II. Pour la vie extérieure
1^ Finir ce qui est commencé ; mais pas plus qu'il ne plaira à Dieu.
2® Dans cetteâépendance de la volonté de Dieu , ne pas lâcher prise, surtout pour mon diocèse.
3® Avant tout Tordre en toutes choses : papiers, testament, legs, fondations, livres, ouvrages.
4^ Mais tout cela au jour le jour, sans passion et sans lâcheté, avec un grand abandon et vrai détachement... Ne me croire nécessaire à rien, et être prêt à tout ce que Dieu voudra. Bien comprendre que le bon Dieu n'a besoin de moi pour rien, pour nulle œuvre, nul péril, nul combat de TEglise... Il suscitera des hommes utiles quand il lui plaira.
C^est peut-être à ce détachement que Dieu veut m'amener par ces souffrances et ces incertitudes , si contraires à ma nature.
Dans cette vie extérieure, une résolution bien importante, c'est le stare in excelso en toutes choses. Surtout : en toute difficulté avec les hommes, en toute affaire pénible, en toute parole importante, en toute souffrance, en toute trahison, en tout mécompte.
Il faut s'y attendre : alieni, infensi, Iraditores, — S'en détier sans amerlune... Hélas ! Omnis homo mendax; et moi plus que personne.
Sta in excelso. Sur la croix, si Dieu le veut. Se tenir là dans la lumière de la foi. — Et au jardin des Olives, L'exemple est donné : Transcatj fiât,.. Et puis : Surgile, eamus. A l'action!
Enfin, une résolution bien nécessaire et garant de toutes les autres, c'est de relire et méditer de temps en temps les résolutions et retraites, particulièrement celles d'Einsiedeln. M'en faire un cahier à part que j'emporte avec moi.
20 avril. Samedi saint. — Tous ces jours-ci, cherché à pénétrer la Rédemption. Bonnes vues, dont je dois bénir Dieu. Bons sentiments tout de grâce . Comment ne pas aimer Notre-Seigneur qui a souffert, qui est mort pour nous?... Voyez les enfants, quand on le leur dit pour la pre-
fois... Le bon Dieu m'a bien fait sentir cela...
21. Pâques. — Beaucoup travaillé le matin, puis chanté la grand'messe. En entrant, émotion. — Le soir, belles Vêpres, bien bon sermon, naturel, spontané, sympathique, inspiré par l'auditoire. — Au Salut, bonté de Dieu. — A VAve verum. Ce cri, cet enthousiasme, comme c'est naturel ! — UAve marisStella fut très beau. — VO filii est divin. La naïveté de cette joie et l'affirmation si simple de la Résurrection, dans les détails les plus naïfs ! . . .
!•' août. — Le travail suivi et sans une certaine préoccupation intérieure et attristée, de ne pouvoir se précipiter sur tout et tout finir. Pourquoi cette sorte de tristesse mécontente? Cela ne vaut rien sous aucun rapport, et c'est bien déraisonnable. Je ne puis être mieux pour toutes choses que je ne suis. Il faut voir la mort, et le travail pour Dieu d'ici là, dans le calme et la vie intérieure. Telle est la bonne et douce volonté de Dieu. A chaque jour sa peine, et chaque chose au jour le jour, l'une après l'autre. Me modérer, me calmer. — Toujours le matin, les Petites- Heures; essentiel. — Surtout mettre en ordre, pour la vie, pour la mort. — Revoir toutes mes retraites que je dois remettre ensemble, mais paisiblement.
DE MONSEIGNEUR DUPÀNLOUP 291
11 septembre. — J'ai travaillé au volume des Catéchismes et à la règle de Saint-Âigaan (1). — Coasolation du travail pour Dieu. — Me dévouer uniquement à mon diocèse pendant ces quinze jours de retraite (2). Grand et clair devoir. — J'ai été assez en récréation et vu presque tous les prêtres. Eux assez affectionnés...
