Interpolations et variantes, § XCIX
tout pillié^ Et, partant, monseigneur de Beaujeu et les autres seigneurs et gentilzhommes que ledit d'Armignac tenoit prisonniers audit lieu de Lestaure furent délivrez et s'en vindrent devers le roy. Et des
1. Lectoure, la clef de la Gascogne, construit sur une sorte de promontoire élevé et vulnérable d'un seul côté, était une très forte place. C'est au commencement de janvier que les Balsac commencèrent à en canonner les défenses, et c'est le 4 mars, après de nombreux pourparlers, que les mandataires du comte d'Armagnac, Jean de Villiers la Groslaye, évêque de Lombez, et le chancelier d'Armagnac, réussirent à s'entendre avec du Lude et avec le cardinal d'Albi, Jean Jouffroy, sur les conditions de la capitulation. Jean V reçut la promesse du pardon royal et un sauf-conduit en règle pour se rendre auprès de Louis XI. Tous ses partisans devaient être réintégrés dans leurs biens, et la cité de Lectoure conservait ses privilèges. Par contre, Armagnac s'engageait à rendre immédiatement ses prisonniers et les clefs de la ville aux chefs de l'armée royale. Le 5 mars, il exécutait cet engagement. On a donné ailleurs, dans un travail plusieurs fois cité au cours de cette édition, les raisons qui rendent peu vraisemblable le récit que la Chronique scandaleuse donne du meurtre de Jean V. C'est la version royaliste, celle que le procureur du roi défendit sous Charles "VIU lors des débats qui furent engagés au Parlement de Paris pour la succession du comte d'Armagnac ; mais les chances sont pour que Jean V ait été tué sans provocation, à la faveur d'une rixe qui s'engagea entre ses gardes et les francs archers des sénéchaux du roi, avec ou sans l'approbation de ces derniers. Après le meurtre, la soldatesque fit main basse sur tout ce qu'elle rencontra, mais notre chroniqueur a exagéré le nombre des victimes, et les actes de réparation ordonnés par Louis XI lui-même en faveur des « pauvres habitants » de Lectoure prouvent qu'il en survécut un assez grand nombre. Après le sac de la ville, le feu y fut mis, et fortifications et édihces furent méthodiquement démolis. Jeanne de Foix, veuve du comte d'Armagnac, fut transportée au château de Buzet, dans le Toulousain. Elle n'y fut nullement empoisonnée, quoi qu'on en ait dit, et vécut plusieurs années encore d'une pension de 6,000 1. t. que Louis XI lui avait assignée (Louis XI, Jean V d'Armagnac, etc., extrait de la Rev. hisL, cité, p. 46-57).
choses dessusdictes en apporta les nouvelles au roy ung des chevaucheurs de son escuierie, nommé Jehan d'Auvergne, dont le roy fut moult joyeux, et, pour ceste cause, le fist et créa son herault et si lui donna cent escuz d'or^. Et entra dedens ladicte ville le cardinal d'Arras^, qui moult vaillamment s'estoit porté devant icelle, en y tenant le siège pour le roy. Et après fut toute ladicte ville arse et tout getté dedens les fossez.
Et, pour la desconfiture dudit lieu de Lestaure et dudit d'Armaignac, en ala la nouvelle au roy d'Arragon, qui estoit à Parpeignen, lequel, pour la cause dessusdicte, et aussi qu'on lui rapporta que PheHppe Monseigneur de Savoye s'en aloit à lui pour lui faire guerre et recouvrer ladicte ville de Parpignen qu'il avoit prinse sur le roy, et venoit ilec à tout grant compaignie de gens de guerre, tant des pays de Savoie, du Daulphiné que d'Armaignac, s'en ala et départi dudit Parpeignen et se retrahy en autres ses pays^.
