Jean de Harlay, écuyer, qui commandait les 40 sergents
lettres le roy mercioit moult fort sesdiz habitans de Paris de leurs bonnes loyaultez, en les priant et exhortant de tousjours y continuer et persévérer, et que, dedans xv jours ensuivans, lui et toute son armée seroit à Paris. Et si leur mandoit de bouche par ledit de Harlay certain accord qu'il avoit fait avecques lesdiz ducs de Bourbon et Nemours et les sires d'Armaignac et d'Albret, et comment, en faisant ledit accord, chacun d'eulx avoit promis au roy de bien et loyaument le servir et de vivre et mourir pour luy. Et, par lesdiz appoinctemens, iceulx seigneurs de Bourbon et autres dessus nommez promettoient de faire tout devoir, de faire faire la paix au roy par les autres seigneurs avecques eulx aliez contre lui, et que pour ce faire seroient envoiez de par lesdiz quatre seigneurs certains ambasseurs devers le roy à Paris, dedens le jour feste de myaoust ensuivant, pour traicter de ladicte paix, et que, où lesdiz autres seigneurs ne vouldroient entendre à icelle paix, ilz promirent et jurèrent que dorénavant à jamais ilz ne s'armeroient contre le roy et qu'ilz vivroient et mourroient pour lui et son royaume. Et fut tout ce que dit est ainsi promis par lesdiz quatre seigneurs au lieu de Moissac, près dudit Riom. Et, pour plus ample
chargés de veiller à la sûreté intérieure de Paris, était fils de Nicolas de Harlay, écuyer, et de Gaillarde Le Clerc. Le 3 août 1461, par lettres datées d'Avesnes, Louis XI le pourvut de l'otiice de chevalier du guet de nuit. En 1464, il fut élu premier échevin de la ville de Paris (Voy. Anselme, Histoire généalogique, VIU, 797; Longnon, Villon, p. 293; Bibl. nat., Pièces orig., vol. 1484, doss. Harlay). Jean de Harlay survécut à sa femme, Louise Luiliier, et mourut vers 1500 (Arch. nat., LL 437, à la date du 23 décembre).
promesse, ilz s'en obligèrent es mains de deux notaires apostoliques, voulans et accordans estre incontinent excommeniez, se par eulx ou l'un de eulx estoit fait le contraire*.
Et, pour les nouvelles dessusdictes, fut ordonné et délibéré que, le vendredi ensuivant [o juillet], en seroient faictes processions générales en l'église de Saincte-Katherine du Val des Escoliers, à Paris, laquelle y fut faicte bien honneste et solennelle, et y prescha ledit jour maistre Jehan Painetchair, docteur en théologie^.
1 . Le texte de cette convention est rapporté par Lenglet (Commynes, II, 474 et suiv.) avec la date du 23 juin 1465. D'autres clauses stipulaient une trêve jusqu'au 15 août pour les gens de Bourges, la délivrance des sénéchaux de Poitou et de Beaucaire détenus par le duc de Bourbon, celle de tous les prisonniers faits de part et d'autre, enfin l'évacuation par les royalistes des domaines du duc Jean II. Louis XI poussa la condescendance — ou la méfiance de ses propres forces — jusqu'à promettre aux Bourbonnais de ne point entrer, avant le 15 août, dans le duché ou la comté de Bourgogne, dans le Gharolais, la seigneurie de Château- Ghinon et autres terres enclavées dans les pays de Bourgogne voisins de ceux du duc de Bourbon.
2. Ce docteur, dont le nom parait d'origine étrangère, est mentionné à plusieurs reprises dans les extraits du Livre des procureurs de la nation d'Allemagne, ad annum 1465 (Jourdain, Index chronol. chartarum pertinentium ad histor. Universitatis Parisiensis. Paris, 1862, in-fol., p. 291 et suiv. Cf. du Boulay, Histoire de l'Université de Paris, in-fol., t. V, p. 676). — Après la bataille de Montlhéry, quand Louis XI fut arrivé à Paris, c'est maître Jean Painetcher ou Panetchair, appelé ailleurs Penschier, qui fut élu pour le haranguer au nom de l'Université (28 juillet 1465). Les mss. et les éditions imprimées de la Chronique Scandaleuse ont découpé le nom de ce docteur en trois mots, Pain-et-Chair, ce qui lui donne l'apparence d'un sobriquet. — L'église de Sainte- Catherine-du-Val-des-Écoliers était sise rue Saint- Antoine, en face la rue Saint-Paul.
