Arrêt du 21 novembre 1460 (Arch. nat., X^a 3i^ fol. l
2. Il exerça ces fonctions au moins jusqu'en 1478 (voir ci-après, à cette date, et Longnon, Villon, p. 91).
3. Ce titre est reproduit par respect pour le texte de l'édition gothique, mais il est douteux qu'il figurât dans les manuscrits. Le paragraphe tout entier, relatif aux affaires d'Angleterre, a été imprimé par Deuys Godefroy et reproduit par "Vallet de Viriville à la fin de leurs éditions de {'Histoire de Charles VII de Jean Ghartier (Paris, 1661, in-fol., et 1858-59, 3 vol. in-16, t. m, p. 121- 124). Vallet de Viriville observe que ce chapitre, qui suit le récit des funérailles de Charles VII, manque dans la plupart des exemplaires de la chronique de J. Ghartier, et il nous semble fort douteux que la rédaction en appartienne à l'historiographe de Gharles VU.
4. François Goppini, évêque de Terni, chargé par le pape Pie II
peuple du pays et par especial en la ville de Londres, maistresse ville dudit royaulme, là où il fist plusieurs remonstrances aux habitans dudit lieu et autres d'environ, contre et au préjudice du roy Henry d'Angleterre; lesquelles remonstrances le cardinal d'York'', qui acompaignoit ledit légat, après ladicte exposition par luy, exposa en leur langage. Et tantost après ladicte exposition faicte, ledit peuple, qui estoit de legiere créance, se esmeut pour faire guerre à rencontre dudit roy Henry de Lancastre et de la royne sa femme, fille du roy René de Cecille et de Jherusalem, et du prince de Galle, leur fîlz^. Et print le dit populaire pour leur capitaine le comte de Warwyk^,
de travailler à la réconciliation des partis en Angleterre et de prêcher la croisade contre le Turc, fit dès l'abord cause commune avec la maison d'York. Le 26 jum 1460, le légat s'embarqua à Calais avec les comtes de March, de Salisbury et de Warwick, fugitifs depuis l'insuccès de leur précédente rébellion, et, après leur entrée triomphale dans Londres, il continua à poursuivre activement le succès de leur cause. Rappelé par le pape, Goppini fut privé de l'épiscopat (Beaucourt, Charles VII, VI, 290 et 324, et R. Brown, Calendar of stale papers, etc., existing in the Archives... of Veiiice and other libraries of Northern Italy, in-8', t. I, p. 89 et suiv.).
1. WiUiam Booth ou Bothe, archevêque d'York dès 1452, mourut en 1464 (Chronique de Jean de Wavrin, pubUée par M"« Dupont (Soc. de l'hist. de France), t. II, p. 270).
2. Henri VI de Lancastre, fils de Henri V, roi d'Angleterre, et de Catherine de France, né le 6 décembre 1421, roi d'Angleterre le 1" septembre 1422, couronné à Londres le 6 novembre 1429, épousa Marguerite d'Anjou au mois d'avril 1445 et fut mis à mort le 21 mai 1471. Son fils Edouard, prince de Galles, fut tué quelques jours plus tôt, après la bataille de Tewkesbury (4 mai 1471).
3. Richard Nevill, le faiseur de rois, était fils de Richard, comte de Westmoreland et de Salisbury. Il épousa Anne Beauchamp,
qui estoyt capitaine de Calais, pour et au lieu de Richard, duc d'York, qui vouloit et pretendoit à estre roy dudit royaulme, qui maintenoit à luy duyre et competter ledit royaulme d'Angleterre comme prouchain héritier de la lignée et du cousté du roy Richard^. Et peu de temps^ après, ledit duc d'York, qui avoit après lui grant nombre de populaire en armes, se mirent aux champs et vindrent en ung parc où estoit ilecques ledit roy Henry avecques plusieurs ducs, princes et autres seigneurs, aussi tous en armes. Et ouquel parc y avoit huit entrées qui estoient gardées par huit barons dudit royaume, qui tous estoient traistres audit roy Henry. Lesquelz huit barons, quant ilz sceurent venir ledit duc d'York devers ledit parc, le laissèrent entrer en icellui avecques le conte de Warwyk et autres, qui vindrent tout droit où estoit ledit roy Henry, lequel ilz prindrent et saisirent^. Et
fille du comte de Warwick, Richard, et fut tué à Barnet le 14 avril 1471.
