RÉSOLUTIONS
1® Quand je ne puis faire maigre ni jeûner, y suppléer par quelque mortification, ou au moins par un psaume de la Pénitence.
2^ Quand je ne puis assister aux Offices les dimanches et fêtes, y suppléer par des visites au Saint-Sacrement.
3^ Bien veiller à ne rien précipiter dans mon bréviaire. Prendre garde surtout à la fin de chaque office et au Credo.
4^ Â la sainte messe, prendre garde à certains mots que je suis porté à mal prononcer. Lorsque je suis pressé (ce qui se peut rencontrer), me recueillir plus fortement ; suppléer par l'intensité du recueillement.
5*> Etudier les Indulgences au point de vue de la foi et de mon profit personnel. Savoir ce que je puis gagner par ce que je fais, et avoir au moins une intention générale.
6^ Confessions, Exactement tous les huit jours. Bien préparées. Surtout s'exciter à la contrition nécessaire : Jesti^ tibi peccavi. Faire tout de suite la pénitence. M' examiner sur ces résolutions.
7° Bien tenir au quart d'heure d'action de grâceSy et aux divers efforts pour la bien faire.
8® Formule d'absolution. Consulter de nouveau. Bien prononcer.
9^ Redoubler de fidélité aux visites fréquentes au Saint-Sacrement, avec quelque prière posi* tive, des hymnes ou des psaumes.
10^ Bien veiller à l'esprit de religion : envers le Père, Paier noster; envers le Fils, reprendre les grâces de Rome et le travail sur Notre*»
Seigneur et l'Eucharistie ; envers l'Esprit-Saint, les deux Vent^ Sancte; envers la sainte Vierge, reprendre ce travail ; invoquer avec plus de foi les Saints et les Anges.
It^ Le courage chrétien : capital... Le courage est dans la résignation simple, et, s'il se peut, joyeuse, à toute la volonté de Dieu.
12^ Bien prendre garde aux jugements durs, sévères, violents et surtout à leur expression, sur supérieurs ou confrères. En tout cas, il faut bien forte raison de nécessité ou d'utilité. — La douceur et la gravité dans la parole.
13^ Bien prendre garde aux médisances graves qui quelquefois peuvent devenir calomnieuses, par entraînement et exagération.
14® Dès mon retour, régler tout ce qui regarde lajustice, la charité, l'économie. Mon testament.
— Essayer de voir les pauvres, les Petites- Sœurs, Thospice, la prison.
lo<* Avoir le même zèle effectif pour hommes que pour femmes, pour laid que pour beau, pour pauvres que pour riches. — Le même sentiment aifectueux. En tout cas que ce soit pour amener à Dieu.
16** Quand je cherche à connaître, bien élever, purifier, sanctifier, simplifier ma pensée et mon intention. — Rien de précipité ni de passionné.
18<* Item quand j'interroge.
19^ En tous cas, tenir un certain compte de mes impressions... Quel mal y a-t-il?
20<* Croix et main sur le front, toujours avec pensée de Dieu.
21® Ecarter expression trop affectueuse.
22® Ne pas chercher ni vouloir affection pour soi; ne pas s'y accoutumer. Il ne peut, il ne doit pas y avoir toute indifférence, mais une certaine indifférence.
23** N'en pas trop laisser parler.
24** Eviter volonté trop humaine, trop sympa-> thique pour ramener à Dieu.
25** Rien de long.
26** Très importante résolution pour les affaires contentieuses. Les prévenir, les éviter, les
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dénouer. Mais pour cela s'en occuper courageusement et d'avance.
27» Tout ranger : livres, papiers. Préparer la fin s'il plalt à Dieu.
28° Bien suivre et tâcher d'ici ft un an, de bien régler les choses de mon diocèse.
