‹ Journal intime'Chapitre 15 sur 37 · Mardi. — Bonne oraison au fond du parc · texte numérisé non relu

Mardi. — Bonne oraison au fond du parc

Deux bons sentiments. — Laisser tout cela, s'il y a un péché véniel. — Par conséquent, la joie du cœur et le courage; puisque je veux servir Dieu uniquement dans Tordre de sa Providence. De ce jour au 11 août, assez bon travail, assez bonne vie intérieure à La Chapelle.

20 octobre. — A Bourbilly, en deux petites voitures, avec le P. deBroglie, M. etM"»« Montalembert et M. de Meaux.

Le château subsiste : grandes pièces, grandes cheminées, grandes croisées. Chapelle sert de grange. Le lieu est en admirable harmonie avec ce qui s'est passé là, avec cette sainte et grande âme. Cette vallée est si retirée, si recueillie !... Et cependant rien de rétréci. Elle inspire le dévouement, le détachement, la séparation du monde... vers le ciel, seul asile... On comprend, on sent très bien comment de là cette âme s'est élevée.

On voit, on traverse le petit bois où son mari fut tué; où elle allait pleurer et fit vœu de chasteté ; — cette chapelle où elle pria tant ; — cette cour où elle recevait les pauvres. On éprouve aujourd'hui encore, comme autrefois, une grande douceur intérieure à voir ces lieux si bénis, et maintenant si abandonnés.

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Sainte Chantai y passa huit ans, niance. Elle y eut six enfants, et accoucha de sa dernière fille quinze jours avant la mort de son mur!.

Puis un au de veuvage dans la douleur et la plus grande grâce de Dieu. Puis y revint chaque année pour les vendanges ; surtout celle année où elle y servit les pauvres et faillit mourir. Mais, pendant les neuf ans de son veuvage, clic hahîCa surtout Monthelon prèsd'Autun, chez son hcanpère.

J'ai quitté ce lieu avec grand regret. J'iiuraïs voulu y demeurer plus longtemps, plus seul.

Quel événement fut celte mort! Que d'ilnici* sublimes sont venues de là ; que de jeunes Ames sauvées!

Et que cette mort fut belle, héroïque, chrétienne dans toute la force du mot! Et toiilcs les grâces de la suite sont venues de là... de celte vallée..., de cette première année de veuvage.

Tout cela fait plaisir à voir après Tliorcns. M" de Sévigné, fille de son fils, naquit là. y fut souvent. Que de lettres datées deBourbillyl

Dans la Mère de Chaugy, quel louchant récit de la mort dit père de M™ de Sévigné ! Tous ces hommes si emportés au duel avaient des Ames étonnantes pour Dieu, une foi et des rc-

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tours admirables. Le baron de Chantai avait eu dix-huit duels avant son mariage. Son fils, fils de la Sainte, servait sans cesse de second. Le marquis de Sévigné, son gendre, y mourut.

C'était affreux.

17 décembre. — Bon anniversaire de mon ordination; le 18, anniversaire de ma première messe. Assez bon travail jusqu'au 24 où le bon Dieu me pousse à répondre à cette brochure (1 ). L'importance de la réponse me vint à la grand'messe de Noël... Au crayon dans mon bréviaire. L'utilité a été très réelle ; il faut en bénir Dieu.

Année considérable dans ma vie par de grands travaux imprévus et tout de Providence ; par de grandes bénédictions de Dieu au dedans et au dehors: par une ffrave expérience des âmes; et enfin par une bonne retraite pour le présent et aussi pour l'avenir.

Protestation du 30 septembre précédent :

Tu es Petrus... La vue de foi me décide à quitter tous mes travaux pour défendre le Saint- Siège. Puis le volume sur la Souveraineté

(1) Le Pape et le Congrès.

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pontificale commencé et continué à travers les visites pastorales, les brochures et le procès, en six mois, fut un terrible travail. Je me levais & quatre heures et disais ma messe à quatre heures et demie. Puis, à six heures, & Touvrage jusqu'à dix heures. A dix heures, petit déjeuner, puis oraison dans la grande salle clauso ostioj et petites heures. Bon et doux repos.

Lectures spirituelles en Moines (1) . Très douces ; lu et relu.

Samedi 2 juin. — Après ces dix mois d'un si grand travail pour l'Eglise, après cette pieuse ordination de prêtres voués à la chasteté et à la sainteté sacerdotale, je partis pour Paris. Je fus étonné du goût que je trouvai à me remettre à la prière ; je regardai cela comme une grâce et une récompense pour mes labeurs. La vérité est que jamais je n'ai passé ce long temps de repos dans une vie plus intérieure, plus surnaturelle, plus appliquée & la prière, plus occupée de Dieu, dans le divin, dans l'intérêt élevé..., sans ennui, sans atonie, sans lectures et curiosités vaines.

