Interpolations et variantes, § XIII
3. Interpolations et variantes, § XIV. — C'est pour donner satisfaction aux adversaires de Charles de Melun que Louis XI lui enleva la lieutenance de Paris.
4. Créteil et Maisons-Alfort (Seine, cant. de Charenton-le-Pont).
— Chelles (Seine-et-Marne, cant. de Lagny) tirait son nom de Chelles- Sainte -Bapteur ou Bauteur, d'une célèbre abbaye de filles fondée en 662 par la reine Bathilde, femme de Clovis II.
— Le 11 août, les alliés occupèrent Nogent-sur-Seine, Bray et Provins. Le 15, le seigneur de Hautbourdin rentra dans Lagny (Maupoint, Journal cité, p. 60 et suiv.).
nier, s'estoit vanté de asseoir et assortir de son artillerie à la voierie devant la porte Saint-Denis et celle de Saint-A.nthoine, pour fouldroier aucuns lieux de ladicte ville et au long des murs, fut ordonné ce jour en ladicte ville que chacune personne alast le lendemain en ladicte voierie, garnis de piques et pelles, pour ruer et espandre icelle voierie ou ce qu'on en pourroit faire, et ainsi fut fait; mais on n'y fist que peu ou néant, et fut tout laissé. Et, à ceste cause, furent faiz dessus lesdiz murs plusieurs tauldis, boulevers et trenchées au long desdiz murs pour la seureté et défense de ladicte ville et des habitans d icelle, et aussi de ceulx qui se emploieroient à la garde et défense d'icelle^.
Et, le samedi ensuivant [1 7 août], plusieurs notables personnes et de divers estas de ladicte ville furent pardevers mondit seigneur le conte d'Eu, lieutenant pour le roy en ladicte ville, auquel ilz firent de moult belles remonstrances, qui concluoient qu'il lui pleust, pour le bien, prouffit et utilité du roy, de ladicte ville
1. Les monceaux d'immondices qui, au moyen âge, garnissaient les abords des portes des villes et s'entassaient parfois plus haut que la muraille elle-même, constituaient, en cas de siège, un véritable péril et favorisaient les surprises (voy. dans le Jouvencel la prise d'Escallon, éd. Favre et Lecestre (Soc. de l'hist. de France), 1. 1, p. 115 et suiv.). — Par une ordonnance datée d'Orléans, le 2 novembre 1466 {Collection des ordonnances, XVI, 521), Louis XI, pour avoir « vu et cognu à l'œil que les mottes qui sont près et joignans des fossez de la ville de Paris, mesmemeut à l'endroit des portes de Saint-Antoine, Saint-Denis et Saint- Honoré, » nuisaient à la sécurité des habitants, manda au prévôt de Paris et aux gens des Comptes d'interdire aux bourgeois de continuer « à porter gravois, immondices et mottes alentour desdits fossés. »
et des subgez d'icelle et du royaume, de adviser façon et moien pardevers lesdiz seigneurs de Berry, Bourgongne, Bretaigne et autres devant nommez, d'avoir avecques eulx aucune bonne pacificacion de paix ou accord à l'onneur du roy et au soulagement et bien dudit royaume^. A tous lesquelz ledit monseigneur d'Eu fist response telle que le roy l'avoit mis et laissé à Paris pour y estre son lieutenant, et, en son absence, pour donner de tout son povoir provision à tout ce qui seroit neccessaire tant au roy que au fait dudit royaume, et que à ce faire estoit bien tenu et obligié, et que à tout ce que possible lui seroit il mettroit toute possibilité de pourchasser ledit accord et bonne union avecques les seigneurs dessusdiz, et que, se mestier estoit, lui mesmes se offroit de y aler en personne. Et plusieurs autres choses leur fut dit de par mondit seigneur d'Eu et maistre Jehan de Poupaincourt, son conseiller.
