‹ Journal (volume 2)Chapitre 163 sur 163 · Derrière l'hôtel de ville · texte numérisé non relu

Derrière l'hôtel de ville

3. Henri Cousin, maître exécuteur des hautes œuvres, toucha peu de temjis après 60 1. t. pour l'acquisition d'une grande épée

fist voler la teste de dessus les espaules si tost et transitivement que son corps chey à terre avant que la testée Laquelle teste incontinent après fut prinse par les cheveulx par icellui Petit Jehan et mise laver en ung seau d'-eaue estant près d'ilec, et puis mise sur les apuyes dudit petit eschafault et monstrée aux regardans ladicte execucion, qui estoient bien 11"= mil personnes et mieulx.

Et, après ladicte execucion ainsi faicte, ledit corps mort fut despoullié et mis avecques ladicte teste tout ensevelir dedens ung beau drap de lin, et puis bouté dedens ung sarcueil de bois que ledit sire Denis Hesselin avoit fait faire. Et lequel corps, ainsi ensevely que dit est, fut venu quérir par l'ordre des Gordeliers de Paris et sur leurs espaules l'emportèrent inhumer en leur eghse^; etausquelz Gordeliers ledit Hesselin fist bailler XL torches pour faire le convoy dudit corps, après lequel il fut et le convoya jusques audit lieu des Gordeliers. Et le lendemain y fist aussi faire ung beau service en ladicte église ; et aussi en fut fait service à Saint- Jehan en Grève ^, là où estoit aussi sa fosse

à feuille avec son fourreau, et pour avoir t fait rhabiller la vieille epée » qui avait été ébréchée lors de l'exécution du connétable (Sauvai, Antiq. de Paris, TU., 429).

1 . Interpolations et variantes, § GXXVIII. — Au moment de l'exécution, les draperies et autres ornements qui décoraient le petit échafaud furent enlevés, afin que la foule pût jouir à son aise du dénoùment du drame et en gardât le souvenir. On sait que le connétable était détesté des Parisiens (Basin, II, 377).

2. Interpolations et variantes, § GXXIX. Cf. Molinet, I, 184 et suiv. — Le couvent et l'église des Gordeliers ou frères mineurs, établis à Paris depuis le milieu du xui« siècle, étaient situés entre les portes Saint-Germain et Saint-Michel, dans la ville et contre le mur d'enceinte.

3. Saint-Jean-en-Grève, derrière l'Hôtel de Ville. — Voici un

iaicte, cuidaat qu'on l'y deust enterrer, et y eust esté mis, n'eust esté que ledit Sordun dist à icellui de Saint-Pol que en leurdicte église y avoit enterré une contesse de Saint-Pol et qu'il devoit mieulx vouloir y

extrait du troisième compte de Denis Hesselin, receveur de la ville de Paris, qui se rapporte aux dépenses occasionnées à la ville par l'exécution du connétable :

« Aux sergens qui gardèrent de presse avec les archers de la ville de Paris, depuis' que ledit de Luxembourg partit du Palais, et assistèrent à laditte exécution et convoj' du corps, et pour grande quantité de boulayes baillez ausdits sergens pour faire serrer les gens

« Au capitaine desdits archers, pour luy et pour eux

« Pour un coffre de bois auquel a esté mis le corps dudit deffunt, après qu'il a esté exécuté .

« Pour deux draps de Un baillés par deux sœurs de la chapelle Auldry, dont a esté ensevely ledit corps, et pour les salaires desdittes deux sœurs d'avoir lavé et ensevely icelluy. . 3 1. 2 s. 6 d.

« Pour 42 torches, chacunes de 2 1. de cire, 4 cierges de 8 1., 13 autres cierges de 13 1., et 26 pointes ^ de 6 1. et demy, dont a esté conduit le corps dudit deffunt en laditte egUse des GordeUers

« 80 messes basses et 3 haultes en laditte eghse et pour la fosse

< Au religieu frère mineur qui a assisté à laditte exécution

€ Pour vigilie à S*^-

« Aux Jacobins ....

« Aux Augustins . . .

« Aux Carmes ....

