‹ Journal (volume 2)Chapitre 35 sur 163 · Peut-être le Dauphinois Claude de Beaumont · texte numérisé non relu

Peut-être le Dauphinois Claude de Beaumont

saillie ou escarmouche abatu de dessus ung bon coursier dessur lequel il estoit monté, et après fut rescoux, mais il perdi sondit coursier et deux autres bons chevaulx. Mais, du costé de ladicte porte Saint-Anthoine, n'y fut riens fait. Et, ce jour, le roy saillit aux champs du costé de son boulevert de la tour de Billy. Et ilec fist passer au travers de Seine, de l'autre costé, de trois à niic piétons pionniers, qui estoient venus du pays de Normandie, pour aler pionner à l'endroit du Port à l'Englois et devant Conflans, tout devant le siège desdiz Bourguignons, à l'endroit de la rivière, car on disoit que lesdiz Bourguignons avoient intencion de faire ung pont pour passer ladicte rivière. Et oudit lieu le roy ordonna certain nombre de gens de guerre pour garder et défendre de faire ledit pont et passer ladicte rivière. Et, après lesdiz pionniers ainsi passez que dit est, le roy aussi passa après eulx ladicte rivière, tout à cheval dedens ung bac, sans descendre de dessus ledit cheval.

Et, le dimenche ensuivant, premier jour de septembre, lesdiz Bourguignons mirent et assirent ung pont pour passer ladicte rivière audit Port à l'Anglois. Et advint que, à l'eure qu'ilz avoient délibéré de passer par dessus ledit pont, arriva audit Port à l'Anglois certain grant nombre de frans archers et autres gens de guerre pour le roy, qui vindrent asseoir engins au bout dudit pont, dont ilz tirèrent a l'encontre desdiz Bourguignons et en tuèrent et navrèrent, et les convint reculer. Et, de l'autre costé de la rivière, du costé desdits Bourguignons, passa à nage ung Normant, qui ala copper les chables ordonnez à porter ledit pont, et, partant, ledit pont s'en ala aval l'eaue. Ce jour

aussi fiit tiré grant quantité d'artillerie dedans l'ost desdiz Bourguignons, pour quoy les convint reculer plus arrière^. Ce jour aussi, lesdiz Bourguignons tirèrent de leur artillerie aux gens du roy estant audit Port à l'Anglois, et y ot ung gentilhomme de Normendie qui ot la teste emportée d'un cop de serpentine. Aussi vindrent et arrivèrent à Paris pardevers le roy deux ambassades, l'une pour le duc de Nemoux et l'autre pour le conte d'Armaignac^. Ledit jour aussi fut faicte belle saillie aux champs par messire Charles de Meleun et Maleortie^ et ceulx de leur compaignie.

1. Cf. Gommynes, éd. Dupont, I, 76 et suiv. — Cette canonnade du Port-à-l'Anglais, village situé sur la rive gauche de la Seine, un peu en amont de Gharenton, fut une des affaires les plus sérieuses de cette guerre d'escarmouches et d'intrigues. Les pionniers normands établirent probablement leur retranchement entre Portà-l'Anglais et Carrières, village construit en face de Conflans. Charolais logeait à Conflans, et par deux fois le canon des royalistes porta jusque dans la chambre où il dinait. « Je n'ay jamais, dit Commynes, tant veu tirer pour si peu de jours > (Éd. Dupont, I, 78).

2. Les routiers de Jacques et de Jean d'Armagnac et ceux du sire d'Albret, mal payés, mal nourris, se tenaient à Nogent, à Bray-sur-Seine, à Provins et aux environs, coupant les vignes et les arbres fruitiers et ravageant les campagnes jusqu'aux portes de Troyes, de Chàlons et de Reims (Maupoint, Journal, p. 73; cf. Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 362). « Ils estoient bien six mil hommes de cheval qui faisoient merveilleusement de raaulx » (Gommynes, éd. Dupont, I, 76). Nemours et son cousin Armagnac venaient de rallier l'armée du Bien- Public devant Paris et tentaient de reprendre le rôle de conciliation peu sincère qu'ils avaient essayé de jouer à Riom et à Aigueperse. — On trouvera la réponse de Louis XI à leurs ambassadeurs dans Jacques d'Armagnac... (Extrait de la Revue historique, cité, p. 41.)