Jeudi 14. — Le matin, et souvent ainsi depuis dix jours, bonne méditation sur la sainte Trinité

(1) Le$ Moine» d'Occident, par M. de Montalembert.

et rEucharîstîe rapprochées. Le bréviaire est admirable. C'est très beau, saisissant, divin, pour détacher, désintéresser humainement.

13 juillet. — Admirable journée de bonne volonté, de joie, de courage, d'espérance. Je n'ai encore jamais mieux senti mon cœur s'épanouir.

18. — Départ pourMenthon. — Je pars et je bénis Dieu. Vue claire de son œuvre et de ce qui reste à faire, et de la manière de le faire. Délicieuse matinée de grâce et de lumière. Je n'oublierai jamais mon bréviaire de saint Thomas d'Aquin (1). Je l'ai bien souligné. Ni ma bonne messe. L'après-midi, cantiques sur le Sacré-Cœur et l'Eucharistie. Maintenant encore, quand je chante ces cantiques, et que je me représente tel ou tel enfant, les larmes me viennent aux yeux. Toutes les fois que je voyais ces enfants fidèles à Dieu et à la prière, l'amour de Dieu se faisait sentir à mon âme, plus que jamais. La peine de cœur ne venait que quand résistance ou infidélité. Je ne puis oublier le bonheur dont j'étais élonné moi-même, avec lequel je chantais, seul dans la montagne, le

(1) ÂTont le retour k la liturgie romaine^ la fête de saint Thomas se célébrait le 18 juillet & Paris et k Orléans.

cantique du Sacré-Cœur que M. Borderies m'avait appris à aimer, il y a trente ans, y revenant toujours, le préférant à tous mes autres cantiques et autres souvenirs, sentant que c'était là l'œuvre même de cette âme... ce que je devais sentir, penser et chanter.

Impossible de ne pas voir le bien que cela a fait à mon àme depuis quatre mois. Jamais quatre mois pareils. Ce cantique d'adieux, avec quel sentiment, avec quel souvenir vrai, profond de tout le passé, je le chantai à P. et à l'abbé X. sur cette pelouse, ce dimanche... La joie de mon âme sur eux et le bien qui se faisait en eux me rendait tous les sentiments les plus profonds et les plus tendres que j'eusse jamais éprouvés autrefois, au milieu de ces chers enfants, en chantant ce cantique.

Il est certain que Tamour du prochain, l'amour des &mes excite l'amour de Dieu, l'enflamme. Voici comment cela se fait. On a un fond tranquille, tiède d'amour de Dieu. Ce fond tout à coup excite l'amour d'une &me, d'une belle âme égarée, malheureuse, périssante.

Cet amour, à son tour, le désir de la sauver, l'amour de cette perfection inspire l'amour de Dieu, et en même temps la foi la plus vive, la plus spontanée, la prière, le zèle ardent, la

compassion tendre. Gela fait l'amour de Dieu le plus éclairé, le plus intelligent et le plus confiant. C'est ce que produisaient en moi mes catéchismes de semaine, mes rentrées au Petit Séminaire, mes retraites, mies prédications à Saint-Roch , et surtout à Orléans . Jamais Carême plus intérieur qu'en 1898. C'est là une grande bonté de Dieu .

Août. — Quelle foi vive! Jamais plus vive, plus simple, plus spontanée, plus sûre d'ellemême, de ses vœux, de ses conseils; jamais allant plus droit au but. Quelle prière ! Quelle ferveur! quelle assiduité! Quelle confiance!

Quelle familiarité avec Notre-Seigneur présent à l'autel! Quel entretien os ad os! Quelle parole entendue ! Quel amour de Dieu ! Quel réveil inattendu, profond, entier, de l'amour et de la confiance au cœur de Jésus-Christ ! Quelle dévotion envers la très sainte Vierge ! Quel retour immédiat de tous les sentiments les plus tendres et les plus forts, de la piété la plus aflFective! Quel dégoût simple, absolu de toutes choses! Quelle horreur du mal!

C'est extraordinaire comme mon âme fut relevée par là; et cela sans transition, sans effort, par la seule vertu de l'œuvre quis'accom-

plissait. Ce fut, je suis bien porté aie croire, une manifestation de la grâce.

