Interpolations et variantes, § XXV
4. Les lettres royales délivrées en faveur du comte de Saint- Pol sont imprimées dans les Mélanges historiques, II, 393; elles sont datées du 5 octobre et furent enregistrées au Parlement le 13. Il y est dit que le nouveau connétable avait déjà prêté serment. Le témoignage de Maupoint (Journal, p. 82) semble infirmer la date du mercredi 2 octobre, fournie par notre chroniqueur pour cette cérémonie. Ce serait le 12, à 11 heures du matin, que Saint-Pol reçut l'épée de France de la main du roi, qu'il baisa sur la bouche en signe d'hommage. Le connétable prêta serment ensuite dans la Grand'Chambre, où sit'gcait la cour de l*arlomont. Ses gages furent fixés à 24,000 1. 1., tant pour son office que pour les autres charges qu'il tenait du roi, « gouverne-
Paris de par îe roy que chacun portast des vivres et autres choses pour avitailler et revestir iesdiz Bourguignons et Bretons, laquelle chose fut faicte. Et incontinent que ledit cry fut fait, plusieurs marchans de Paris y portèrent grant foison de vivres aux champs devant Saint-Anthoine, lesquelz vivres furent incontinent moult bien recueillis par Iesdiz de l'ost qui y vindrent de toutes pars et achetoient iceulx vivres ce qu'on leur faisoit, par especial pain et vin, car Iesdiz de l'ost estoient tant affamez, les joes velues et si pendans de maleureté qu'ilz avoient longuement enduré que plus n'en povoient, et la pluspart estoient sans chausses et soulers, pleins de poux et d'ordure^. Et entre autres vindrent et arrivèrent ausdiz vivres plument des pais de Champaigne, Brye, l'Isle de France, Ghartrain et tous les païs de deçà la rivière de Loire. » — On sait que la fameuse table de marbre était placée à l'extrémité septentrionale de la grand'salle du Palais.
1. Les marchands de Paris portèrent à Saint-Antoine-des- Champs, « cuidant gangnier, j non seulement du pain et du vin, mais des draps, des chausses et des souliers, dont Bretons et Bourguignons « avoient très grant nécessité. Les aulcuns desdiz marchans gangnierent et les aultres perdirent de leurs denrées, lesquelles leur furent emblées » (Maupoint, Journal, p. 81). Commynes insiste sur la misère qui désolait le camp des princes. L' « ost estoit en très grant nécessité de vivres et principallement d'argent, et', quant cecy (le traité) n'eust esté, tout autant qu'il y avoit là de seigneurs s'en fussent tous allez honteusement j (éd. Dupont, I, 100). Au reste, le pillage était à l'ordre du jour. De dépit de n'avoir pu mettre Paris à sac, les aventuriers du Bien- Public coururent les environs du 2 au 5 octobre, pillant le blé en granges, emportant tout ce qu'ils pouvaient prendre, emmenant avec eux hommes, femmes et chevaux, dépouillant les églises et ravageant les vignobles sur les deux rives de la Seine (Maupoint, Journal, p. 81).
sieurs liffreloffres* Galabriens et Suisses, qui avoient telle rage de fain aux dens qu'ilz prenoient frommages sans peler et mordoient à mesmes, et puis buvoient de grans et merveilleux traiz en beaux pos de terre ; et Dieu scet en quelz nopees ilz estoient, mais ilz ne leur estoient pas franches, pour ce qu'ilz paioient bien leur escot. Et plusieurs autres choses ot faictes ce jour qui sont cy passées pour, cause de briefté; mais chacun doit savoir que c'est chose incompréhensible et inestimable que de la puissance de Paris, car lesdiz Bourguignons , Bretons , Galabriens , Bourbonnois, Picars et autres ainsi estans devant Paris que dit est, que on estimoit à bien C^ chevaulx, après l'appoinctement fait, et ceulx de Paris, qui estoient trois foiz plus, furent tous fournis et nourris des biens de ladicte ville par moult grant espace de temps et sans riens enchérir, et après leur partement y fut encores beaucop meilleur marchié que devant n'avoit esté^.