« Aux S^'-Innocens . .

« Pour cierges ausdittes églises

t Total. . .

(Bibl. nat., mss., Nouv. acq. fr. 3243, fol. 11; cop. mod.) 1. Chandelles de cire.

1475] OU CHRONIQUE SCAND.\LEUSE. 363

estre enterré que en nulle autre part; dont icellui de Saint-Pol fut bien content et pria à ses juges que sondit corps feust porté ausdiz Cordeliers.

Et est vray que, après ladicte sentence ainsi declairée à part audit defunct de Saint-Pol, que dit est, fut tout son procès bien au long declairé au grant parc de ladicte court et à huis ouvers * . Ouquel procès fut dit et declairé de moult merveilleux et énormes cas et crimes avoir esté fais et perpétrez par ledit de Saint- Pol et en iceulx maulx soy estre entretenu, continué et maintenu par long temps et par diverses foiz. Et entre autres choses fut dit et recité comment lesdiz de Bourgongne et de Saint-Pol avoient envoyé, de la partie d'icellui de Bourgongne, messire Philippe Bouton et messire Philippe Pot, chevaliers, et, de la partie dudit connestable, Hector de l'Escluse, pardevers monseigneur le duc de Bourbon, afin de esmouvoir mondit seigneur de Bourbon de soy eslever et estre contre le roy et soy départir de sa bonne loyaulté. Ausquelz fut dit pour ledit seigneur par la bouche du seigneur de Fleurac, son chambellan, qu'ilz s'abusoient, et que ledit seigneur aymeroit mieulx mourir que d'estre contre le roy; et n'en orent plus pour ceste foiz^. Et que, depuis ce, ledit de l'Escluse y retourna

1. Peu de jours après l'exécution du connétable, le texte complet de l'arrêt de condamnation fut « divulgué par pays. » Molinet l'a reproduit t. I, p. 186-190.

2. Hector de l'Escluse, seigneur du Mas en Bourbonnais, figure au mois d'août 1469 parmi les hommes d'armes de l'ordonnance du roi (Arch. nat., JJ 195, fol. 77). Au printemps de l'année 1475, il faisait partie de 97 hommes d'armes dont le comte de Saint-Pol avait la charge. Sur les missions dont il fut charg»'' par le connétable, voyez les lettres de rémission que Louis XI lui accorda CArch. nat., JJ 204, n» 38), sa déposition au procès du

de rechef, qui dist audit monseigneur de Bourbon que ledit connestable lui mandoit par lui que les Anglois descendroient en France et que sans difficulté, à l'aide dudit connestable, ilz aroient et emporteroient tout le royaume de France ; et que, pour eschever sa perdicion et de ses villes et pays, ledit seigneur de Bourbon voulsist estre et soy alier avecques ledit de Bourgongne ; et lui dist que en ce faisant lui en viendroit de grant prouffit, et où il ne le vouldroit faire que bien lui en convenist et que s'il lui en prenoit mal qu'il ne seroit pas à plaindre. Lequel mondit seigneur de Bourbon dist et respondit audit de l'Escluse (ju'il n'en feroit riens et qu'il aimeroit mieulx estre mort et avoir perdu son vaillant et devenir en aussi grant captivité et povreté que fut onques Job, que de consentir faire ne estre fait quelque chose que ce feust qui fust au dommage ou préjudice du roy ; et à tant s'en retourna ledit Hector sans autre chose faire. Et, par avant ces choses, mondit seigneur envoya au roy lesdictes lettres de seellé dudit connestable, par lesquelles apparoit la grande trahison dudit connestable et plusieurs autres grans cas, trahisons et mauvaistiez que a voit confessées en sondit procès ledit connestable, bien

duc de Nemours (Bibl. Sainte-Geneviève, LF, fol. 100 v° et suiv., et les documents cités dans Jacques d'Armagnac..., p. 70). Au mois d'avril 1477, Louis fit don à Hector de l'Escluse, devenu son écuyer d'écurie, de la baronnie de la Bove enLaonnois, confisquée sur Philippe de Croy (Arch. nat.,P 2300, fol. 281). - On trouvera de même dans les documents indiqut's le récit des négociations dont Philippe Bouton, bailli de Dijon, et Philippe Pot, seigneur de la Roche-Nolay, furent chargés par le duc de Bourgogne, et celui de l'entrevue du seigneur de Florac avec L'Escluse. La déposition de Guillaume de la Cueille, seigneur de Florac, est au Procès de Nemours, ms. cité, fol. 72 et suiv.

au long declairées en icellui procès, que je laisse icy pour cause de briefté.

