‹ Journal intime'Chapitre 14 sur 37 · gi.trifr zev^nir. £:iaiinK^«ii2r.j&iiiMi:2&i2im · texte numérisé non relu

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VcflU la Tériié. L fz.r: decLanier à Die* ThiUBilité et cire locj-c-^irs cc^srae saint Jeam : AVw xi/m.^, Xcm rjL*. — MédEtatSc-fis dass IsHe.

C est mon Lisi>ire : rhlstc'îre des bontés deDiea sor Bnoi et de îoa nûsson dans ce diocèse. J"ai bien à e& bénir Dîeo. Le brévîaiie, la messe, la mipdifaticmdans Isale ont one proCcNidedoQceor : il faodra y rerenir pendant le temps de NoeL 25 décembre. XoêL — Grandmesse. L'impremaa est indicible. Siabulum non respms.

Ce qui est prodigieux, ce qui est inouï, divin, c'est cette chute des magnificences, des grandeurs^ des promesses, à cette étable, à cette paille. Mais un Dieu venant sur la terre ne

devait venir que comme cela. Pour lui, il n'y avait que cela de grand et de possible.

Jamais Noël ne m'a paru ainsi. — L'humilité et la douceur. . . Voilà les deux vertus, et la force au fond. Elle est absolue, granitique : Siiicemy Adamantem.

1«' janvier. — La sainte volonté de Dieul Ma vie, par la grâce de ma vocation, y est ordonnée et même réglée dans tous les détails. Il faut plus. Il ne faut pas s'attacher et par là substituer sa volonté à celle de Dieu ; ne pas s'attacher même à l'ouvrage, à l'œuvre de Dieu. Il faut faire ces œuvres avec zèle ; apporter à chacune d'elles un zèle entier. Mais être prêt à la quitter au premier signal de la volonté divine ; au premier moment où Dieu dit : Ce n'est plus ce que je veux...

Comme un soldat à l'exercice : Ad nutum, ad momentum. Si un soldat s'obstinait à continuer un mouvement, quand on lui en commande un autre, quel désordre ! quel ridicule !

Gomme un serviteur. Que fait un bon serviteur? A chaque instant, la volonté de son maître. Il ne s'attache pas à l'ouvrage, pour l'ouvrage même, mais parce que c'est la volonté

du maître. Quel ridicule désordre s'il s'obstinait à faire ce que celui-ci ne veut plus !

Mon copiste n'a pas à me dire : Cela m'intéressait. Je lui dis : Je n'en veux plus; je n'en ai plus besoin.

C'est donc à chaque heure, à chaque minute qu'il faut être prêt.

29 juin. Einsiedeln. — J'ai retrouvé les douceurs d'Einsiedeln. Cet accent de la prière incomparable. Cette sublimité de la foi dans les hauteurs resplendissantes, sous ces voûtes... C'est vraiment le ciel; on y touche.

J'éprouvais une grande consolation à jeter mon âme au milieu de ces âmes et de ces prières qui montaient vers Dieu. J'ai retrouvé ces beaux amen y accents de la Jérusalem céleste, ou plutôt des âmes militantes, gémissantes et confiantes. C'est un cri admirable ! J'ai vu les paroisses catholiques de Claris venir : ex voto datant de trois siècles, en action de grâces... Belle procession de tout le couvent au devant d'eux, entourant la sainte chapelle délicieusement. Les Salve y Regina^ beaux dans leur gravité si pleine et si forte... Les cloches si solennelles... Valej o valde décora, etpro nobis Christum exora.

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J'ai fait avec joie TOffice du Sacré-Cœur. Tout est dans Tamour; tout le bonheur est là ; toute la force. J'ai demandé au bon Dieu, par Marie, la grâce de Tamour; et dans cet amour de Notre-Seigneur, l'amour du prochain, Tamour affectueux, compatissant des ennemis. J'en ai senti de loin la douceur...

J'ai vu ces aimables enfants. Que la jeunesse est aimable! Rien n'y est comparable. J'ai ordonné quatre jeunes gens... Un saint diacre si pieux, si pur, si distingué.

25 juillet. — Retour à La Chapelle. L'œuvre des catéchismes, pendant ces dernières heures, m'est apparue de nouveau. Oh ! que j'y suis obligé et que j'y trouverai de douceur! Comme j'ai vu et senti tout cela en ces dernières heures... Quels souvenirs! Comme il faut redire tout cela avant que mon cœur s*éteigne.

Et aussi Tœuvre des Petits Séminaires. Il faut tenir mon âme libre et pour les hauteurs. Dire la vérité à chacun avec charité ; mais éloigner les détails. Faire chaque chose l'une après l'autre, sans trouble. Faire travailler chacun selon son aptitude, et conserver la paix, la douceur avec tous et avec moi-même, et la confiance en Dieu.

Du 19 août au 19 septembre. — Discours à

176 JOiJLVii.

rAeadémie. — Pèlerinage de Cléiy- (Mi! aTer des bommes, ee qn*on ferait! — Cooise à Angers. Trop parlé aa Bonrg-d'Iré -'1\

20 septembre. — La sobriété, la modératioiiy la doocear en tout. Voilà ce qui me manqee et dont le défant me nuit le plos.

Ce déCaot nmt à la raison, à Faotoiîté. à la dignité, aox œnvres que je &is, anx conseils que je donne, aox avertissements, anx réprimandes. C'est la grande grâce à demander à Notre-Seigneur. Il faut y penser constamment , m*y exercer en tonte circonstance. La suite et la fermeté ne manquent pas. La douceur, le calme, le sang-froid, voilà ce qui me donnera la force victorieuse. Voyez saint François de Sales... Cela n'éteint pas, n'affaiblit pas, cela fortifie, fait la vraie force. Bien n est plus faible que ce qui se répand. Un réformateur sans douceur est impossible. En chaire même et ailleurs, dans la parole animée, cette sève contenue se tourne en force profonde et pénétrante . 11 faut commencer aujourd'hui avec la grâce de Dieu 9 et y employer dix ans, si Dieu me les donne. Surtout pendant ces six semaines où j'ai tant à faire, pour le Petit et le Grand Sémi-

(1) Résidence de M. le comte de Falloux.

DE MO^'SEIGIHEUa DUPAXtOUP 1T7

naire, pour tout le diocèse et pour mon entourage administratif.

15 août. Assomption. — Bonne méditation la veille et le matin. A la grand*messe, douce vue du ciel et de cette admirable Vierge y entrant après une vie si douloureuse. Dans ces grandes solennités, sous ces voûtes sublimes, tout s'élève et s'illumine. — Tous ces jours-ci, bonne et douce méditation sur la sainte Vierge. Vraie grftce. Je retrouve, avec un sentiment plus profond, mon ancien amour pour Marie, ma joie de sa gloire. Ces petites images me charment et aident beaucoup à la piété.

