n Et se baignoit le roy Loys en roses, ce luy sembloit
En après, le roy escripvy autres lettres par lesquelles il mandoit à Paris qu'il y envoioit la royne d'Angleterre, femme dudit roy Henry, avecques son filz le prince de Galles et sa femme, fille dudit conte de Waruyk, avecques la femme dudit de Waruic, mère de la femme dudit prince de Galles, la dame de Willechere et autres dames et damoiselles de la compaignie d'icelle royne d'Angleterre. Laquelle royne d'Angleterre y vint et arriva audit lieu de Paris, acompaignée comme dit est^ Et estoient à l'acompaigner, de par le roy, les contes d'Eu, de Vendosme et de Dunoys, monseigneur de Chastillon et autres plusieurs nobles hommes. Et furent et yssirent hors de ladicte ville de Paris, pour aler et estre au devant de ladicte royne, et du commandement exprès du roy, le prélat et evesque de ladicte ville, l'Université, la court de Parlement, le pre-
d'oyr ceste bonne aventure, car estimoit bien par ce moyen le royaume d'Angleterre estre pour Warwyc et par conséquent fortrait de la main du duc de Bourgongne, qui en menaçoit toute France. Sy en fit le roy grand joie et grand feste... » (Gbastellain, V, 487). M. Vaesen a imprimé, dans ses Lettres de Louis XI, t. IV, p. 152, la lettre-circulaire dont il est question ici. On y retrouve les expressions mêmes dont se sert notre chroniqueur. 1. Marguerite d'Anjou était la cousine germaine de Louis XI, et comme fille du roi René et comme femme de Henri VI, fils de Catherine de France, sœur de Charles VII. Edouard, fils de Henri VI, avait, on l'a vu, épousé récemment Anne Neville, née en 1451 du mariage du comte de Warwick avec Anne Beauchamp. — Éléonore, lady Wiltshire, était la sœur d'Edmond Beaufort, duc de Somerset, et la seconde femme de James Buteler, comte de Wiltshire, exécuté après la bataille de Towton (1461) (Dugdale, the Baronage of England, 1675, in-fol., II, 235). Le 13 novembre, Louis XI écrivait d'Amboise au grand maître : « La royne d'Angleterre et madame de Warvic s'en yront demain » (Vaesen, IV, 171). Leur entrée à Paris eut donc lieu vers le miheu du même mois.
vost de Paris et suppostz du Chastellet, le prevost des marchans, les eschevins, marchans, bourgois, manans et officiers d'icelle ville, tous moult honnorablement et en habitz honnestes, et en moult grant et merveilleux nombre. Et entra en icelle ville par la porte Saint-Jaques ; et par toutes les rues par où elle passa avoit de moult belles tapisseries et tentes au long desdictes rues, depuis ladicte porte par où elle passa jusques au Palais, où son logis lui fut moult honnorablement apresté.
En ce temps, fut amenée à Paris ^ toute la belle artillerie de Tours, que le roy y avoit, laquelle fut mise et descendue au chasteau du Louvre.
Oudit temps aussi, le roy escripvy aux prevost des marchans et eschevins de ladicte ville de Paris que son plaisir, voulenté et intencion estoit de faire et tenir la feste de son ordre en ladicte ville de Paris, et que, pour ceste cause et pour estre à icelle feste, y ameneroit tous les seigneurs de son sang, qui y vendroient et seroient à grant compaignie de gens, et que, pour ceste cause, les manans et habitans de ladicte ville feussent contens qu'ilz y feussent logez et hébergez par fourriers, ce qui leur fut accordé.
En ce temps aussi, qui estoit le mois de décembre, messire Artus de Longueval, chevalier-, et autres
1. En provision de l'ouverture des hostilités contre la Bourgogne (cf. Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 182 et suiv.).