Et, le mercredi ensuivant ' , fut publié et fait savoir par les carrefours de Paris que, en chacun hostel de celle ville, y eust une lanterne et une chandelle ardante dedens durant la nuit, et que chacun mesnage qui auroit chien l'enfermast en sa maison et sur peine de la hart.
Et, le venredi ensuivant [5 juillet], la compaignie ou la pluspart desdiz Bourguignons vindrent et arrivèrent à Saint-Denis en France eulx loger ilec. Et, ce jour, venoit à Paris xxx chevaulx de marée, dont lesdiz Bourguignons en prindrent les xxii. Les autres huit chevaulx se saulverent et vindrent à Paris. Et, bientost après que lesdiz Bourguignons orent esté ainsi arrivez audit heu de Saint-Denis, partie d'eulx s'en alerent devant le pont de Saint -Cloud pour le cuider avoir, ce qu'ilz n'eurent point pour ceste foiz, et à tant s'en retournèrent^.
Et, le dimenche vu® jour de juillet, oudit an LXV,
1. Le mot ensuivant n'a pas de sens. Il s'agit ici du mercredi 3 juillet.
2. Gharolais demeura à Saint-Denis jusqu'au 10, attendant les ducs de Berry et de Bretagne, mais ils ne s'y trouvèrent pas, « pour l'armée du roy de Franche qui les cottoyoit de touts lez » (Du Clercq, IV, 154). L'Itinéraire de Charles de Bourgogne, dans Commynes, éd. Lenglet, II, 183, et Hennin, dans Barante, éd. ReilTenberg, VI, 424, fixent au 5 juillet l'arrivée du comte à Saint-Denis, mais une lettre de Rouault au chancelier, datée du 7 juillet, fournit, comme notre auteur, la date du 4 (Mélanges historiques, II, 346). — Ce même jour, suivant Hennin, le seigneur de Fiennes obtint de Gharolais l'autorisation de « courir l'aventure. » Il se mit en route avec cinquante lances et suivit quelque temps la Seine, mais, sur le conseil du siro de Geulis, rentra de bonne heure à Saint-Denis (Barante, éd. citée, p. 424). Il est possible que cette o course » ait mené les partisans bourguignons jusqu'à Saint-Gloud.
lesdiz Bourguignons vindrent voulster devant Paris et n'y gagnèrent riens, sinon qu'il y en eut aucuns d'eulx tuez de l'artillerie estant dessus les murs d'icelle ville; et puis s'en retournèrent audit lieu de Saint- Denis''.
Et, le lundi ensuivant, vm® jour dudit moys de juillet, lesdiz Bourguignons vindrent derechef devant Paris, et deslogerent tous dudit Saint-Denis, et en amenèrent avecques eulx toute leur artillerie. Et, par grande cautelle et subtilité envoierent, avant qu'ilz se monstrassent, quatre de leurs heraulx aux portiers de la porte Saint-Denis, de laquelle estoient commissaires et cappitaines pour le jour maistre Pierre L'Orfèvre, seigneur d'Ermenonville, et maistre Jehan de Poupaincourt, seigneur de Cercelles*. Et vindrent lesdiz quatre heraulx demander des vivres pour leur ost et aussi qu'on leur donnast passage parmy ladicte ville, et dirent que, où on ne leur bailleroit ledit passage et lesdiz vivres, qu'ilz entreroient dedens ladicte
\. Maupoint est plus détaillé. Il dit que, ce dimanche-là, Charolais fit par deux fois donner l'assaut à la ville de Paris, le premier au point du jour et le second à cinq heures après midi; mais les bourgeois, conduits par Charles de Melun et par Rouault, « qui sceureut bien entretenir le peuple de Paris en amour du roi, » contraignirent l'ennemi à se retirer [Journal, p. 54 et suiv.). L'attaque ne fut dirigée que contre les ouvrages extérieurs (Commynes, éd. Dupont, I, 22). Hennin, qui place cette première démonstration des Bourguignons le 6 juillet, témoigne de leur surprise quand les Parisiens refusèrent d'ouvrir les portes de la ville (Barante, éd. citée, p. 42).