Vendredi 14, Einsiedeln. — Pensée de la mort ; abandonà Dieu... Sublime Gloria sur ce peuple pressé et priant sous ces voûtes : doux suscipe. — A vêpres, psaume à quatre voix très beau. — Procession et compiles ; incomparable ! Ces complies à quatre voix dans le haui chœur; puis tout en bas répondant, si doux et si grave, devant le Saint-Sacrement. C'était le ciel. — La procession avec les litanies ; note d'un soupir heureux, et puis joie et prière éclatante. Très belle illumination. Croix brillante sur la montagne... Au milieu de cette belle et douce nuit, je me disais : » C'est une belle lumière au milieu des ténèbres de la vie... Un si doux moment doit soutenir et éclairer dans la voie. »
Ce séjour {k Einsiedeln) est le plus saint, le ptusdouxau fond del'&meque j'yaiefait.GrAce de Dieu et appel spécial. Vraie et sérieuse consolation après bon effort pour le bon Dieu. Hospitalité très aimable et cordiale, avec tous les soins possibles. Témoigner reconnaissance.
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Dimanche 16 septembre. — L'Evangile s'ouvre admirablement par le tableau de deux ménages où l'on trouve toutes les vertus les plus pures : Zacbarie et Elisabeth; saint Joseph et la sainte Vierge. Rien déplus aimable et déplus vénérable. Puis viennent saint Siméon et sainte Anne, deux saints vieillards. Puis les deux enfants : saint Jean-Baptiste et l'Enfant Jésus. Quel début pour la rédemption du monde ! Une femme mariée et stérile. Une vierge et un époux vertueux, vierge lui aussi. Deux petits enfants. Une veuve. Puis le silence pendant trente ans, sauf au Temple.
En même temps, les pauvres bergers, les rois, les Anges. — Les mauvais. Hérode, ses soldats qui tuent...
L'humanité, comme dit saint Âmbroise, est là toute entière : Omnis œtas^ omnis sexus.
Cela commence par le mariage vertueux... Les trois femmes sont admirables.
15, 16, 17 octobre. — Le matin, oraison sur l'Evangile. Bien trouver le joint entre le travail et la contemplation. Bien mettre mon âme dans la lumière, sous la main de Dieu^ sous l'inspiration de r Esprit-Saint. Que le travail déblaie le terrain de la méditation personnelle. Letra<vail et l'ordre... Rien ne me presse sauf mon
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testament... Il faut bien se tenir dans la main de Dieu; on tend toujours à en sortir.
Mercredi 24, à Fontgombault. — Admirable de tout point. La route : ces beaux rochers comme en Suisse ; ces deux coteaux si boisés, ces couleurs d'automne par un doux soleil, cette pure et charmante lumière. Puis le monastère déjà si bien relevé. Magnifique église. Le chœur, le sanctuaire et les deux bras restaurés; Tim-. mense nef qui le sera bientôt. . . Mais surtout ces visages, ces vertus : la douceur, la mortification, Fhumilité, pratiquées avec une si aimable aisance... Les bonnes figures des enfants du pénitentiaire ; le silence et les regards recueillis des saints Religieux dans la salle du Chapitre. Puis nous avons traversé la Creuse très rapide en cet endroit, dans une petite barque, et visité les grottes des anciens ermites. Tout cela a été d'une douceur pénétrante...
30 décembre. — Mes oraisons ces jours-ci ont été sur saint Jean in sinu^ super pectus Jesu; sur la vie intérieure où il faut que j'entre ; sur l'étude et l'amour de Notre-Seigneur. Puis le sentiment de la reconnaissance : Benedic anima mea Domino; l'abandon à Dieu pour la vie et pour la mort; et la défiance de moi-même
dans ce zèle intéressé pour les succès et les tristesses.
Mardi !•' janvier. — Bénir Dieu du repos qu'il me donne. En profiter avec sagesse et avec joie.
RETRÂITK A LA COMBE
Vendredi 22 mars. — Retraite bien désirée, bien nécessaire. Pas depuis celle de 64 et de 65, fin décembre, précédée, il est vrai, de la grande et divine retraite de Rome en 63-64, et suivie en septembre de la retraite d'Einsiedeln.
Ce matin, grande douceur à me trouver seul en ce château, en grand silence, seul avec Dieu et avec moi-même, délivré des obsessions humaines. Et puis, ravissante nature. Dès le matin, soleil sur les montagnes et sur les neiges, et charmantes primevères.
