Interpolations et variantes, § GXX
de deux trompettes et par les carrefours de la ville de Paris ladicte tresve marchande d'entre le roy et mondit seigneur de Bourgongne, pour le temps et terme de neuf ans commençans le xiii® jour de septembre oudit an et finissans à semblable jour l'an mil IIIP IIIF'' et IIII ; par laquelle toute marchandise doit avoir cours par tout le royaume de France, et, ce temps durant, chascun peut retourner en ses possessions immeubles^. Et puis le roy s'en retourna à Saint- Denis, et puis à Savignys près Montlehery, et de là au Boys Malesherbes, et en après à Orléans, à Tours et à Amboise^.
Et, le lundi xx^ jour de novembre, oudit an LXXV, fut mené escarteler aux haies de Paris, par arrest de la court de Parlement, ung gentilhomme, natif de Poictou, nommé Regnault de Veloux, serviteur et fort familier de monseigneur du Maine, pour occasion de ce que ledit Regnault avoit fait plusieurs voyages pardevers divers seigneurs de ce royaume et conseillé de faire plusieurs traictiez et porté plusieurs scellez contre et ou préjudice du roy, dudit royaume et de la chose publique. Et fut ledit Regnault, par l'ordonnance de ladicte court, fort secouru pour le fait de son ame et conscience, car il lui fut baillé le curé de la Magdaleine, penancier de Paris et moult notable clerc, doc-
i. Basin exprime la satisfaction que la trêve de neuf ans causa dans les deux pays, particulièrement parmi les marchands, qui, depuis cinq années, ne pouvaient exercer leur commerce (II, 367).
2. Le roi passa le 12 novembre à Savigny-sur-Orge (auj. dép. de Soinc-et-Oise, cant. de Longjumeau), et rentra au Plessis avant le 25 du même mois [Ordonnances, XVIII, 151) : il y demeura du milieu de décembre à la mi-février.
leur en théologie, et deux grans elers de l'ordre des Gordeliers, et furent pendus ses membres aux quatre portes de Paris et le corps d'icellui au gibet ^.
Et, pour ce que par le roy nostre sire, d'une part, et ses ambasseurs pour lui et les ambasseurs de monseigneur de Bourgongne, ou moys d'octobre derrenier passé, en faisant par eulx la tresve de neuf ans entre eulx deux dont est faicte mencion devant, avoit esté promis de par ledit duc de Bourgongne de mettre
1. Interpolations et variantes, § GXXI. — Regaault de Velort avait fait partie des cent gentilshommes de la garde du roi, dont il quitta l'hôtel pour se rendre auprès du duc de Galabre, comte du Maine, qui fit de lui son chambellan, puis le capitaine de ses archers. Il fut accusé d'avoir joué un rôle dans la grande conspiration de 1475, dont le connétable avait été l'instigateur et qui avait pour objet de saisir la personne du roi et de lui enlever la direction du gouvernement. Le rôle joué auprès du duc de Galabre par les émissaires du comte de Saint-Pol, Hector de l'Écluse et Robert de Marburi, fut identique à celui que les agents du connétable avaient joué auprès du duc de Nemours : annoncer le débarquement des Anglais, l'appointement du duc de Bourgogne avec l'empereur, inquiéter le prince sur les projets du roi à son égard... Velort fut donc accusé d'avoir poussé son maître à écouter les propositions du connétable; de n'avoir point ignoré qu'il y avait eu entre eux échange de scellés; de s'être à plusieurs reprises, pendant l'été de 1475, dissimulé aux environs du château d'Angers pour en épier les défenses et examiner le moyen de l'arracher au roi ; enfin d'avoir servi d'intermédiaire pour la conclusion entre le duc de Bretagne et le duc de Galabre d'une alliance défensive contre Louis XI, voire d'un traité d'alliance offensive qui recevrait son exécution dès que les Anglo-Bourguignons tiendraient la campagne. L'accusé fut interrogé par les commissaires du roi, en présence de Philippe de Gommynes et d'Ymbert de Batarnay, et, malgré ses réserves et ses dénégations, il fut condamné à mort pour crime de lèse-majesté (Bibl. nat., ms. fr. 18442, fol. 130-143 v°. Fragment d'interrogatoire).
et livrer es mains des gens et ambasseurs du roy ledit connestable de France S nommé messire Loys de Lucembourg, fut par ledit de Bourgongne baillé et livré ledit connestable es mains de monseigneur l'admirai, bastard de Bourbon, de monseigneur de Sainct- Pierre, de monseigneur du Bouschage, de maistre Guillaume de Gerisay et autres plusieurs 2. Et par tous les dessus nommez en fut amené, prisonnier en la ville de Paris et mené par dehors les murs d'icelle du costé des champs à l'entrée de la Bastide Saint-Anthoine; laquelle entrée ne fut point trouvée ouverte, et pour ce fut ordonné et amené ledit monseigneur le connestable passer parmy la porte Saint-Anthoine au dedens de ladicte ville et mis en ladicte Bastide. Et estoit ledit monseigneur le connestable vestu et habillé d'une cape de camelot^, doublée de veloux
1. Interpolations et variantes, § GXXII. — Sur l'arrestation du connétable, voy. Molinet, I, 180.
2. Interpolations et variantes, § GXXIII. — Basin fait ressortir l'odieux de la conduite du duc de Bourgogne, qui trahit le saufconduit que lui-même avait fait remettre au comte de Saint-Pol pour se réfugier à Mons. Il faut ajouter que, jusqu'au dernier moment, les gens du duc poursuivirent un ignoble marchandage afin d'obtenir pour leur maître, entre autres avantages, les quelques seigneuries omises au traité passé avec le roi de France le 13 septembre précédent, traité qui transportait dès lors au Bourguignon tous les biens meubles du connétable, ses villes, châteaux et seigneuries de Ham, Bobain et Beaurevoir, ou bien (l'option lui étant réservée jusqu'au 20 décembre) lui donnait la faculté de conserver les places qu'il avait saisies en Lorraine (Lettres de Louis XI datées de Savigny-sur-Orge, 12 novembre 1475, dans Lenglet, III, 443 et suiv.). Charles lo Hardi choisit les places lorraines (Lettre de Louis XI datée du Plessis, le 18 décembre 1475. Ibid., III, 448 et suiv.).