2. Jean de Popincourt, seigneur de Sarcelles et de Liancourt, quatrième président en la Chambre des comptes, puis troisième président au parlement de Paris, avait épousé Catherine Le Bègue. Il mourut le 21 mai 1480 (Vaesen, Lettres de Louis XI, m, 92, note).
ville au deshonneur et grande confusion d'ieelle ville et de ceulx de dedens. Et, ainsi qu'on escoutoit lesdiz quatre heraulx sur les choses dessusdictes, et avant qu'on eust peu avoir loisir de leur rendre aucune response, lesdiz Bourguignons, cuidans prendre à despourveu les habitans de ladicte ville et mesmement ceulx qui gardoient ladicte porte de Saint-Denis, vindrent à grande fureur, grosse compaignie et armée, passer jusques à Saint-Ladre et plus avant, cuidans gaigner les barrières qui aux faulxbours de ladicte ville devant ladicte porte Saint-Denis avoient esté faictes, et venir jusques à ladicte porte et dedens ladicte ville, en gettant par eulx canons, serpentines et autres traiz : à quoy leur fut moult asprement et vaillamment résisté par les bourgois de Paris et autres estans ilec de par ladicte ville, et aussi par les gens dudit Joachin et de luy mesmes qui s'y vindrent trouver. Et y ot lors desdiz Bourguignons tuez et navrez, et puis s'en retournèrent aux champs sans autre chose faire, et se mirent en bataille devant ladicte ville. Et lors y ot beau hurtebillis de canons, vulglaires, serpentines, coulevrines et autre traict qui leur fut envoie de ladicte ville, dont il en ot aucuns tuez et navrez^. Et, durant ladicte escarmouche, y ot
1. Du Clercq confirme ce récit (IV, 155). Rouault, sorti de Paris pour reconnaître les forces bourguignonnes, faillit se faire prendre et se retira prestement. Gharolais alors « feit ruer sur la cauchée deux ou trois serpentines qui effrayèrent ceulx de la ville, combien qu'ils ne blessèrent personne qu'on sceuist. » Luimême se porta avec toute sa bataille jusqu'à un moulin situé près des portes et demeura là une partie de la journée. Il se retira ensuite jusqu'au Lendit, et, comme les baraques de la foire •'laient encore en place, il s'y établit en faisant, suivant sa cou-
ung paillart sergent à verge du Chastellet de Paris, nommé Casin Cholet, qui, en courant fort eschaufé par plusieurs des rues de Paris, crioit à haulte voix telz motz : « Boutez vous tous en voz maisons et fermez voz huis, car les Bourguignons sont entrez dedens Paris. » Et, à cause de l'effroy qu'ilz fist, y ot plusieurs femmes grosses qui en acoucherent avant terme, et d'autres en moururent et perdirent leur entendement^.
Le mardi ensuivant [9 juillet], ne fut riens fait devant Paris, sinon que le conte de Saint-Pol, qui estoit audit lieu de Saint-Denis avecques ledit seigneur de Charrolois, se parti dudit lieu de Saint-Denis avecques aucuns Picars et Bourguignons estans audit Saint- Denis, pour s'en aler à Saint-Gloud et pour le prendre et avoir, ce qu'il ne pot avoir ce jour.
tume, enclore le camp par son charroi, — D'après Maupoint, cette démonstration du 8 juillet menaça les portes Montmartre, Saint-Honoré, Saint-Denis et Saint-Martin, mais Rouault, avec 60 lances et environ 80 hommes de trait, empêcha l'ennemi d'avancer. A Paris, on estima que Charolais avait aligné de 8 à 9,000 hommes et une nombreuse artillerie et que ses pertes durent se monter à 400 hommes. Les officiers, bourgeois et habitants do Paris, au nombre de 32,000, se tinrent sur les murailles « et, par puissance de trait, canons, vuglaires et coulevrines, intimidèrent les Bourguignons » (Journal, p. 55). « Et a Mgr (de Charolais) trouvé ceulx de Paris tout aultres que l'en ne cuidoit, dont il n'est pas bien content sur eulx, car il n'a peu finer ne avoir d'eulx pour ung denier de vivres » (Lettre de G. de la Roche, officier du comte, dans Mélanges historiques, II, 30).