Jouir de cette bonté de Dieu : Requiescere.
Aller doucement, sans me presser; me bien rendre compte de ma situation depuis ces s^ept années. Les bien revoir ces années, marquées tant de fois par Télection de Dieu. Y mettre le temps; dix jours s'il le faut. — Cette terrasse.
cette solitude sont le lieu le plus reposant de la terre.
La pensée de l'élection de Dieu, si sensible depuis sept ans pour les plus grandes choses, et aussi depuis quarante ans et dès le premier jour, m'a d'abord frappé et touché et confondu, comme le méritait ma présomption. Car enfin, puisque Dieu a été si étonnamment bon pour moi; m'a choisi si visiblement; a reposé sa pensée sur moi avec une prédilection si marquée; et donné des aides si providentiels; ne dois-je pas me confier entièrement à Lui pour le temps et pour l'éternité, pour les années qui me restent à vivre, pour mon salut et pour les approches de la mort? Le remarquable apaisementdepuis Florence, les beautés de ces âmes d'élite révélées, mes grands ouvrages finis ; tout est k la paix, rien au trouble et è la nécessité impérieuse.
Voir la vie et meprépareràlamortengrande coufiauce, faisant chaque jour paisiblement ce qui se peut, et prenant doucement mon parti de ce qui ne se peut pas, et que Dieu ne me demande pas. Finir ce qui est commencé si je le puis : Catéchisme, M. Borderies, M. de Talleyrand...
Ce même jour, revu 66, 67 et un peu les précédentes, le matin sur cette terrasse, dans une
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ombre entourée de lumières si belles. L'aprèsmidi au précipice... Ces touffes de primevères sont délicieuses ; c'est la plus gracieuse parure et comme la joie delà terre, en ce réveil de la nature ; surtout, au penchant des collines, sur la lisière des bois, au bord des ruisseaux, dans le creux des arbres, au milieu des broussailles, aux fentes des rochers, et entremêlées de violettes.
Samedi 23. — Matinée délicieuse de lumière et de douce fraîcheur. A dix heures, sur la terrasse, c'était vraiment méditer dans le ciel empyrée, à travers des splendeurs presque infinies.
Au milieu de tout cela, bien revu 66 : en voici les lumières.
1® Grande grâce, dans cette extrême fatigue, d'avoir pu finir les six volumes sur l'Education^ une des notables missions de ma vie. — Et aussi cette Prédication populaire.
2® Grande, très grande grâce que ce goût, cet amour, ces vues sur la vie de Notre-Seigneur. Y tenir humblement par l'Esprit-Saint.
3^ Sentiment profond de soumission à la sainte volonté de Dieu. Le Quœ placita sunt ei me touchait sensiblement. M'y rattacher pour l'incertitude même. C'est évidemment ce qui
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lui plaît en ce moment pour moi. Il faudrait m'y plaire aussi. mon Sauveur , faites m'en la grâce.
4^ Une grAce sensible fut la douceur subite de l'appel &Einsiedeln.
5® Puis, la grâce de l'esprit de pénitence : Cttm LazarOf in novitate vilœ.
&^ Puis, à Eansiedeln; la grâce de la prière toujours là si extraordinaire.
7o La grâce de cette bonne confession pour la mort.
8^ La grâce de la paix et delà confiance en Dieu pour la mort, et de ces bonnes paroles du P. Gaude.
9o La grâce de ces très bonnes, très simples, mais très pratiques résolutions.
10® La grâce de cette sorte de maJadie et de ces avertissements de la fin et du dépérissement. Vraie grâce.
\\? Et aussi la grâce de cette nouvelle élection pour V athéisme et les signes (1).
12® Et particulièrement la grâce de cette foi vive et si pleine de douceur et de compatissante lumière sur tous nos saints mystèi*cs, après le travail sur l'athéisme et le malheur de
(1) Allusion à la brochure : L'Athéisme et le péril soviuL
ces malheureux. Je les voyais dans leur lumière.