1. Nous ne savons s'il faut confondre ce Jean d'Auvergne avec un personnage du même nom, archer de la compagnie de Gilbert de Chabannes, gouverneur de Limousin (Bibl. nat., Titres. Montres 1414, fol. 128, cop., à la date du 18 novembre 1475). On rencontre aussi un Guillaume d'Auvergne, chevaucheur de l'écurie du roi, à la date du 30 octobre 1480 (Pièces orig., vol. 149, dossier d'Auvergne, parch.).
2. Jean Jouffroy, évêque d'Arras (1458-1462), puis d'Albi, cardinal, mort en 1473, joua un rôle important pendant la dernière partie du siège de Lectoure. M. Fierville a écrit la biographie de ce prélat guerrier et diplomate, sous ce titre : le Cardinal Jean Jouffroy et son temps (Goutances, 1874, in-8o).
3. Les rigueurs d'Antoine du Lau, seigneur de Castelnau, récemment rentré en grâce auprès de Louis XI et nommé gouverneur de Perpignan, indisposèrent les habitants de cette ville au point que, dans la nuit du 2 février 1473, ils introduisirent
Et, puis le samedi matin, xiii* jour dudit moys de mars, à l'eure de six heures de matin, le roy, qui estoit au Plesis du Parc^, jadis nommé les Motifz lez Tours, s'en party à privée compaignie et s'en ala à Bordeaux et Baionne, et, afin que homme vivant, autre que ceulx qu'il avoit ordonnez, ne le suivissent ne alassent après lui, fist tenir toutes les portes de Tours fermées depuis ladicte heure jusques à dix heures sonnées, et si fist rompre ung pont près dudit lieu de Tours par où il estoit passé, que homme n'y passast. Et fist ilec aussi demourer monseigneur de Gaucourt, cappitaine des gentilzhommes de sa maison, afin que personne n'alast après lui^.
Et, le mercredi septiesme jour d'avril, avant Pasdans la cité une bande d'Aragonais. Les Français, contraints de se réfugier dans la citadelle, n'eurent d'autre ressource que d'y attendre le secours qu'ils avaient réclamé du roi. C'est aux environs du 10 avril que le comte de Bresse, lui aussi réconcilié avec son royal beau -frère, vint mettre le siège devant Perpignan. Encouragés par la présence du vieux roi Juan d'Aragon, les bourgeois opposèrent une résistance acharnée aux troupes de Philippe de Savoie renforcées par l'armée de Lectoure que Louis XI avait dirigée sur l'Espagne après la mort du comte d'Armagnac (Basin, II, 304 et suiv.).
1, Charles Vil possédait déjà, dans un faubourg de Tours, aux Montils, un logis et un parc dont il termina la clôture en 1451 (De Beaucourt, Hist. de Charles VJl, t. V, p. 73). Le château du Plessis, dont quelques parties subsistent encore à une faible distance des limites actuelles de la ville, fut probablement une adjonction faite par Louis XI au domaine des Montils.
2. Ce passage de la Chronique scandaleuse a été particulièrement incriminé par M. Quicherat (Recherches sur le chroniqueur Jean Castel, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, II, 467). On a fait ressortir, dans l'introduction de la présente édition, p. xvi-xviii, que le récit de Jean de Roye est parfaitement exact et que, si la chancellerie royale est demeurée au Plessis, Louis XI a bien fait dans le Midi l'excursion indiquée.
ques, oudit an LXXII, le Cabdet d'Albret, filz du conte d'Albret^ qui avoit esté avecques mondit seigneur de Beaujeu audit lieu de Lestaure, et qui avoit trahy et baillé ledit seigneur au conte d'Armaignac, fut icellui Cabdet prins prisonnier audit lieu de Lestaure après la mort dudit d'Armaignac et amené prisonnier à Poictiers, où ilec fut fait son procès et condempné à estre décapité; laquelle [chose] il fut, ledit jour de mercredi VII® avril. Et, incontinent qu'il ot eu le col couppé, fut son corps et sa teste mis en ung sarcueil couvert d'un poile armoyé à ses armes, et fut porté ledit corps enterrer par les quatre ordres mendians dudit Poictiers, et lui fut fait ung moult beau service^.