Il faut refaire et réimprimer tous les règlements et agendas diocésains, l'un après l'autre. Quelques pensées m'ont frappé :
1* Le Concile. Grande invitation à un renouvellement de l'esprit sacerdotal, du zèle, du dévouement. — Souffle nouveau. Il faut que chacun s'y prépare. Ce que le Concile de Trente a suscité est prodigieux. . . Il faut s'encourager & bien faire et se soutenir par là.
2^ Il ne faut pas arrêter les Âmes au passage , en leur permettant ou leur isnpirant l'affection. Mais se servir uniquement de l'affection pour les élever à Dieu, les améliorer, les fortifier : Gradus ad Deum.
3® Ne pas être un soleil qui attire des satellites, des créatures. — Ne pas être un centre qui retienne, mais être un centre qui renvoie.
(1) Communauté diocésaine fondée par Mgr Dupanloup. (S) Deux retraites pastorales.
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4^ Saint Augustin : Per ipsam animam ad Deum redeo.
Lundi (1). — Le matin, je remplace ce bon évèque (2). Il faut chaque fois expliquer le règlement, et surveiller silence, sorties, arrivées, départs.
J'ai sauvé médiocrement mes exercices, à Taide des discours du bon évêque et des Méditations de M. Malet (3), ton recueilli.
L'évèque est un vrai orateur, plein de foi ci de zèle. Je n'ai jamais dormi. Toujours une pensée, une chose réelle, élevée et avec l'âme. Rien de commun, ni de banal, ni de vulgaire ; nulle routine.
Vendredi 8 novembre. — Vie intérieure assez bien jusqu'à ce jour, mais sans suc ni sève.
Trop d'agitations extérieures. Il est vrai que tout le monde succombe... Mais m'en relever le plus tôt possible... Il faut que demain je fasse une bonne confession. L'ordre qui manque sauverait bien des choses. En venir à bout sans retard... Oh! comme il faut la grâce! — Reprendre le plus possible mes exercices de piété dans l'onction de Dieu et le souvenir de
(1) Premier jour de la retraite pastorale.
(2) Mgr Maret, évéque de Sum, prédicateur de la retraite»
(3) Supérieur du Grand Séminaire.
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SCS grâces. Revoir cette année qui s'achève.
Mardi 3 décembre. — Travail très doux à l'Education des femmes. Revue de tout ce qui m'a été écrit. Que de belles âmes qui souffrent ! Quels cris! Quels êtres sublimes dans ces faibles corps !
4, 5, 6. — Il me faut toujours tenir et résister ainsi. Prier, prier sans cesse et m'en tenir humblement & ma lumière d'état. — Se retirer en Dieu, in sinu supra pectus . Voilà ce qui est bon et secourable et ferme. — A Issy, sept bons jours... Bien prié à Lorctte.
Au Corps législatif, grand événement (1).
Vraie joie de ce Corps plus au Pape que nulle Assemblée ne le fut jamais... C'était comme & Malines... Messe d'action de grâces. Visite à M. Thiers (2).
(i) Séance où M. Rouher déclara qae Rome ne serait jamais la capitale de Tltalie.