18 février. — Retour de Rome. Bonne messe en arrivant. Quelle paisible et profonde consolation il y a dans cette messe redite tous les jours, môme dans les circonstances matérielles les moins favorables ! Ces circonstances sont les meilleures conditions. L*àme est bien, quand le corps est mal. Le bon Dieu alors se fait sentir; c'est quelque chose de la joie parfaite. — Bonne assistance à la Cathédrale.

19. — Ce voyage a été une interruption regrettable de cette bonne vie intérieure que je

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f\)mal^ I- 7 San: tpveui: nr tut^pn^. comme si nnlk îm e '^ mii iaL liccvenîr surtoai ÀmKbottl^*^xi5^ïe^ tt rt soii. ac Saint, i la âévolioai «nves» !^ oirt-Seùrnrog . Lr Imiii Bîbîi sisaoble n-'et ÎHJT^' ifc fTïtre

îVtiH r^rrant ^fi^ troiî' icfnss, — E faut qne^ iieuàBii: lod k r&^'êmr.. jiti^st par la £3:Àoe de i>iec : JXXA imurr daruBoiL ime àfHm-Lenre de jK*rtiire fnimtneLif ., ir rTn^wiTr et la Ckhi-

3l^. — Lf tioÈr. ider, iiifiàfiie.II&ixttoiatsacciîksr airx es.^rciref' of pit^ii*., «: gnaziâ jaaaàxptès^ jt^ reprenir? f« ies rrfBire le jcBdentam malm^

2S. Prejnier cimanc^ du Carême. — hfidèle^ J^ poBTa» vc^iL mk-ixiL L &ct^ avw b atee de Dieu, ivparer.

19 mar&. F^tte d^ saint Joseph- — Asseï fidèle jusqu'à ee Jour aux trois résoînticais. — Bott saint Joî.epiu Di'uc^ar de cc^ntempler ce saint arec Xotre-Se:2iieiir et la sainte Yîerse dans «a paarre maison.

La fidélité à la rie inténeore, an lepos sacré enA la seule doaeeor de marie... arec les béantes de La nature.

20, — J 'ai continné à méditer sur saint Joseph, à cause de la douceur et du Croit que j*r ai goûté» hier,,. En revenant le long de la Loire, je me fm% représenté saint Joseph, Notre-Seigneur,.

la sainte Vierge à Nazareth et dans les environs, se promenant le soir ensemble ; Notre-Seigneur cueillant des fleurs pour sa mère ; saint Joseph lui disant : Votre mère vous attend, vous appelle; Notre-Seigneur accourant, lui disant : Mon père; tous deux l'appelant Jésus; quel nom I

Notre-Seigneur faisant quelque course, quelque voyage dans les environs ; puis revenant et frappant à la porte : Sto ad ostium et pulso : Marie venant ouvrir.

Les repas pris ensemble, la prière ensemble.

Et puis, quels entretiens!

Et le voyage de Pâques, chaque année. Quels soins de l'Enfant Jésus le long du chemin. Puis, lorsqu'il eut grandi, quel soin ne prit-il pas de Marie et de son père nourricier ?

21. — Encore ce bon etdoux saint Joseph. J'ai bien besoin de son secours auprès de Dieu... La vie intérieure, la paix de quelques moments avec Dieu; voilà la seule douceur, la seule force. Les hommes manquent en tout. Il n'y a que Dieu. La patience, la douceur avec soi et avec les autres...

22. — La Chapelle. Venu le soir à pied, par la pluie. — Notre-Seigneur et saint Joseph e»-

IM J0C1»AL rnsME

rent des temps parefls. A lesr reto«r, qveb soins de 3farie! Elle fusait sécher levfs Têiemenls, elle les réchavffni enxHBèmcsw Pois quels doux lepss ! Qœlle joie d'être rosemMe seals aree Lui ! Quelle admirable chose que cette lie cachée pendant trente ans !

Saint Joseph eut ses peines : il ent aussi dunmenses consolations : Bonesimii iJhtm im latoribus, et campUmi labores iUnts^ D Cant travailler, se diMiner de la peine. (Test la grâce qoe je Tais demander à Dien par Tintercession de ce grand saint : Ccmpk labores meos.

28 mai. Pentecôte. — UEsprit-Saint. — Tont indique, tout commande le repos et Faction.

Le repos sacré, le recueillement, la tranquillité, la retraite, la vie intérieure : Sedeie m ctettaie. — Damtun ubi erantsedentes.

Tout cela condition essentielle, mais pour Faction, pour la vie extérieure. — Tout, dans TEsprît-Saint, est pour l'action, pour la force, pour la vie.

C'est un feu qui éclaire, qui embrase. Quoi de plus actif, de plus fort, de plus vif que le feu : Ignis, C'est un fleuve : Fluvius violentttë guem Spiritus Domini cogit. C'est une action violente, incessante , irrésistible , absolument dominatrice.

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C'est un souffle : Venins ve/iemens. Quoi de plus actif encore et de plus puissant.

C'est une langue de flamme : Dispertitœ linguœ. La parole vive, enflammée.

C'est une colombe : Descendu Spiritus sancttis sicut columba. Ici, la rapidité, la sublimité du vol exprime la force et l'élévation dans la douceur.

Et tout cela c'est l'amour, la volonté, la vie Ce qui signifie : Spiritus est qui vivificai. Ce qui fait renaître : Renatus ex Spirilu sancio.

19 juin. La Chapelle. — Représentation de Pbiloctète. — 11 faut bien bénir Dieu de ce succès ; sa bonté seule en donne de pareils.

3 juillet. — Caoete ab hominibus. Par cela seul qu'ils sont hommes : Ab hominibus. Fussent-ils des saints, ils sont hommes. La faiblesse de leur esprit et de leur caractère suffit à les entraîner à des actes insensés et coupables .

Toutes les sectes ont montré cela. Ce qui éclaire les hommes, ce qui leur rend le bon sens, c'est l'autorité, c'est l'exercice de l'autorité calme, juste et froide: c'est un acte légitime, quoique sévère, de l'autorité avec calme et douceur. — Cunctœ res difficiles, surtout les bonnes. 11 y faut de la peine, quelque peine au

moins... C'est le sceau du bon succès : Cuiçue prœclaro operi difficultatem. Les prières qui demandent à Dieu de faire et de finir sans peine : Nesciunt quid pettmt.

15 août. — Voyage àla Combe et enSavoie...

Belle course à la Grange, puis aux cascades de Boullon. C'est la solitude et le silence avec Dieu qu'il faut chercher dans ces lieux si grandioses. Ces sentiers suspendus au penchant des abhnes, à travers les forêts de sapins, sont admirables. Toujours un très doux retour par Saint-Mourys.

