PETITE COMMUNAUTÉ
Le jour de la confirmation, en descendant les marches du grand péristyle, dans cette magnifique procession des enfants, M. Menjaud le premier, me demanda ce que je voulais être. Je pensais déjà à être prêtre. Je lui répondis : Avocat. Mais, dès lors, je ne pensai plus qu'au sacerdoce.
J'avais de fréquents rapports avec le Grand Séminaire, pour le dialogue de la distribution
(1) Ecole fondée, en 1814, par M.Teysseire, me du Regard, 20, pour favoriser les vocations sacerdot^iles. Elle devint plus tard le collège de M. Poiloup, à Vaugirard.
des prix, sur les Spectacles. M. Lacombe nous exerçait. J'avais horreur et scrupule même de la lecture d'une pièce, moi qui les avais tant aimées.
J'étais auprès d'Henri Beaussier et d'Adolphe Bemaux. Leur sagesse me touchait depuis longtemps. Tout à coup, je ne les vis plus à leur place. On me dit qu'ils étaient entrés à la Petite Communauté. Aussitôt, je me décidai à les y suivre. Tout s'arrangea pour cela, et le jour de mon entrée fut fixé en octobre.
J'arrivai à six heures et demie au lieu de six heures. M. Teysseire que je rencontrai me dit : « Vous êtes un maladroit, vous avez manqué une bonne demi-heure de méditation... Venez »... Ce fut la messe...
Tristes temps commencèrent pour moi.
Uidéal si beau qui avait saisi mon âme aux catéchismes de Sainf-Sulpice disparut. Ces relations d'une amitié si pure, si vive, si paternelle, si bienveillante, si reconnaissante, cessèrent. Je ne sentis pas qu'on m'aimait ; tout le mal vint delà...
M. Bardin, froid, ne s'occupait guère de nous... Il partit, je ne sais comment.
M. Saint-Yves jouait avec nous, nous l'aimions assez.
12 JOUBXAL INTIME
M. Desbouillons, un saint... Nous aimions les saints; les mortifications extraordinaires, les chaînes de fer, les disciplines...
M. Poiloup. Je Taimais beaucoup d'abord.
Il avait la réputation d*un saint, le visage aimable. 11 parlait bienet avec onction. Je me souviens d'un sujetde méditation après sa messe.. . ^ les lèvres encore teintesdu sang de Jésus-Christ.
Je crois que les petitesses, les faussetés d'un certain genre, les inintelligences de notre nature, m'éloignèrent... Je lui répondis un jour avec insolence. . . J'en eus un vrai remords. C'était une ingratitude, un orgueil grossier.
M. Georget ne m'aimait pas et ne me plaisait guère. Cet excellent homme si bon pour les enfants me prit de travers, je crois.
Malheureusement, je ne retournai pas au catéchisme... Au bout d'un mois, je n'y allai plus. On m'y avait fait, d'ailleurs, une injustice. Charles Bataillard, qui n'avait eu qu'un deux de diligence, fut nommé intendant. J'avais été le premier. Je ne prétendais pas, je ne songeais pas à cette dignité ; mais la nomination de Bataillard me blessa... Lettre pleine dWgueil... Je ne trouvais pas là quelqu'un qui s'emparât de moi par le cœur. M. D., mon confesseur, tout ce qui m'entourait, était officiel : je l'étais
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moi-même. La spontanéité cordiale du catéchisme avait disparu... Plus rien de bien senti. Il me i^anquait M. Borderies. On aurait fait de moi ce qu'on aurait voulu. ..
Cependant la première retraite fut très fervente. J'étais auprès de Beaussier tout en larmes... MM. Rauzan, Guillon, de Janson...
M. de Janson surtout... La mort du pécheur:
Sepulius esiininfemo... Nous pleurions tous.
Cette retraite m'a probablement sauvé, en fortifiant la haine du péché dans mon cœur.
Amitié pour Beaussier. J'aimais à être auprès de lui partout, même à la chapelle. M. de Saint- Yves m'en parla... Oh! comme on laissait mon cœur s'égarer.
D*ailleursen classe, travail et succès... Des parfaitement bien.
A la Saint-Louis de Gonzague, on ne me nomma pas clerc (1). C'était mon ambition. Cela me démonta profondément. Oh! qu'il faut prendre garde aux injustices, aux froissements d*amour-propre immérités, aux peines de cœur avec les enfants! Si on m'eût nommé, et que j*eusse été bien entouré et aimé, je serais peutêtre devenu fervent,
(1) Clerc de la cbapelle royale.
Puis bientôt au lieu de cela, incroyableinjustice de M. Saint- Yves. J'étais allé pour la répétition d'un dialogue au Grand Séminaire. Je fus puni pour une gourmandise, un mensonge et une désobéissance dont je n'avais pas même l'idée. Deux ou trois jours de suite à genoux au réfectoire... Proclamé coram populo au soi tir de la chapelle. Outre ma première humiliation de la part de M. Teysseire à l'occasion de mon intendance manquée, M. Saint-Yves m'en avait infligé une autre...
Il est certain que j'avais un orgueil excessif, et que ces diverses humiliations m'ont été extrêmement utiles, m'ont sauvé peut-être.
J'avais de temps en temps un élan généreux.
Je voulais imiterjDécalogne, Sousi(l). Je me souviens d'un jour où je me dis à la chapelle : Dzxt nunc cœpi. Mais personne ne me prenait par ces sentiments élevés. Tout était officiel. M. Georget surtout vint me glacer : dur, nulle affection.
