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II. L'amour des âmes en Notre-Seigneur

1® L'amour surnaturel et affectueux des âmes me manque étrangement. J'ai pour elles un zèle dur, violent, humain, âpre et sec. Eviter abso* lument les hauteurs, les duretés, les irritations, les dédains, lesplanter là.

2® Reprendre toutes les résolutions de la Combe ; les accomplir de plus en plus... Prêtres, jeunes gens.

3® Etre attentif à la grâce de Dieu dans les âmes. Ecouter les accents, les cris divins qui

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s'en échappent. Capital, capitall Jr n'écoute pas, je n'entends pas, je brusque. Je les laisse haleter, languir... C'est mépriser les accents de l'Esprit-Saint, ses gémissements inônairahles, moi qui devrais les inspirer !

i" Ne jamais les abandonner, quand une fois reçues de Diea... jamais.

5° Ne pas maltraiterces profondes aiïcctions, si respectueuses... Je suis si dur, si insensilile quelquefois... Pourquoi, dans la plus sainte convenance, ne pas être bon, affectueux, compatissant? Me servant de ces affections poui' les élèvera Dieu.

6» Oh I la compassion pour les âmes ! Pour les dmes faibles, égarées, pécheresses, et revenant toujours. Pour les cœurs qoî souffrent... Pour toutes les souffrances de cœur. Pour les mères!

7' Ne pas s'attacher même an.\ ilnies, du moins sensiblement.

8" S'attendre à tout de leur part.... ;tccepter tous les calices...

Le bon Dieu semble me faire celte gr:kc de la charité simple, douce, pure.

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Jeadi 14 janvier. — Hier, impression étrange. Joie transportée défaire ce sermon sur le Sacré- Cœar» de prêcher Tamonr de ce divin Cœur, de m'écrier: a Ily a un Cœur!... Où est le vôtre? Qu'en faites-vous? Ah ! il y a en vous tout ce qu'il faut pour m'entendre. Vous aimez; mais vous aimez mal et vous souffrez. Les plus grandes douleurs de votre vie ont été dans Famour ; nous ne sommes heureux ou malheureux que par Tamour. »

Vendredi 15. — Le bon Dieu semble avoir remué le bout du doigt... Bien important... Si cette douleur cesse, que la grâce ne cesse pas, et pour cela bien pratiquer mes résolutions; voilà le nécessaire. Si ce n'est pas par la douleur, il faut que ce soit par Tamour de Notre-Seigneur, par la fidélité à tout ce qui est de Dieu, que j'obtienne la lumière et la grâce...

 trois heures, à Saint-Paul^ toujours grand. J'y ai redit avec joie les paroles par lesquelles il témoignait son amour àNotre-Seigneur. Elles, éclataient en ce lieu. La bénédiction, l'influence de saint Paul sur mon âme, jusqu'à ce jour, a été vraiment sensible et comme providentielle. . .

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Dieu veut-il que je fasse quelque chose sur cette grande âme?... Oui, décidé hier.

Puis à Saint-Pierre, à cinq heures. Un admirable rayonnement du soleil couchant dans les hauteurs. Tout le reste dans les ombres encore éclairées. C'était d'une sublimité, d'une majesté incomparable... J'ai retrouvé mon saint Pierre, puis le Pape et le Cardinal...

Mercredi 20. — Grande grâce d'amour pour Notre-Seigneur, toujours au Salut. Vrai bonheur simple et doux. En sortant, avec quelle profonde douceur je redisais : Non vos me elegistis;sed ego elegi vos. Oh! c'est évident, il m'a choisi, il m'a fait, il m*a élu, il m'a prédestiné. C'est admirable. Quelle lumière, quel sentiment vient tout à coup sur une parole longtemps inaperçue et insentie ! La bonté infinie de Dieu est dans cet Ego elegi vos. Et ces autres paroles : Et posui vos^ ut eatis, et fructum afferatis et fructus vester maneat. Quelle gloire, quelle élection ! Et cela s'est vérifié pour moi. Notre-Seigneur m'a fait la grâce de ne jamais choisir mon ministère; mais d'y aller malgré mes répugnances : la Madeleine, le Petit Séminaire, l'épiscopat, la vie publique. J'y ai été amené par le cours des choses et par mes devoirs. Dieu m'a toujours traité en père; et par-

tout il y a eu quelque bien de fait. Certainement^ il y a eu un dessein de Dieu. Il faut le suivre avec respect, avec confiance, avec patience, et aussi avec foi, joie et courage. A chaque jour sa peine, sa lumière, sa grâce ; mais il y en a toujours une.