Je dois ajouter aux résolutions d'Einsiedeln la résolution inspirée par saint François Régis, à la LouvesCy relativement aux pauvres, aux malades, aux prisonniers. Les visiter quelquefois. Et relativement aux hommes et aux riches; leur parler sans respect humain, avec un vrai zèle; prudence sans doute, mais vrai zèle.
Je dois ajouter que deux choses sont nécessaires et doivent marcher ensemble. — 1^"^ La pratique de mes résolutions d'Einsiedeln et de saint François Régis. — 2® La confiance recommandée par le P. Claude. — Pour cela, relire ces résolutions tous les jours pendant un mois, et puis tous les huit jours pour la confession, au moins quelque temps.
Ce que le bon Dieu demande de moi en ce moment, c'est la résignation à V incertitude, à la vie au jour le jour, et probablement aussi à l'impuissance en face des besoins et des périls de TEglise.
Achevé l'examen de l'année 1865. — Très frappé des vives lumières que Dieu a daigné m'y donner, et de tous les travaux, au milieu desquels il a daigné me choisir, m'éclairer, me
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soutenir. 11 y a là de très grandes actions de grAcesà rendre.
Mardi 26. — Revn encore 65 et achevé et précisé le tableau. — Bonne et lumineuse pensée de la résultante possible et nécessaire do. CCS six ou sept années si mémorables dans ma vie et si utiles pour bien mourir. J'y reviendrai en finissant ma retraite et la terminerai à peu près par là.
Mercredi 27. — Revu 63. Jusqu'au départ pour Rome, 63 est simple. Sept mois de grand travail, malgré très mauvaise santé. Trois mois de repos, sans grand profit. Et toujours bonne grftce de Dieu, sans rien d'extraordinaire, si ce n'est les aides providentielles.
En 64, depuis le retour de Rome, du 20 mui-s au t*' juillet, confus el préoccupa. Il UiWut cca trois mois et n'y plus tant regarder, pour iairc l'équilibre... Alors ce fut parfait et dans la mesure convenable.
A quatre heures, mutines et lecture du »?ew(&randum de 63, Cela m'était doux à prévoir; il me semblait que j'allais entrer dans un sanctuaire. Celé fut réellumcni. Dieu y fui admirablement présent avec tous les parfums, l'encens, la lumière d'un sanctuaire.
Jeudi 28. — Je continue toujours <
>ntinuc toujours ceUM||É^^
douce et nourrissante lecture. — L'amour que Notre-Seigneur demande de moi doit être un amour de dépendance entière, de toutes les heures, comme celui d'un enfant à Tégard de sa mère : ne tenant à rien ni à personne pour moimême; le regardant toujours, dans un détachement et un désintéressement personnel entier, pour ne vouloir et ne faire à chaque heure que ce qui lui plaît. Et toujours avec joie, par amour, dans sa grâce présente... Au moindre signe, par amour, avec amour.
Quant au désir si confiant de la mort et de la réunion avec Jésus-Christ : Desiderium habens dissolvi et esse cum Christo, ce sentiment s'est retrouvé à Einsiedeln en 66, dans l'esprit de pénitence; et il peut durer dans la fidélité aux résolutions de ce moment. Ne plus vivre pour moi, en ce qui me reste de vie : Resurrexit. Voilà ce que je dois faire de mes derniers jours. Selon ces belles paroles de saint Paul : Sive vivimus, sive morimurj Domini sumus. Et d'ailleurs, si Jésus-Christ est ma vie, mort luerum. Comme j'ai été saisi de ces paroles, dans ma dernière visite à Saint-Paul!
Le moins donc, c'est la résignation cordiale : Noli negligere disciplinam Domini, Toujours, c'est une discipline paternelle et pleine de mi-
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séricorde. Comment se refuser à obtempérer à Celai qui tient notre souffle en sa main : Patri spirituum ?
Vendredi 29. — Bonheur senti d'être resté là seul sur cette terrasse , avec le Saint-Sacrement si près, dans ce silence, en présence de cette grande nature.