4 septembre. — Paisible départ à âne sur les coteaux, puis charmant village. Les pauvres maisons éparses sous les noyers sont si tranquilles! Puis, à travers les sapins, montée longue et rude, mais très belle. Enfin, au col et au premier chalet, rafraîchissement près d'un ruisseau, dans un bassin verdoyant. Jolis troupeaux sur les gazons. Nous continuons à monter doucement, puis, entre les rochers, charmant col prolongé sur Menthon. Nous descendons vers le second chalet; puis, par des pentes de gazon, le long d'abîmes à pic, nous gravissons jusqu'au sommet. Là, vue incomparable. Le lac bleu, brillant à travers les brouil-

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lards... Toutes les montagnes à nos pieds, avec des ombres et des illuminations. Cela ne peut se décrire. Nous ne pouvions nous décider à descendre ; Tàme est si bien sur ces hauteurs ! C*est un bien-être extraordinaire. Enfin, rapide descente, presque toujours sur des gazons, de chalet en chalet... Rencontre de charmantes chèvres qui nous suivent toutes en bondissant, puis s'échappent et gravissent la montagne à travers les sapins...

6 jeudi. — Bonne messe donnée à Saint-François de Sales. De là, bonne course à la Puya. Vue du lac. Montée par le château, charmant... Je n'étais pas pressé ; je goûtais chaque chose en grande paix... On voudrait ne jamais quitter ces solitudes si paisibles, ces hauteurs si pures avec des vues si belles... Mais : Descende labo^ rare. 11 faut retourner avec les hommes et travailler... Le bon Dieu m'a donné là, pendant ces quinze jours, de bien doux moments et un cher repos.

!«' novembre. — Bon séjour à Orléans. Bons exercices de piété, grâce à sainte Thérèse, dont Dieu me fait, plus que jamais, sentir la vertu et la douceur. Bon travail où Dieu m'aide sensiblement de jour en jour.

Visite à Gléry. Admirable, miraculeux ; en si peu de temps, quelle action! J'ai vu, j'ai entendu des âmes. Et ce recueillement, et ce chant unanime!... Gomme cela montre ce qu'on peut partout, avec des prêtres, des pasteurs, des apôtres.

Tous ces temps, bonnes méditations et prières avec les 0, le Borate et le mystère de l'Incarnation. — Retrouvé la lumière sur cet admirable mystère.

Au Petit Séminaire, séance académique très agréable.

1«% 2 et 3 janvier. — Assez bien prié. Petites circoncisions. — Il y a eu quelque progrès dans l'ordre et la suite. Mais il n'y faut pas d'exigence inquiète, ni pour moi ni pour les autres... Dieu ne me demande que le travail et la suite, pour chaque chose dans l'ordre. — Décider le matin ce que je ferai dans la journée...

8, 9, 10, 11 janvier, à Paris. — Triste vie; impossible ; il la faut régler, ordonner, pacifier. Et alors, elle pourrait être très utile à de grands intérêts; avoir quelque charme pour les âmes, quelque utilité pour moi-même, pour mes horizons.

DE MONSEIGNEUR BUPANLOUP 185

J'ai VU MM. Thîers, de Résumât, de Lourdoueix, Laurentie, Gorcelles, Mallat, Cochin, Nicolas y Lambert, Nadaillac.

2 février, — Les jours précédents assez bons par le travail , par le goût et de douces lumières sur le mystère de Tlncamation... Le bon Dieu, depuis Noël, a daigné tourner mon cœur vers ces saintes et consolantes pensées. S'il lui plait, il faudra achever ou du moins suivre un travail là-dessus et sur la Rédemption.

Aujourd'hui : Deusmeus volui et legem tuam in medio cordis met, — Pensée de quitter l'épi scopat pour fonder cette Congrégation...

10 mars. — Carême. — Epreuves de santé. — Le travail de mon second volume me surpasse . Je tÂche de le prendre sicut laborem pœniten-' tiœ... In sudorc vultus. — Méditations sur la Rédemption, sur la victime, bien imparfaites.

11 faut avertir chacun. L'avertissement est le premier de mes devoirs. Cela coûte, mais c'est le devoir. Pour le bien remplir, il faut se faire bien des violences, se rapetisser, se contraindre, se proportionner, s'exposer à des froissements. Rien n'est quelquefois plus pénible; mais il le faut; on prévient par là les plus grands maux. Avertir, réprimander, réprimer, corriger, mais, avant tout, avertir.

Je n'ai pas fait ma retraite de la Semaine sainte : je Fai beaucoup regretté. Le démon chaque année, cherche à empêcher cette retraite.

8 avril. — Depuis quelque temps, triste santé. Le travail..., la fatigue de tête, me tiennent bien abattu. J'ai eu recours à saint Joseph et à la sainte Vierge. Neu vaine de prières, puis méditations. Saint Lîguori m'éclaire avec austérité; saint Joseph me soutient, me console... Les violettes, les primevères, les pei-venches, les boutons d'or, ces aimables créatures de Dieu m'ont charmé. Tout y est pur et sans mécompte.

9, mercredi. — Départ pour Paris. Conversation avec M. Thiers.

10. — Election. Lutte entre le bien et le mal : moment terrible ! Que lui, Montalembert et moi soyons là ; c'est un miracle. Quel mal font ces malheureux depuis cinq ans ! . . . Dîner chez M. de Salvandy. Soirée d'honnêtes gens, d'esprits éclairés... et heureux. La défaite eût été un malheur pour ce pays.

12. — 11 faut faire à Dieu mes sacrifices, retarder ces publications, chercher des hommes, supporter, ne faire que selon la sainte volonté de Dieu.

18 juin. — La Chapelle. En arrivant, j'entrevois un peu de paix.

19. — Oraison dans le parc. Je demande à Dieu la grâce : 1® de la vie intérieure ; grande fidélité ; — 2® de la modération. Eviter tout échauffement, toute conversation animée, tout entraînement. — 3<* Oh! qui me donnera la sainte indifférence, la paix.

1*' juillet. — La Chapelle. Bonnes méditations sur mes retraites de 1855,* sur la douceur et le bon ordre. Il me semble que la grâce de Dieu s'y trouve un peu et qu'il y a quelque petit progrès. Ce sont mes deux grands sujets de méditation depuis longtemps.

21. — Il se prépare à La Chapelle une bien plus grande œuvre qu'à Saint-Nicolas, car les difficultés et les peines y sont bien plus grandes : Cuique prœclaro operi difficultatem.

31 août. XVI® dimanche. — Bonnes méditations du bréviaire... La prière, le jeûne. Je ne puis guère le jeûne corporel, mais le jeûne spirituel, les mortifications intérieures, quotidiennes, je les puis, je les dois. Puis les bonnes œuvres bien nécessaires quand on s'occupe de grandes affiedres, quand on veut faire de grands biens.