1. Sur ce Casin Cholet, personnage mal famé, tonnelier de son état avant d'être sergent au Chàtelet, voy. Longnon, Villon, p. 294, et Pièces justif., p. lxvi. — Commynes dit aussi, à propos de cette escarmouche : « Il y eut du menu peuple... fort espoventé ce jour, jusques à cryer : « Hz sont dedans...; » mais c'estoit sans propos » (éd. Dupont, I, 22).
Et, le mercredi ensuivant [10 juillet], fut menée audit de Saint-Pol certaine quantité d'artillerie dudit seigneur de Gharrolois comme de l à lx chariotz. Et, ce mesmes jour, aucuns de la compaignie de messire Pierre de Breszé^ yssirent dehors Paris, pour aler à leur aventure dessur lesdiz Bourguignons qui ainsi aloient audit Saint-Cloud. Desquelz Bourguignons en fut par eulx tué deux, et en fut prins cinq, dont l'un d'iceulx fut fort navré, et tellement que tout le devant de son visaige lui fut abatu d'un cop d'espée, et lui pendoit le visaige à sa peau sur sa pettrine. Et par iceulx Bourguignons fut prins ung archer, serviteur de messire Jehan Mohier^, chevaher de la compaignie dudit de Breszé. Et, ledit jour de mercredi, environ six heures de nuit, lesdiz Bourguignons baillèrent une escarmouche terrible et merveilleuse au boulevert dudit Saint-Gloud, qui fort espoventa ceulx de dedens qui le tenoient pour le roy, tellement qu'ilz prindrent composition de rendre ledit pont à heure présente, ce qu'ilz firent, et s'en revindrent à Paris eulx et leurs biens saufz. Et si promirent de délivrer et bailler lesdiz cinq Bour-
1. Pierre de Brézé, seigneur de la Varenne et comte de Maulevrier, grand sénéchal de Normandie, fut l'un des grands serviteurs de Charles VII auxquels Louis XI témoigna le plus de rancune. Enfermé quelque temps à Loches, le séduisant Brézé ne tarda pas à vaincre l'antipathie de son nouveau maître, au point que ce dernier, on l'a vu, fit plusieurs séjours chez lui, à Mauny et à Nogent. Ghastellain a laissé de ce protecteur des lettres un magnifique éloge. Pierre de Brézé avait épousé Jeanne Grespin et se tit tuer à Montlhéry (voy. ci-après et Anselme, VIII, 271).
2. Jean Morhier, seigneur de Villiers-le-Morhier, etc., avait épousé Jeanne, fille naturelle de François I«"", duc de Bretagne (Anselme, I, i58).
guignons prins ledit jour. Et, pour ce faire, demourerent pour hostages Jaques Le Maire, bourgois de Paris, qui estoit cappitaine dudit Saint-Cloud, et ung homme d'armes de la compaignie dudit de Breszé, estant aussi audit pont de Saint-Cloud''.
Et, le vendredi ensuivant [12 juillet], fut tenu en l'ostel de ladicte ville de Paris ung grant conseil, pour délibérer et savoir quelle response seroit rendue ausdiz Bourguignons, sur ce qu'ilz avoient requis que de ladicte ville feussent envoiez aucuns déléguez par icelle pardevers ledit seigneur de Gharrolois et ceulx de sadicte compaignie, pour leur estre dit par eulx de bouche et en secret les causes pour
1. Au camp bourguignon, la résistance inattendue des Parisiens, le 8 juillet, donna à réfléchir aux gens prudents, qui firent valoir en faveur d'une retraite immédiate le soulèvement des Liégeois, le manque de vivres et d'argent, enfin et surtout l'absence des ducs de Berry et de Bretagne, qui avaient failli au rendezv(jus et dont on commençait à suspecter la loyauté. Le comte de Gharolais, encouragé par Rouville, vice-chancelier de Bretagne, qui affirmait la prochaine arrivée de son maître, refusa d'écouter ces conseils, jurant qu'au besoin il passerait la Seine tout seul avec un page (Hennin, dans Barante, éd. citée, p. 426). — Le 9 juillet, Saint-Pol et ses fils, les comtes de Marie et de Brienne, le seigneur de Fiennes et ceux de l'avant-garde saisirent un grand chaland chargé de foin qui remontait à Paris, le vidèrent et passèrent l'eau du côté d'Argenteuil. De là, ils coururent sur la rive gauche jusqu'à Saint-Cloud, dont ils ne réussirent point à effrayer les défenseurs. Le lendemain, 10 juillet, Gharolais longea la rive droite et vint prendre à revers le pont de Saint-Cloud, dont la possession lui était indispensable, le passage à travers Paris lui étant refusé, pour assurer ses communications avec le Sud. Assaillie des deux côtés, la garnison se rendit, après quelques coups de serpentine, « à la persuasion de Mgr Jacques de Luxembourg, seigneur de Richebourg » (Hennin, témoin oculaire, l. c). — Jacquet Le Maire, qui commandait au pont de Saint-Cloud, était un marchand épicier de Paris.