1. G'est-à-dire du roi Richard II, fils d'Edouard, le prince Noir, mort eu 1376, et petit-fils d'Edouard III (1327-1377), auquel il succéda directement. Déposé en 1399, Richard II mourut peu après sans postérité et fut remplacé par son cousin Henri IV (1399-1413), fils de Jean de Gand, quatrième fils d'Edouard III, lequel avait épousé Blanche de Lancastre. Henri IV eut pour fils Henri V (1413-1422), auquel succéda Henri VI. D'autre part, Richard, duc d'York, descendait directement d'Edmond de Langley, cinquième fils d'Edouard IH, mais il représentait aussi les droits au trône du troisième fils de ce roi, Lionel, duc de Clarence, dont l'héritière, Anne Mortimer, avait épousé Richard, comte de Cambridge, propre fils d'Edmond de Langlcy.
2. Ici débute, en son état actuel, le ms. fr, 5062, dont le texte sera dans la suite intégralement reproduit.
3. Bataille de Northampton, 10 juillet 1460. Henri VI, à demi
incontinent ce fait, vindrent tuer plusieurs princes et autres grans seigneurs de son sang qui estoient autour de lui. Et ces choses faictes, ledit conte de Warwyk print ledit Henry et l'amena tout droit en la ville de Londres, et portoit l'espée nue devant ledit Henry comme son connestable. Et quant icellui roy Henry de Lencastre fut audit lieu de Londres, il le mena tout droit devant la tour dudit Londres, dedens laquelle estoient quatre barons dudit pays pour ledit Henry, ausquelz lesdits Henry et Warwyk parlèrent par belles paroles, les tirèrent hors d'icelle tour après ce qu'ilz leur promisdrent qu'ilz n'aroient nul mal de leurs personnes et qu'ilz les asseuroient; lesquelz soubz umbre desdictes promesses, yssirent hors de la dicte tour. Et, ainsi qu'on menoit lesdiz quatre barons après lesdiz Henry et Warwyk, pluseurs de ladicte ville de Londres s'esmeurent et vindrent tuer l'un des diz quatre barons, nommé le seigneur de Scales, et lui baillèrent plusieurs cops orbes ^; et le lendemain ilz firent escarteler lesdiz autres barons devant ladicte
insensé, et le comte de Buckingham, furent, l'un fait prisonnier, l'autre tué (Jean de Wavrin, t. II, p. 227).
1. C'est-à-dire portés avec des instruments contondants. — En quittant Londres pour se porter contre les forces du roi Henri de Lancastre, les Yorkistes avaient laissé le comte de Salisbury, père du comte de Warwick , devant la Tour de Londres , que tenait pour Henri VI Antoine Woodville, lord Scales. Il résista trois semaines, mais, encombrée de réfugiés, la bastille londonnienne capitula faute de vivres. Scales, auquel on avait promis la vie sauve, fut mis en une barque pour être conduit à Westminster, mais en route « do grosses paroUcs » s'élevèrent entre lui et les mariniers, « qui le murdriront là entr'eulz, dont il y eut grant bruit » (Jean de Wavrin, t. H, p. 230 et suiv.).
tour de Londres, nonobstant lesdictes promesses ainsi à eulx faictes. Et s'i fye qui vouldra* !
Oudit temps, advint à Paris ung grant débat entre les gens et officiers du roy en sa Chambre des Aides à Paris et ung des bedeaulx de l'Université d'icelle ville, pour ung exploict fait par ledit bedeau à rencontre de deux conseillers de ladicte Chambre des Aides : pour lequel exploict ledit bedeau fut constitué prisonnier en la conciergerie du Palais royal, audit lieu de Paris. Dont ceulx de ladicte Université furent moult desplaisans, et pour le ravoir firent cessacions en ladicte \ille de prescher, lire et estudier. Et après furent appoinctez, et fut tout restably, et demourerent contens^.