Effet du printemps, du gazon, des violettes dans la maison de Vaugirard que nous étions allés visiter... J'avais une vie extraordinaire. Je me souviens du plaisir extrême que je trouvais,
(i) Séminaristes de S.-Sulpice morts en odeur de sainteté.
le matin, par rm Leat jnic:. i- înwsz auz i>an*eî. Céisii auxpf<:iiiî<-2^ j[iiiz* dtpriin^niij^.Li. ira*cheur était rire. iLiLk aonct. li. renaissanct dr la nature, la friaciieni- du iimiu. JLexziidn, mt faisait sentir le Lioiiit^nr de ^vrrrt, dt- sauter, d^agir. de courir.
Le srand hl-tnîhh àt Iden T>findain cef n-aib années fut le trarjJL At liouî dt irok seniainet:, je passai en ârvente; cela mt lii iraiaieî lîoii? années d'étude et me «auv& prabtdiieiutiiit. J aimais l'étude, mes auieiirB- Le piaisi? de ^ esDril était déjà éTeDIé, sfiiit c;Tie Je iL'eii j^ndisse compte.
J^aimais YEptti'ine^ Kon espii le p-'siiai: au sérieux, comme j"a5 prit l:»ulef m** auiî-et éludes depuis ; je n"aî pi^*cnie jaiuait rJer inf i»ri£»é. J'aimais, je goûtais Jes déciiLaiBoitfc. aet- coi:;ufaisons. Le souTeiôr il en etrt deniem-é aT^e douceur cum g rata recy^ca:lii7È*' : '^^ ne pui^^ ei*eore feuilleter un Budîmera shui^ j»lclsi! - Le />e Viris me transporta : je le ti-aduiscdt arec uzi certain enthousiasme. Ce £:*î.t de l'étude LeHe. solide, des bonnes connalâsaiices. puis Lient 'A des belles et bonnes cbcrses, arec un attrait de docilité pour mes maîtres fut. pendant mon éducation, ma sauvegarde. Cest un des p;u§ ;rrands
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bienfaits de Diea. Sans cela, je crois, n*ayani plus de piétét j'étais perdu.
Au milieu de Tannée, joie de prendre Phèdre et Comélios. Ardeur inouïe. Miltiade me ravissait.
Un autre bienfait de Dieu fui mon amitié et mon estime pour les bons parmi mes condisciples, mon prompt éloignement des mauvais ou des dissipés.
Je crois bien que c'est cette année-là que Michel Weber, Antoine Foumier et Motheau entrèrent» Ils furent mes amis. C'étaient de bonnes amitiés : humaines, mais sans aucune mollesse et d'un commerce agréable. Paul Labesse en était. Benoit aussi... Il y avait entre nous de la raison, de la littérature, de la conversation, une certaine politesse, du monde, du zèle, d'ailleurs un bon esprit.
Cinquième. — Retraite du commencement de Tannée. M. Druon. J'essayai de la bien faire... Puis bientôt tout s'en alla. Mauvaise routine, abus, mépris des choses de Dieu et des grâces prodiguées. Je ne connais rien de plus triste.
C'est en cinquième ou en quatrième que M. Poiloup ne me comprit pas. Lorsque je lui dis pour lui expliquer mon état : « Je ne prie plus Dieu ; » c'était tout dire ; il me poursuivit pour
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autre chose qui n'était pas. L'homme de Dieu, Tami de mon dme me manquait. Je ne crois pas qa'en cinquième il y ait rien eu de bien grave; j'avais la crainte de Dieu et du péché mortel...
Cependant Dieu me manquait. Pauvre cœur !
Quels orages! Comme j'avais besoin de quelqu'un ! de quelque chose ! de Dieu ! Mes études seules me donnaient quelque satbfaction...
Sans elles et sans le fond de religion, que seraisje devenu?
L'Association de Saint-Louis de Gonzague fit revivre, en quelque chose, pour moi le bonheur des catéchismes de Saint-Sulpice. Belles instructions, beaux points de vue... M. Teysseire inspirait tout cela... MM. de Salinis, de Causans, Dumarsais, deScorbiac, Ganish... 11 y avait là un bongoilt, un bon ton, un bon langage, une bonne compagnie... C'était excellent... Alors me revint fortement l'esprit de prière avec la erainte de la mort. Le soir, je me mettais à genoux sur mon lit, entre mes rideaux. Je me tournais vers les Carmes et je faisais une prière au Saint-Sacrement, et une à la sainte Vierge, pour demander la grâce de ne pas mourir en état de péché morel. Le MemorareetjecroisVO Domina.
C'était un véritable esprit de prière.
ENTRÉE k SAINT-NICOLAS (1818-1819)
Au mois d'août, mort dé M. Teysseire. Entrée à Saint-Nicolas.
Je redoublai en quatrième, quoique premier deux fois. Au bout de trois semaines, je montai en troisième où j'eus la troisième place.
Le bon M. Caura (le professeur) savait admirablement le latin et le grec. Je fis sur la mort d'un rossignol une bonne composition qui le fit pleurer.
11 y avait alors au Petit Séminaire un grand goût d'études. Larhétorique était forte.Michelle, Duplessis, Desdouits, etc., beaux esprits...
Amitié littéraire de Michelleet de moi... Lecture au bois de Vincennes d'une belle page de La Harpe... Je n'étais pas encore mûr pour une lecture si sérieuse. Les vers de Virgile me plaisaient davantage. Je goûtais beaucoup Pro Archia poeta^ ainsi que le quatrième livre (de V Enéide). Il était sans inconvénient pour nous; c'était tout artistique. Les Eglogues, Corydon avaient plus d'inconvénients... Attendrissement
vagae et assez dai^errax : mais ryg « r^^*^ sier.