J'ai retrouvé avec bonheur le Ego sum vitis ver a que j'ai tant goûté, il y a bien des années. — Omhemquifert fructum purgabit eum ut fructum pl\is afferat. Partout j'ai trouvé le purgabit eum, La croix et miséricorde de Dieu. J'en ai, j'en avais un tel besoin, pour me purifier, m'adoucir, m'attendrirsurnaturellementet naturellement. Il n'y avait vraiment qu'amertume, dureté, sécheresse, impatience dans mon cœur, par la presse des affaires, et par ma pauvre nature. — Manete in me,,, quimanet in une et ego in eo, hic fert fructum multum. J'y demeurais bien un peu par la fidélité générale et à peu près constante à mes exercices de piété, mais pas par l'amour. Je ne vivais presque pas de sève, de force, d'onction, ni de joie. Et cependant Notre-Seigneur m'a choisi, m'a aimé, s'est livré à la mort pour moi, est ressuscité pour moi. Sans courir après le sentiment de l'amour, il faut la fidélité aux témoignages, au culte de l'amour. Etablir à Orléans, les

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Sacramentates et leurs Saluts h l'ofliciultlé ou ailleurs.

Bréviaire. — Admirables et singulioreincnt consolantes ces paroles de saint Paul : Pia me autemnihii gioriabor rdsi ininfirmitaliôitsmeis. Et : Datusesi stimulus carnis nw* nngelus Safanagui me colaphizel. Des soufflets à droite et ù gauche; on ne sait où on en est. — Vir/us m in/irmilale perficitur : C'esl vrairaenl. mou histoire. — Cum enim infirmor tum poienx siini. C'est inouï, comme révélation des mystères les plus profonds de la nature et de la ^mâcc. — Saint Paul dit encore : Si gloriari oporiel gu.v infiimitatis meie sujit gloriabor. Le cœur huniaiu de saint Paul, en même temps ijue sou cœur divin est incomparable, admiralile, sfiisissant. Toutes les passions les plus pures, tes plus vives, les plus tendres, il les éprouve saintement. Sa vie est inimitable, accessible nux dînes.

Dimancbe 22, & Sainte-Cécile. — Sa vie lue le soir et ce matin. Rarement, J';ii reucoutré de plus beaux sentiments. C'est Ii- cliri^tiiiuiMiue dans saplus grande pureté et noldcssc. Ces actes sont de toute beauté; on y sent le divin partout. L'auteur n'est pas au-dessims. La science est étendue, et le style n'est pas indique de ces flmes héroïques. C'est le triompliB de l'amour

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chrétien avec un éclat, nne simplicité, une ten> dresse, nne force indicibles. Dans cette jeone et ravissante Cécile, dans ce Valérien qui touche au moins autant qu'elle; puis Tibnrce et Maximin... Ce sont là, des créations surhumaines... Et quand j'ai vu ce corps si vénérable et si pur, cette victime virginale du plus sublime amour étendue, immolée; dans le triomphe si doux, si radieux de sa Basilique; au milieu des lis, des roses, des parfums et des chants sacrés, puis de tout ce peuple, après quinze siècles... En même temps que triomphante au ciel. C'est saisissant, ine&ble.

Et aux catacombes, son image et celle du pape Urbain; et son tombeau, et cette conservation inouïe de son attitude et de son immolation. On ne peut exprimer ce que Ton sent à cette vue.

Voilà ce que deviennent les victimes de l'amour, la gloire que leur donne Jésus-Christ, et c'est justice.