Et, le lundi ensuivant [19 août], lesdiz Bretons et Bourguignons et autres de leurdicte compaignie vindrent devant le pont de Charenton, ouquel lieu ilz assirent plusieurs pièces d'artillerie, et d'icelle tirèrent aucuns cops contre la tour dudit pont. Et, incontinent ce fait, ceulx qui avoient la garde dudit pont l'abandonnèrent et s'en vindrent à Paris ; par quoy, et qu'ilz n'orent nulle resistence, passèrent incontinent par dessus ledit pont avecques leurdicte artillerie.
1. « Le peuple se veit espoventé, et d'aucuns aultres estatz eussent voulu les Bourguignons et les aultres seigneurs estre dedans Paris, jugeans, à leur advis, ceste entreprinse bonne et proutïitable pour le royaulme » (Commynes, éd. Dupont, I, 65; cf. p. 71).
Et, ce mesmes jour, environ vespres, iceulx Bretons et Bourguignons vindrent vouster pardevant Paris, et là y ot deux des frans archers de Gaen qui y furent tuez. Et aussi y ot aucuns desdiz Bretons et Bourguignons prins et amenez à Paris. Et, celle nuit, aucuns des dessusdiz Bretons et Bourguignons s'alerent loger dedens le parc du bois de Vinciennes, environ de trois à mi'" hommes^.
Et, le mardi ensuivant [%0 août], mondit seigneur d'Eu envoya devers lesdiz seigneurs ung nommé le seigneur de Rambures^ pour savoir de leur intencion et qu'ilz vouloient dire. Et, le lendemain, ledit seigneur de Rambures retourna à Paris ; mais de ce qu'il fist pardevers lesdiz seigneurs en fut peu de bruit. Et, ce jour, vindrent voulster devant Paris. Et aussi yssi aux champs des gens de guerre de Paris, mais il n'y ot riens fait, sinon qu'il y ot ung franc archer d'Alençon qui fut tué par lesdiz Bourguignons.
Et, le jeudi ensuivant, xxii^ jour dudit moys d'aoust, lesdiz Bretons et Bourguignons vindrent escarmou-
1. C'est Hautbourdin qui, venant de Lagny, gagna la tour et le pont de Charenton. Les trois jours suivants, les Bourguignons lirent plusieurs courses devant Paris et perdirent quelques hommes (Maupoint, Journal, p. 61). — On trouve, dans le Viaggo a Parigi degli ambasiatori Fiorentini nel Ikôl, p. p. G. Milanesi, dans VArchivio storico italiano, 3* série, vol. I (1864), p. 34 et suiv., une description de la forteresse de Vincennes. Le parc attenant au château était entouré de murs qui avaient quatre railles de développement et renfermait un bel étang et de hautes futaies remplies de bêtes sauvages. Le tout formait un ensemble « che tutta Francia non a simile. » Charles de Melun était capitaine du bois de Vincennes.
2. Jacques, seigneur de Rambures, etc., chevalier, conseiller et chambellan du roi, né vers 1428, mort après 1488, avait épousé Marie de lierghes (Vaeseu, Lellres de Louis XI, t. II, p. 224).
cher, et yssi de Paris plusieurs gens de guerre aux champs*, et là y ot ung Breton, archer du corps de monseigneur de Berry, qui estoit habillé d'unes brigandines couvertes de veloux noir à doux dorez, et en sa teste ung bicoquet garny de boulions d'argent doré^, qui vint fraper ung cheval sur quoy estoit monté ung homme d'armes de l'ordonnance du roy par les flans et la cuisse, tellement que ledit homme d'armes, en s'en retournant à Paris, ledit cheval cheut soubz lui tout mort dessoubz les galeries des Tournelles. Et, incontinent que ledit Breton ot ainsi navré ledit cheval, vint à lui ung archer de la compaignie de mondit seigneur d'Eu, qui le traversa tout oultre le corps d'une demie lance, et incontinent cheut à terre tout mort, et fut son cheval amené et habillement apporté à Paris et le corps laissié mort en chemise. Et, bientost après, vint ung herault à la porte Saint-Anthoine, qui requist avoir ledit corps mort, ce qui lui fut octroyé, et le fist porter à Saint-Anthoine des Champs hors Paris, où ilec fut inhumé et son service fait.