Le jea marchait àTésal de Fét^ie. C«à.>TT les deux pivots de la maisoiu a^ec a ficii-» .5if^ religion, de raison et d'aSectx» p:<«zr ^ très. On n'y était pas taqmné cofrr'.f^ k la P^ Commananté. Jeu de balle et j-sa Cet ees^^ax forent chez moi denx fureors... La pL^^ «êafr bien ordinaire... nne certaine relî^o:^.. J* i^sc jamais entendu dire une 9c%ùt psro-^ €>,cz^^ la foi on contre les roorars. pas la frs^ ^Ars^^r^. L^ débordement des maarais lirres ^'eals^ÀJi ^ eneore...
Cii>CaCCXlX5 1
En troisième* an mois de s&aL J-e f i.^ ^nzr.^^^ par Michel Weber à aller pà^«r ç:i*r,r:>*?t ^ -^run à Courcelles, chez le csré. Ce iz\ vz^ i*-* ;.. nk grandes grâces de ma TÎe- Je f!ti^ 1» clr 1''j'j*% avec ce bon Weber qui était foiz£^r^c:Li*!ir th^vz. Ce foroDit mes premières n:ii^',cA a^^^ <!t^ gens bien élerés, Inniorables* tr-^ yj^isL i*:
(1) Tilli«e âtaê aoa kài éê ^ikiiik.
'-■''*■** ^ UTCTsaa lipoqaes u —1111 iMBi ^«. u» iiearnox de ma
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22 J0UB5AL iirniiE
Les approches de mes vacances étaient d'ailleurs délicieuses. Joie d'allerà Coarcellcs. Nous partîmes immédiatement après Fleuriot; Weber nous attendait. Tout s'embellissait, s'ennoblissait dans ma vie.
J'avais bien peu de dévotion à la sainte Vierge. Je récitais cependant l'O Domina et le Souvenez-votts... 11 parait aussi que je disais mon chapelet pendant les vacances de ma rhétorique. C'est aux catéchismes de Saint-Sulpice que je dois cette grâce.
Nous étions, Fleuriot et moi, bien établis àCourcelles. Beau presbytère; curé bon, simple, gai, généreux. Wcber ne fit que passer à Courcelles et à la Rocbe-Guyon. C'était pour m'y établir. Dieu fut toujours infiniment bon pour moi. Délices de Courcelles. Jeux du matin au soir. Dès quatre heures du matin, parties de campagne. Au fond, quelle innocence ! A cet &ge, nousjouions aux barres, k la raquette, dans ces bois! Pas une pensée, pas une ombre... A la réflexion, je l'admire profondément et j'en bénis Dieu. Je faisais, le matm, quelque petite promenade solitaire par derrière l'église. Je lisais, pour mes méditations, les sermons de fioftsuet, que j'avais eus en prix. Je cueillais, en infime temps, des fleurs, des mousses, puis je
DE XOKSEIGKEOI BCPAJiLOCP 3
revenais à la messe. Pendant trats semaines, je travaillais régulièrement âx heures par jour au grec : trois heures le malin et irois heures le soir.
Goûts tranquilles, nulle manraise passion.
La campagne, un arbre, le gaxon... Faire des vers latins, lire Virgile, me charmait... Dieu me préservait...
LA BOCII£-€€TOX
Le 20 septembre 1820, j*étais à la Roehe- Gayon... Voyage à pied, très agréable...
La confession, la communion ne m'ont laissé aucun souvenir. Routine, sans amour de Dieu... Tiédeur surnaturelle profonde... Crainte de Diea sans bon sentiment surnaturel... Naturel meilleur... Mes goûts, mes études, mes inclinations, m'attiraient vers Dieu... D'ailleurs, dans sa bonté, Dieu éloignait de moi les périls, les passions...
Je restai près de trois semaines à la Roche- Gayon... Cette chapelle, ces beaux Saints, la prière du soir, me donnaient quelque ipiété. On
chantait : Dam ce profond mystère, et Que cette voûte re/enïme. Ces cantiques faisaient du bien à mon âme. Je retrouvai à la Roche- Guyon un éclair des lumièreset des impressions de ma première communion. Ces trois semaines me préservèrent, m'élevèrent... Je ne sais si c'est cette année ou la suivante que la pensée du jugement particulier lit sur moi une si profonde impression. Je me souviens encore du jour où je fus saisi et abattu par cette pensée et par celle de ma vocation décidée.
RHéToniQUE (1820-1821 )
Le travail en rhétorique me fut bien utile.
Cette année-là, je devins plus grave, plus sérieux. Je raisonnais, je philosophais chrétiennement avec M, Dorveau...
Je passai, le 24 janvier, un examen sous M. Borderies. Quel jour dans ma vie! J'avais trouvé un père! Quelledouceuret quelétonnement de lui donner ce nom! Il m'interrogea sur les passions de la rhétorique. C'est alors, je
"'S, qu'il me présenta, avec George, & M. le
DE M05SEIGKIX11 I>i:PA!aOLP 25
Coadjuteur (1). Il nous fit descendre par nu petit escalier, nous fit cLoisir à chacim un livre de sa bibliothèque. Je choisis C lavis homerica. Pais je revins seul. c< Je serai ton père, «» me dit-il avec un accent et un regard inexprimables. 11 m'interrogea sur mes habitudes, sur ma piété. Je lui repondis bien franchement que ce n'était pas grand'chose. Il m'encouracca en me disant : Cela viendra. Ces paroles furent prononcées d'un ton si doux et si persuasif, que j*en demeurai convaincu. Des lors, mon coeur s'ouvrit à cette possîLîUté. Le jour même, je commençai à prier. J'avais rencontré rhomme de Dieu, Tami de Dieu et un père.