10. Jeudi. — Ce que j'éprouve, ce que j'ai éprouvé, est inexplicable. Hier, jusqu'à quatre heures, la paix, la joie, lalumière claire du bien, de l'œuvre admirable, providentielle que Dieu m'avait lui-même fait faire. La paix pour l'avenir. Cette journée a été une des plus douces de ma vie, accompagnées des meilleures résolutions personnelles, des plus grandes depuis dix ans. Et puis, fatigue. Avais-jetrop occupé mon cœur même de Dieu? Trop chanté ces délicieux cantiques? Le serrement de cœur se laisse de nouveau pressentir.

Février. — J'ai devant moi neuf semaines pour le travail, le soin pastoral, l'ordre en toutes choses. En bien profiter ; ne plus me laisser traverser par rien. Et aussi pour la bonne vie intérieure et l'étude de Notre-Seigneur.

16. Samedi. — Bonne oraison. Je ne dois pas céder aux répugnances et aux obstacles, et tenir ferme, pour faire, la plume à la main, mon oraison sur Notre-Seigneur et sa bonté... Goûte que coûte ; sèchement s'il le faut. Ce matin me

JOUR.NAL lyriiis

prouve que la grftce de Dieu n'en est pas absente. Calamus quassaius; Linum fumigans. C'est moi, ce sera moi de plus en plus. Il faut demander humblement à Jésus-Christ qu'il daigne, dans sa bonté, ne pas me briser, ne pas m'éteindre. La santé, l'esprit, le cœur, la foi, la charité, la confiance, les vertus. . . Arcendo quassata, linum fumigans non exsiingue, caiamumquas^ satum non confringe. Et dans les autres, je dois faire ainsi. Ne pas les briser, ne pas les éteindre ; mais les rallumer, les raffermir. Voilà la bonté, la vraie charité... La menace, le châtiment lui-même ne doit venir que pour rallumer et raffermir.

25 février. — J'ai passé ces cinq jours dans un grand travail. Ces tristes réfutations du mal me coûtent beaucoup. La paix de la vie intérieure est bien meilleure, je vais tâcher de la reprendre.

10 mars. — J'ai visité hier les Petites-Sœurs des pauvres. Le soin de ces infirmes, de ces vieillards est quelque chose de divin. On sent Dieu entre soi et ces pauvres gens. C'est la vraie charité qui est là et qui révèle Dieu.

Du 19 au 29. — Préparation du discours sur l'Irlande. Je le prêche le 29. Grande fatigue..., mal préparé... Retour immédiat. Bonne retraite

DB MOTOEK^OXm MJPÀ^LOUP 225

da P. Hermann; mais aitreprend trop et ne pent tout faire... Mgr de Toronto^ à merveille. Il le ffliiit pour mie retraite de Semaine sainte avec M. Cordeau Tan prochain. Belle communion de Pâques.

15 avril au 10 mai. — Départ pour grande visite pastorale jusqu'au 7 mai. J'ai été assez fidèle à la vie intérieure tout ce temps avec les trois volumes de sainte Thérèse. — Préparation du discours pour le comice agricole. Grand mouvement de nos fêtes... — Tous ces discours et ces affaires publiques nuisent bien à la vie intérieure... C'est comme une arrière-pensée. Je suis assez fidèle à mes exercices, mais il y a comme un fond troublé... , la manne n'est plus sentie. — Je m'occupe beaucoup de réaliser mes études diocésaines. Mon oraison là-dessus : ^OUT Desideraia diœcesana.

Juillet. — J'ai été presque toujours souffrant^ très souffrant de la tête ; le temps ^ je crois, en était bien cause. Sainte Chantai m'a soutenu. Exercices assez fidèles. Au fond, tristesse ; pas assez de résignation.

Rien ne me presse plus. 11 n'est vraiment plus question pour moi que de faire chaque jour ce que veut le bon Dieu, au jour le jour^ très fidèlement. Mais sans m'attrister quand je ne le

puis faire. Tâcher de finir opus meum en tout ; comme je l'ai admirablement réglé Tan dernier, mais sans y tenir.

Dieu a fait pour moi plus que je ne méritais. Il m'a employé bien au delà mille fois de mes possibilités. Il m'a rendu tout à coup des forces inconcevables. Il faut donc avoir confiance et être dans une indifférence d'abandon à la sainte volonté.