Ce matin, grande grâce à la communion. J'ai demandé à sainte Cécile de prier pour moi Notre-Seigneur. « Vous qui lui avez tout donné ; votre cœur, votre âme, votre sang, votre vie... Priez-le de me donner son amour. »

 ma messe, frappé et touché des paroles de

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saint Paul àTIntroIt : Ob quam causam etc...

pour m'humîUer, me purifier, me détacher; Hœc paiior, sed non confundor; scio enim eut credidt. Gomme c'est tendre et délicat I Je connais celui en qui j'ai mis ma confianee, à qui j'ai tout confié» Et certus sum quia potens est depositum meum servare in illum diem. Mon dépôty ma pauvre âme... J'ai tout remis eAtre les mains de Jésus-Christ, etje lui redis du fond de mon pauvre cœur malade : Quid me vis facere? — J'irai me confesser aujourd'hui.

La fin de la journée a été bonne. Vraie grâce de charité dans cette conversation d'une heure avec la princesse Thérèse. Le sentiment qui me soutenait était le sacrifice de saint Paul et la bénédiction de Dieu sur cette âme. Puis grande grâce quand j'ai été seul. Grand cri de l'âme sur cette hauteur vers le ciel, à saint Paul : « Venez, venez à mon aide! » Je ne pouvais me lasser de le dire et le sentais venir.

Sentiment profond de cette grâce jusqu'à Saint-Pierre. Là, saisi par cette grandeur, je ne pouvais cesser de redire : « Elevez mon âme, élevez mon âme », et de pousser ce cri jusqu'à ces voûtes sublimes. Puis prière au tombeau à Saint-Pierre, à Saint-Paul, avec sensible bénédiction de Dieu. Vraie prière et cri de l'âme.

Rien depuis deux mois n'a été meilleur. — Il faut toujours la charité pure ; rien pour soi. Et Dieu donne ce qu'il faut, comme aujourd'hui après la princesse Thérèse. — Bénédiction chez le Pape, tout à fait bon est doux.

Dimanche 7 février. — J'ai médité sur Tépiscopat. — L'Epltre aux Hébreux : Nolinegligere disciplinant Dominiy neque fatigerisj dumab eo argueris.,. Réprimandé, mais de quoi? De tout. Et quel est le but? Est-ce un châtiment? une purification? une excitation? un réveil ? — Quelque chose que ce soit, c'est une discipline pleine de miséricorde paternelle, et peut-être de grâces suprêmes et infinies. — Donc, obtemperemus Patri spiritimm ad id quod utile est, . . et vivemus. Et vous arriverez au fmctum pacatissimum. Ce sera étonnant. En attendant, gressus rectos facite; soluta genua erigite... Il faut marcher, il faut agir.

Jamais^ l'action de Dieu sur mon âme n'a été plus immédiate, plus directe, plus profonde, plus irrésistible. 11 s'est montré le Père toutpuissant et infiniment bon de mon âme.

Mercredi 24. — Visite à Sainte-Cécile. J'ai eu là encore le cœur touché, saisi à la vue de cette noble victime de l'amour. J'ai prié avec douceur sur cette gloire, près d'elle. Il y avait encore

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les lis et les roses. Cette chère Sainte m'a vraiment béni à Rome.

Le soir, avant de prêcher, vraie griLoe. Cri de ma pauvre àme : « Il faudrait avoir pleuré sur soi ; il faudrait aimer Notre-Seigneur ! » Les larmes me saisirent en marchant dans cette sacristie... La prédication en fut tout émue : il y eut une grande inspiration de saint François Xavier. L'auditoire était immense. Plus d'hommes que de femmes... La voix fut brisée. La préparation avait été une agonie... Dieu me soutint.

Rien de prêt pour un tel auditoire, inconnu, si varié..., tant d'hommes, de militaires. — Eiorde sur l'auditoire. On fut touché. — <i Les grandes âmes ! On les cherche, on ne les trouve pas; on les appelle, elles ne répondent pas! »

Mardi 1*' mars. — Messe à Saint-Jérâme.

Maison de sainte Paule, de sainte Eustochium; souvenir de sainte Mélanie; hospitalité de saint Jérôme; et enfin saint Philippe de Néri pendant trente ans, et Baronius.

Vive consolation. Ces sanctuaires pénètrent le coeur très doucement comme d'un parfum. On se sent, je me sentais là comme enveloppé de sainteté. Toutes ces grandes et saintes àraes me semblaient errer autour de moi et me bénir.

