Étoffe mélangée de soie et de laine
grans croix blanches, et avoient belles chaynes d'or autour du col, et en leurs testes cramignolles^ de veloux noir à grosses houppes de fil d'or de Ghippre dessus, et tous leurs chevaulx estoient couvers de grosses campanes d'argent. Et, au regard dudit Sallezart, pour différence de ses gens, il estoit monté dessus ung beau coursier à une moult belle housseure toute couverte de trenchouers^ d'argent, dessur chacun desquelz y avoit une grosse campane d'argent dorée. Et tout devant ladicte compaignie aloit la trompeté dudit Salezart monté dessus ung cheval grison, lequel, en courant au long des fossez d'entre ladicte porte Saint-Anthoine et le bolevert de la tour de Bill y, ledit cheval cheut dessoubz ladicte trompeté si très lourdement que icelle trompeté se rompy le col.
Et, le lundi ensuivant [7 octobre], vint nouvelles à Paris que le seigneur de Halbourdin et le seigneur de Saveuzes avoient prins Peronne et le conte de Nevers qui estoit dedens^. Et, cedit jour, eschapperent trois prisonniers des prisons de Thiron *, dont l'un avoit esté cause avecques Loys Sorbier de bouter les Bretons et autres dedens Pomtoise, et estoit de la compaignie de Joachin Rouault. Ce jour aussi se print le
1. Sorte de toques (Quicherat, Histoire du costume en France, p. 298).
2. Plaques rondes ou carrées, de forme semblable aux tranchoirs sur lesquels on découpait les viandes.
3. Jean de Bourgogne, comte de Nevers, fut soupçonné d'avoir livré Péronne à l'ennemi, mais, pour sauver les apparences, il se fit prendre dans son lit (voy. Mélanges historiques, II, 379, 395, et du Glercq, IV, 213 et suiv.).
4. L'hôtel appartenant à l'abbaye de Tiron en Beauce était situé dans la rue Tiron, près de l'hôtel de ville.
feu à Paris en une maison en Champ Gaillart', dont le roy ot ung peu de paour, et ordonna pour ceste cause que on feist faire des feux par tous les quartiers de Paris et les habitans armez devant iceulx, et que le guet feust renforcié ; ce qui fut fait.
Oudit moys d'octobre furent aucunes gens de guerre du parti dudit de Bourgongne devant la ville de Beauvais, pour sommer les prélat et populaire d'icelle de eulx rendre et mettre es mains dudit seigneur de Bourgongne, et ladicte place aussi. Lesquelz prélat et habitans prindrent ladicte sommacion par escript et l'envoierent au roy, qui incontinent l'envoya audit seigneur de Gharrolois-, avecques lequel il avoit fait
1. Le Ghamp-Gaillart était dans Paris, contre l'enceinte, entre les portes Saint- Victor et Bordelle (Plan de tapisserie).
2. Le traité dit de Conflans n'est connu que par les patentes royales du 5 octobre, datées de Paris, que Lenglet, après Godefroy, a imprimées aux Preuves de son édition de Gommynes (II, 500-505). Ces lettres portent donation au comte de Gharolais des villes de la Somme, des comtés de Ponthieu, de Boulogne et de Guines, de Péronne, de Montdidier et de Roye. L'enregistrement en eut lieu au Parlement le 12 octobre, sur l'ordre exprès du roi et malgré la protestation formelle de ses gens contre cette aliénation d'une fraction du domaine (Lenglet, II, 511 et suiv.). Cette protestation visa également le transport consenti par Louis XI, au même prince, des prévôtés de Vimeu, de Beauvaisis et de FouUoy. Quoi qu'en ait dit M. Fagniez (Maupoint, Journal, p. 86, note 5), il ne faut pas considérer ce que Lenglet a imprimé (II, 499) d'après Legrand, sous le titre de : « Copies et appointements faits par le roy aux princes », avec la date du 2 octobre, comme un acte otiiciel. C'est seulement le rapport d'un personnage, plus ou moins bien informé, sur les conditions de l'accord telles qu'elles avaient été discutées le 29 septembre dans la grande assemblée tenue en l'hôtel du roi (Maupoint, p. 80). 11 est même certain que plusieurs des clauses relatées dans ce rapport — celles notamment en faveur des ducs de Bretagne et do Nemours — ne furent pas confirmées.
paix ou trefve. Lequel Charrolois rendi response que ce n'estoit point de par lui qu'on faisoit lesdictes sommacions, en disant que le dyable peust emporter ceulx qui faisoient telz choses, et qu'ilz faisoient plus qu'on ne leur commandoit. Et dist le roy audit seigneur de Charrolois que, puisque appoinctement avoit esté fait entre eulx, qu'il ne faloit plus user de telles voyes, et si lui dist plus le roy qu'il lui donroit ladicte ville de Beauvais s'il vouloit.
Et, le mercredi ensuivant, ix^ jour dudit moys, fut ordonné, de par les prevost des marchans et eschevins de ladicte ville, que chacun quartenier et dizinierd'icelle ville feissent faire des feux es lieux acoustumez de les faire, et que toutes les chaynes des rues foraines feussent tendues, et que chacune personne feust veillant devant lesdiz feux, laquelle chose fut faicte.
Et, le jeudi ensuivant [10 octobre], vint ledit seigneur de Saveuzes et arriva en l'ost desdiz Bourguignons, à tout grant puissance de gens qui amenoient certaine grant somme d'or et argent pour faire le paiement des gens de guerre dudit seigneur de Charrolois''. — Et, ce jour aussi, le duc de Bretaigne ot son appoinctement avecques le roy de ses vacacions, fraiz et mises de lui et son armée, pour estre venu contre lui et son royaume devant Paris avecques les autres princes et seigneurs devant nommez. Et, en faisant ledit appoinctement, lui fut rebaillée sa conté de Montfort^ et autres choses avecques grant somme de deniers.
1. Mélanges historiques, II, 396. Saveuses amenait avec lui 120 hommes d'armes et 1,500 archers avec 120,000 écus (Gommyaes, éd. Dupont, I, 100).