Et, cedit jour, mondit seigneur de Berry, qui estoit logié à Beauté^ avecques plusieurs desdiz seigneurs de son sang, envoya ses heraulx à Paris, qui apportèrent de par lui quatre lettres, les unes aux bourgois, manans et habitans d'icelle ville, unes à l'Université, les autres aux gens d'EgHse et les autres à la court de
1. Interpolations et variantes, § XV. — Cf. Maupoint, Journal, p. 62.
2. Le bicoquet était une sorte de calotte, garnie dans le présent cas d'ornements ciselés en argent doré; la briyandine, un pourpoint couvert de plaquettes de métal.
3. Beautc-sur-Marne, maison royale attenante au bois de Vincennes.
Parlement, qui contenoient en efFect que lui et ceulx de son sang avecques lui tout assemblez estoient ilec venus pour tout le bien universel du royaume de France, et que par ladicte ville lui feussent envolez cinq ou six hommes notables pour oyr les causes pourquoy lui et ceulx de sondit sang estoient ainsi venus que dit est*. En obtempérant ausquelles lectres, et pour icelles oyr et escouter, furent esleuz et déléguez pour ladicte ville maistre Jehan Choart, lieutenant civil ou Ghastellet de Paris, maistre François Halle, advocat en Parlement, et Arnault Luiller, changeur de Paris; pour l'église de Paris, maistre Thomas de Courcelles, doien de Paris, maistre Jehan de l'Olive, docteur en théologie, et maistre Eustace Luiller, aussi advocat en ladicte court de Parlement ; et, pour ladicte court de Parlement, maistre Jehan le Boulenger, maistre Jehan le Seellier, archidiacre de Brie, et maistre Jaques Fournier ; et, pour l'Université, maistre Jaques Juing, lisant pour la Faculté des Ars, maistre Jehan Luiller, pour Théologie, maistre Jehan de Montigny, pour Décret, et maistre Enguerran de Parenti, pour Medicine. Tous iceulx nommez dessus estoient nommez et conduiz par Révérend Père en Dieu le devant nommé Guillaume, evesque de Paris, qui ot la charge de présenter, mener et conduire tous iceulx nommez^.
1. Maupoint fournit de curieux détails sur cet épisode (Journal, p. 61-67). Ces hérauts, qui furent reçus et festoyés par les représentants du comte d'Eu et de la ville de Paris, apportaient des lettres closes adressées au lieutenant général, à l'évèque, au Parlement, à l'Université, au doyen et au chapitre de Paris, au prévôt des marchands et aux bourgeois.
2. Jean Choart, licencié en décret et en loi, lieutenant civil de
1465] OU CHRONIQUE SCAND.iLLEUSE. 89
Cedit jour y ot ung archer du seigneur de la Barde, monté à cheval, armé et délibéré d'aler à son adven-
la prévôté de Paris (11 sept. 1461), seigneur d'Epinay-sur-Seine, épousa Jeanne Le Clerc et mourut en 1483 (Arch. nat., X*» 1490, fol. 333 ; Bibl. nat., Pièces orig., vol. 75-5, doss. Choart, et Sauvai, III, 362). — François Halle, aussi licencié en décret et en loi, avocat au Parlement, grand archidiacre de Paris, puis archevêque de Narbonne (1484), chanceUer de l'ordre du roi, président de l'Échiquier de Normandie, fut l'un des serviteurs les plus actifs de Louis XI, surtout à la fin du règne. Le roi faisait alors grand cas de ses services (voy. Arch. nat., Xi» 1490, fol. 223 v°). — Arnaud Luillier, bourgeois de Paris, conseiller du roi, changeur (c'est-à-dire receveur des revenus) de la ville, trésorier et receveur ordinaire de la sénéchaussée de Carcassonne et de Béziers (1465), était seigneur de Vez en Valois et de Saint- Mesmin près Troyes. Il épousa Catherine Phelippes et vivait encore en janvier 1486, n. st. (Moréri et Bibl. nat., Pièces orig., vol. 1772 et 1964, doss. Luillier et Milglos). — Eustache Luillier, frère d'Arnaud, chanoine de Saint-Germain-I'Auxerrois, habitait près de la rue « par oii l'on va du pont Saint-Michel aux Augustins » (Arch. nat., LL 729, fol. 35 v°). — Jean Le Boulanger, conseiller au Parlement de Paris (1454), président (1456), premier président (1471), mourut le 24 février 1481 (voy. Blanchard, Les Présidents à mortier au Parlement de Paris. Paris, 1749, in-foL). Il était seigneur d'Isles-sur-Marne (Arch. nat., JJ 200, u® 198).