Oudit moys d'avril fut fait derechef tresve entre le roy et ledit duc de Bourgongne jusques à ung an prouchain ensuivant, qui finiroit l'an LXXIIIP.
L'an mil IIII'^LXXIII, environ la fin d'avril, advint
1. Lisez Sire d'Albret. Ce Cadet d'Albret, quatrième fils de Charles II, mort en 1471, était le frère et non le ûls du sire d'Albret (Alain le Grand), alors vivant.
2. Le Cadet d'Albret, arrêté le jour de la capitulation de Lectoure, fut amené au château de Lusignan, en Poitou. Son procès, instruit par des commissaires désignés par le roi, commença le 20 mars 1473. Charles d'Albret, tout en protestant qu'il était demeuré étranger au coup de main du comte d'Armagnac sur Lectoure, fut contraint de reconnaître qu'il y avait collaboré au moins par ses conseils et qu'il avait pris part à la défense de la ville contre les troupes royales. Transporté au château de Poitiers, il fut condamné à mort le 7 avril 1473 pour crime de haute trahison par un tribunal présidé par le chancelier d'Oriole et composé de Guillaume Cousinot, chevalier, de Pierre Bragier, seigneur de Puyjarreau et de Magesir, et de sept conseillers au Parlement de Paris. La sentence fut exécutée le même jour à Poitiers (voy. Louis XI, Jean d'Armagnac, etc., art. cité, p. 63 et suiv.).
3. C'est la prolongation do trêve dont il a été parlé plus haut (voy. Lenglet, UI, 247-255).
que le roy d'Arragon fist entreprinse sur ]a ville de Parpeignen et la print sur monseigneur du Lau, qui en avoit la garde et la charge, mais le chasteau demeura au roy et à ceulx qui dedens estoient. Et le tindrent, depuis ladicte ville prinse, bien longuement, etjusques après la conqueste faicte dudit lieu de Lestaure, que, après icelle, le roy en envoya son armée pardevant ladicte ville de Parpaignen, -devant laquelle ilz mirent le siège et y assiégèrent ledit roy d'Arragon et son filz. Et, avecques les nobles seigneurs, cappitaines et seneschaulx de ladicte armée, y estoit aussi monseigneur le cardinal d'Albi, qui moult bien et sagement se y gouverna. Et, devant icelle ville tindrent le siège longuement, et jusques au mois de juing, que le roy y envoya derechef et pour renforcer ladicte armée 1111'= lances prinses à Amiens et autres villes voisines. Et si y envoya grant quantité d'artillerie et canonniers^
Ou moys de juing, oudit an mil IIIIc LXXIII, le duc d'Alençon , que le roy avoit fait prendre et amener prisonnier à Loches, fut amené à Paris ou chasteau du Louvre, et y arriva le mercredi, veille du Saint-Sacrement, XVI® jour dudit moys de juing, à l'eure d'entre ix et dix heures au soir, à l'arche de Bourbon, où il descendi ilec des basteaulx qui l'avoient amené de GorbueiF. Et y estoient à le conduire monseigneur de
1. Ce n'est pas à la fin d'avril 1473, mais, comme on l'a vu ci-dessus, au commencement de février, que Juan d'Aragon réussit à enlever la ville de Perpignan aux Français. Assiégé à son leur, il lit preuve d'une grande énergie, harcelant au moyeu de l'rcquontos sorties ses adversaires décimés par les ardeurs d'un été torride et épuisés par le manque de vivres. Le siège de Perpignan fut levé le 24 juin suivant.