11 me donna 70 francs pour une soutane et ajouta 10 francs pour mes menus plaisirs, « parce que, dît-il, je suis ton père ». J'étais pénétré d^étonnement et d'attendrissement; je réfléchissais, stupéfait.
Quelque temps après, je dus donner à M. Frère (2) des explications sur ces 70 francs. Il me dit : « Vous auriez donné uue meilleure idée de vous, si vous aviez refusé. — Ah! lui répondis-je, vous ne savez pas comment cela est venu; c*ctait impossU^le. »
(1) Xgr de Ouéleo.
(2; Sopérieur da Petit Séminaire de Saint- Nicolas.
JOURNAL liaiME
J'avais trouvé quelqu'un qui m'aimait et m'estimait, aimait et estimait ce qu'il y avait de bon en moi pour le rendre meilleur. Il en avait l'espoir, le désir, et me le faisait sentir... C'est tout le secret de l'action sur lésâmes... Notre-Seigneur avec la Samaritaine...
L'amitié de M. Borderies, dont je ne me sentais pas digne, et dont cependant je ne me trouvais pas indigne, au moins pour l'avenir, me donna, dès lors, une sécurité profonde, en même temps qu'elle produisit en moi quelque chose de mélancolique. Les tristesses des années précédentes, en s'él oignant de mon cœur, s'y faisaient sentir une dernière fois. C'était indéfinissable. Cette amitié ne me donna aucun orgueil, mais une certaine gravité et une certaine discrétion. Elle ajouta à mon respect pour M. Frère, quoique je sentisse une distance immense entre ces deux hommes. M. Dorveau seul fut un peu mon confident à cet égard. 11 admirait et chérissait M. Borderies, avec son enthousiasme de cœur pour tout ce qui était noble, grand et bon.
M. Borderies amena M. Frayssinous. Ces deux hommes si bons, si vénérables, nous paraissaient grands. Ils élevaient nos âmes et ennoblissaient nos études, nos succès. Le di-
manche oc la Tt-tt- **^.. X, I^omerisi^ il ^irr -x chereher dâns sa Taïirc^ ^ ir -PTTrnf^::^: «, Hiitroni^. Cé-tiit ia prfrmH^T^ T<m:v.rrrr.i'^. L parla avec i>eajic:iT:^. a* rrepiii. n^ â-ni^rr:: -r j^ foi. Céiait izb en ex i-ffic.
Teaa était Vi-th ctcaLi-san- • Icai-anîts-nr-iir iiii^ ces détail*^ ni*^ -iit-i- t <rs: si J3îieress.£zr c -r'.i^ dier en Linzire riamitf- 3l. I»j»Tâ-:îrrrî- •
Onel C'i-:zr it^i.?^, T«a"r. arôeir ^ ^ern/^in avait ce i>:ai IL l-iir^^Ercii: '
J'allais cLî^iiiHr 2L- I^jirfHr'K^ i*^'i:? >îfï ^e:^^mens : <^ ni^rri^ tr ôfr Tsn^'^T'rLi'^^ Zi t?*.*nant, et sur k- Pt^r: r lot.. i hht dr ù^ n l- Teau : ♦ Je s^-rîsl lia. z^Tt. • «l ji±*;i ône? d^^ai: . . . mais je ne suî* !«* nnînieiii- * *ft ju. r^nsjirdîs : •» Jai L΀x oet DtJciufe iLéLst ^k: iMt b^r,C pas on iiLTTaL x
A la tu ôe l'Einret .>^ njcHi itlu. >^5t i^r::: -•*: le méniads- x'ifyti:: i*«i* w^'juv^yL wl ' i*a >. fût proTidei:!^ p:»x:i 3Li.rn.:.Hf; «* ^ut j* ;^*-x de grec- Chose sâirxlî*T^ : tt xt^ r>*.-TliiIîci:'^ l#^t ut piété, nul^ ierTenr. iLi-^è r^ii^-iJi, t.w.*-*-*-. travail arxiei.1. iicv^ -enîiuefe-.- «#*: x «. ^. t ii-ii it entends lare parijfr ciorir?: j*ffc iiit^m ..
Après les pTÎi- j tl.L t-jî? X. La»'OV'->*rt 'y./U'
ZS JOL'B^UL LTriME
versation intime. Je ne lui disais pas du bien de moi. Je louai beaucoup Auguste. « Ohl disais-je, si je pouvais être comme lui! » II me dit : i< On n'est pas loin de la vertu quand on l'aime dans les autres. » Il était bon, tendre, encourageant. [I me tutoyait; j'aimais cela. Je lui écrivis soit en rhétorique, soit en philosophie pour exprimer le regret qu'il ne me tutoyât plus. Il voulut régler mes vacances, et me donna des conseils pour mes études. Assez de latin... Je lui parlai du Petit Carême. « Il vous faut, me dit-il, une nourriture plus forte. Lisez Bossuet. » Il me prêta les Soiréev de Saint-Pétersbourg. Je ne les goûtai pas. Je n'avais pas de goût pour les choses que je ne comprenais pas. « Homme singulier, me dit-il, mais intéressant, original... »
Mes vacances, le repos, les voyagea, la campagne, ont toujoui's eu sur moi une heureuse influence. Nobles et douces relations. L'esprit, le cœur, l'àme, l'imagination satisfaits.