— Jean Le Sellier, chanoine de Paris, conseiller au Parlement et président aux enquêtes, fut chargé par Louis XI de composer avec Jean Henry un traité touchant la Pragmatique sanction (Bibl. nat., ms. fr. 3887, fol. 55 et suiv., pap., xv^ s. Cf. Pièces orig., vol. 2679, doss. Le Sellier, et Arch. nat., X*» 1490, fol. 97 v°).
— Jacques Fournier était conseiller au Parlement (voy. Pièces orig., vol. 1226, doss. Fournier, et Arch. nat., LL 437). — Jacques Juing, docteur en décret, curé de Saint-Jean-en-Grève, conseiller au Parlement, président des enquêtes (déc. 1478. Arch. nat., Xia 1488, fol. 150 vo), disputa l'évôché d'Auxerre à Jean Baillet et reçut la provision de l'évéché de Sens [Gallia christiana, XII, c. 331). — Jean Luillier, docteur en théologie, était chanoine de Paris; Jean de Montigny, docteur en décret, chanoine de Sens et conseiller au Parlement de Paris; Enguerrand de Parenti, maître es arts, docteur en médecine et chanoine de Paris. — Le vendredi
ture, [qui] vint à la porte Saint-Anthoine. Auquel archer le bastard du Maine ^ quigardoit ladicte porte Saint-Anthoine, dist et défendit qu'il n'y alast point. Lequel archer lui respondi que si feroit, et qu'il n'estoit point à lui ne soubz lui, mais estoit audit de la Barde, son maistre et cappitaine. Et lors, pour son refuz, ledit bastard du Maine tira son espée pour fraper icellui archer, et ledit archer tira aussi la sienne pour se revencher, et alors ledit bastard du Maine cria à ses gens et autres estans à ladicte porte : « Prenez ce ribault et le tuez ! » Et incontinent fut couru sus audit archer, et ilec le tuèrent tout mort.
Ce jour aussi vint nouvelles que maistre Pierre d'Oriole, gênerai des finances du roy, l'avoit délaissé
matin, 23 août, l'évêque de Paris célébra solennellement une messe du Saint-Esprit à Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers, en face des Tournelles. Puis, accompagné des délégués susnommés, il partit pour Beauté. C'est Dunois qui prit la parole au nom des princes assemblés. Il protesta contre l'alliance conclue par le roi avec le duc de Milan, dont les bandes venaient de pénétrer en Bourbonnais, « pour destruire toutes les nobles maisons de France, » contre les mariages que le roi faisait contracter entre « personnes de non pareil estât, » contre son refus d'assembler les états. Il revendiqua pour les princes le gouvernement de toutes les finances du royaume, la distribution des offices, la direction de l'armée ; il osa réclamer la remise en leurs mains de la personne royale, enfin Paris, pour en faire « à leur voulenté, » et termina en annonçant aux délégués un assaut général pour le lundi suivant, si, le dimanche soir, les Parisiens n'ouvraient pas leurs portes. Tout ce qu'il fut possible d'obtenir fut une trêve de trois jours (Maupoint, Journal, p. 63).