Oudit temps, advint à Paris aussi que ung nommé Anthoine, bastard de Bourgongne, vint et entra en
1. « Et puis se fie qui voudra à de semblables prometteurs, » dans Jeaa Chartier, éd. Yallet de Viriville, t. III, p. 124.
2. Une ordonnance de Charles Vil, datée de Salles-le-Roy, en Berry, le 24 septembre 1460, vise le cas dont parle notre chronique. Le roi y blâme sévèrement les « abus ou entreprises » commis au mépris de ses droits « sous couleur de l'Université et de ses privilèges. » Au « pourchas d'aucuns suppôts de l'Université, » on a cité certains fermiers des aides, fait admonester et excommunier les officiers élus de Paris et d'Alençon, déclaré parjures l'évêque de Troyes, président, Guillaume Longuejoueet Charles Rapioust, conseillers aux aides, et fait cessation de sermons en la ville de Paris. Le roi enjoint à l'Université de réparer tous ces excès avant la Toussaint et de ne pas les renouveler, sous peine de voir effacer ses privilèges {Collection des ordonnances royales, XIV, 197. Cf. dans Félibien, Histoire de Paris, V, 707, le texte de la bulle du pape Pie II, datée des ides de février 1462, et conçue en termes fort désagréables pour le recteur et pour les suppôts de l'Université de Paris).
ladicte ville de Paris en habit mescongneu, et n'y séjourna qu'un jour et une nuit, et puis s'en retourna. Et, quant il fut sceu qu'il estoit ainsi venu en ladicte ville, plusieurs officiers du roy et gens de façon d'icelle furent fort ymaginatifz comment ne pourquoy il estoit ainsi venu que dit est. Et de ladicte venue en furent portées les nouvelles au roy par aucuns qui en parlèrent à la charge de ladicte ville, qui n'y avoient aucune coulpe. Et, pour ceste cause et à grant haste, le roy envoya audit lieu de Paris son mareschal, seigneur de Loheac, et maistre Jehan Bureau, trésorier de France, pour pourveoir et donner provision audit donné à entendre. Et, à ce que le roy n'eust aucune ymaginacion que ceulx de ladicte ville de Paris eussent aucune coulpe ou charge à ladicte venue, lui fut envoyé de par ladicte ville une ambaxade où estoient maistre Jehan de l'Olive, docteur en théologie et chanceUier de l'église de Paris, Nicolas de Louviers, sire Jehan Clerebout, gênerai maistre des monnoyes, sire Jehan Luiller, clerc de ladicte ville, Jaques Rebours, procureur d'icelle, Jehan Volant, marchant, et autres, tous lesquelz le roy receut très benignement. Et, après leur propos fait servant à leur excusacion, fut le roy très content d'eulx et leur fîst bonne et gracieuse response, et s'en retournèrent joieusement à Paris dont ilz estoient partis*.