(2) Paroles de M. Thiers reproduites dans le Journal : « J*aime, Je respecte, J'adore le catholicisme, mais Je ne suis pas croyant. » — M. Guéroult : « Gomment faites-Tous un tel discours; tous n'êtes pas croyant. » — M. Tliiers : « C'est vrai, Je ne suis pas croyant, mais Je suis sincère. Je suis un philosophe spiritualiste passionné. Je respecte, J'adore le Christ, parce qu*il a sauvé le spiritualisme sur la terre. Je ]*aime, son cuite me plaît. Quand Je me trouve & la messe, Je m*y trouve bien. J'en suis heureux. J'avais une grand'mère, une sainte. Quand elle me menait & la messe, Je m'en souviens» J'étais heureux. Maintenant encore... Je sers plus TËglise comme Je suis. Dieu aura pitié de moi. il est bon; c'est le grand impartial •
Dimaliche 15. — Tristesse de manquer ces beaux etl touchants Offices de TAvent. Mais, hélas! nécessaire... — Il faut, en tout ce que je viens faire ici grande prudence^ modération, fermeté, habileté et vie intérieure. Je ne suis forcé à rien... Il faut bien voir tout sans faiblesse... Et tout cela, pour le service de Dieu, de TEglise et des âmes. — A Issy, douce tristesse autour de ces tombeaux et de ces noms vénérés et aimés, dans ces souvenirs de plus en plus lointains et chers. MM. Teysseire, Bonîver, Gosselin, MoUevaut, Duclaux, Gamier, Dorveau.
Mercredi 1" janvier. — Début laborieux.
Prière à TArchange saint Gabriel.
3. Sainte Geneviève. — Le Mandement sur le Denier de Saint-Pierre me prend tout mon temps. Trop préoccupé. Tristesse de ne pas avancer.
Mouvements alternatifs de courage et d'abattement : les hauts et les- bas. Il faut prier. Il n'y a que la prière et le chant sacré.
Vendredi 1^ mai, à La Chapelle. — Hier, en arrivant, charmant Mois de Marie ; c'est la pureté, le ciel. — J'ai six jours à moi, à peu près. J'espère que le bon Dieu me fera la grâce de
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m'en servir. En tout cas, c'est bon; dussé-je faire une autre retraite plus tard. Cela du moins me retrempera, me reposera, me fera rentrer dans la vie intérieure ; ce qui était bien nécessaire surtout à la veille de mon départ. Ce temps de voyage et de repos physique peut facilement devenir un repos sacré, un repos de Tàme et d'union à Dieu, si je remets bien tout en place un peu par avance. Donc utilité réelle et évidente pro posse meo; et il est possible que la bonté de Dieu en fasse tout à fait pour moi une bonne retraite. Mais pour cela retrancher tout Tinutile.
Le matin, mon âme ; l'après-midi, mon diocèse.
Pour mon âme, les résolutions de mes retraites et les impressions de mes premières années. Puis conclure. — Très utile, soit dans cette retraite, soit dans les suivantes, à la veille de ce Concile, si le bon Dieu me prête vie, de tout repasser dans mon âme et dans mon diocèse pour l'Eglise, s'il plaît à Dieu, résumer ma vie avant ce Concile. Mettre tout en ordre au dedans et au dehors. Conclure pour le ciel et pour l'Eglise. Ce sera évidemment la fin; j'approcherai de soixante-dix ans.
Samedi 2 mai. — Dès le matin, oraison dans le parc tout resplendissant sur retraite de 1851.
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Il est certain que revoir non seulement ces retraites, mais tous ces cahiers, c'est le moyen de résumer toute ma vie. C'est le moyen de retrouver, de classeï^, d'utiliser tout ce que j'ai pensé, vu, observé, réfléchi; tout ce que Dieu m'a dit dans le silence du repos sacré, sur les hommes et sur les choses.
Je ne suis et je n'aurai été par moi-même qu'un pauvre homme très vide, très stérile, plus que médiocre... Mais enfin, le peu que m'auront fait la bonté de Dieu, les circonstances providentielles, les secours divins, je le dois à l'Eglise, et, avant la fin, il est utile de le résumer aussi pour moi-même.
Il faudrait pour cela avant le Concile deux retraites de quinze jours chacune; ou même bien des oraisons d'une heure sur ces cahiers, sur ces pages. — Et sur cette vie de Notre-Seîgneur, l'Incarnation et la Rédemption. Et sur toutes mes divines impressions des fêtes. Et aussi pour mon diocèse et, par conséquent, pour l'Eglise, toils les rapports de ces Messieurs avec des notes résumées.