1. Louis d'Anjou, chevalier, seigneur et baron de Mézièrcs-en- Brenue, sént-chal et gouverneur du Muiue, conseiller et chambellan du roi, était fils naturel de Charles I*"", comte du Maine. Il épousa Anne de la Trémoille et mourut en 1489. Il avait été légitimé en 1468 (Anselme, I, 235).
et s'en estoit aie rendre à monseigneur de Berry.
Gedit jour aussi, les ambasseurs de Paris, qui ainsi estoient alez à Beauté pardevers les seigneurs devantditz, s'en retournèrent à Paris et vindrent arriver en l'ostel des Tournelles, où ilz trouvèrent mondit seigneur d'Eu, auquel ilz dirent ce qui leur avoit esté dit et proposé.
Et, le samedi ensuivant [24 août], furent tous les dessus nommez ambasseurs en l'ostel de ladicte ville, où y estoient assemblez plusieurs notables personnes pour oyr ce qui leur avoit esté dit par les dessusdiz princes et seigneurs. A quoy ne fut riens conclud pour la matinée, mais fut ordonné que ledit jour après disner seroient assemblez en ladicte ville l'Université, l'Eglise, la court de Parlement et autres officiers et le corps de ladicte ville, tous lesquelz s'i trouvèrent, et conclurent que, au regard des trois estas que requeroient estre tenus lesdiz princes et seigneurs, dirent que la requeste estoit juste, et en oultre que passage leur seroit baillé à Paris et des vivres en les paiant, et aussi en baillant par eulx bonne caucion que nul mal ou esclande ne seroit fait par eulx ou leurs gens en ladicte ville ne aux habitans d'icelle, sauf sur tout le bon plaisir du roy. Et à tant iceulx ambasseurs retournèrent pardevers lesdiz princes leur dire leur deliberacion. Et est assavoir que, durant que ledit conseil fut en ladicte ville à ladicte heure d'après disner, furent tous les archers et arbalestriers de Paris en armes devant ledit hostel pour garder d'oppresser les opinans audit conseil ^ .
1 . En réalité, le sang-frgid et l'adresse du prévôt des marchands,
Et, ledit jour de samedi, les gens d'armes et de trait de l'ordonnance du roy, estans en icelle ville, firent leurs monstres au long de ladicte ville, et tous marchans les ungs après les autres par ordre, ce qui faisoit bien bon veoir. Et, premièrement, aloient les archers à pie dudit Normandie et puis les archers à cheval, et en après les hommes d'armes des compaignies de mondit seigneur d'Eu, de monseigneur de Graon, du seigneur de la Barde et dudit bastard du Maine, et povoient bien estre en tout de quatre à cinq cens lances bien en point sans ceulx de pié, qui bien estoient xv<^ hommes et mieulx*.
Et, ce mesme jour, le roy escripvy lettres à ceulx de Paris, par lesquelles leur mandoit qu'il estoit à Chartres avecques son oncle monseigneur du Maine, à tout bien grant nombre de gens de guerre, et que dedens le mardi ensuivant il seroit à Paris. Et, ce
Henri de Livres, empêchèrent seuls les partisans des princes de faire voter l'admission dans Paris du duc de Berry. Excité par les gens du roi, le peuple de Paris se souleva « tout esmeu de tuer les ambassadeurs et autres bourgeois » qu'il accusait de trahison. Enfin, le dimanche 25 août, vers une heure après midi, l'évèque et les autres ambassadeurs retournèrent à Beauté avec l'assentiment du comte d'Eu, mais « en grans pleurs et en grant fraieur. » Ils étaient chargés de déclarer que « les gens du roi » refusaient de répondre aux sommations des princes avant d'avoir consulté le roi. On conçoit quelle irritation cette fin de non-recevoir excita au camp du Bien- Public. Dunois s'écria que, puisqu'il en était ainsi, les seigneurs livreraient dès le lendemain l'assaut « le plus fort et le plus criminel dont ilz se pourroient adviser et que il cousteroit les vies de 100,000 hommes et de cliascun prince la chevance... avant qu'ilz ne obtinsent à leur intention » (Maupoint, Journal, p. 65-69),
1. Maupoint estime qu'il y avait à ce moment dans F^aris, en outre de la milice bourgeoise, 1,200 lances et 3,000 francs-archers.
