Aujourd'hui dép. de la Seine, cant. de Gharenton-le-Pont
3. Glaye, Seine-et-Marne, arrond. de Meaux, sur un petit aflluent de la Marne.
devant dudit hostel, où il y avoit deux belles tours nouvellement basties, dedens lesquelles y avoit de belles chambres bien natées, voiriées^ garnies de litz, tapisserie et autres choses, que tout emporta ladicte rivière.
En ce temps, advint en Normandie que le corps de l'église de Fescamp, par maie fortune et feu d'aventure, qui vint de la mer de devers les marches de Gornouaille, se bouta ou clocher d'icelle abbaye, qui fut tout brûlé et ars. Et furent les cloches d'icelle abbaye toutes fondues et mises en une masse, qui fut moult grande pitié en ladicte abbaye^.
Oudit temps, fut grandes nouvelles par tout le royaume de France et en autres lieux de une jeune fille de l'aage de xviii ans ou environ, qui estoit en la ville du Mans, laquelle fist plusieurs folies et grandes merveilles, et disoit que le dyable la tourmentoit, et sailloit en l'air, crioit, escumoit et faisoit moult d'autres merveilles, en abusant plusieurs personnes qui l'aloient veoir. Mais, enfin, on trouva que ce n'estoit que tout abus et qu'elle estoit une meschante foie et faisoit lesdictes folies et dyableries par l'ennortement, conduite et moien d'aucuns des
1. C'est-à-dire dont le sol était recouvert de nattes et les fenêtres vitrées :
« Sur mol duvet assis ung gras chanoine Lez ung brasier, en chambre bien natée. »
(Villon, éd. Longnon, p. 83.)
2. Cette catastrophe eut lieu le l" février 1461. Suivant Du Clercq, la foudre fondit les cloches et abattit le clocher avec la moitié de la nef (III, 97). L'abbé Cochet signale seulement la destruction d'une flèche en bois qui surmontait le clocher (Les églises de l'arrondissement du Havre, 1845, in-8°, 2« part., p. 9).
officiers de i'evesque dudit lieu du Mans, qui la maintenoient et en faisoient tout ce que bon leur sembloit, et qui ausdictes folies faire l'avoient ainsi duite^
Oudit temps, advint derechef oudit royaume d'Angleterre, après que la desconfiture devantdicte ot ainsi esté faicte par ledit conte de Warwyk que le duc de Sommerset, cousin dudit roy Henry d'Angleterre, acompaigné de plusieurs autres jeunes seigneurs, parens et héritiers des autres princes et seigneurs qui avoient esté tuez à la prinse dudit roy Henry de Lencastre, firent de grans amas de gens d'armes et vindrent tenir les champs à l'encontre du dit duc de York. Et tant firent qu'ilz le vindrent trouver en ung champ lui et sa compaignie, qui furent ruez jus. Et oudit champ, nommé les pleines Saint-Albons, fut tué ledit duc de York; et, après qu'il ot esté tué, lui copperent la teste, laquelle ilz mirent au bout d'une lance; et autour d'icelle teste lui mirent une couronne de feurre en figure de couronne royale,
1. Cette « diablerie » fit grand bruit à l'époque, et Du Clercq en conte tout au long les péripéties (III, 98 et suiv.). La soidisant possédée, Jeanne Seron, réussit à abuser complètement l'évèque du Mans, Martin Berruyer, ainsi qu'en témoigne la lettre qu'il adressa à la reine Marie d'Anjou le 19 décembre 1460, lettre dont le chroniqueur d'Arras a transcrit le texte. Charles VII envoya de Bourges au Mans, pour informer du fait, plusieurs doctes personnages, et, entre autres, le doyen de Rouen, maître Nicole Dubois (Reg. de l'hùtel de ville de Rouen A^, fol. 184). A la suite de cette enquête, Jeanne Seron fut, par délibération du conseil du roi, amenée à Tours, interrogée, trouvée « sorcière et corrompue. » Convaincue de concubinage avec un jeune clerc, elle avoua son imposture, et fut condamnée à être mitrée et préchée publiquement au Mans, à Tours et à Laval, enfin à pleurer ses péchés en prison à Tours pendant sept ans « en pain de douleur et en eau de tristesse. »
en desrision de ce qu'il se vouloit faire roy dudit royaume. Et avecques lui moururent oudit champ bien six vins barons, chevaliers, escuiers et gens de nom dudit royaume et grant nombre d'autres gens de guerre, que bien on estimoit de ix à x™ combatans ^ .
Et le mercredi, tiers jours de février oudit an mil GGCC LX, furent leues et publiées à Rouen et en divers autres lieux de la duchié de Normandie, es lieux publiques et à son de trompe, les lettres patentes du roy par lesquelles il declairoit son plaisir estre tel que, par tout ledit pays de Normandie et les pors de mer d'icellui, feussent laissez paisiblement descendre tous Anglois et Anglesches, de quelque estât
1. La reine Marguerite, réfugiée en Ecosse, reprit les armes à la fin de l'année 1460, entra en Angleterre et réussit à soulever les comtés du Nord. Renforcée par les contingents qu'amenaient Edmond Beaufort, duc de Somerset, le comte de Northumberland et d'autres seigneurs de la Rose-Rouge, l'armée de la reine battit Richard, duc d'York, près de Wakefield, le 30 décembre 1460. Le duc fut tué, et son jeune fils, le comte de Rutland, fut massacré après le combat avec nombre de partisans de la Rose- Blanche {Chronique de Jean de Wavrin, II, 260 et suiv. Cf. la Lettre d'Antoine délia Torre au duc de Milan, du 9 janvier 1461, dans Rawdon Brown, Calendar of State papers, etc., t. I, p. 95). — Le chroniqueur a confondu la bataille de Wakefield, où le duc d'York perdit la vie le 30 décembre 1460, avec la seconde bataille de Saint-Albans, gagnée également par Marguerite d'Anjou, le 17 février 1461. Il ne dit pas non plus que la reine, après avoir reconquis son mari, le roi Henri VI, abandonné par les Yorkistes sur le champ de bataille de Saint-Albans, n'osa pousser sur Londres, où l'opinion publique était défavorable à la cause lancastrienne. Le nouveau duc d'York, Edouard, s'y fit proclamer roi le 4 mars suivant, se mit à la poursuite de ses adversaires et leur fit essuyer une sanglante défaite à Towton, le 29 mars 1461.
qu'ilz feussent et en tel habit que bon leur sembleroit, tenans et advoans le parti dudit roy Henry d'Angleterre et de la royne sa femme, sans aucun sauf conduit avoir de lui, et de les laisser converser par tout son royaume.
En l'an mil CCCGLXI, ou moys de juillet, advint que ledit roy Charles fut malade ou chasteau de Meun sur Yevre^ d'une maladie qui lui fut incurable, dont et de laquelle maladie il ala de vie à trespas audit lieu de Meun, le mercredi xxn^ jour dudit mois de juillet, feste de la benoiste Magdaleine, entre une et deux heures après midi dudit jour, dont fut grant pitié et dommage. Ou royaume des cieulx puisse estre l'ame de lui en bon repos! car, quant il vivoit, c'estoit ung moult sage et vaillant seigneur et qui laissa son royaume bien uny et en bonne justice et transquihté^.
Et, incontinent après ladicte mort et qu'elle fut manifestée, la pluspart des officiers dudit lieu de