‹ Journal intime'Chapitre 4 sur 37 · CATECHISME · texte numérisé non relu

CATECHISME

1814-1815. Année de ma première communion. Je suis conduit au catéchisme de Saint- Sulpice. Grande époque de grâce, de souvenir ineffable, de renaissance à la pudeur, à Thonneur, à la vérité, & l'amabilité...

Rayon d'une miséricorde infinie... 11 est temps! ! Fureur du jeu; extrême..., c'était une ivresse vraiment extraordinaire. Spectacles,

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rOdéon, Français... Je me passionnais pour tout. Toutes mes facultés étaient ardentes.

Le mot de première communion est enfia prononcé... On me refuse à Saint-Séverin.

Demeurait rue Saint-Hyacinthe une famille honnête. Les filles allaieni à la Persévérance de Saint-Sulpicc ; un iils de 14 ans à la chapelle basse. Ce garçon me mena à Saint-Sulpice ; c'était un ancien. Il me dît que je serais bien reçu, que ce n'étaient pas de vieux mais de Jeunes prêtres. La première fois, je restai en dehors de l'enceinte à. gauche.

Première impression de cette chapelle basse... Tous les bons sentiments de pureté, de convenance, de louange honnête se réveillèrent là tout à coup. Cette impression fut étrange.

Dieu fut d'une bonté infinie.

Ce fut au milieu de toutes ces passions naissantes et violentes, au milieu de cet emportement universel, de cette nature ardente..., que Dieu me prit pour me faire revivre, me refaire^ me changer, m'adopter...

Toutes ces impressions de grâce furent d'une douceur, d'une force infinie, irrésistible, indéfinissable. Je marchais sans savoir où. Tout me touchait. J'avais dou2e ans et demi. La sagesse et rbonnêtcté de ces enfants me saisissait. Je fus-

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suMe-cbamp sage, docile, zélé. J^eus de l'émulation... Ceux qui ii''étaieiit pas sag-es an catéchisme me déplaisaienL

Les anciens, les premiers de bainc, les cantiques, les bons points...

11 y avait bien des misères encore. Mais la lutte était commencée; le remords me suiraiL Toujours Je sortais meilleur de cette chapelle.

La fois suivante, je pris place sur les premiers bancs. Ma mère me tenait très proprement.

Elle m'accompagna, toujours an catéchisme du dimanche.

J*eus beaucoup de peine à trouver un ccmfes^ seur. M. Dehansv me refusa. M. de Kera, venant dans la sacristie, me prit par amitié. Je les vois encore Tun et Tantre.

Ma première confession était écrite en chiffres à certains endroits... Je les passai... 11 m*aida par une question; j'y revins et fus très heureux.

J'avais la tentation de manquer au catéchisme. J'y succombai quelquefois pour aller au Luxembourg. . .

Grand effet de la viâte de M. Tevsseire au catéchisme.

Les analyses me persuadaient la vérité, la foi, la vertu...

Je m'appliquais aux prières ; ma mère m*aîdait.

J'étais flatté, honoré parla religion et ses ministres. Surtout j'étais aimé et j'aimais ces Messieurs. Puis vint le catéchisme de semaine.

Celui de Pâques d'abord ; je n'en fus pas. Puis celui de la Pentecôte.

Les examens m'efirayaient : je les passai bien. J'étais content. Je commençai à la fin du catéchisme de semaine à me convertir avec la retraite. J'avais eu une grande joie à ma première confession. J'avais écrit. J'allai de là jouer au Luxembourg avec un vrai bonheur... Je sautais... Je fis assez bien ma con> fession générale. Les cantiques Gh^âcCy grâce, et surtout PfuniraS'tu me touchaient. La retraite me toucha aussi. M. de Quélen prêchait... Péché; siège de Jérusalem, cette mère...

Je fus heureux le jour de ma première communion, de ma confirmation. Dans ces belles cérémonies, les enfants sentent qu'ils sont un spectacle d'admiration aux hommes et aux anges. Rien ne les élève davantage. Us sont traités, aimés, honorés, considérés comme les enfants de Dieu, comme des âmes pures et sublimes. L'impression est ineffable : rien n'approche de cela parmi les impressions humaines.

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On revient dans cette église avec bonheur.