Et le jeudi ensuivant [3 octobre] ne fut riens fait, sinon que tousjours on avitailloit lesdiz de l'ost. Et aussi , ce mcsme jour, le roy à privée mesgnée ala jusques au joignant de Conflans parler à mondit seigneur de Charrolois, laquelle chose sembla à toutes personnes voulans son bien estre bien simplement fait à lui. Et de ce se farsoient et moquoient les Picars et autres de leur party, qui en disoient telz motz : « Et
1. Ce mot doit tirer son origine du haut-allemand làufer, couramment usité alors en Suisse pour désigner les aventuriers qui s'engageaient à l'étranger à titre mercenaire.
2. Cf. Gommynes, éd. Dupont, t. I, p. 74. — 11 est douteux que le nombre total des forces qui assiégeaient Paris dépassât 51,000 hommes, chitïre fourni par Maupoint.
rewoitiez vo roy qui parle à no seigneur de Gharrolois, et a passé à deux heures qu'ilz y sont. Et par foy, se voulions, il est bien en no commandement* ! »
Et le vendredi ensuivant, quart jour dudit moys, le roy ordonna aux portiers de laditte porte Saint- Anthoine qu'on laissast entrer desdiz Bourguignons en icelle ville, dont plusieurs y vindrent à ceste cause et en grant nombre, qui y firent plusieurs excès et maistrises, ce qui ne leur eust pas esté souffert qui bien eust sceu que le roy ne s'en feust point courroucié-. Et, à cause de la permission d'icelle entrée, y ot ung bourguignon entre autres qui voult entrer en icelle ville par ladicte porte Saint-Anthoine contre le gré des portiers ilec estans, et mesmement d'un archer de la compaignie dudit bastard du Maine qui gardoit le guichet de ladicte porte Saint-Anthoine. Et, pour le refus que fist ledit archer audit Bourguignon d'entrer dedans ladicte porte et en icelle ville, ledit bourguignon bailla à icellui archer, en entrebaillant ledit guichet, d'une dague dedens le ventre. Et incontinent ledit bourguignon fut prins et merveilleusement batu et navré, et le voulurent plusieurs tuer, ce qui leur fut défendu. Mais on fist asavoir ces choses au roy, qui ordonna que on le menast audit seigneur de Gharrolois pour en faire justice; lequel y fut incontinent mené et, tout aussitost qu'il fut vers lui arrivé, le fist pendre et estrangler à la Justice estant près du pont de Gharenton.
Ce jour aussi, le roy ordonna que en chacun quar-
1. Cf. Gommynes, éd. Dupont, I, 99, et Mélanges historiques cités, U, 391.
tier de Paris feust fait des feux et ceulx dudit quartier estre ilec en armes, et que en chacun desdiz carrefours y eust ung notable homme esleu pour parler aux passans parmy les rues et savoir qui ilz estoient et où ilz aloient. Et ce jour fut éclipse de lune.
Et, le dimenche ensuivant [6 octobre], plusieurs des seigneurs de l'ost vindrent souper à Paris avecques le roy, en l'ostel de sire Jehan Luiller, clerc de ladicte ville, et là s'y trouvèrent plusieurs dames, damoiselles, bourgoises et autres notables femmes d'icelle ville ^
Et, cedit jour, Salezart, cappitaine^, et vingt hommes d'armes de sa compagnie furent aux champs dehors Paris et yssirent par la bastide Saint-Anthoine, pour ce que la porte estoit gardée, et défendu de par le roy que homme n'yssist hors d'icelle ville ; mais, à les bouter dedens, on n'y en mettoit que dix à une foiz, que on levoit le pont levis devers ladicte place, et les menoit on aux champs, et puis revenoit on quérir les autres dix pour aussi faire passer aux champs. Tous lesquelz vint hommes d'armes estoient vestus et habillez de hoquetons de camelot^ violet à
1. Il est piquant de constater que l'édition gothique a supprimé le mot bourgeoises et changé notables en nobles. Signe des temps et qui fait apprécier la différence qui a existé entre les mœurs de Louis XI et celles de ses successeurs.
2. Le biscayen Jean de Salazar, chevalier, conseiller et chambellan du roi, seigneur de Saint-Just, etc., et capitaine de cent lances, s'était distingué à la guerre sous Charles VII. Il avait épousé Marie, bâtarde de la Trémoille, et mourut, le 12 novembre IWJ (Vaesen, LelLres de Louis XI, II, G3). Sa femme, la seconde peut-être, est désignée sous le nom de Marie Braque dans le registre X^» 1490 des Arch. nat., fol. 338 v».