2. L'arche de Pourbon, sur la rivo droite do la Seine, en face
Gaucourt, le sire de la Gholetiere, maistre d'ostel du roy^ et avecques ce en leur compaignie y estoient cinquante archers de la garde et xxiiii gentilzhommes de l'ostel du roy, lesquelz, après que ledit seigneur eut esté mis et bouté oudit chasteau du Louvre, s'en retournèrent devers le roy et le laissèrent en la garde dudit seigneur de la Gholetiere et des archers de ladicte ville de Paris. Et est à savoir que, le jour qu'il arriva, fut mené loger en la rue Saint-Honoré, à l'enseigne du Lion d'argent. Et, ledit jour dudit Saint- Sacrement, après souper, aussi à ladicte heure d'entre ix et X heures au soir, fut mené et conduit ledit seigneur audit chasteau du Louvre.
Et, après que ledit siège eut esté longuement tenu devant ladicte ville de Parpeignen, advint que les gens du roy, au moien de la grande et extrême chaleur qu'ilz avoient et souffroient ilec, et aussi qu'ilz avoient grant souffreté de vivres, prindrent trêves lesdiz de Parpeignen et eulx ung peu de temps, pendant lequel chascun se avitailla et appoincta de ce que besoing leur estoit^, et, en ces entrefaictes, y furent
la rue des Poulies, donnait accès au port aux Passeurs. Ce point d'atterrissement était donc très voisin du Louvre (Berty, Plan archéologique de Paris du XII h au XVII^ siècle).
1. Jean Gholet, chevalier, seigneur de la Gholetiere, etc., conseiller et maître d'hôtel du roi, capitaine du château de Decise (avril 1475), est qualifié maître de l'artillerie au mois de février 1478. Il épousa Perrine d'Argenson et mourut en 1479 (Bibl. nat., Titres. Montres 1414, fol. 2, 21; Pièces orig., vol. 758, doss. Chollet de la Gholetiere; ms. lat. 10133, fol. 71 v», et Vaesen, Lettres de Louis XI, lY, 42). — Le seigneur de Gaucourt était capitaine de la garde du roi.
2. Sur les souffrances endurées par les troupes françaises en Roussillon, voy. Basin, II, 311. — Un arrangement provisoire finit par intervenir entre les deux partis en présence, le 19 sop-
envoiez grant quantité de gens de guerre. Et, pour y remettre le siège et fournir de vivres ledit host, le roy y envoya monseigneur de Gaucourt, maistre Jehan Bourré et le changeur du trésor* pour prendre vivres et les paier partout où recouvrer en pourroient pour mener audit Parpeignen.
Durant ce temps, et ou moys de juillet IIIPLXXIII, mourut ung des enfans du Toy, nommé monseigneur Françoys de France, duc de Berry^, dont le roy porta moult grand dueil, et fut par l'espace de six heures ou chasteau d'Amboise que homme ne parloit à luy^.
Oudit moys de juillet, le duc de Calabre mourut de pestilence à Nancy le Duc, en la duchié de Lorraine. Et, incontinent après son trespas, fut nouvelles que ung Alemant, qui, avant ledit trespas, a voit la conduite de l'armée dudit de Calabre, print à prisonnier le conte de Vaudesmons, héritier de ladicte duchié de Lorraine, à l'adveu et faveur du duc de Bourgongne. Pour laquelle cause, et afin de ravoir ledict conte ^ de Vaudesmons, fut prins pour marque^ en ladicte ville de Paris ung jeune filz escolier, nepveu de l'empereur d'Alemaigne^.
tcmbre 1473, qui replaça le Roussillon et la Gerdagne aux mains du roi de France (mais sous le gouvernement d'un Catalan présenté par le roi d'Aragon) jusqu'à parfait paiement des sommes d'argent dues à Louis XI.
\ . Gilles Cornu. Sur l'envoi, à l'armée de Roussillon, de ces trois personnages, voy. Vaesen, Notice biographique sur Jean Bourre (Extrait do la Uibliolhèque de l'École des chartes, 1882-1885, p. 12).