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Tous ces souvenirs rénnis là à travers les siècles! II n'y a que Rome oà se tntoTecela.

J'ai prié {four Isnt d'&mes à qui je ne puis pas faire le bien qa'il faudrait... Bons Philij»pieos. vraiment dignes de lear père.

Vendredi saint. — • A l'adoration de la Croix, nouvelle grâce. Toat cela était si vrai pour moi. — Plantavi te vinea electa. Qu'ai-je po faire de plus que je n'ai fait? Et tu as été amara. Toujours ou presque toujours des fruits amers.

Sinon la croix formellement et volontairement; du moins toujonrsdn fiel etdu vinaigre. Jamais de bon et do pur; voilà levrai.Notre-Seignenr m'a fait la grâce de sentir cela avec une douce amertume. C'a été une grande bonté, dont je suis bien indigne. Il y a longtemps qne le Jeudiet le Vendredi saints nem'aTaieotainsî touché personnellement.

Bonne messe à Saint-Ambroise. Impression vive et encore avec larmesde ces grands souvenirs, de ces saintes Ames, si tendres et si fortes et s'aimant si ardemment pour Dieu. J'ai dit la messe dans le calice de saint Charles portant cette devise : Qui sitit, ventât ad me et bibat, ne iiUra sitial.

Puis saintPauI; je ne pouvais m'en arracher.

Cet élan, cette grandeur, cet éclat généreux !...

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Mes souvenirs de si vive souffrance et de si grand secours, et de tant de grAces de choix reçues là par saint Paul 1... J'ai été doucement saisi.

Mihivivere Christus est et moriliicrum.\o\\^ le vrai et ce que Dieu demande de moi ; c'est la gr&ce finale. Voilà ta grande et dernière bénédiction de Rome. Mais pour cela, il faut vivre aveclui, de lui, par lui. Chaque .jour, chaque heure, chaque minute, l'avoir pi'psent.

Lyon. Jeudi 17 mars. — ■ De là à Paris, pendant la lecture de quelques passages du Memoranda (1) et le chant de mes cher» cantiques, présence de Notre-Seigneur très sensible. Je ne voulais pas ouvrir les yeux à la belle lumière du soleil couchant, pour ne pas perdre cette lumière intérieure. Je le priais, puisqu'il était là, de mettre se3 divines mains sur ma tête et sur mon cœur, pour les Ames. II me semble bii-u que l'équilibre désiré se faisait. Je voyais avec simplicité le milieu entre l'indifférence et l'intérêt excessif. Etre vraiment utile, selon les besoins présents et connus et dans la mesure de ce que Dieu montrerait.

La Chapelle. — Jeudi 26 mai. Fête-Dieu. —

(1) HirlHipaiiloup déflpie parce maiMaJoarnalinUme.

Bonne méditation dans le bréviaire. Retrouvé les émotions de Rome. A la messe, grâce de force dans l'action.

En disant les Petites-Heures avec la belle image de Notre-Seigneur assis et couronné d'épines, très frappé du In qua nocte tradebatur.

Ainsi, ce fut au moment où il allait être trahi, foulé aux pieds, abimé dans la tristesse, par l'indignité de toutes les affections humaines et des plus cruelles ingratitudes, qu'il donne aux hommes ce témoignage inouï de son amour.

Jamais l'amour n'a été plus loin dans une bonté infinie.

Les deux lumières distinctes sont : 1* La Passion toujours rappelée, présente et renouvelée dans l'Eucharistie . — 2*>Le calme, la tranquillité inouïe de Notre-Seigneur.

Janvier. — Continué ma retraite en lisant.

Exercices bien faits. Bonnes méditations sur sainte Geneviève. Je conclus Vhomo cordis absconditus pour l'Eglise ; mais dans les conditions voulues.

Bonne lumière de l'Epiphanie. Possible de sauver tout cela : m'y dévouer, en remettant le

tout à la sainte volonté de Dieu très simplement. — Les deux volumes (1) sont à peu près finis. Je puis donc faire cela sans trop de regret dUnterrompre. Le bon Dieu semble me le demander...