lesquelles ilz estoient ainsi venus en armes oudit pays de France. A quoy fut conclud que on feroit savoir audit de Charrolois qu'il envoyast bon saufconduit, à Paris, pour ceulxqui seroient ordonnez estre envoiez pardevers lui, et, ce fait, que on y envoieroit gens pour les oyr et escouter tout ce qu'ilz vouldroient dire, pour au surplus le faire asavoir au roy, qui estoitprès d'Orléans, ou a son conseil estant audit lieu de Paris, pour leur faire telle response qu'il seroit advisé de faire.
Et, ce mesmes jour, vindrent à la porte Saint- Honnoré, environ cinq heures au soir, deux heraulx de par ledit seigneur de Charrolois, pour avoir la response de ce que dit est ; ausquelz fut dit, comme devant est dit, et que ledit de Charrolois approuchast en aucun lieu près Paris et envoyast ledit saufconduit et qu'on yroit à lui pour l'escouter; et autre chose n'eurent. Et, après ces choses, ilz requirent avoir pour argent du papier et parchemin avecques de l'encre, dont il leur fut baillé. Et si demandèrent à avoir du sucre et autres drogueries, pour aucuns gentilzhommes qui estoient malades en leur ost, dont on leur fist refus, qui s'en tindrent à bien mal contens de ceulx de ladicte ville. Et à tant s'en retournèrent iceulx deux heraulx.
Et, le dimenche ensuivant, xiiii° jour dudit mois de juillet, oudit an LXV, arrivèrent à Paris bien matin monseigneur de la Borde et messire Guillaume Cousinot^, qui apportèrent lettres de par le roy aux bour-
1. Philippe de Melun, chevalier, conseiller et chambellan du roi, seigneur de la Borde-le-Vicomle, etc., maître des eaux et
gois, manans et habitans de ladicte ville, par la teneur desquelles le roy les mercioit comme devant de leurs bons vouloirs qu'ilz avoient envers lui et de la bonne et grande resistence qu'ilz avoient faiete à l'encontre desdiz Bourguignons, et qu'ilz voulsissent adjouster foy ausdiz de la Borde et Gousinot de tout ce qu'ilz leur diroient de par lui. Laquelle credence estoit en affect que le roy les mercioit moult de foiz de leurs grandes loyaultez, et si les prioit oultre de tousjours de bien en mieulx continuer, et que dedens le mardi ensuivant il seroit à Paris*, comme au lieu du monde que plus il desiroit estre, pour donner remède et provision partout, et qu'il aymeroit mieulx avoir perdu la moitié de son royaume que mal ne inconvénient aucun venist en ladicte ville, ou possible lui seroit de y pourveoir. Aussi dist et pria ledit Gousinot, de par le roy, que ceulx de Paris pourveussent au logis des gens d'armes et de trait que le roy avoit et amenoit avecques lui, et aussi de mettre pris raisonnable sur les vivres. A quoy lui fut respondu par maistre Henry de Livre, prevost des marchans, que aussi feroit on.
forêts de France (1434), mourut en 1471. Il avait, comme Guillaume Gousinot, seigneur de Montreuil (1400-vers 1484), joué un rôle important pendant la campagne de Louis XI en Bourbonnais. — Sur Gousinot, voy. la notice de M. Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 215. Ce personnage servit aussi fidèlement Louis XI que Charles VU et joua encore un rôle aux états généraux de 1484, mais il était alors « un fort ancien homme. »
1. G'est ce jour-là (16 juillet) que fut livrée la bataille de Mont- Ihéry. Il faut conclure des termes du message adressé aux Parisiens que Louis XI ne prévoyait pas, au moment où il en chargea les seigneurs de la Borde et de Montreuil, que les « Gharolais » lui barreraient la route de Paris (cf. Du Glercq, IV, 162 et suiv., et Commynes, éd. Dupont, I, 28, 30 et suiv.).