Le 10 août, je dînai avec Mgr de Quélcn, M. Frayssinous, M. Delalande, M"'" de Gampigny, M. de Maistrc. On me mit à table près de M. Borderies très honorablement. Ce m'était toujours une joie de le voir, de causer avec lui. Je lui parlai de Florian :« Non, me dit-il, ne
pins rien sans ma permiijfiioiL >- Jt îiis très frappé de cette parole çuî TeûDuLla mu délicatesse sur mes lectni'es. Elie était irès grande. Depuis ma première comminÛDii. je n aurais pas lu une trarédie de lîacine- Cesl une grande grâce que Dieu m'a iulte de ne pas aimer ce qui est défendn-
Conversatioasînxnilière deM. del^aibire avec M- Fravssînous sur ses xrrandem* îutures...
Celui-ci s'appuya sur moi en mai^ciiaiit. v C'est le passé qui s'appuie sur l'aTerdr-, » dit-il en riant... Je ne comprenais çnère loui cela. Peu de temps après, aumônier du roi, g-i-and mai- Ire de rUniversité, ministre-
Ces relations me rendaient ei:tremement heureux. Tout cela m'élexait et m'aCeimissait singulièrement. J'étais Ir-ansloimé.
Je servis la messe de M- Borderies. Il me dit qn'il prierait pour moi, à \ Orale fratres, à Télé va tien, à la communion.
Le duc de Roban m'avait écrit. Au Lout d'un mois donc, je quittai la Queue (1\ sans gr-and regret, pour me rendre âla Roche- Guy on. Le séjour m^eu fut sinç^alièrement asréable. Le boQ Dieu arraug'eait toutes choses...
Cl) Fetîl Tîltage de Seine-et-Oise où se trouve uo cb&teaa hsbité pu- M*« Bocquul, laote de Hçt de {^uél^'n.
30 J0CK51L UmxE
Enfin, retonr k Paris et à Saint-Nicolas. J'aurais voulu y rester one année de plus et y doubler ma rbétoriqoe. Mais toute cette existence inférieure, misérable, était finie... Le souffle de la ProrideQce me poussait ailleurs. Je devais néaumoius bien béoir Dieu depuis ma première commuaion si miséricordieuse. Puis M. Valette, >1. Dorvcau, M. Borderies, les études, la crainte de Dieu, réloignemeht et le silence des passions, Conrcelles et la RocLe-Guyon. Ce sont la des bienfaits divins, dont Je bénirai Dieu éternellement.
Une nouvelle existence allait commencer.
M. Borderies me l'indiqua d'un mot, et me lit une profonde impression lorsqu'il me dit :
" Votre entrée à. Saint-Suipice, c'est un grand pas. » Et il accompa^a cette parole du geste et du mouvement.
ENTRÉE A SAIMT-SULPICE (1821-1822)
Le nom de Saint-Suipice doit m'ètre cher jusqu'au dernier soupir. J'y ai trouvé tous les biens de Dieu. D'abord h la grande époque de
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32 JOUnNAL INTIBIE
J'éprouvais des transports indiscrets de ferveur, en disant le chapelet, à la sortie des exercices et pendant l'oraison. J'étais prêt à tout pour les âmes, jusqu'à me livrer à la mort.
Puis, grand goût pour la piété. J'aimais à faire la visite à Lorette; j'éprouvai un grand bonheur à m'approcher du tabernacle; j'aimais ardemment Notre-Seigneur. Je me souviens avec quel enthousiasme, quelle émotion je chantais le Deus misereatur nostri, et surtout le Rorale^ en demandant & Dieu de saints prêtres, Quelle ardente prière !
Mais la mort spirituelle à moi-même et à tout me paraissait bien austère. La nature résistait en silence... J'avais dix- neuf ans et demi... Dieu m'accordait de grandes grâces; mais cela ne se faisait pas tout seul.
J'écrivis à M. Borderies que je ne pouvais me trouver près d'un diacre sans éprouver une émotion profonde, en pensant qu'il allait être prêtre. C'était l'abbé de Saint-Remi qui me donnait cette impression.
J'étais dans une triste petite chambre, sans feu. . . M. Borderies vint la voir. « C'est, me dit-il, la chambre d'un bon petit séminariste. »
Quelquefois, j'étais comme forcé de me mettre à genoux pour adorer Dieu, en étudiant la
Théodicée et en lisant Fémdom^ A eette cpogoe de ma vie, Fénelonprit sur mm me tiès gnmde influence. Je le lisais à traTos le pare, en coeillant des primevèies...
A Nœl, je reços la tonsnre. Je le démrais, mais n*osais y pfétendie, me jugeant indigne. M. Gosselin piit TinitialiTe ti m'^earoya à M. Rnben(i)...
Une des grandes grâees de Saint-Snl^œ fut la dévotion à TE^iit-SainL lies cahiers de philosophie et de théologie l'atteslent. Je crois bien que j'en tus redcTable à M. Frère... Cest le seul bien spirituel qui me soit venu de lui, à ma connaissance. Il &ut s^en souTenir arec gratitude. Gela a duré toute ma vie jusqn^à ce jour. Dévotion rare et précieuse (2).
