vent.

18 mai. Paracletus àutem Spiritus sanctus.,,y ille vos docebit omnia. — C'est Tamour. Il fait aimer la vérité, toute vérité; et, en la faisant aimer, il l'enseigne et la persuade ; il la met au fond de l'âme; il y attache tendrement et fortement. Comme on sait mal les vérités qu*on n'aime pas ! Comme on les oublie vite ! Comme on sait bien, au contraire, les vérités qu'on aime! Il est vrai de le dire, l'amour, l'onction de l'amour, enseigne tout.

19 mai. — Tristesse de ma pauvre tête et de mon pénible et infructueux travail. C'est un tort. Il ne faut pas vouloir tout emporter d'assaut, et agir comme si je pouvais tout, comme si je n'avais qu'à décider. Ce n'est pas sur ma

volonté, sur mes décisions souveraines, qu'il faut mesui'er mon action, mes œuvres, mais sur la volonté de Dieu et sur ses décisions.

Il faut me résigner à ne pas faire ces trois volumes; à n'en pas faire deux ; et même à n'en pas faire un seul.

Madame Âcarie avant tout; ce sera labéné* diction du reste (1).

Il faut aller doucement, bien doucement, au jour le jour, prenant mon parti de ce que je ne puis faire. L'indifférence, la sage et chrétienne indifférence. La paix et la joie in Spiritu sancto. La tristesse ne fait qu'empirer le mal. Il faut aimer cette sainte volonté de Dieu.

Du reste, hier, douceur de prier seul au fond de cette allée... Ce lieu était vraiment délicieux.

Je continuerai à méditer les douceurs, les suavités de l'Esprit-Saint, du divin amour. — Spirittis métis super mel dulcis. Il est la bonté même : Dabit spiritum bonum. — Spirittis ttitis bontjs deducet me,

10 juin. — Bien que je ne me sente aucune forcet lû courage, je dois avoir confiance en

(1) Mgr Dupanloup travaillait alors ii une Vie de M*"* Acnrie (la B* Morie de l'Incarnation].

170 iOCB^AI. iriTlME

Ih'eu et me mettre à mes besognes : 1* Ce liyre ; 2^ Le Petit Séminaire; 3? Le diocèse. Au contraire de ma faiblesse, il iant que j'agisse arec force et fermeté. Le moment en est Yenn, je le crois. Mais poar cela : Deus, in ad/utarium meum iniende; Domine, ad adjuvandum me fnlina,

13 juillet. Séjour à Saint-Félix. — Promenado & la Paya. Délicieux coucber do soleil.

Petit chemin où j'ai adoré Dieu. — Grande tristesse d'âme; j*ai dit mon rosaire et beaucoup prié et gémi. La résignation, si nécesnftirii, si raisonnable, la raison, la nécessité, \\t> la donnent pas. Dieu seul la donne, comme rit(ttnilit/% Il donne tout; il faut tout lui (toMian<lor. Il est évident que je n'existe pas à (MMuUlton do n'être jamais malade et de faire |ii^|out*s ma volonté.

iPal liouvi^ do la consolation à donner quel- \\W ar^ottt i^ dos enfants qui gardaient là leurs hiMt|u^au\» t\ los iH)udr6 contents dans ces lieux Mrt j'rtVrtl!* iUi^ ï^i coûtent à leur âge, et où je me ivl»i»uvai^ k{ {m\<\ Cueilli quelques fleurs, derwWv ^K\\\\\mK do oonlieux* Vraie joie de prier v.^ \\l Oh ^«i«Ni'«'*HUl 00» montagnes. Les psaumes ^iy\\\ \\\\ rtdluUH^lkloïàUJotdo méditation. Le cœur

28. — J'ai résolu de renoncer à cette volonté si décidée de me guérir; résolu de retourner tout de suite dans mon diocèse pour y faire ma charge, et de laisser là mes livres, tant qu'il plaira à Dieu, et toujours s'il lui plaît.

2 octobre. Dimanche. — Vœu plein de consolation et d'espérance pour l'œuvre des lampes devant le Saint-Sacrement. Œuvre nécessaire pour réveiller la foi de ces pauvres gens. Rien n'est plus évident pour eux, plus sensible... A chaque heure du jour et de la nuit... Vœu de faire en sorte que pas une église ne soit sans cette sainte lumière, par moi ou par d'autres pendant mon épiscopat, durant ma vie, après ma mort. Cette œuvre me plaît. Il faut donner à mes yeux cette consolation, fonder cela à jamais, n'y rien épargner... Si je perds la vue ou si je meurs, je serais heureux d'avoir fait cela.

!•' novembre. La Toussaint. — Admirable Office. Cette immense et paisible assemblée, ce chœur rempli des louanges de Dieu, c'était bien très vivement l'image du ciel. Ce qui rendait ce spectacle bien beau et bien touchant, c*était la pensée que tous ces hommes se purifiaient, pensaient au ciel, célébraient les Saints,

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