La tempête éclate... Lettres et conversations. On ne parle plus que de cela. Puis viendront les brochures, puis les Chambres. — Essayer par amour pour Dieu, pour TEglise, pour le Saint-Siège, pour les âmes. Mais bien difficile, peut-être impossible. Bien éviter de parler; prier et faire prier. . . Ne quittons pour rien la vie intérieure (2).

Dimanche 8. — Beaux Offices. Belle quête :

10,000 francs; 1,S00 à Saint-Pierre. — Le soir (3), beaucoup d'hommes, moins de dames.

Il faut tout inviter, et puis rester indifférent. C'est de ma part une chose pastorale ; cette maison est pour eux...

Mais point de passion. Je veux tout faire, tout enlever en un clin d'œil. Impossible. J'en perds la paix, la vie intérieure, la lumière, l'inspiration même. Grande faute! Oh! n'y retombons pas. Ce n'est plus du tout la volonté de Dieu, ni

(1) VEducalion,

(2) Brochure intitalée : VEncyclïque et la Convention du 15 septembre. Défense da Syllabus.

(3) RécepUoD à réfftché.

l'œuvre de Dieu. S ta in excelso. Faire de mon mieux in incorruptibilitate qtiieti ac modesti spiritus. Et être prêt à tout : à ne pas finir, à ne pas réussir, à être devancé. Se résigner et travailler courageusement. — Bonne petite promenade à la Pomme-de-Pin (1).

Samedi 21. — Enfin fini, juste pour le dépôt et pour M. de Corcelles (2).

Samedi 4 février. — En me levant, j'ai été trèà frappé de la pensée que je suis vraiment bien déraisonnable de me troubler, préoccuper, accabler et attrister, comme je le fais. Pourquoi? Soyons fidèle aux résolutions si bonnes de ma retraite. Ne lâcher prise sur rien ; mais mettre à chaque chose le temps convenable. Faire tranquillement les choses dans Tordre naturel, selon la simple volonté de Dieu : me reposant, me mettant un peu au large ; respirer; caputy cor efferre.

Ainsi, me donner un jour à Versailles. Sortir de cet abîme où je me replonge sans cesse.

Pour mon diocèse, c'est immense. Il y faut une longue haleine; mais ne pas lâcher prise; finir ce qui est commencé.

De même pour mes impressions... Voir ce

(1) Maison de campagne du Grand Séminaire.

(2) Ancien ambassadeur de France près du Saint-Siège.

qui est pressé et s'y mettre d'abord... Revoir ces exemplaires; mais aller doucement. Faire travailler chacun. Ne pas vouloir que tout soit fait à la fois et à jour dit. Et toujours la vie intérieure avant tout. Assez bien; mais pas parfaite encore. Le Saint-Sacrement surtout et l'oraison. D'autant plus que Dieu vient encore d'être miraculeux pour moi (1). Je ne suis guère sensible au bruit; mais je dois l'être à Félection et & la bénédiction de Dieu. Gela doit m mspirer la paix et la confiance.

Mercredi 8 février. — Départ pour Versailles... Douceur & revoir ces amis d'autrefois, si fidèles. Et ces lieux! Le petit Trianon, le château, les appartements... Je suis allé seul par Satory et les bois jusqu'à la pièce d'eau des Suisses. De là vue de l'orangerie et souvenir de ce repos où alla la reine, et puis des 5 et 6 octobre. De là regard douloureux sur ce château, «ur cette élévation? C'est de là qu'est tombée la monarchie française et cela dure encore; et je lutte dans la même tempête! L'expiation n'est pas faite... La France, l'Europe vont do mal en pis. Il n'y a plus un seul principe du

(1) Allusion au succès inoui de la brochure. Trente-quatre éditions. Six cent trente lettres de cardinaux etd'éTê- 4ues félicitant Tauteur.

droit des gens debout. Pas une nation, pas un souverain, sûrs du lendemain. L'Eglise seule tient, malgré les malheureux qui la poussent aux abîmes.

Vendredi 10. — Me pacifier. Etre prêt à tout calice pour moi et même pour l'Eglise dans la mesure qui convient à Dieu. — Les trois grandes vues et vies de la foi : la Crèche, la Croix, TEucharistie. Et tout cela comme expiation et comme préparation à la mort.