M. Borderies m'avait fût un grand éloge de
M. Gosselin et de son analyse dn quiétiisme. . .
(Tétait un de ses enfants du catéchisme. . . M. Mo-
rel me plaisait davantage. J^aimais bien aussi
M. Merle, excellent professeur (3).
J'étudiai la philosophie avec un goût et une
ardeur extraordinaires. C'est sans contredit
(1) Le supérieur da Séminaire dlssy.
(2) M^ Dopanloap t composé sur ce sqjet un travail conisdénble resté manuscrit.
(3) Mort supérieur du Séminaire deftodei.
l'étude où mon esprit s'est le plus porté et a le plus profité...
Dans une première argumentation contre M. Postel, je fus battu et restai court. Le système de M. de La Mennais nous occupa beaucoup... Je fus très fort contre; Verot était pour; très subtil (1). VExistence de DieUy de Fénelon, exerça sur mon esprit un grand empire... La logique m'intéressa beaucoup, surtout sur les questions de certitude. Mais ce fut la métaphysique qui m'enleva... J'écrivais beaucoup en français, et par la force des idées d'un très bon style. Si toute ma vie scolastique avait été dirigée dans ce sens, si l'enseignement théologîque avait eu la même valeur, j'y aurais gagné Lme.^m«n.. Eu revoyant ^L chie*. 'de philosophie, je découvre que jusqu'à la fin j'ai énormément travaillé. Tout cela serait à relire très attentivement; je n'ai jamais rien fait de mieux. Toute la psychologie est très approfondie... Loi liberté, Vimmortalité, laloinatu-relie... Je ne devrais jamais traiter ces questions sans relire tout cela avec la plus grande attention.
Malgré cette ardeur d'étude, j'attendais la
(1] Depuis Sulpicien, puis êvèque de la Floride.
promenade avec une impatience singulière. Le matin, j'avais toutes les peines du monde à travailler sérieusement. J'étais bien jeune encore. L'hiver était triste à Issv. Dès le 1*' février, j'aimais à me persuader qu'il était fini... Les affreuses récréations du soir! Au printemps, à Tété, c'était délicieux. J'aimais les coins pittoresques, les allées mousseuses. J'ai toujours en du goût pour la fraîche et féconde nature. Singulier effet du printemps sur moi ! Quel saisissement, quel attendrissement, au lever, à Taîr pur et vif du matin d'un beau jour! Promenades pieuses et mélancoliques à travers le parc. Primevères, parfum délicat. Sentier monsseux et ombragé au-dessous de la Quamniaine (1). Les coins sauvages et déserts me plaisaient.
Singulière disposition de mon cœur. Je cherchais un attachement et je craignais de le découvrir. L'abbé Jaquemet (2) me frappa. Il était pieux, grave, instruit, aimable et doux... Nous causions philosophie, Bossuet, Fénelon.
Je combattais, modérais, sanctifiais cette tendresse du cœur... L'année suivante, l'abbé Jaquemet alla à Paris.
(1) Nom d*one allée du pnrc d'Issy.
(2) Fatur éTéque de Nantes.
3d jocsxu. mm
n y aTÛt aa Séminaire des hommes d'un vrai mérite. MM. DapAre. Blanqnart. Martin, Daanu, Hamelin.
Dans le coaraat de cette année, arrivèrent les abbés J<^anet. des Garets. Cabanes, Dapncfa (eehn-ci à Paiis. je crois}, Portai. Les abbés de Marron, de la Couture étaient à leur [waniére année.
Tons ces messieurs formaient mi monde à part d'esprit, de cœur, de bonnes manières, de piété.
L'année de ma philosophie, le duc de Rohan célébra sa première messeà Sainl-Sulpice. J'y allai. H. Frayssinons était eu retraite pour l'épiscopat. Il était simple, rond, gai... M. de Ravignan fat tonsuré.
Cette année-là, M. Frayssinoos fut ministre.
A la rentrée suivante, je fus grand maître des jeux, et je lui écrivis. 11 me répondit et me donna le billard.
J'ai connu ces nobles et saints hommes, ces héritiers des grandeurs passées de l'Eglise de France. Ils furent très supérieurs aux hommes distingués du clergé du dix-huitième siècle. Ils avaient l'ardeur du retour et le zèle de reconquérir. Ils ont refait l'Eglise de France...
MM. deQoéloi, FonmoiBu Bonîeœ&.I^s^ jardins, Clansd, Borer, Ebbcbj. Jbesarbij. ut Rohaii...
cf M. Fraywâiiow ot le -fe&se mst ^t -^éusan le plus, me disât IL Borâsa»^: jesesiift jiafe digne de dâier les eordcoB-de mst nmuMs^k. ^ baiserais ses pieds, j»
G^est une des plis grmilrff; çsksst^ m- ha ^tnùr-
nesse d'aycar eonn ces 'kkunnofSL. osr Msk u^vi:
admirés, aimés, goôlés^ éL mssunxi û ^l vcvujr
été aimé. Qui a ea ce±le «tec; an imoue o^ ,9
paanÈSE Asxic se iBÉcSi^cs A »T l^SBr-l^S^
Ce fut one aaaée très rn^. tr^ 'j^wj^xiM^ lès féconde de tonte nmnîefe. Uià çtucuc ép&^ nooiss^nent poor le beaiL, ooniiiAf: ïhsxLÂst ^ philosophie lavait été pcnzr le miL Esx^lJt^vSft retraite. Je fis aree Féaeucm et >« hib^tlmiioiJûB de la grâce on très bon enimst de i^KÙutâoots. Deox se r mo n s de IL MoUeraut ^vr le Service de Dieu et sor Noms semâmes de lÂtM, à lji/f:u,par Dieu^ Bien de |dns fost. SuifiL J«2xt^^ hsx^re^
38 JOCmXÀL LNTUIE
sion plus violente. Je venais de faire ma philosophie : esprit aigoisé, fortifié. Puis Tamour de Dieu dans le cœnr. Tout se réunissait... Tout m^allait au cœur et m*enflammait.