!•' septembre. — Il faut mettre à cette fin de volume tout le soin, tout le temps nécessaires. C'est indispensable ; en abandonnant le succès

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à la sainte volonté de Dieu. Relire Esther, Âthalie, Télémaque, Oraisons funèbres de Bossuet, Serinons, Politique sacrée, lettres de Fénelon ; c'est un vrai devoir. Ne pas me presser, m^appliquer à écrire ; achever ce volume dans la sérénité, avec loisir; donnant à mon pauvre esprit le temps de s'élever, de s'éclairer, de s'échauffer. Février et mars me suffiront. Bien faire cela est très important dans ma vie, comme développement et affermissement de mon esprit, comme conduite, comme bien sûr et grand y comme autorité.

15 novembre. — Depuis la Toussaint, la méditation du ciel m'a consolé. Tous ces passages de l'Ecriture dans le brénaire sont admirables. Il y a là une lumière, une hauteur, une vérité, une vertu cachée qui saisit l'âme dans une foi pleine d'espérance. On sent que Dieu infiniment bon, infiniment grand, nous traitera de la sorte, que nous deviendrons un avec lui. C'est la destinée des élus. Mais il faut travailler et souffrir : Si tamen compatimur iit et conglorificemur. Vin cœlestibus tient une grande place : Consedere fecit in cœlestibus in Christo. C'est toujours in Christo, Il y a là un monde surnaturel et divin qui est Dieu lui-même, dans lequel nous devons être transportés , transform es .

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30 novembre. I*" dimanche de TAvent. — J'ai jeté un dernier regard vers ces belles lumières de la Toussaint^ vers ces belles et saintes figures des bienheureux qui, par la mortification et Fanéantissementy ont mérité d*être transformés : Omnes revelata facie gloriam Domini spéculant es j in eamdem imaginem transformamur. — Servient Domino et videbunt faciem ejusy et nomen ejus in frontibus eorum. Celui qui est... Ce n'est pas au fond de leur nature, mais néanmoins sur leur front que ce nom de TËternel sera écrit. Similes ei erimus, quoniam videbimus eum sicuti est.

Tels seront les élus ; telle sera l'œuvre que Dieu prépare et fait en eux et qu'ils préparent eux-mêmes : Per bona opéra certam... vocationem et electionem facientes.

Tout cela est incomparable et doit donner patience pour les misères et les contradictions dlci-bas. . .

Et puis j'ai tourné mes regards vers celui qui vient nous chercher pour nous ramener au ciel etm'offrir le modèle du dévouement au travail des Ames. Etje suis entré avec joie dans TÂvent.

25 décembre. *— Tout ce temps de l'Âvent a été bien bon, surtout la première semaine. Les méditations du bréviaire... J'ai eu la tristesse

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de ne pas dire mes trois bonnes messes de Noël.

Le mal de cette année c'est l'absence de retraite à la Semaine sainte, à cause de ma santé alors, et an 8 septembre à cause de mon grand travail pour le second volume. Mais, mauvaises raisons et omission très fâcheuse.

4 janvier. — Mon esprit et mon cœur sont ramenés au catéchisme. Grande douceur de cela. Vœu d'y travailler. Le bon Dieu, le fond de ses plus grands bienfaits et ma vocation me demandent ce travail.

o avril. — Je vais passer cette semaine en retraite de mon mieux. Ne rien me permettre de curieux : ni lecture, ni visite, ni lettre. Rien que pour le salut des âmes et la vie intérieure, avec soins nécessaires de la santé au point de vue de la visite pastorale. Repasser simplement mes dernières retraites. Regarder, dans la grâce de Dieu, la croix et la mort. Finir mon testament.

Régler, ordonner ce qui regarde ma charge pastorale, selon mes retraites et les inspirations déjà reçues de Dieu.

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Bonnes premières heures de ce dimanche des Rameaux.

Retraite de huit jours, d'un dimanche à Tautre. EL me faut, Dieu aidant, deux retraites cette année : Tannée dernière n'en ayant guère ou pas eu. CeUe-ci de mon mieux tranquillement et en paix, reprenant tout le passé et le résumant, ne faisant que ce qui est possible. —

Puis en décembre , avant Tanniversaire de mon Sacre. — Il s*agit simplement de résumer, au point de vue de la vie intérieure et de la vie pastorale, les résolutions pratiques de mes retraites passées.

21 juin. A La Chapelle. — Saint Louis de Gonzague. — Fête-Dieu. — Il ne me reste plus que deux ou trois grandes fatigues... Mes journées peuvent retrouver leur paix. Il faut revenir à la vie intérieure, c'est-à-dire à une heure d'oraison, et à peu près une demi-heure de lecture spirituelle et mes visites ^u Saint-Sacrement.

Cette heure passée paisiblement avec Dieu en me promenant me fera grand bien. Cela, avec la grâce de Dieu tout à fait inviolable... Puis mon travail pastoral, paisible : chaque chose Tune après l'autre. Il y aura de fini ce qu'il y aura de fini. Seulement, je tiendrai mon vœu,

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mes promesses, et je m'occuperai avant tout des choses pastorales, dans la lumière de la paix... Et mon action de grâces bien faite, avec les Psaumes. Un quart d*heure, la montre en main.

2 octobre. — Rentrée du Petit Séminaire.

Neuvaine aux Saints Anges: il faut les bénir et les prier encore.

3 octobre. — Je reviens ici. Je reprends mes exercices de piété. Il me faut saint François de Sales.

9 octobre. — J'ai surtout à me défier d'une certaine tristesse et abattement de cœur, décourage, au milieu des déceptions, des trahisons, des difficultés, des croix, et de la nullité de la vie. — Il y a un triste moment dans la vie : c'est celui où on en découvre le terme et où on voit qu'onn arien fait et qu'on ne fera rien de sérieux.

29 novembre. Premier dimanche de FAvent.

— J'entre dans TAvent avec joie et bonne espérance. 11 y faut ma retraite à tout prix, à Noël; et mes méditations aussi chaque matin dans cet admirable bréviaire.

9 décembre. — Huitième anniversaire démon sacre. Bonne méditation dans Isaïe, au mardi de la deuxième semaine du bréviaire. Admirables paroles. La pensée du petit nombre des

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élus se présente à moi avec grande consolation. 11 décembre. — Il y a aujourd'hui huit années que je suis arrivé ici. Je dois renouveler mon dévouement à ce diocèse : Per infamiam et bonam famamper vcUettidinem et invaletudinem.

31 janvier. — Je n'ai rien écrit jusqu'à ce jour. J^ai été au jour le jour : assez bien quoique avec médiocre résultat apparent, soit pour mes arides travaux administratifs, soit pour la préparation trop écourtée des instructions du Carême. — Il v a eu une certaine fidélité assez constante à mes résolutions de retraite. J'y reviens ce matin avec joie. — La grande résolution d'ati jour le jour , chaque chose Fune après l'autre, est toujours la meilleure, la plus consolante. Je suis sûr par là de faire ce que le bon Dieu me demande et, par conséquent, je dois être content.

J'ai relu avec lumière et consolation, ces jours-ci, ma dernière retraite : c'est capital. J'aurais dû y revenir depuis un mois. C'est se retremper dans la grâce de Dieu même, se fortifier, se consoler.