Mardi 14 mars. — Vue claire et de grâce de ne pas me condamner à faire, coûte que coûte, ces deux volumes. Impossible, absurde, mauvais, contraire à la volonté de Dieu de vouloir comme cela. Cela ôte toute paix, toute joie au service de Dieu, gêne pour tout le reste, fait négliger des choses importantes, presse péniblement pour tout. C'est un supplice, ce n'est pas vivre. Non, il ne faut pas lâcher prise ni pour ces volumes, ni pour mon diocèse; mais faire paisiblement et constamment, selon Tordre et la lumière de Dieu, dans sa douce et sainte volonté. Ce sera mieux faire, même littérairement.

Ces deux volumes ne seront peut-être jamais faits, n'auront pas paru à l'époque favorable. Eh bien, quel mal à cela? Non, il ne faut pas

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vouloir de cette façon, ce n'est pas vouloir comme le bon Dieu veut...

Du 20 mai à ce jour 13 juin. — Vie uniforme.

Oraison sur diocèse et sur Saint-Sacrement.

Cette Instruction (1). Le sentiment de présence de Dieu et d'union à Dieu que j'ai & ranger et à ordonner est remarquable. Est-ce une illu^on? 11 me semble que non.

Lecture spirituelle, Marîe-Ântoinette. C'est étrange à. quel point tout cela, même les indïguités m'élèvenf. Nulle Vie de saint ne m'a fait une si grande iropreasion habituelle (2). Je ne sors pas de la plus grande et plus douloureuse impression... et lumière. La conviction est à peu près absolue sur cette admirable nature et sur cette Vie. Et ma tristesse sur le mystère indéfini de cette Révolution qui est encore toute vive dans les Ames!... Le bon Dieu veut-il que je fasse quelque chose là-dessus?... Mais quoi?

Dimanche 2 juillet. Visitation. — Finie la révision du grand travail sur le Saint-Sacrement. — Bonne oraison sur la Visitation, sur cet admirable séjour de la sainte Vierge chez

(1) lattnicUoD pitlorole 1res remarquable sur l'Euchn- (i) Il s'agit d« Loua XVU, pnr H. de B«aucbeDe.

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Elisabeth : In domum Zachariœ.,, Mansit quasi mensibus tribus. Ce ne fut pas seulement une visite ; elle s'y établit pendant trois mois. L'Ange lui avait dit ce que Dieu avait fait pour sa cousine... Voyage de 30 lieues et plus, pour sûr avec saint Joseph qui ne la laissa pas aller seule. Ce que fut ce séjour!... Quels soins pour Marie! Sa chambre, son sommeil, ses repas. Elle-même, comme elle aidait sa cousine ! Elles se promenaient ensemble autour de la maison, de la ville; le matin, le soir. Quels entretiens! L'entrée le fait comprendre. Marie la salue, quelle joie ! Ut audivit salutationem Mariœ Elisabeth ^ exsultavit in fans in utero ejus. Dans quelle région de mystères miraculeux on est tout à coup transporté ! Ils sont tous éclairés, l'enfant et les deux mères, comme le montrent les paroles d'Elisabeth et le Magnificat de la sainte Vierge.

Et puis ces trois mois ! L'Evangile n'en dit rien. Mais quelles consolations I Quels ménages bénis ! Quelle pureté ! Quelle sainteté 1 Quelles âmes ! Quel respect pour Zacharie encore muet! Quelles profondeurs en tout cela ! Et tout cela si simple!

Et puis ces deux enfants si près l'un de l'autre dans le sein de leurs mères ! Le salut du

monde y le ciel sur la terre était là. Notre-Seigneur demeura trois mois sous ce toit, près de saint Jean.

Et puis quels adieux ! Quelles bénédictions au départ!

Lundi 3. — Même méditation. J'aime à me représenter que quand Notre*Seigneur et saint Jean-Baptiste eurent grandi, Marie retourna à Hébron, et sainte Elisabeth la visita aussi à Nazareth... Jeux bénis des deux enfants...