2. Artus de Longueval, seigneur de Thenelles, etc., conseiller et chambellan du roi et son bailli d'Amiens, Uls de Renaud de Longueval et de Jeanne de Montmorency, mort en 1490, épousa successivement Jeanne de Contay et Françoise du Breuil (J. de Wavrin, III, 53. Bibl. nat.. Pièces orig., vol. 1743, doss. Longueval, en Picardie, et vol. 758, doss. GhoHct de la Choletière).
gentilzhommes entrèrent pour le roy en la ville de Saint-Quentin en Vermendoys, du bon vouloir des habitans dudit lieu. Et puis, le x® jour dudit moys, monseigneur le connestable vint et entra pour le roy en ladite ville, à tout ip lances et les archers ^ Et, d'icelle entrée, le xiiii^ jour dudit moys ensuivant, maistre Jehan de la Driesche, trésorier de France, maistre Robert Fessier^, maistre Pierre de Boienval et autres officiers de mondit seigneur le connestable firent faire ung cry publique à son de trompe à la table de marbre, au palais royal, à Paris, en faisant savoir la prinse et entrée ainsi faicte oudit Saint-Quentin par mondit seigneur le connestable, et que de ce on merciast Dieu, en lui priant de donner bonne prospérité au roy et audit connestable, stipulant pour lui au recouvrement de ses autres villes et pays engaigez, qu'il
1. Interpolations et variantes, § LXVIIL — Wavrin dit (III, 53 ss.) que les seigneurs de Petit-Moy, de Sains, de Thienelles et autres gens du comte de Saint-Pol, qui se tenait alors à Ham, à 4 lieues de Saint-Quentin, vinrent sommer cette dernière ville le 6 janvier 1471 (n. st.). Ils y pénétrèrent du gré des habitants, surtout de ceux du commun, qui « cryerent Noël à leur venue et en firent grant feste. » Jean de la Viesville, bailli bourguignon de Saint-Quentin, dut se retirer devant cette manifestation populaire. Le connétable consulté conseilla aux gens de Saint-Quentin de tenir le parti du roi de France et s'engagea à les faire affranchir d'impôts pendant seize années. Ils consentirent donc à recevoir dans leurs murs une grosse compagnie de Français, que le connétable rejoignit peu après. — Wavrin fournit la date véritable de la reddition de Saint-Quentin ; si elle avait eu lieu en décembre, comme le veut la Scandaleuse, le roi n'eût pas attendu le l'J janvier pour en remercier les habitants (Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 185).
2. Robert Fessier, Ucencié es lois, était lieutenant de Jean de la Driesche, président-clerc de la Chambre des comptes.
avoit intencion de recouvrer et mettre hors des mains de Charles, soy disant duc en Bourgongne ; et ainsi le contenoit ledit cry.
Ou moys de janvier ensuivant, le roy, qui se estoit party d'Amboise pour venir à Glery et Orléans, s'en party pour venir ou pays de Beausse et vint coucher au Puiset. Et, le lendemain, s'en ala au giste à Paloiseau, près de Montlehery, et le lendemain vint à disner à Seaulx le Grant, en ung hostel qui appartient à maistre Jehan Baillet, maistre des requestes ordinaire de l'ostel du roy, et d'ilec s'en vint au giste à Paris, en son hostel des Tournelles^. Et, avecques ce aussi, y vindrent la royne, madame de Bourbon et autres plusieurs dames et damoiselles en leur compaignie. Et demoura le roy à Paris jusques au samedi xxvf jour dudit moys, qu'il s'en party pour s'en aler à Senlis, à Gompiengne et autres lieux voisins, où estoit la pluspart de toute son armée contre ledit duc de Bourgongne. Et, après lui, fut menée par eaue et par terre grant quantité de son artillerie et menée à Gompiengne, Noyon et ailleurs ou pays de Picardie et Flandres^.
1. Louis XI quitta Amboise vers le 10 janvier 1471, passa le 12 à Gléry et séjourna à Orli'ans du 13 au 16. Le 18, il coucha au Puiset (Eure-et-Loir, cant. de Janville) et le 19 à Chastres (auj. Arpajon), et non à Chartres, comme le voudrait M. Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 187. II dut arriver le 21 à Sceaux, chez Jean Baillet, qui était seigneur du lieu, et auquel, en mars 1474, v. st., le roi, considérant ses nombreux services, fit abandon du droit de haute justice sur cette seigneurie, avec réserve des foi et hommage dus à la couronne à cause du Chàtelet de Paris et i au devoir d'un chien espaignul à chascune muance de seigneur et de vassal » (Arch. nat., reg. des bannières du Chàtelet de Paris).