Le Petit Séminaire m'a fort occupé. Il f»*'*

marcher dans cette voie de fermeté, de justice et d'équité, dans une bonté réelle.

Visite à Issy. Profonde et bien douce émotion; que de souvenirs bénis! Quelle paix!

Quels bons visages ! Quelle présence de Dieu partout et si douce ! Une petite retraite de trois jours là mirait bien au printemps, avec mes cahiers de ce temps-là... Ce bon M. Gosselin! Quel travail, quelle persévérance !

17 février. Mercredi des Gendres. — J'entre dans ce Carême avec joie. Vraie grâce de Dieu. C'est surtout la perspective de l'œuvre des âmes, de l'œuvre surnatureUe qui me réjouit et me fortifie. Cela me fait un peu l'effet de l'ancien catéchisme de semaine. Que Dieu m'y assiste! Ce qui me détermine malgré ma santé, c'est la pensée de donner l'exemple à MM. les Curés d'Orléans et du diocèse pour le soin et le salut des hommes.

Et puis, les réflexions et résolutions de ma retraite sur le surnaturel.

18 février. — ^ Depuis mon retour bonne fidélité à la vie intérieure. Le 14, bonne inspiration à Saint-Eu verte. Parole vive et de cœur; c'est ce qu'il faut à ces gens-là.

Jusqu'à ce jour, bon succès extérieur de mes prédications à Sainte-Croix, aux hommes, et à Saint-Eu verte. Vrai esprit de prière et de confiance intime en Notre-Seigneur, la première semaine. — Très bonnes petites visites au Saint- Sacrement. — Puis le l**" mars à Paris, inspiration sensible de Dieu pour le P. de Ravignan. Vraie grâce. — Le 2, mort du pauvre abbé de Moligny, pleine de foi, de piété et de confiance en Notre-Seigneur.

7 mars. — Je me suis laissé entraîner... Peu ou point d'oraison, de vie surnaturelle, de visites. Semaine beaucoup moins bonne... Il faut me remettre, avec la gr&ce de Dieu, à l'esprit de prière. Autrement, aerem ver bero ... Mes exercice» de piété au complet, et la prière pour toutes ces âmes. Dieu m'aide assez sensiblement... Ce serait grande ingratitude et grand aveuglement de ne pas le reconnaître.

11 mars. — Dieu m'aide de plus en plus pour la vie intérieure : ces visites, ce repos sacré du matin, ce bréviaire récité dans la grande salle ; et pour l'œuvre extérieure de ces âmes.

6 avril. Mardi de Pâques. — Par la grâce de Dieu, le bien intérieur a continué avec le bien

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extéfietir. Les cc-nfêrvaees à Samt-PieiTe, les sermons à la Cathédiale, ont été bôiîs de Keo. Ihik la retraite de la Seinaîiiesaiiile ^11 delà de tonte préroyance. — Xavrais pu iacOement, poidant cette retraite, conserrer enoitier la vie intérîeare. Le temps y était, et toat en eût bien mieux. Il &at mV remettre toal de

La conclusion de ce qui Tient de se passer, c'est qn^il &nt toajoors aller enaTant, en fait de zèle et de bonnes œuvres. — Le samatnrel donc plus qoe jamais. Toilà où Dîea m^appelle et me soutiendra.

14 mai. — Je relis ce qui précède et j*ajoute que la yie intérieure peut et doit toujours être conservée, même en visite pastorale. Seulement il faut un bon livre de lecture attirant le cœur et Vadaraiion du Saint-Sacremeni. (Test à bien prévoir pour une autre année. 11 est déplorable que cette œuvre si excellente des visites pastorales se fasse sans vie intérieure. .. Voyez combien mon Carême y a gagné !

A La Chapelle. — Hier, bonne résolution d'une neuvaine préparatoire à la Pentecôte.

Tous les jours, méditation d'une heure sur TEsprit-Saint. . . ; visites au Saint-Sacrement très fréquentes. Ces quiuze jours ainsi passés, avec

DE lI0\8Elfi:(EUB DUPÀSLOUP 197

la gtâ.ce de Dieu me remettront dans la vie intérieure... Cette \ie avant tout.

3 juin. Jeudi de la Fête-Dieu. — Le bon Dieu m'a inspiré hier soir la pensée de méditer, pendant cette octave, sur le ministère de la première communion que j'ai rempli bi longtemps. Il est st\r que c'a été la plus grande grAce de ma vie. C'est ce qui m'a fait aimer Notre-Seigneuret la sainte Vierge; c'est ce qui aprismon&me. Ces enfants m'ont attaché ù Jésus-Christ; leur souvenir est ineffaçoblc. J'iii fait faire tant d'admirables premières communionsl Angéliques, pénitentes! C'est mon bon souvenir; celui par leqneljeme confie le plus volontiers dans la miséricorde de Dieu... Etla sainte Eucharistie étaitle fond, le but; cela vient donc très bien.

Ces bonnes pensées m'ont conduit avec douceur jusqu'au 13, qui fut la belle fête de saint Meamin, où Dieu m'assista bien...

21, lundi. En Savoie. — Très belle course de montagne. 11 y a eu deux aspects magnifiques. L'un sur le lac, Annecy, les Bcauges et le Jura, du haut du col au-dessus de Saint-Cermain.

L'autre au sortir du bassin de fleurs où nous avons dîné sur ces rochers si ardus, au-dessus

des précipices... L'horizon des montagnes était immense et admirable , avec des variétés charmantes ou sublimes. Je n'ai jamais rien tu de plus grand et de plus beau. Le chemin avait été difficile à trouver et à suivre. Puis descentes sur les chalets par des pentes de gazon, à travers les fleurs. Longue, mais charmante descente par cette magnifique vallée, une des plus belles qui se puissent voir. Charmantes maisons, troupeaux de chèvres bondissantes.

Jolis torrents. Rochers de la Toumette...

Le 16 octobre, je m'établis ici, à La Chapelle. — Depuis le dimanche des Rameaux, vie intérieure toujours médiocre, et très souvent, très longuement interrompue par les courses pastorales, les voyages, les retraites ecclésiastiques...

20. La Chapelle. — Avec la grâce de Dieu dont je sens plus que jamais le besoin absolu, il faut bien régler ces quelques mois pour la vie intérieure et l'emploi du temps.

1° Sainte Thérèse semble m'oflFrir son charme si doux, si utile, si nourrissant, comme lecture spirituelle et comme oraison. — Il faudrait, pour sa vie, faire au moins quelque chose.

2® Relire et méditer de suite ma dernière

DE M0N8EIGNECR DUPANLOUP 199

retraite, qui fat bonne. Prévoir et par là même préparer celte de Noël.

3® Mes visites au Saint-Sacrement fréquentes et vraies.

4® Il y a là cinq bons mois de travail, avec quinze jours de voyage entre.

5^ Il faut éviter Paris et tout dérangement des matinées...