Et, le lundi ensuivant [15 juillet], lesdiz Bourguignons, qui estoient deslogez dudit Saint-Gloud, s'en alerent loger à Montlehery eulx et toute leur artillerie, cuidans aler eulx joindre avecques les compaignies des ducs de Berry et de Bretaigne, le conte de Dunois, et autres qui s'en venoient audit de Gharrolois*. Et de ce en furent portées les nouvelles au roy , qui estoit par deçà Orléans pour s'en venir à Paris ; lequel et à toute diligence vint et arriva le mardi matin, xvi® jour dudit moys de juillet, à Chastes soubz ledit Montlehery^. Et d'ilecques, sans soy rafreschir ou que bien peu, et sans attendre toute sa compaignie, qui estoit pour gens à cheval la plus belle et mieulx en point que
1. Le 14 juillet, Gharolais écrivit de Saint-Gloud à Philippe le Bon qu'il était pressé par le duc de Berry, alors près de Chartres, de se porter au-devant des Bretons, afin d'unir ses forces aux leurs pour attaquer le roi avant qu'il pût mettre en hgne tout son monde. Charles de Bourgogne annonçait son départ dans la direction d'Étampes pour le lendemain. Le 15 au matin, G. de la Roche annonce que le comte « s'en vat au Montlhery et de là à Etampes, » pour rallier les Bretons, et il ajoute : « L'en dit que le roi approuche très fort et que ses gens viennent après file à file. » La duchesse d'Orléans avait en eflet informé le comte de Gharolais que, le jeudi précédent (11 juillet), le roi avait ouï la messe à Notre-Dame de Cléry (Mélanges historiques, II, 350. Cf. Gommynes, éd. Dupont, I, 24, et l'Itinéraire de Charles de Bourgogne, dans Lenglet, II, 183). C'est sans doute par son avantgarde, logée dès le 13 à Issy, au sud de Paris, que le comte eut avis de l'approche des Français et des Bretons (Hennin, dans Barante, éd. citée, p. 426). — La garde du pont de Saint-Gloud, son seul trait d'union avec le Nord, fut confiée par Gharolais à un gentilhomme hennuyer, Oste de la Mote (Ibid., p. 427).
2. Le roi était à Orléans le 13 juillet, le 14 à Éiampes, et le 15 au soir il venait coucher à Étrechy, à plus de 70 kilomètres d'Orléans. On trouvera en appendice, à la fin de la présente édition, une note étendue sur la bataille de Montlhery.
onques avoit esté veue par avant pour autant de gens qu'il y avoit, se vint fraper et bouter dedens l'armée desdiz Bourguignons. Et ilec à l'aborder y ot fait des plus beaulx faiz d'armes qui jamais furent veuz pour ung peu de gens, car aussi c'estoient tous nobles hommes vaillans et de grant eslite, qui tellement besongnerent que le roy gaigna et mist en fuite toute l'avangarde desdiz Bourguignons. Et y ot d'iceulx Bourguignons à ladicte rencontre grant quantité de mors et de prins. Et, d'icelle desconfiture en vint incontinent le bruit à Paris ; de laquelle ville en yssit aux champs plus de xxx™ personnes, partie desquelz s'en alerent à cheval à l'escart et trouvèrent moult desdiz Bourguignons qui furent prins et desconfiz par eulx, et aussi par ceulx des villages d'autour d'icelle ville, comme de Vanves, Yssy, Sevré, Saint Gloud, Suresnes et autres lieux. Et, en ce faisant, fut gaigné bien grant butin sur lesdiz Bourguignons, tant en chariotz, bahus, maies, boistes que autrement, et tant y perdirent lesdiz Bourguignons que on disoit lors que leur perte en toutes choses montoit à plus de 11*^ mil escuz d'or.