Le Magnificat répondit tout de suite aux pa* rôles d'Elisabeth. Quelle rencontre! quelles paroles ! Tout commence par deux mères, par deux ménages, par deux naissances. Mais en tout quelle sainteté! quelle grandeur! quelle simplicité !

Dimanche 23. — > Vue sur le rôle, sur le ministère des femmes, selon TEvangile. C'est aussi remarquable que possible. — Méditation sur ces saintes femmes. Il y a un dessein évident. Elles ont une place marquée, notable et & part dans la vie publique de Notre-Seigneur, dans sa Passion, dans sa Résurrection, à la Pentecôte ; puis tout le long de l'apostolat et de l'histoire de l'Eglise. C'est à étudier, dans TEvangile d'abord.

Cela commence par deux femmes, Mar

Elisabeth, par deux ménages admirables, Tua tout céleste. C'est un trait divin; cela devait ôtre. C'était la moitié du genre humain, la mère deThomme, la noble créature de Dieu.

Sans doute, faiblesse et misère possibles...

Mais le fait et le fond sont là , avec le tout prévu ^ dans les nuances naturelles et nécessaires. C'était les relever, les associer à l'apostolat, à l'évangélisation, accepter leurs secours, leurs soins : Ministrabant et de facultatibiis suis. Quel cœur elles mettaient, quelle pureté en tout cela! C'était un dévouement, un ministère constant..., jusqu'au Cénacle : Cummulieribus, Cette expression même indique à quel point ce ministère était réglé, entendu, connu. Elles étaient aussi naturellement attachées à la sainte Vierge : Cum Maria matre Jesu. C'était un ministère : Ministrabant; un ministère de cœur, de charité : De facullatibus suis. Plusieurs, en effet, étaient riches.

Jésus était toujours avec les Douze et elles le suivaient partout : Et duodecim cum illo, et mulieres aliquœ. Elles suivaient, écoutaient, servaient. Elles connaissaient les Apôtres , elles leur parlaient au besoin. On les voit, après la résurrection, parler à Pierre, à Jean, à tous.

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Les noms connus sont ; Maria qtia' vocattir Magdalena; Joanna uxor Chwi.r prociiratoris Herodis; Susanna; Maria Jarabi Minoris et Joseph mater; Salome: Maria C/eop/i./-; Mar~ tha et Maria sorores Lazari. . .

Elles vont jusqu'à la croix.,., le cmirage du cœur. Elles vont jusqu'au sépulcre; elles cherchent plus que personne, et elles Irou vent . El les parlent aux anges. Elles voient les premières et adorent Jésus-Christ ressuscité. Elles ont la gloire d'annoncer la Résurrection aux apôtres. Puis elles disparaissent, et ou ne les retrouve plus que priant au Cénacle. Les apôtres n'y prient pas seuls, il y faut les saintes femmes : Cum mtiUertbus.

Jusqu'à nos jours, on les ven.'i fippliquées aux bonnes œuvres et & la prière.

Lundi 24. — Ecrit ce qui précède dans l'oraison. — Tous les Evangélistes les nomment.

Tous, sauf saint Jean, racontent leur ministère. C'était un fait considérable.

Et les Actes. Immédiatement, ce beau et saint ministère y est signalé : les veuves, les diaconesses, qui seront plus tai>d les Dames, les Sœurs de charité. — Dès le commenceinenl des Actes, nous trouvons des veuves grecques et des veuves Israélites, in ministerio quolidtana. Tel fut

remploi de ces âmes, de ces cœurs admirables dans l'Eglise.

Au chapitre i\, verset 36, la ravissante histoire de Dorcas. C'était à JafFa. Et circumsteterunt eum omnes viduœ fientes.

Dans la première épltre à Timothée, on voit tout le détail de Texistence et du ministère de ces veuves. Les inconvénients possibles... prévenus.

Dès l'Ancien Testament, la Sunamite est un commencement. Mais, dans le Nouveau, avec la sainte Vierge, cela devient un grand ministère et une admirable dignité.

Saint Paul (I Cor., ix, 6) sur ce grand et beau sujet, a dit ces paroles remarquables : Numquid non habemus potestatem mulierem sororem circttmducendi, sicut et cœteri Apostoli et fratres Domini et Cephas? — On ne le pourrait pas aujourd'hui...