6® Quant au Petit Séminaire, achever les règlements et les coutumiers. Faire relier et pratiquer.

1^ Quant au diocèse, mettre tout à exécution. — Relever, résumer, pratiquer.

8^ Paire travailler ctiacun.

26 octobre. La Chapelle. — Je relis avec profit ma retraite si utile de l'an dernier.... La grande résolution du surnaturel, dont la première exécution m'a été si douce et si fructueuse.

Je reprends sainte Thérèse avec un goût nouveau et vraiment miséricordieux.

Je prévois et résous mes méditations : V Pour la Toussaint, la transformation. — 2* Pour le mois de novembre, la volonté de Dieu. — 3^ Pour le mois de décembre, VAvent dans le Bréviaire. — 4* Puis ma retraite. — 5* Puis V Incarnation et la Rédemption.

200 JOUBNAL INTIME

19 novembre. Sainte Elisabeth. — Jusqu'à ce jour, vraie bénédiction de Dieu avec sainte Thérèse et la Toussaint. — Les vues sur le ciel, uniquement avec les saintes Ecritures, font quelque chose d'admirable. Bien suivre cette grâce avec respect, reconnaissance, humilité.

La douceur a faibli avec ce bon M. H. (1)...

Bien prendre garde.

Grâce à la bonne vie intérieure, j'ai pu mieux me résigner à la sainte volonté de Dieu pour mes maux de tète.

Samedi 27. — Le bon Dieu a béni cette petite fidélité à la vie intérieure du matin. Il y a eu lumière douce : sur les sept étoiles, in dextera sua stellas septem; — sur les Anges des Eglises, angeli ecclesiarum; — sur les Eglises mêmes, candelabra septem, septem Ecclesids sunt; — sur vincenti dabo manna absconditum.

Donc, la vie surnaturelle avant tout ; la vie élevée, lumineuse, au-dessus des détails; la vie résignée, calme, saintement indifférente à ce que je ne puis faire. Chaque chose en paix, Tune après l'autre.

18 décembre. — Ces trois semaines ont été assez bonnes. L'oraison écrite, sur le ciel, a eu

(i) M . Hetsch.

ses bénédictions, ses goûts, ses lumières. — Sainte Thérèse, quoique traversée, bien bonne aussi. — Visites, bréviaire assez bien. — Je me suis résigné à ne pas faire cette philosophie; mais V histoire et V orient, quoique avec peine. — Douceur a manqué souvent, bien qu'il y ait quelques efforts, mais cela ne suffit pas du tout.

Etude à fond des œuvres d'hommes.

Ecrit le 30 décembre en revoyant ma retraite. — Mais pour goûter ce repos sacré, pour savourer cette manne, il faut une parfaite tranquillité extérieure : Clauso ostio; être tout à fait àFabri^ n^étreni vu, ni cherché, ni attendu. En un mot, il faut être dans la paix seul avec Dieu, sans effort, heureux, et calmé, par cette tranquillité même et par cette délivrance, des accablements extérieurs.

Le lieu est donc un choix capital ; le Clauso ostio; l'abri, loin de tout dérangement possible. Ici : — la grande salle, portes fermées ; — mon cabinet, portes fermées; : — le jardin, porte fermée; — à La Chapelle, le fond du parc. Partout ailleurs, un lieu caché, in àbscondito. Dès que je vais quelque part, le choix de ce lieu est mon premier besom.

Il faut grand calme intérieur; me sentir à l'abri, au large pour le temps, pas attendu, pas

202 JOLa:fAL lthme

préoccupé d'une affaire, rompant avec toat^ n'être en rien pressé par le dehors. En on mot^ dans la paix de l'esprit, dn cœor, de Timagination, des sens. 11 faat enfin ne pas me presser* moi-même. Il n'est jamais nécessaire de lire beaucoup, de finir une page, un sujet quelconque. 11 faut s'arrêter longtemps, toujours, tant que le goût de Dieu y est, tant que c'est la manne, et qu'elle nourrit.

Voilà la grande grâce à demander, la grande résolution à prendre. Dans ces conditions, la manne ferait un bien infini à l'âme, fortifierait, encouragerait pour tout, pour le travail et lesaffaires, comme pour la vertu : Ad quod guisque volebat convertebatur. Comme le dit Fénelon, elle devient tout...

C'est le bien des biens. Heureux ceux qui le connaissent, le possèdent quelquefois, le goûtent. Très malheureux, très privés ceux qui ne leconnaissent pas. Quant à moi, je le trouve surtout dans l'oraison... Manne étemelle faite avec mes anciens cahiers de retraite, c'est-à-dire avec V ancienne manne j avec ce que Dieu m'a dit, et donné, et fait goûter déjà. Et aussi dans la vie des Saints, ou la grâce cachée dans leur âme, se communique à la mienne comme une manne.

Dans les petites visites au Saint-Sacrement. Dans.

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204 J0UB3IAI. nrnit£

noanitare intérieure, ane consolation vraie, une lamière, nne paix qui soutiennent. Or cela ne se trouve qne dans la vie intérieure, dans la prière, dans les exercices de piété, faits invariablement et bien faits; et cela partout et ton- Jours. Les interruptions des visites pastorales, des voyages, des retraites ecclésiastiques sont très funestes, ainsi que le séjour de Paris.

Dans cette vie intérieure seulement, qui se compose de l'oraison, de la messe suivie de Faction de grâces, de la lecture spirituelle, des visites au Saint-Sacrement, du chapelet, de la prière du soir et de la retraite annuelle, se trouve le manna absconditum, dont il est vraiment bien insensé, bien ingrat de se priver, quand on en a goûté la douceur et recueilli le profit.

Voici ce qu'en dit l'Esprit de Dieu.

Angelorum esca nutrivisti populum tuumj et panent de cœlo prœstitisti eis omne^ delectamentum in se habentem.., Substanlia enim tua dulcedinem tuam quant in filios habes ostendebat.

Substantia tua. C'est Dieu lui-même ; on le reconnaît, on le sent à une certaine douceur simple et d'un goût extraordinairement bon dans sa simplicité pure.

C'est juste cela ; s'en priver est vraiment trop absurde.

DE MONSEIGNEUR DUPANLOl'P 205

Mais pour goûter ce repos sacré, pour savourer cette manne, il faut une parfaite tranquillité extérieure : Ciauso 05/to. EtretoutàfaitàTabri; n'être ni tu, ni cherché, ni attendu. En un mot,, il faut être dans la paix.

Plus d'interbuption de la vie intérieure, en au-^

CUN TEMPS, sous AUCUN PRÉTEXTE.

1® Parla grâce de Dieu, quand je suis chez moi à Orléans ou à La Chapelle, l'expérience me démontre que la vie intérieure se retrouve comme de soi, presque sans effort, comme un besoin de mon âme, de mon existence. — Le silence, la paix, le repos sacré loin des créatui'es et des affaires, sont un attrait presque naturel pour me délasser. — Il y faut néanmoins toujours veiller, et réparer le lendemain les déchets de la veille.