Excellent directeur, bon, aimable, distingué.
Cette année-là, j'écrivis beaucoup de choses éloquentes soit sur la philosophie, soit sur des sermons dont on me pariait ou que j'entendais prêcher, soit même sur des conférences. Je ne perdais rien.
On nous lisait V Histoire de Fénelon au réfectoire. Immense enthousiasme. Cabales pour faire lire bons lecteurs... À certains jours, on pleurait, on ne mangeait pas. . . C'était admirable. J'avais commencé un cahier de notes sur tout cela. Nous étions tous inflammbles au bon et au beau.
DEUXlàMS ANNÉE DE THÉOLOGIE. ENTRÉE À PARIS
Ma venue à Paris, les retraites d'une impresnjours si austère, les ordinations toujours
DE W«BDGliIM HKÉSLSDP 3»
si douces, les catéddMa fîhs pmKode gni toot le reste, la compagne très firent de moi un jeime boauBe séaàsnaoL, chi, cominencèieiit le piêtfc
Ordres minems, très dpaccE luipimihinpfL ..
Le Pontifical mermasûi Ces LeUeses^Kc^
sions si saintes, â giaTes, s pares —
Très grave impicsBoa dn fiau&-âiaeoBat.^ Emotion que j'épromai ca £suaï k JL Borderies que je dirais tooie an xîe aaoa brérkôre pour lai, poor ma arfir ci poar le due de Bohan. Il m'avait eaToyé aa très joli hréviam : cela me fit grand ^aiâr. Ces choses sont bien bonnes avec les j<
Catéchismes. ^^ On air mît aasçarçous : cliapelle basse... AnastM jepns feu. Ces jeunes âmes, ces jeunes regards! Plai»r de donner de& bons points, de dire aa moL laBmobilité, at^ tente des enfiints... Cest une si grande puissance, et exereée sardes âaaes silibres et si lires, mais pures, dociles, tendres, aimantes, reconnaissantes, attachantes, confiantes, qui se tooment vers tous ayee confiance, arec amour.
J^aasîstai à qodqnes séances de la retraite de Pâqaes. Je fus très fi-appé de cette solennité, du recoeillement des ai£ants, de Tair pénétré des
40 JOURNAL INTIHlfi
catéchistes... Je vis là, pour la première fois, un ravissant spectacle. Toutes ces petites âmes purifiées, suspendues en attente du grand jour, saisies par la grâce de Dieu. L'impression des âmes^ de Dieu présent, de la grande action divine qui s*accomplit par le ministère pastoral me saisit... Tout catéchisme de semaine, toute ouverture de retraite m'a toujours fait cette impression. Ce saisissement alla jusqu'au fond de mon âme et s'en empara. Ce fut une grande révélation. Depuis, tout ce qui n'est pas cela, ce qui n' est pas Faction pure de la grâce sur les âmes, n'est rien à mes yeux. Je devins prêtre et pasteur ce jour-là ; je reçus l'étincelle, la flamme apostolique.
M.Teysseire me donna le sens catéchistique.
Car il y a un sens catéchistique, et ce sens M. Teysseire l'avait au plus haut degré... Chez M. Janicot, je crois, dans un déménagement, je remarquai un tas de petits papiers sales... J'y reconnus l'écriture de M. Teysseire , ce fut comme la découverte d'un trésor. Le plaisir que me firent à l'esprit et au cœur ces petits papiers est inexprimable. C'étaient pour moi autant de pierres précieuses... Je ne puis encore y penser sans émotion ; l'impression de cette chère écriture m'attendrit. Rien ne m'a fait plus de plai-
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sir et plus de bien. Grâce à ces petits papiers, je devins catéchiste.
Féneloiiy M. Borderies, M. Teysseire m'aidaient puissamment. . . Jamais je n'ai eu d'esprit par moi-même...
Ce fut le catéchisme de semaine de la Pentecôte qui me mit en feu. L'étincelle avait été jetée dans mon cœur à la retraite de première communion de P&ques. Ce catéchisme de semaine m'absorba, me purifia, me sanctifia. Grâce immense. Celame transforma. Le petit littérateur disparut et fit place... ou du moins fut tout au service du catéchiste, du pasteur, de l'apôtre des âmes... Ce feu sacré éteint tout autre feu... Le cœur, les sens, tout est purifié.
Ce fat une impression extraordinaire que produisit en moi la pensée que toutes ces petites âmes m'étaient confiées ; que j'étais chargé de les convertir, de les conquérir, de les sauver ; de rendre ces enfants bons et heureux, de leur faire faire leur première communion, de les préparer à ce grand jour. Âmes si aimables, rachetées par le sang de Jésus-Christ.
Puissance si grande sur elles ; action de vie on de mort étemelles. Rien n'est plus gi*and. Cest tout ; c'est le ministère sacré : Opus minis" terii; c'est la consommation des saints : Consuma
matio sanctoriim. Un curé de la Madeleine, un évêque n'ont rien de plus ni de moins, c'est la même œuvre... Quiconque n'a pas cette flamme au cœur, qu'il se retire.