Il faut bénir Dieu de la lumière et du sentiment qu'il a daigné me donner sur tout cela.

C'est une grande grâce, qui ennoblit, relève et purifie à mes yeux ces natures et leur destinée ordinaire ; et montre leur mission possible, si en harmonie avec leur admirable cœur et avec cette intelligence éclairée qui les rend propres à tant de bien.

Jeudi 27. — Il y a tant de maux à guérir ou à prévenir, tant de bien à faire, qu'on reste stupéfait de son impuissance. On ne peut que s'offrir à Dieu, pour faire au jour le jour ce qu'il lui plaît d'indiquer. — Finir de mon mieux opus meum, en profitant des jours que Dieu me donne.

Lundi 25 septembre. — Je ne sais pas souffrir. La gêne, l'empêchement, l'obstacle m'attristent. — Toujours être comme un dieu ! — Prière à saint Côme et à saint Damien pas exaucée en apparence. Plus fatigué de tête.

Trop de tristesse.

Jeudi 28. — Mieux... Comme je m'exalte de suite. Vœu à saint Côme et à saint Damien de trois messes votives avec action de grâces... et volonté de Dieu si je puis faire cette oraison funèbre (1).

Tous ces jours-ci j'ai repris la sainte Vierge. C'est admirable. Maternité divine! Quelle lumière dans ces simples textes de l'EvangOeî Comme c'est supérieur à toute phrase !

Samedi 30. — Toujours la maternité divine...

Chanté les versets : c'est surprenant. Vraie grftce »

Dimanche !•' octobre. — Je finis féliciter

(1) Oraison funèbre du gônérnl de la Moricière, préchée^ dans la cathédrale de Nantes, le 17 octobre 1865.

toutes ces épreuves. Demain, TOraison funèbre, s'il plaltà Dieu.

Lundi 2. — Saints Anges Gardiens. — Sainte et bonne méditation, sur la terrasse, à ce beau soleil levant.. — Moins belle lumière que de voir la sainte Vierge Mère de Dieu servie par les anges. Ces deux pensées rapprochées l'une de l'autre sont touchantes. Quelle religion ! Comme c'est uniquement de Dieu ! — Travail à l'Oraison funèbre.

l**" janvier. Ce matin, visite au Saint-Sacrement. Début bon et simple. — mon Dieu, aidezmoi!

2 février en cours de voyage. — Ici, curieuse magistrature. Pour tout soumettre, tout abaisser, tout déraciner, tout éparpiller, professeurs, magistrats, fonctionnaires. Que nul n'ait ou ne prenne racine, n'ait d'influence quelque part. Que chacun soit étranger oùil est, et ne connaisse que l'Etat, le gouvernement. Nul dans sa province, dans son pays, près de sa famille. Avec l'ambition pour mobile, Paris pour but. Cela fait deux nations. L'une chargée de dominer, d'abaisser, d'écraser l'autre; abaissée elle-même et uniquement aux mains de quelques hommes

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à Paris. Le fond du pays absolument étranger à ses affaires.

Jeudi 13 septembre. Einsiedeln. — Je me suis mis un peu en retraite. Nouvel examen. Â Vêpres, respexit humilitatem m'a bien touché et saisi... C'est tellement moi ! Après ma confession, ce bon Père m'a dit : « C'est TEsprit-Saint. Non seulement fautes, mais nuances et dispositions. . . C'est le secours du Saint-Esprit que vous avez reçu dans votre consécration épiscopale. Communication sensible... Rassurez-vous : Quicunt" 4jue Spiritu Dei agtintur ii sunt filii Dei. Rassurez-vous... Quant aux tristesses, saint Paul lui-même les éprouva : Tsedet me vivere... Sed Pater miser icordiarum.. . consolatur nos... Le Pater peut toujours se dire. »

Donc, ponam in saliitari... fiducialiter agam in eo. — En sortant, j'entrai dans l'église et je m'écriai : « C'est un lieu de grâces. Lésâmes se précipitent dans la prière, s'y plongent, dès qu'elles entrent là. »

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