1. Sur les circonstances de cette affaire, voir l'analyse que M. de Beaucourt a donnée d'une délibération prise par le conseil du roi le 14 novembre 1460, et dont le proci'S-verbal se trouve au ms. fr. 5040 de la Bibl. nat., fol. 213. André de Laval, seigneur de Lohéac, de Kergorlay, etc., maréchal de France, celui que Ghastellain qualifie « une perle de chevalier
En ce temps messire Robert d'Estouteville, chevalier, qui estoit prevost de Paris, fut mis et constitué prisonnier en la bastide Saint-Anthoine à Paris, et depuis au Louvre, par l'ordonnance desdiz seigneurs de Loheac et maistre Jehan Bureau, pour aucunes injustices ou abus qu'on lui mettoit sus qu'il faisoit en excercant sondit office; dont de ce ne fut point
entre mille » (éd. K. de Lettenhove, IV, H4 ; cf. Vaesen, Lettres de Louis Z/(Soc. de l'hist. deFr.),IlI, 266), reçut l'ordre de se faire assister, pour l'information qu'il était chargé d'ouvrir, par maîtres Pierre du Refîuge, Jean Avin et Henry de la Cloche, qui les premiers avaient dénoncé la présence à Paris du fils bâtard de Philippe le Bon. Ce séjour clandestin, à un moment, où les relations du roi Charles avec le duc de Bourgogne, aigries par la présence du dauphin en Flandre, étaient extrêmement tendues, avait paru suspect et fit craindre un moment qu'il n'y eût « quelque entreprinse ou que l'on pourchassast, par delà, faire aucune chose préjudiciable au roy. » — Jean Bureau, chevalier, seigneur de Montglat, etc., conseiller de Charles VII dès 1437, commis au fait de l'artillerie (1439), maître des comptes et trésorier de France (1445), maire de Bordeaux (1451), capitaine de Meaux, gouverneur de Pons(Bibl, nat., ms. fr. 20487, fol. 96), avait épousé Germaine Hessehn (voy. Beaucourt, Charles VII, passitn, et Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 93). Il mourut le 5 juillet 1463. — Jean de l'Olive était chanoine de Notre-Dame et passait pour fort éloquent [Mém. de la Soc. de l'Hist. de Paris, t. IV (1877), p. 31). — Nicolas de Louviers, bourgeois de Paris, échevin, puis receveur des aides, créé enfin conseiller aux comptes par Louis XI à son avènement, prévôt des marchands en 1463, mourut le 15 novembre 1483. Il avait épousé Michelle Brice (Longnon, Villon, p. 321, et Bibl. nat.. Pièces originales, vol. 1764, doss. Louviers). — Jean Clerbout était l'un des sept maîtres des monnaies désignés par l'ordonnance du 29 juin 1443 (Beaucourt, Charles VII, III, 471). — Jean Luillier, bourgeois de Paris, était clerc-gretlier et receveur tant du domaine que des aides de la ville depuis le 19 août 1447 (Vitu, La Chronique de Louis XI dite Chronique Scandaleuse , etc., p. 44). Il avait épousé Jeanne de Vitry (Obituaire de la Grande Confrérie aux bourgeois, Arch. nat., LL 437, à la date du 5 janvier).
attainct. Et lors, par maistre Jehan Avin, conseiller lay en la court de Parlement, furent fais plusieurs explois en l'ostel dudit d'Estouteville, comme de cercher boistes, coffres et autres lieux pour savoir se on y trouveroit nulles lettres ; et fist plusieurs rudesses oudit hostel à dame Ambroize de Loré, femme dudit d'Estouteville, qui estoit moult sage, noble et honneste dame. Dieu de ses exploiz le vueille punir, car il le a bien desservy'^ !
En ladicte année furent les rivières de Seine et Marne moult grandes, tellement que en une nuit ladicte rivière de Marne creut et devint si grande à l'environ de Saint-Mor des Fossez^ comme de la haulteur d'un homme, et fist plusieurs grans dommages en divers lieux. Et, entre autres dommages, ladicte rivière vint si grande à ung village nommé Cloye^, et en ung hostel ilec estant qui est à l'evesque de Meaulx, qu'elle en emporta toute la massonnerie du
1. Jean Avin avait été l'un des commissaires ordonnés à faire le procès de Jacques Cœur. Il vivait encore en 1489. Son hôtel était situé rue Saint-Antoine (Bibl. nat., ms. fr. 11686, fol. 129). Si la malédiction que le chroniqueur adresse à ce personnage n'a pas été ajoutée au moment des poursuites que Jean Avin fut chargé de diriger contre les officiers du duc de Bourbon en 1479 (voy. plus loin, à la date), il faut conclure que depuis longtemps il était l'ennemi des « Bourbonnais. » Il suffit peut-être que, dans l'occasion présente, il se soit acharné contre les d'Estouteville que Jean de Roye aimait , dont il fréquentait l'hôtel , et qu'il cite toujours avec un affectueux respect. Ambroise de Loré passait pour une des personnes les plus accomplies de son temps. Mariée vers 1446, elle mourut en 1468. Villon lui a dédié une ballade (éd. Longnou, p. 79 et 319).