Le lendemain de la bataille, Olivier de la Marche, envoyé
desdiz Bourguignons, y en ot beaucop de mors et de prins plus que de ceulx du roy^.
Et, après que le roy ot esté ung peu rafreschi oudit chasteau de Montlehery, fut mené et conduit d'ilec jusques en la ville de Corbueil, où il séjourna jusques au jeudi ensuivant, xvni® jour dudit moys de juillet, qu'il arriva sur le tart en sa ville de Paris ^. Et souppa ce jour en l'ostel de son lieutenant gênerai,
au village de Montlhéry pour faire le logis du comte de Charolais, trouva sur de la paille les cadavres du grand sénéchal de Normandie et de « plusieurs autres nobles et bons personnaiges françois. » Brézé, La Hire et Floquet tombèrent victimes de leur impétuosité, qui les entraîna « sy avant en la bataille qu'ils ne peurent retourner » (Du Clercq, IV, 170). Gommynes veut que La Hire se soit fait tuer en revenant à la nuit de « chasser » les fuyards bourguignons (éd. Dupont, I, 46). Basin prétend que Brézé fut occis dès le commencement de l'action par les gens mêmes du roi. Et, bien, ajoute-t-il, que ce forfait eût été accompli sans que Louis XI en ait rien su, la veuve du grand sénéchal et nombre d'autres le soupçonnèrent d'avoir ordonné le crime (II, 126). C'est cette rumeur, habilement exploitée par les rebelles, qui fut cause plus tard de la trahison de Jeanne Grespin à Rouen (voy. plus loin).
1. Les morts ayant été dépouillés aussitôt, il fut impossible de savoir lequel des deux partis avait subi les plus grosses pertes.
2. Louis XI arriva à Corbeil le 17, vers dix heures du matin (Du Clercq, IV, 172; Hennin, dans ouvr. cité, p. 436). Le jeudi 18, il ût son entrée à Paris à cinq heures du soir et fut reçu « à grant joie » par les gens d'Église et par les bourgeois. Une partie de son monde l'avait rallié; l'autre t demeura es villages environ Paris pour soy rafreschir » (Maupoint, Journal, p. 58). Louis XI devait exagérer quelque peu lorsqu'il écrivait, le 27 juillet, aux habitants de Poitiers qu'il avait encore avec lui 1,500 à 1,600 lances de la grande ordonnance, sans les corps d'armée des comtes de Nevers et d'Eu et les contingents d'autres seigneurs qui étaient venus le joindre avec 300 lances (Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 339).
messire Charles de Meleun^ Et avecques lui y souperent aussi plusieurs seigneurs, damoiselles et bourgoises. Auquel lieu il recita toute son adventure ainsi advenue audit Montlehery, et, en ce faisant, dist et declaira de moult beaulx mots et piteux, de quoy tous et toutes pleurèrent bien largement. Et si dist plus que, au plaisir de Dieu, le lundi ensuivant, il retourneroit derechef à l'encontre de sesdiz ennemis et qu'il mourroit en la poursuite ou que brief en aroit le bout : dont il ne se fist riens, pour ce qu'il fut conseillé pour le mieulx du contraire, avecques ce qu'il fut laschement servy de ses gens de guerre^; et ne tint point à lui, car il est^ assez et trop vaillant.
Et, le vendredi ensuivant, xix^ jour dudit moys de juillet oudit an LXV, ung gentilhomme, nommé Laurens de Mory, seigneur dudit lieu de Mory, près de Mitry en France^, qui avoit esté constitué prisonnier en la bastide Saint - Anthoine , pour occasion de ce