2^ L'expérience au contraire me démontre que je n'ai pas encore réussi à prendre des moyens efficaces, pour que cette vie intérieure ne soit pas interrompue par mes visites pastorales, mes voyages à Paris, même les retraitesecclésiastiques. L'effort décisif et important & faire est donc pour ces temps-là.

3® C'est très important : — l* Parce que toute interruption est funeste au temps qui dure et au temps qui suit. On perd beaucoup et oik

206 JOURNAL ixniiK

retrouve moins. On pourrait même, si Dieu n'était très miséricordieux, ne rien retrouver du tout. En un mot, c'est une amitié refroidie, ce pourrait être une amitié rompue. — 2® Parce que ces temps-là en ont plus besoin que d'autres; surtout les visites pastorales et les retraites ecclésiastiques.

4® L'effort décisif consiste à résoudre des moyens efficaces pour chaque temps et à les employer.

5<> Visites pastorales. — !• Loraison. Il faut quel'oraison soit l'oraison, c'est-à-dire prévue et réglée avec un livre, la veille au soir. Le livre doit être bien choisi avant le départ d'Orléans. — Les vertus de saint François de Sales, de saint Vincent de Paul, de saint Charles iraient assez bien. Ou un volume de ma Bible, le bréviaire et les psaumes. — La montre à la main, temps réglé, en grand silence. Se mettre au silence dès le départ, après s'être dit bonjour. Gela édifiera, et aidera les autres à en faire autant. Ce sera peut-être très médiocrement fait. Je ne puis, en courant les chemins très fatigué , m 'attendre à la paix, et à la douceur de La Chapelle et d'Orléans. Mais il faut que ce soit l'oraison, non la simple lecture, même quand mon livre est une vie de Saint. Â toute extrémité,

a^ta^da»

DE HONSGIfiNEDR DUPA^LOUP 207

si je suis trop fatigué pour méditer, lire plus que méditer. Mais ne pas me borner à lire sans méditer, pendant un mois de suite. 2° Lecture spirituelle. Livre facile à lire, et sujet attrayant pour l'&me, où soit l'onction, la grâce de Dieu, où je puisse trouver la Tnanne. — 3" Visites au Saint-Sacrement. Dans toutes les églises visitées, j'en fais dix par jour de force et par le fait. Aux Saints surtout et en partant quand on {>eut. Il faut les bien faire. Le recueillement du «œur, la prière simple et vraie. Tout cela avec une strophe ou deux. Aux Saluts, chanter, prier. — i" Le chapelet. Dès qu'on le peut, et tout entier. Le plus t6t possible, c'est plus sur et cela fait éviter la fatigue du soir. — 5° Mais surtout la messe bien dite. Silence auparavant en voiture. Ne pas me préoccuper, en la disant, de ce qui m'entoure. Action de grflces faite exactement avec psaumes et litanies ou les Ode l'Avent. Ne pas faire attention au chant des cantiques, s'il est de travers. Je n'y puis rien alors.

6' Voyages et séjours à Paris. — l'Ils sont utiles, nécessaires même: — à de grands intérêts publics, généraux; — à certaines ftmes, charme et gr&ce de Dieu ; — à moi-même pour mes horizons trop rétrécis d'ailleurs ; — à mes bonnes œn-

208 JOC1I5AL cmxs

Très, par les relations; — à mon repos, par ]a distraction des affures ordinaires; — et parla même à des travaux sérieux. — 9* Mais pour tout cela, ils doivent être bien réglés, soit poor le travail; soit pins encore poor la vie intérieure et les exercices de piété. — 3* Pour l'aller et le retour en chemin de fer, bon temps. Très facile. Eviter la nuit. — 4* Pour le séjour, lever à 5 heures, coucher à 9 heures. Tout comme à Orléans jusqu'à 11 heures. Déjeuner, et alors Petites Heures en voiture après midi , ou en allant déjeuner dehors. — Bien emporter d'Orléans livres nécessaires. — 5® L^après-midi, course jusqu'à 4 h. 1/2, ou réceptions, sauf le temps du bréviaire. — Bréviaire en voiture, lecture aussi. Les réceptions peuvent être de4h. l/2à6h. 1/2. — 6® Puis le soir, tranquille chez moi. Souper à 8 heures, seul. — 7^ Le capital, c'est de ne jamais dîner dehors, sauf raisons très impérieuses. Déjeuner moins dérangeant; mais rarement.

Par là, je renoue avec le passé, sans péril pour mon âme et avec profit pour le présent.

22 décembre. — J'ai consacré ma méditation, ce matin, à la douceur, et non sans besoin. J'ai relu les pages de 1855 et les autres; j'ajoute ceci:

DK IIOH&E■e^EUB DDPASLOCP 209

lo U fautundossïer spécial fait bien tranquillement. — Chaque semaine après Noël, nne on deux méditations écrites. La concordance et l'Ecriture sainte d'abord; puis les passages de saint François de Sales et autres Saints. Copier les plus persuasifs, les pins adoucissants. — Le dossier fait, le méditer, selon la résolution de 1855, une fois par semaine, au moins pendant mes séjours au milieu des affaires.

2" La prévoyance des occasions. — La préparation des paroles et des conversations. — L'élévation de cœur à Dieu et la prière an moment. — Le silence, quand cela se peut. — L'ordre en toutes choses. — Voilà les moyens

Z" Une mesure d'ordre, de paix et de douceur, c'est ma porte fermée aux laïques & douze heures et demie, ouverte à quatre heures et demie. Toujours ouverte à midi pour le déjeuner aux ecclésiastiques... Nul ne peut s'en plaindre. J'évite parla l'encombrement qui leur est pénible, qui leur laisse peu de temps avec moi et m'irrite. Vraie mesure d'ordre et de paix.

4° A La Chapelle c'est impossible. L'omnibus décide... Mais le lieu aide; on peut recevoir en se promenant.

210 JOUR.NÀL INTIME

11 janvier. — Ces premiers jours, assez bien sauvé la vie intérieure. — Il faut bien se résigner quelquefois à des dérangements d'heure ; mais c'est un inconvénient. Faire dès le matin les exercices de Taprès-midi est une bonne prévoyance; mais l'après-midi en souffrira. Chaque partie de la journée a besoin de sa manne.

Janvier assez fidèle : mais grande fatigue^ travail impossible.

Je fais ces méditations sur le ciel très prolongées. — Je fais la lettre sur ma première communion (1). — Le 15 ou le 16, je vais visiter à Paris les œuvres d'apprentis. — Je fais à Orléans mes cinq conférences sur le catéchisme. — Le 6 février, je vais prêcher à Paris pour les apprentis.

Dimanche 13 février. — Grande consolation de la grand'messe et du chant de la nef, dans ma Cathédrale. Après tant d'efforts, succès béni de Dieu et grande espérance pour l'avenir.