Je ne puis pas voir de plus près les grâces que Dieu m'a faites et les mieux recueillir ad utilitatem. — Cela est une grande vue, une grande chose dans ma pauvreté et ma petitesse.
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Dimanche 3 mai. — Travail de deux à ciiui heures. Bréviaire sur la terrasse, près de la Loire; puis rein ma première commuaiou. J'en ai été de nouveau bien saisi. Que la bonté de Dieu a été grande pour moi, infinie!... Je ne pouvais m'en détacher.
Je viens de méditer ma retraite et mon année 1852, Que de grAces! Que de vues! Touty est pour mon àmo et pour mon diocèse. Avec l'aido de Dieu, il y a eu bien des choses de faites ; mais il eu reste & faire. J'ai eu cette année de vives peinesaccompagnées de grandes lumières. Que de maux dans l'Eglise et dans le monde entier. L'athéisme, le matérialisme, le voltairianisme. L'éloignement de tant de grands esprits, de tant de nobles cœurs. Le monde tournant le dos à l'Eglise. 11 n'y a pas moyen de ne pus voir le mal et tout ce dont nous sommes menacés...
Quant à moi, avant tout, me sanctifier et me préparer & mourir; c'est évident. Et puis, pour le service de l'Eglise, prudence profonde, prière humble et constante.
Lundi 4 mal. — Hier relu 53 et aujourd'hui 53. Pas d'années, sans croix ; mais il faut ajouter que tontes ces croix ont toujours été suivies do grandes gr&ces, de grandes lumières pour de grands etlumineux desseins. Puis dans ces voya-
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ges, que de vues et de clartés inattendues sur les plus grands objets. Voilà ce qu'il faut recueillir.
Mardi 5 mai. — Hier soir revu 54. Quelle bonne retraite! Quel élan! Ce fut vraiment une flamme. Dieu me soutint et m'imprima le ressort. Toutes ces retraites ont été la plus directe sanctification de Dieu.
J'ai encore revu la Petite Communauté avec Courcelles et la Roche-Guyon, et j'ai de nouveau reconnu là la suite, la trame des bontés de Dieu. C'est toujours pour moi une grande douceur de me rappeler ces souvenirs. — J'ai relu retraite de 67, pèlerinage de 66.
Du 20 au 28 mai, j'ai médité sur l'Ascension; priant Dieu, d'ailleurs, pour le Sénat. Bonnes et vives lumières. Dès la veille, j'ai été frappé de ces paroles : Filium hominis continuo clarificandum.
C'est la fin, le but suprême, la couronne de la Rédemption et de tout le christianisme. Le mercredi des Cendres, le Vendredi saint, le jour de Pâques, l'Ascension!... La chute, la passion, la résurrection, l'ascension de l'homme, du Fils de l'homme ! Le christianisme n'est pas seulement la Rédemption, c'est la glorification, l'ascension extraordinaire à une hauteur inattendue, impossible à prévoir, de Thomme, de
la nature humaine en Jésus-Christ. — De Jésus- Christ d'abord, après son œuvre faite : Opiis consummavi...^ Pater, venit hora, clarifica Filium tuum. Et alors, en Jésus-Christ, Super omnium creaturarum cœlestium dignitatem humani generis natura conscenderet.
Cette pauvre nature humaine dut être bien étonnée; et cependant tel est le dessein et Tœuvre de Dieu et la lutte divine. L'homme est créé à l'image et à la ressemblance de Dieu et pour la gloire du ciel... Il pèche, tombe et s'avilit, Jésus-Christ vient; le Verbe de Dieu se fait homme : prend, s'unit cette nature; vit, souffre, meurt, ressuscite en elle; non seulement la rachète, mais remontant aux cieux, l'élève avec lui, la glorifie, et la place beaucoup plus haut qu'elle n'était, à la droite même de Dieu.