3. Robert de Malortie, comte de Couches et de la Baulme, seigneur de la Tour du Pin (16 mai 1468. Bibl. nat., ms. fr. 26091, n° 705, parch. signé).

Et ledit jour aussi arriva à Paris les voulgiers et crennequiniers du pays d'Anjou, qui bien povoient estre un" hommes, qui aussi ledit jour furent aux champs pour escarmoucher lesdiz Bretons et Bourguignons, et y ot à ceste foiz deux archers de l'ordonnance du roy tuez et ung prins, et les gens du roy prindrent sept Bourguignons et en tuèrent deux.

Ledit jour encores fut à Paris à seureté pardevers le roy le conte de Sommerset, anglois, qui estoit en l'ost desdiz Bourguignons, et parla au roy, qui estoit à la bastide Samt-Anthoine, assez longuement^. Et puis lui fut donné à boire et print congié du roy, qui, au partir, pour ce qu'il plouvoit, lui donna sa cappe, qui estoit de veloux noir.

Et, le lundi ensuivant, second jour de septembre, oudit an LXV, monseigneur du iMaine, qui estoit logé à Paris devant l'ostel du roy, envoya à monseigneur le duc de Berry deux muys de vin vermeil, quatre demies queues de vin clairet de Beaune et ung cheval chargé de pommes de chou et de raves.

Et, le mardi ensuivant [3 septembre], furent nommez et esleuz ambaxeurs pour le roy et lesdiz seigneurs pour communiquer sur leurs differens; c'est assavoir, pour le roy, furent esleuz mondit seigneur du Maine, le seigneur de Pressigny, président des Comptes, et maistre Jehan Dauvet, président du Parlement de Thoulouze-; et, du costé desdiz princes et

1. Edmond Beaufort, comte de Somerset, était parent du comte de Charolais. En 1461, il avait été, par une circonstance fortuite, quelque temps prisonnier de Louis XI. Invité à « venir devers luy à Tours, il fut très privé et familier depuis avecques le roy » (Chastellain, IV, 69).

2. Conseiller et procureur général de Charles VII, Jean Dauvet

seigneurs contraires, furent nommez le duc de Calabre, le conte de Saint-Pol et le conte de Dunoys^.

Et, ce jour aussi, par cas de fortune, fut mis et bouté le feu dedens la pouldre à canon qui estoit à la porte du Temple, qui en emporta le comble de ladicte porte et fîst descharger huit pièces d'artillerie estans en ladicte porte, qui à ladicte heure estoient toutes chargées^.

Et, incontinent que lesdiz seigneurs ambasseurs furent ainsi esleuz et nommez, pourparlerent ensemble sur l'accord et pacificacion d'entreulx, et fu fait trêve jusques au jeudi ensuivant [5 septembre]. Pendant laquelle tresve ne fut faicte aucune guerre de costé ne d'autre; mais, durant icelle, chacun mist peine de sa part de soy fortifier^. Et, durant icelle trefve, y ot

fut commis par Louis XI à l'oiïice de premier président au Parlement de Toulouse (23 septembre 1461); il prêta serment le 16 octobre suivant (vidimus sur parch. à la Bibl. nat. Pièces orig., vol. 981, doss. Dauvet). En novembre 1465, il fut reçu président au Parlement de Paris. Il avait épousé Jeanne Boudrac et mourut le 23 novembre 1471 (voy. Vaesen, Lettres de Louis XI, II, 114).

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