18 mars. La Chapelle. — J'aifait des réflexions bien sages sur moi, sur ma vie et sur la fin de ma vie : Notum fac mihi. Domine, finem meum

(1) Publiée à la fin de VŒuvre par excellence.

DE MONSEIGNEUR DUPÂNLOUP 211

et numerum dierum meam guis est y ut sciam quid desit mihi. — C'est bien là ce que j'ai à demander à Dieu ; c'est la fin de ma vie qu'il s'agit de régler, les années de ma vieillesse^ si je dois en avoir. Je puis encore,s'il plait à Dieu, avoir dix ans & employer au service des âmes et rendre utiles tous les travaux passés. Telle est bien la volonté de Dieu. Mais à condition que j'établirai ma vie, et que je passerai ces années dans la paix et la sérénité.

Je n'ai plus à inventer; mais à consolider, à résumer, & faire pratiquer^ sans violence, avec fermeté et douceur.

11 faut aussi prendre les gens comme ils sont, sauf l'essentiel. Tirer d'eux paisiblement le meilleur parti possible, sans prétendre leur donner ce qu'ils n'ont pas. Bien me souvenir du bon évêque de Blois ; me conseiller moi-même comme lui... Rien ne me presse, nul ne me pousse^ ne m'oblige. On sera plus content de moi, plus heureux autour de moi, si j'établis ma vie dans la sérénité.

Bien choisir mes occupations. Préférer le général. Elaguer les détails. Faire travailler chacun. Achever ce qui est commencé, ne rienfaire de nouveau.

Mais^ en première ligne^ que tout soit maté-

212 JOURNAL LNTIMK

riellement dans l'ordre. C'est le seul moyen de voir clair et d'être dans la sérénité , pour faire chaque chose selon Dieu.

Toujours la sérénité^ les hauteurs^ la paix de Dieu et Tordre. Puis, la douceur paisible^ gracieuse et silencieuse avec chacun.

L'indifférence chrétienne, je ne puis me conserver que par là.

J'ai assez bien résolu le repos sacré; mais il faut plus que cela; il faut le repos naturel, la paix, la douceur, la sérénité dans le travail et les affaires. Autrement^ je me brûle^ je me consume, et à peu près en vain. Stulto labore consumerisy comme disait Jéthro à Moïse. En vain surtout pour l'avenir. Je n'aurai rien adievé^ rien consommé^ rien résumé : ni catéchisme, ni Petit Séminaire, ni prédications, ni ordre social. Les années rendent cela bien nécessaire. S'il n'en est pas ainsi, je tomberai et finirai tout à coup et tristement. Tandis que dans la paix et la sérénité, il y aurait la grâce de Dieu, une miséricorde abondante^ peut-être la plénitude des biens auxquels j'ai été employé, et la lumière vraie pour chaque chose. Mais pour cela V ordre matériel en tout est capital.

Sans chercher au loin le repos, je puis le trouver ici^ dans l'équilibre de la sagesse et de la paix ;

DE MOMSEIGNEnB DUPANLOUP 213

me gouveroantct gouTeraantles chosesde haut : In mensura et numéro. C'est, soit à la ville, soit à la campagne, le meillear séjour, avec les soins, la aourriture et le sommeil convenables. Outre le repos sacré qui est pour l'&me et aussi pour la santé, il faut, pour la santé, et ce sera aussi pour l'àme, V indifférence chrétienne en toutes choses ei\' indifférence naturelle khic^i des choses. Je m'intéresse trop vivement, trop naturellement, trop humainement à mille choses qui me consument. Il faut l'indifférence chrétienne en tout. Faire de mon mieux, en paix, et remettre le bon succès à la sainte volonté de Dieu, à sa divine Providence. Jamais le bon Dieu ne me demande de me troubler, de m'agiter : Sollicita es et turàaris erga plurima.

Comme c'est dit pour moi! 11 faut l'indifTércnce à ce que je ne puis faire, ni faire faire, ni empêcher. Ce n'est pas la négligence ; c'est la sagesse et la soumission à la volonté de Dieu. Je ne dois pas vouloir tout embrasser, tout sauver, tout faire à la fois. L'orgueil y est pour beaucoup ; c'est affecter la toute-puissance. Il faut s'en tenir à son petit bien, qui est dans l'ordre de Dieu et dans la mesure de ses moyens. Pour cela, laisser aller et fonctionner les choses ét$ blies, selon leur bon train naturel. La?"

les affaires, ne pas courir après. Continuer, achever tout ce que j'ai fait dans ce diocèse jusqu'à présent. Faire pratiquer en paix, avec suite, sérénité et dans l'ordre.

22 avril. Vendredi saint. — Bien triste Carême. Course àNantes, etc., tristesse me suit. Je n'ai trouvé quelque consolation et une vraie lumière que dans les trois Leçons de Jérémie pour le Vendredi saint. C'est divin; car cela manifeste le plus douloureux état de l'âme : Ego vir videns paupertatem meam.,. Et toute là suite, applicable à mon âme mot pour mot. — Les trois Leçons du Jeudi saint sont bien la détresse de l'Eglise et de mon diocèse.

27 juin. — Voyage en Savoie et en Dauphiné.

Cantiques jusqu'à Alby. Grande douceur de ces cantiques chantés le long de la route, et surtout du dernier couplet du cantique : Les deux instruisent la terre :

Et ma gloire fera connaître Que le Dieu qui m'a fait naître Est le Dieu qui m'a sauvé.

Je ne pouvais me lasser de redire ces paroles le long de la route. Ce fut une grande bonté de Dieu de me faire sentir cela ainsi. J'ai bien

DE MOiNSEIGNEUR DUPANLOUP 215

éprouvé dans ces cantiques chantés ainsi le long de cette route, que le chant c'est Tamour. Quelle grâce y est attachée pour moi ! Quelle puissance, quelle douceur de ces souvenirs ! Comme je me retrouve présent dans ces lieux bénis, et avec les enfants de bénédiction que j'ai tant aimés en ces temps-là, soit à Saint-Sulpice, soit à la chapelle Saint-Hyacinthe, soit à la Roche- Guyon, soit au Petit Séminaire, soit à Courcelles.

Le chant a cette puissance. Il fait renaître, revivre dans le fond de l'âme toutes les impressions les plus vives, les plus douces des temps passés, tous les sentiments les plus grands, les plus généreux. Je ne sache rien qui rajeunisse à ce degré, qui fasse retrouver à ce point la fraîcheur des impressions de la jeunesse. Je ne pus cesser de redire ces chants sublimes jusqu'à Annecy, jusqu'à Menthon même.

5 juillet. — Retour. Bons cantiques encore le long de la route. Je retrouve ceux de l'Avent : Venez, divin Messie. Je crois y être encore et entendre M"® Hubault. Et Salut, aimable et cher asile. C'est par ces cantiques que je puis renouveler les jeunes impressions d'un temps déjà si ancien.

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