Qaandon remet cet habit de lapranièrecommanion, c'est se revêtir de verta, de grâce deDiea. de bonheur, d*honnear, de pureté. On ne peut pas pécher.

Le souvenir d^une consolation peut-être plus solide encore de cette époque, ce sont certaines prières que je faisais à la maison, quand jV étais tout seul, et que je sentais le besoin de demander à Dieu le pardon de mes péchés et la grâce d*une bonne vie. Ces prières étaient très bonnes et très vraies.

J'étais heureux aussi de Tamitié de mescatéehistes... M. Lacombe austère... M. Menjaod m^aimait extrêmement, et je le lui rendais bien. Il me prit un jour à part dans cette chapelle, où j'aimais à rester après les autres, pour me parler de ma diligence sur Fhomicide. Comme on aime un catéchiste qui vous fait rester après le catéchisme pour vous dire un mot, pour voifts encourager ! Gomme on en est heureux ! Ce témoignage d'amitié s'empare de Tàme.

M. Duroses, bon, vénérable, me donna une gravure firaiche, pittoresque, de la fuite en Egypte. Mon imagination en fut charmée, mon cœur touché.

Autre charmante image de la sainte Vierge,

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de l'autel d'Issy. Dûucetir de celte image... Charme de eœur... Elle me ravissait, elle i-afralchissait mon &me. . .

J'avaisà la fin de l'aniiée 7o gravures. Je les amassais... Emulation modeste mêlée de recoanaissance à qui en aurait le plus. On sentait qu'on les tenait plus encore de la honte de ces Messieurs, que de son mérite. Tout cela s'alliait et faisait un doux sentiment. Les bons points proclamés à la fin cousaient un très vif plaisir. Quelle attente à ce dernier moment! Et le grand cachet, le n" 5? La première fois que je l'eus, je fus stupéfait et enivré detonnement et de respect. Je ne pouvais croire que je l'eusse mérité. Je l'attribuais k la religion qui m'avait élevé jusque-là., à l'instruction qui avait été faite, au catéchiste qui l'avait donnée.

M. Mei^audnous consacra à la sainte Vierge.

C'était charmant. Il était rayonnant.

Les temps qui suivirent la première communion furent délicieux pour moi. J'aimais à la tendresse ces Messieurs. J'allais sans cesse au Séminaire les voir. Le lendemain soir surtout de la première communion, tous à la récréation du soir... Ce fut une ivresse... Jevis.M. Teysseîre... Tous ces Messieurs, quoique jeunes, me paraissaient vénérables; je ne pensais pas qu'ils

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pussent pécher. Leur bonté, leur modestie, leur douceur, leur recueillement, leur zèle me les faisaient paraître comme des anges sur la terre. Tous mes catéchistes étaient pour moi Timage de la vertu. Ils m'aimaient, et moi j*aimais, je vénérais Dieu en eux.

J allais servir des messes à Saint-Sulpice. Je ne me plaisais plus qu'avec ces Messieurs et avec les enfants les plus sages du catéchisme... Les réunions du catéchisme jusqu'à la fin de Tannée me charmaient. J'y allais comme dans ma famille, comme chez moi. C'était délicieux.

Le catéchisme fini, j'éprouvai un vide profond, un découragement indéfinissable. J'étais privé du ciel sur la terre ; ma pauvre âme manquait de ce qui l'avait ravivée.

Le plus beau des ministères est le ministère pastoral. Mais le catéchisme est plus beau encore. C'est le beau idéal du cœur de Dieu; rien n'est comparable à cela, c'est indéfinissable et céleste. C'est le ministère le plus désintéressé, le plus pur, le plus dégagé des prétentions..., qui s'adresse à l'âge le plus naïf, le plus tendre, le plus confiant.

Quand j'arrivai là, derrière cette balustrade, j'avais entendu toutes les impiétés, toutes les indignités. Tout s'évanouit devant la vertu. Je

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ne fus pas vaincu; il n'y eut pas même de lutte. L'image de la vertu en ces Messieurs, en ces enfants fut tout. Et puis, quand cette vertu m'aima!... Au catéchisme, ce qui est dur, broyant, est général, s'adresse à tous. Vous n'êtes accusé qu'en secret, par vous-même, par votre conscience. En même temps, tout ce qui est personnel est doux, affectueux, encourageant.

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