C*est une lutte et une victoire divines. L'œuvre de Dieu est sauvée, vengée, glorifiée ; il est vainqueur. Dieu ne laisse pas gâter ce qu'il a fait; il le refait plus grand, plus excellent par la grâce, qu'il ne l'était par la nature. L'homme retrouve son Dieu, son Père, au môme titre avec la même abondance que Jésus-Christ.
Et avec quels détails!... Et comme tout cela est dit! Quelle simplicité, quelle précision! Ascendo ad Patrem meum et Patrem vestrum,
Deum meum et Deum vestrum. Se peut-il une parole plus simple, plus touchante, plus pénétrante, plus convaincante? — Vado parare vobis locum... Une place, la place... Pater^ volo ut ubi sum ego et illi sint mecûm.
Ce qui est remarquable, c'est à quel point tout, dans le christianisme, tend à l'honneur, au bonheur, & la dignité de cette pauvre nature humaine. Tout... C'est toujours cela. La création à l'image de Dieu; la résurrection; puis cette ascension prodigieuse à la droite de Dieu : Divinœ facti consortes naturœ. Où a-t-on jamais rien vu d'analogue? Voilà ce que les Anges durent adorer en Jésus-Christ, l'Homme-Dieu, et adorent eum; et admirer dans l'homme.
Et le récit d'un positif si simple, raconté comme un fait vu, connu, et qui d'ailleurs n'a rien qui doive étonner.
Et ciim hœc dixisset, elevatis acti benedixit manibiis suis benedixit,,. et ferebatur in cœlum.
Et leurs yeux ne pouvaient s'en détacher. Ils étaient debout, cherchant à pénétrer. Alors les Anges leur parlent : Quid statis aspicientes. Ils adorent, et retournent à Jérusalem cum gaudio magno, malgré la tristesse.
C'est une scène incomparable. Jamais rien de pareil ne s'est vu. Quelle fin de vie! Depuis la
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crèche, par la croix jusqu'à celte ascension!...
Et que va-t-il faire dans le ciel à toujours? Il sera médiateur, pontife, supplinut, prôtre et victime, toujours priant pournous... Voilà son œuvre; voilà te prix et la valeur do l'homme, car tout cela est pour lui. C'est l'Iûcarnation, la Rédemption consommées surlatcrre, perpétuées dans le ciel. Et nous, associés à cette gloire céleste... Saint Paul aux Ephcsiens explique admirablement cette doctrine: Conxedere fecit in cœleslibtts in Chrislo, nt ostenderet in seculis super venientibus abundantes divilias gralix sua; supernos,inChristoJesu. — Voilà le but, Icsecret, l'avenir. Et dans le présent ; Swsinn corda.
Ce qui me frappe encore, c'est à quel point tous ces mystères élèvent l'homme, en font un être digne, grand, divin, touchant à Dieu, en veaant, y retournant, y devenant semblable, y participant, Similes... consorles. — Toujours la dignité, la grandeur... Cela est si grand, que je n'ai besoin de rien autre chose. L'œuvre est infinie, c'est assez. Et, de plus, à moins d'être la bassesse même, comment ne pas se réjouir de cette élévation de notre nature? Comment ne pas sentir que la vraie dignité est là... Mais dignité que nous disputent le démon et nos passions, que nous devons conquérir, défendre
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parla pratique des vertus : Thumilité, la pureté, Tamour de Dieu et du prochain, l'amour du vrai, du bien, du beau, c'est-à-dire de notre dignité même.
La fête de la Trinité achève et résume tout.
Il n'y a plus qu'à travailler pour le ciel avec l'Esprit-Saint, à y rejoindre Jésus-Christ et acquérir par lui la ressemblance avec la Trinité.
Mais, en attendant, il nous reste ici-bas; il se fait notre pain de vie pour le voyag^ : Panis vitœ — Qui manducat me, vivet propter me.
Que voulez-vous? De quoi êtes-vous jaloux?