31 octobre. La Chapelle. — J'ai été très fidèle à mes exercices de piété, grâce à Dieu. Relu avec grande édification Dom Bartl^élemy des Martyrs, après avoir vainement essayé saint Anselme, saint Paulin, saint Augustin. — Beaucoup travaillé ce troisième volume (1), et beaucoup l'économat de cette maison. Allant fidèlement le dimanche à la Cathédrale. — Mes oraisons sur l'intimité avec Notre-Seigneur, je les ai préparées; il faudra maintenant essayer de les faire, et m'attacher à l'amour de Dieu. Tout conclure par là

Mettre Tordre avant tout dans mes papiers, dans les affaires et dans le diocèse. -— Faire une bonne retraite, où : l'amour de Dieu le matin, et Tordre Taprès-midi ; pendant dix jours. Ac-

(1) L* Education.

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complir de plus en plus toutes ces grandes et excellentes résolutions de l'année dernière; en un mot^ travailler humblement à finir ma vie.

Hier et aujourd'hui !•' janvier, bonne retraite dans la grande salle après ces foules. — Le 2, bon bréviaire de sainte Geneviève. — Le 3, bonne messe et bonne oraison sur confessions passées. — Le 4, prière et confession. Le 6, belle messe de TEpiphanie. Admirable quête, plus de 11,000 francs. Vêpres et Salut de toute beauté.

Dimanche 8 août. — Reconnaissance envers Dieu des secours qu'il me donne. Il y a là, évidemment, une bonté providentielle; c'est sensible. Cela doit me soutenir dans mes tristesses, dans mes défaillances. Car j'en ai quand je ne dors pas; quand, un matin, j'éprouve une si grande fatigue, comme ce matin.

30 septembre. A Nevers. Visitation. — Admirables reliques de sainte Chantai. Le lit sur lequel elle est morte : même petit bois, même paillasse, même dur matelas, mêmes couvertures.

Son cœur qui a battu pour de si grandes choses «

qui a tant soujffert, qui a été si serré , qui a été ému par tant de peines, à la mort de son mari» de ses enfants , de saint François de Sales! Le cœur de cette âme si forte et si tendre est une relique admirable avoir. Il faudrait le reliquaire en vermeil .

Puis le portrait de saint François de Sales envoyé par sainte Chantai à la duchesse de Montmorency, ne pouvant le porter elle-même»

Enfin, mitre filée par elle.

Départ, après avoir visité l'église de Saint- Etienne, bâtie en trente ans, consacrée, en 1096, par le bienheureux Yves de Chartres.

Vrai diamant... Sévère.

23 octobre. — Catéchisme continue très bien; plus facile que je ne pensais. Mon travail ancien très bon. M. Fabris (1) offre d'excellente» additions ou améliorations; MM. Laveau et Méthivier item. Seulement, il faut de la suite et finir sans désemparer. Autrement on oubliera^ et ce sera toujours à recommencer. C'est à moi à décider et à conclure.

4 novembre. Rentrée de la Cour. — Discours, sur Montaigne. Le oui et le non sur chaqua

(t) Prôtrede SaiDl-Sulpice, directeur au* sémiDaire..

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principe delégislation. Pauvre esprit, de parole facile, et sans tenue sur rien... Pot pourri sur Luther et saint Charles. Quelle tristesse que ces hommes-là! Quelle éducation, quelles lectures, quelles conversations cela suppose !

2 décembre. — Admirables Offices. Chant populaire étonnant; bien revoir cela.

Hier, bonne course à la Chapelle. Bon état de cette maison dont il faut bénir Dieu.

QU£ FORENT AfiEHDÀ

1» Liberté de l'Eglise; — des ordres de religion ; — des évêques ; — de l'enseignement ; — de la charité. — 2" Catéchisme, 2" édition in-18, in-8'. — 3» Méthode en 2 volumes. — i" Mandement sur le catéchisme de persévérance pour les campagnes. — 5" Haute éducation. — 6» Ruine. —70 M. Borderies(l). — 8»M. deTalleyrand (2). — 9° M. Litlré. — lO* L'Eglise et la société. Catéchisme de polémique. ^11° Le monde. — 12" Gallicanisme. — Liturgie. — 13" L'éducation des femmes. — li" Catéchisme

(I] Sa Tle Itliife Runuscrite par Mgr Diipaolcup. (3) L«i paplen de Mgr Dupanloup renteraieat plusieurs volumca de inaauicrlts lur ce célèbre penoniing-.'.

de semaine^ 2 volumes. — 15** Catéchisme de persévérance, 3 ou 4 volumes. — 16** Elections. — n^ La charité. — 18** Le chant sacré. — 19** Statistique diocésaine. — 20** Architecture diocésaine.

Décembre. — Jeune di Rende. Nature à part (1), bien l'étudier. Richesse et force napolitaine.

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