mesme jour, vint et arriva à Paris l'admirai de Montauban et grant quantité de gens de guerre avecques lui.
Ce jour, se desloga de Beauté mondit seigneur de Berry pour aler à Saint-Denis, et depuis s'en retourna audit lieu de Beauté, pour ce qu'on lui dist qu'il seroit plus seurement audit Beauté, où près d'ilec estoient logez lesdiz ennemis, que d'estre seul audit Saint- Denis, et aussi cju'on lui ala dire que le roy venoit et retournoit audit lieu de Paris.
Et, le mercredi ensuivant [28 août], le roy retourna à Paris et amena avecques lui son oncle du Mayne, monseigneur de Penthievre^ et autres. Et ramena son artillerie qu'il avoit menée aveccjues lui et grant nombre de pionniers prins ou pays de Normandie, qui tous furent logez en l'ostel du roy à Saint-Pol. Et, de ladicte venue que fist le roy en sadicte ville de Paris, fut le populaire d'icelle moult fort resjouy, en criant à haulte voix partout où il passoit par ladicte ville Noel^.
1. Jean II de Brosse, chevalier, seigneur de Sévère, de Boussac, etc., comte de Penthièvre par sa femme Nicole de Blois, qu'il avait épousée le 18 juin 1437.
2. Louis XI, étant à Rouen, reçut de ses gens à Paris l'avis que, s'il ne venait promptement à leur secours, ils se trouveraient en grand péril (Du Clercq, IV, 184). Le roi, dit Commynes, arriva à Paris t en Testât qu'on doit venir pour reconforter le peuple » (éd. Dupont, I, 72). Il amenait avec lui 12,000 bons combattants de Normandie, 60 chariots d'artillerie et 700 muids de farine. Au reste, les vivres abondaient à Paris, et le bois seul se vendait un peu cher (Maupoint, Journal, p. 70). « Et ainsi fut ceste praticque rompue et tout ce peuple bien mué; depuis ne se fust trouvé homme de ceulx qui paravant avoient esté devers nous qui plus eust osé parler de la marchandise » (Commynes, éd. Dupont, I, 73).
Et, le lendemain bien matin, lesdiz Bourguignons et Bretons vindrent bailler une raverdie^ devant le bolevert de la tour de Billy ; et avoient avecques eulx clerons, trompetes, haulx menestrelz et autres instrumens dont ilz faisoient grant bruit. Et ilec, et devant la bastide Saint-Anthoine^, vindrent faire ung grant bruit et cry, en criant à l'assault et à l'arme, dont chacun fut fort espoventé, et s'en ala chacun sur les murs et en sa garde. Et, ledit jour aussi, vindrent lesdiz Bretons et Bourguignons voulster devant Paris, dessus lesquelz yssirent grant nombre de gens de guerre de l'ordonnance du roy, et, tant par port d'armes que de grosses serpentines du roy, qui fort tirèrent, y ot ce jour plusieurs desdiz Bretons et Bourguignons tuez.
Et, le vendredi ensuivant [30 août], vindrent et arrivèrent à Paris des farines et autres vitailles du pays de Normandie. Et, entre les autres choses, y fut amené de la ville de Mante deux chevaulx chargez de pastez d'anguilles de gort'^, qui furent vendus devant le Chastellet de Paris, en la place à la Volaille^.