Et, après que ladicte avangarde ot esté ainsi desconfite, le roy, non content de ce, mais cuidant tousjours persévérer et avoir le bout d'iceulx Bourguignons, et sans soy rafreschir ne prendre aucun repos ne lui ne ses gens, se rebouta, lui sa garde, et environ iiii'^ lances de sa compaignie, dedens lesdiz Bourguignons, qui s'estoient fort rahez par le moien dudit conte de Saint-Pol, qui moult bien servy ledit de Charrolois celle journée. Lesquelz Bourguignons recueillirent vigoreusement le roy et sadicte compaignie, car
ilz s'estoient serrez en bataille et par ordre et leur artillerie aprestée, de laquelle ilz grevèrent fort les gens du roy et en tuèrent plusieurs gens de bien et aussi de ceulx de la garde du roy, qui moult vaillamment s'i portèrent et servirent bien le roy, qui ot ilec beaucop à faire et [fut] en grant danger par diverses foiz de sa personne, car il n'avoit q'un peu de gens et sans artillerie ; et tellement y fut oppressé le roy, qui tousjours estoit des premiers dedens, qu'il ne savoit que faire. Et, posé ores qu'il n'avoit que peu de gens, si maintenoient plusieurs que s'il eust eu davantage cinq cens frans archers à pié pour expédier les Bourguignons qui ilec furent gettez par terre, qui après se relevoient, qu'il eust mis en telle subjection iceulx Bourguignons que jamais n'eust esté mémoire d'eux en armes. Ledit seigneur de Gharrolois y perdit toute sa garde, et aussi fist le roy beaucop de la sienne. Et fut tellement suivy ledit de Gharrolois que par deux foiz fut prins par Geoffroy de Saint Belin et Gilbert de Grassay^ et puis fut rescoux. Et, durant ladicte journée, y ot grande occision de hommes et de chevaulx, dont plusieurs en furent tuez par les ribaulx piétons du costé dudit de Bourgongne, qui, de piques et autres ferremens les tuoient. Et y mourut de gens de nobles maisons de costé et d'autre. Et, après que tout fut fait, on trouva que oudit champ y estoient mors m"" vi'= hommes; Dieu en ait les âmes !
Et, vers la nuit, les Escossois de la garde du roy,
1. Geoffroy de Saint-Belin, chevalier, conseiller et chambellan du roi, baron de Saxefontaine, bailli de Ghaumont. — Gilbert de Grassay, conseiller et chambellan du roi, seigneur de Gbampéroux.
voians et considerans le grant danger où le roy estoit et la grant perte de leurs gens, aussi que lesdiz Bourguignons poursuivoient fort et asprement, prindrent le roy, qui moult estoit las et afflict, et qui n'avoit cessé de combatre et faire grans armes toute la journée sans boire et sans menger, et le menèrent dedens le chastel dudit Montlehery. Et, pour ce que plusieurs gens de l'armée du roy n'avoient point veu qu'il eust ainsi esté mené audit Montlehery et ne le savoient où trouver, cuidoient qu'il feust mort ou prins, et à ceste cause la pluspart d'iceulx se mirent en fuite. Et lors monseigneur du Maine, monseigneur l'admirai de xMontauban, le seigneur de la Barde ^ et autres cappitaines qui bien avoient de vn à vm*^ lances, se retrahirent et s'en alerent et habandonnerent ainsi le roy, et, à ladicte journée, nul des dessusdiz n'y frapa un seul cop ; et , à ces moiens , le champ demoura ausdiz Bourguignons-.
En icelle rencontre et ou nombre des mors y furent trouvez de gens de façon et bonnes maisons, c'est assavoir : messire Pierre de Breszé, chevalier, seneschal de Normandie; Geoffroy de Saint -Belin, dit La Hire, bailli de Ghaumont; Floquet, bailly d'Evreux, et plusieurs autres chevaliers et escuiers de nom de la compaignie du roy^. Et aussi, de la compaignie
1. Jean de Stuer ou d'Estuer, chevalier, seigneur de la Barde, de Montélimart, etc., vicomte de Ribérac et d'Espeluche, était fils de Jean de Stuer et de Jeanne de Pons. Il épousa Catherine Brachet (Moréri).
2. Le comte de Gharolais, dit Olivier de la Marche (éd. Beaune et d'Arbaumont, t. III, p. 16), « garda ce jour le champ de la bataille que l'on nommoit anciennement le champ de Plours. »