La dignité? Pouvez-vous en imaginer une plus grande, plus parfaite, plus noble. — La noblesse ne vous suffit pas, il vous faut la liberté. Soit. Vous êtes libre, c'est un nouveau trait de ressemblance avec la divinité. Mais ce doit être une liberté soumise, obligée d'observer la loi. Ainsi votre gloire sera le résultat du mérite, de la vertu, du devoir, non machinalement, mais librement accompli, avec le secours de Dieu.
Sans doute, on est toujours frappé en soi et dans les autres, hommes et femmes de la bassesse, des misères, de la corruption, de la futilité, de l'orgueil ridicule et vil de la nature humaine... Mais le fait de là dignité, de la noblesse n'en subsiste pas moins.
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Du 4 au 25 octobre. — Vie assez régulière.
Travail suivi : 1® aux Catéchismes, 2® aux Règlements, 3^ au Mandement sur le Concile.
— Oraison sur le diocèse, avec une certaine douceur et le sentiment de la présence de Notre-Seigneur, parmi ce travail matériel, mais pastoral. Je sentais que je faisais son œuvre, que je travaillais pour lui, et qu'il était ^rès de moi : Beatus ille servus... quem invenerit vigilantem. — Lecture spirituelle au Séminaire sur les études.
29 octobre. — Le bon Dieu m'a fait la grâce de pressentir ce qu'a été pour Notre-Seigneur le bajulans sibi crucem. L'ignominie et le cruel ne pouvaient aller plus loin. Jésus-Christ l'a voulu.
— Et aussi quelle admirable chose que ces sept paroles sur la Croix! C'est absolument divin. Ces novissima verba si simples, si pénétrantes, si grandes au milieu de cet effroyable tumulte des passions humaines!... Qu'on se représente cela. Jésus sur la croix, suspendu^ mourant. Il est sur un trône de douleur, mais c'est un trône, le trône d'un Dieu souffrant.
9, 10, 11, 12 novembre. — Tous ces jours, bon travail de chaque matin f^o\i%\ivY Education des filles, soit sur Notre-Seigneur. Ce dernier
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travail a été une vraie grâce très délicate , très profonde et très douce. Il peut être ma grande et dernière sanctification du cœur, par Tamour de Jésus-Christ. L'inspiration, il y a deux ans à la Combe, a eu ce caractère, et depuis un peu à la Tour. Mais ici très sensible, avec vue claire de ce qu'il faut faire pour ces àmes-là; et que, pour faire ce doux et profond travail, il faut le faire d'abord pour moi et en moi. M'y livrer très paisiblement et avec suite, dès le matin, en esprit d'oraison, sans activité ni impé tuosité; recevant la lumière, le rayon divin et m'en rendant digne par le recueillement, mais ne courant pas après. Surtout, m'appliquer et pratiquer chaque jour ce que je vois et ce que je sens.
Ainsi, j'avais l'impression que toute infidélité à la grâce m'en rendait indigne. Je sentais que pour ce travail. Dieu devait désormais être tout pour mon cœur; que l'amour, cette puissance, devait en moi être parfaitement pur et uniquement de Dieu. Que la bonté prophétisée devait être tout de suite pratiquée : Linum fumigans non exstinguet : Les malades, les enfants, les pauvres, les pécheurs. En un mot, que ce travail me faisant étudier Notre-Seigneur de si près, si intimement, devait m'unir à lui, à cette
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fin de ma vie, après l'avoir cherché, mal cherché si longtemps.
Gela doit donc être fait en esprit d'oraison et d'union à Dieu et devenir t'astle, le repos, la lumière et la force de mon âme au milieu de tout le reste.