2. Les comptes sur parchemin conservés au ms. fr. 6759 de la Bibl. nat., fol. 75 et suiv., témoignent de l'activité déployée par
Et puis fut crié à Paris par les carrefours de ladicte ville, à son de trompe, que tous les francs archiers de risle de France et aussi tous les nobles feussent tous prestz et en leurs habillemens pour suivre et aler avecques le roy en ladicte armée. Et durant ce temps fut faicte à Paris moult grande quantité de pouldre à canon et serpentines pour fournir à ladicte guerre.
En ce temps, avoient esté envolez de par le roy sire Ghristofle Paillart, seigneur des Comptes, et sire Jaques Hesselin, contreroleur du grenier à sel à Paris, en la ville d'Auxerre, pour sommer les habitans d'icelle de eulx et ladicte ville rendre au roy et de prendre ilec garnison pour lui ; et par lesdiz commissaires leur furent faictes de moult belles remonstrances^. Lesquelz habitans demandèrent ausdiz ambaxadeurs terme jus- Louis XI pour concentrer ses forces à Compiègne et aux environs comme pour pourvoir aux besoins des corps stationnés en Gliampagne. Dès le 4 janvier, les trésoriers de France et les généraux des finances étaient invités à faire prendre en manière d'emprunt la moitié des gages des officiers royaux, pour fournir aux frais de l'entrée en campagne contre les Bourguignons (Lenglet, m, 154. Cf. Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 180, 184, 187).
1. Jacques Hesselin, seigneur de Boisgrenier et de la Chaussée, est déjà mentionné, avec la qualification de contrôleur du grenier à sel de Paris, dans un accord notarié du 3 août 1456. Comme son frère cadet Denis, il comptait dès cette époque parmi les principaux paroissiens de Saint-Germain-l'Auxerrois (Arch. nat., LL 729, fol. 163). Il avait épousé Marie Boucher, laquelle était veuve en 1492 (Bibl. nat.. Pièces orig., 431-435, doss. Boucher. Cf. Vitu, la Chronique de Louis XI citée, p. 34). — Louis XI fut peu satisfait des commissaires qu'il avait envoyés à Auxerre. Le 13 décembre 1470, il écrit à Dammartin, chargé de mettre cette ville à la raison : o II me desplaist des commissaires qui y ont esté... Si vous povez trouver fasson d'avoir lad. ville d'Aucerre, je vous prie que le faciez, mais ne faictes nulle guerre... » (Vaesen, IV, 170 et suiv.).
ques au jeudi ensuivant, pour avoir advis entre eulx et de ce leur rendre response. Pour laquelle response attendre, s'en alerent lesdiz ambaxadeurs à Joigny, distant d'ilec de vi lieues, et y séjournèrent jusques audit jeudi, que iceulx habitans leur envoierent response par ung homme de ladicte ville que l'en disoit estre savetier, lequel leur dist et rendi response que lesdiz habitans d'Aucerre mandoient ausdiz commissaires qu'ilz avoient mis et bouté avecques eulx dedens ladicte ville grande garnison de gens de guerre pour ledit duc^, et que au regard d'eulx ilz estoient fermez et délibérez de vivre et mourir pour ledit duc et garder ladicte ville pour lui. Et, le jour que ladicte garnison y fut boutée, y fut tué et murdry ung des bourgoys d'icelle ville, nommé Guillaume Gontier, qui fu dommage, car il mourut pour la querelle du roy soustenir.
Et, après le parlement du roy de sa ville de Paris pour aler à Gompiengne et Senlis, se réduisirent pour le roy la ville d'Amiens-, de Roye et Montdidier^. Et