Et, si est vérité que ledit connestable, après ce qu'il ot esté confessé et qu'il vouloit venir oudit eschafault, dist et declaira à sesdiz confesseurs qu'il avoit dedens son pourpoint lxx demys escuz, qu'il tira hors d' icellui, en priant audit cordelier qu'il les donnast et distribuast pour Dieu et en aumosne pour son ame et en sa conscience. Lequel cordelier lui dist qu'ilz seroient bien emploiez aux pauvres enfans novices de leur maison ; et autant lui en dist ledit confesseur augustin des enfans de leur maison. Et, pour tous les appaiser, dist et respondi icellui defunct connestable à sesdiz confesseurs qu'il prioit à tous lesdiz quatre confesseurs que chascun d'eulx en prensist la quarte partie et que en leurs consciences la distribuassent là où ils verroient qu'il seroit bien employé. Et en après tira ung petit anneau d'or où avoit ung dyamant, qu'il avoit en son doy, et pria audit penancier qu'il le donnast et presentast de par luy à l'ymage Nostre-Dame de Paris et le mist dedens son doy, ce que ledit penancier promist de faire. Et puis dist encores audit cordelier Sordun : « Beau père, veez cy une pierre que j'ay longuement portée en mon col et que j'ay moult fort aymée, pour ce qu'elle a moult grande vertu, car elle résiste contre tout venin et préserve aussi de toute pestilence. Laquelle pierre je vous prye que portez de par moy à mon petit filz^ auquel dictes que je lui

1. Il s'agit probablement ici de Louis de Luxembourg, fils de Pierre de Luxembourg et de Marguerite de Savoie et petit-fils du connétable, auquel, par son testament du 24 novembre 1475, il laissa tous les meubles dont il n'aurait pas disposé le jour de son trépas (Lenglet, III, 452). Cet enfant mourut jeune.

prye qu'il la garde bien pour l'amour de moy; » laquelle chose lui promist de le faire. Et après ladicte mort mondit seigneur le chancellier interrogua lesdiz quatre confesseurs s'il leur avoit aucune chose baillé, qui lui dirent qu'il leur avoit baillé lesdiz demys escuz, dyamant et pierre dessus declairée ; lequel monseigneur le chancelier leur respondy que , au regard d'iceulx demys escuz et dyamant, ilz en feissent ainsi que ordonné l'avoit, mais que, au regard de ladicte pierre, qu'elle seroit baillée au roy pour en faire à son bon plaisir.

Et de ladicte execucion ainsi faicte que dit est, en fut fait ung petit epitaphe tel qui s'ensuit :

Mil 1111=, l'année de grâce

LXXV, en la granl place,

A Paris, que l'en nomme Grève,

L'an que fut fait aux Angloys tresve,

De décembre le xix,

Sur ung escliafault fait de neuf,

Fut amené le connestable,

A compaignie grant et notable,

Gomme le veult Dieu et raison,

Pour sa très grande trahison.

Et là il fut décapité,

En ceste très noble cité\

\. Interpolations et variantes, § GXXX. — Cf., au fol. 42 du ms. fr. 1707 de la Bibl. nat. (xv* s.), la Complainte du connestable, commençant par ces mots : « Mirez vous cy, perturbateurs de paix. » Cette complainte a été imprimée par Lenglet, III, 458 et suiv. Le même recueil renferme un rondeau et dix épitaphes en vers également à l'opprobre du comte de Saint-Pol.

Nogent-ie-Rotrou, imprimerio Daupeley-Gouverneur.

BINDING SECT. JUL 23 1976

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