J'ai va clairement et même senti avec une émotion où il y avait plus de douceur que d'amertame qu'aimer Jésus-Christ, vivre pour Jésus-Christ, travailler pour Jésus-Christ, mourir pour Jésus-Christ, c'est évidemment la seale vie, le seul bonheur. Mais, ce qui est douloureux, c'est d'avoir passé toute sa vie sans aimer Jésus-Christ. J'ai été m'en confesser avec douleur, mais aussi avec reconnaissance. Comme il faut respecter cette grâce ! — Dans la Crypte de sainte Cécile, k l'élévation et après ma messe, Je fus frappé de cette pensée : Il vient à nous; Il reste avec nous; Il se donne à bous; Il nous appelle ses frères, ses amis; 11 est sauveur, rédempteur, médecin, mère... Ah! Je comprends l'anathème de saint Paul, que j'ai mérité : Si guis non amal Dominum noslrum Jesum Chrislum, sit analhema. Oh! je n'ai pas prêché, je n'ai pas inspiré l'amour de Jésus- CbrislI... C'est cet amourquiafail les martyrs, t«s pontifes, les vierges, les anachorètes.
Vendredi 5 mars. — Il est évident que j'ai bien besoin de régler ma vie selon Dieu. — 1® J'entreprends peut-être trop. — 2® Mon diocèse et le Concile sont négligés. — 3® La vie de Notre-Seigneur n'est plus en esprit d'oraison. — 4® Je me hâte trop pour ces deux œuvres; rien n'y presse, et tout en soufce. — 5® Visites au Saint-Sacrement ; pas assez.
Sans doute, j'ai beaucoup à faire et bien des choses sont possibles, mais à condition d'une bonne vie intérieure, d'un ordre juste en chaque chose, et d'éviter les entraînements particuliers. Sint omnia sub te, et tu non sub eis.
Samedi 4 septembre. — En voyage. — Il est évident que les protestants reviennent à ce qu'ils ont quitté : les croix, les images, les Saints. Ils nous estiment. Pourquoi les repousser par des injures, au lieu de les attirer par des vertus et de les éclairer par des raisons? Ils vivent partout en paix avec les catholiques; n'est-ce pas un meilleur état, où on s'estime, on s'aime, on se respecte comme étant de bonne foi? L'état de guerre éloigne & jamais.
Lundi 13. — Einsiedeln. — Tout le jour
S ouffpant et triste, — Bevu 63 et 64. Bien remarquable, mais bien mêlé de broussailles.
— Rêva quelques feuilles de la Vie de Notre- Seigneur, avec une certaine lumière. — Journée sèche et pénible.
Bonne confession au P. Claude relative à l'humilité, lacharitiJ, la vérité et au découragement. Ce bon père m'a encore adressé de bien excellentes paroles. — 1" Tu te accusas, Deus te excusât. On en a bien besoin et sa bonté ne s'y refuse pas : Ipse eni/n cognovit ftgmentum noslrtim... — Quasi paler niisereliir filiorum. — 'â" Sur le déeounigcnicnt. I! y a une parole de l'Ecriture qui s'y oppose : Sentitc de Domino inbonitate. — J'en ai été touché et saisi. 11 est sur que je suis quelquefois dans un aveuglement bien ingrat. — 3" 1 1 ne faut pas oublier la sainte Vierge : Senfianl omnes tutim juvamen.
C'étaient trois bien bonnes et encourageantes paroles.
Il faut partir (I) avec courage, avec Joie et prier...
Vendredi 17. — Apparition de MgrMaret (2).
Complication des plus fâcheuses; peut-être calamité... Mais, j'en suis trop saisi. Ufautbien voir la volonté de Dieu en toute celte grande
II) Pour M rendre au Concile.
(!) AlluiloD k l'ouf mue : le Concile yKiièral et la paix r»Ugieu»9.
affaire, et y compter. Faire tout ce que je puis; mais ne pas prétendre tout gouverner... Et se résigner. Je m'étais fait d'un Concile un eldorado de charité, de zèle, d'amour. Et voilà tout à coup par cette imprudence absolument aveugle, en apparaît un de querelles affreuses.