La transformation de ces enfants est une œuvre si belle, si profonde, si pure, si admirable, si remplie de consolations ineffables ; avec un labeur, une peine si vive, si ardente !... Les âmes là apparaissent tellement ! Les cantiques, les prières, les larmes, les joies... tout est si puissant. Et puis, la retraite et cette première communion, ce jour inouï.
Je n'ai jamais commencé un catéchisme de semaine sans un bonheur profond et une émotion extraordinaire ; sans me sentir prôtre et pasteur des âmes au plus haut degré.
Les jours où se préparait le placement des enfants admis au catéchisme de semaine, mon âme était saisie tout entière avec une douceur et une peine inexprimables. Ces enfants, j'allais donc les tenir, pouvoir leur parler de Dieu à cœur ouvert, sans ménagement, leur tout dire, leur révéler mon &me, leur demander leur &me aussi, les étonner enfin, leur apprendre ce que c'est que le catéchisme. Les réunions du dimanche ne leur en donnaient pas l'idée. Le dimanche, c'est une scène, une représentation, une
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parole utile. Le catéchisme de semaine, c'est Tactionde vie et de mort; c'est là qu'il faut vivre et mourir, vivre à Dieu, mourir au péché. Et tout cela s'accomplissait par une suite d'efforts, d'instructions, d'avis, d'insinuations, d'exemples, de tendresse, de promesses, de menaces. Je le répète, depuis ce temps, tout ce qui n*est pas cela ; toute parole, tout chant, toute cérémonie qui n'est pas cela, n'est rien pour moi...
l'abbé DUPANLOUP PRÊTRE
J'ai une activité terrible qui ruine ma santé, trouble ma piété et ne sert point à ma science. Gela est à régler.
Il faut considérer, non point tout ce qu'il y a à faire, c'est cela qui me tue, parce que cela m'entraîne dans l'impossible ; mais le temps que j*ai à employer chaque jour. N'en point perdre, et ne pas s'inquiéter du reste.
La prévoyance est encore un moyen excellent. Dès le lundi matin, prévoir ce que j'aià faire cette semaine; le commencer sur-le-champ. De la sorte, on ne perd point à des choses inu-
tiles un temps exigé par les choses nécessaires.
Mes occupations nécessaires sont 1® mes confessions, 2? mon catéchisme, 3® mes jeunes princes (1), 4® mes prônes.
J'ai indignement négligé mes jeunes princes.
11 y a là un grand engagement de Providence, auquel il faut que j e ne manque plus.
Je m'occupe trop du matériel...
Mon grand mal, le seul au moins que j'aperçoive et que Dieu me fasse sentir, c'est le défaut de la vie intérieure, paisible et fructueuse. Je ne vis sous ce rapport que du passé, d'efforts inouïs et impuissants, à cause de l'entraînement de mes occupations pour le présent, sans progrès, sans vertus, sans lumières ; me bornant depuis quatre ans à lutter sans succès marqué, pour faire au moins le matériel de mes exercices de piété ; et je suis si fatigué de mes efforts pour les faire, si épuisé, qu'il ne me reste aucune force ni aucun goût de piété, pour en tirer quelque fruit.
Je justifie malheureusement trop bien cette parole : Non in commotione Dominus.
C'est là mon grand mal. Par là je ne jouis de rien : ni de mon catéchisme; je le fais trop avec
(1) Les princes d'Orléans auxquelsildeyait donner l'instruction religieuse.
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trouble, préoccupation, inquiétude, nec met compas; là de mes exercices de piété.
Il y a donc un grand changement à faire en moi, sous ce rapport, et certaines résolutions spéciales à prendre à cet égard, pour régler toute ma vie... Ce ne sont que quelques principes à saisir et à appliquer, sans changement matériel considérable. Je continuerai à faire à peu près tout ce que je fais, mais avec paix et sans trouble. Il y aura peut-être néanmoins à retrancher, mais rien à ajouter. Ma santé, ma vie, mon salut, ma science et l'intérêt de TÉglise dont je suis le ministre, l'exigent.
Je suis incapable de bien faire cette retraite . Néanmoins, si j'en sortais ayant gagné ce point et avec l'çspoir de mener, cette année, dans le monde, une vie vraiment intérieure, ce serait beaucoup.
Il ne s'agit pas, pour mes exercices de piété ^ de renouveler ma volonté ; elle est bien comme cela, ce me semble. Il s'agit surtout de leverles obstacles pour la prévoyance.
Les sermons de charité et les invitations hors de ma paroisse et de mon catéchisme sont évidemment en seconde ligne et ne doivent être acceptés que s'il n'y a aucune presse à craindre.
En juin 1829, je suis venu passer trois jours*
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46 JOUBNÂL INTIME
en paix à Issy, après ma première cammunion.
C'était la semaine de Tordination de la Trinité. J'avais vingt-sept ans et demi.
Retraite faite avec le séminaire pour l'ordination de Noël 1829, quatrième anniversaire de mon ordination.
Quelle tristesse et quelle honte de n'avoir point encore relu l'Histoire ecclésiastique depuis ma sortie du Séminaire. C'est déplorable.
Il faudrait savoir l'hébreu, le grec, le latin, le français et même l'italien, l'anglais, l'allemand et l'espagnol...
Il faut, dans une retraite, un grand recueillement, un corps reposé et une grande confiance en la bonté de Dieu. — On ne voit rien en commençant, on ne sent rien. Mais un moment vient où Dieu daigne se faire sentir. En un instant, il apprend plus de choses que tous les sermons ^t toutes les réflexions du monde.