‹ Journal (volume 2)Chapitre 66 sur 163 · Jean Jouvenel des Ursins · texte numérisé non relu

Jean Jouvenel des Ursins

3. La bataille fut livrée le 16 et non le 15 juillet 1465, mais notre auteur entend sans doute que ce mardi 15 juillet 1466 correspondait au mardi 16 juillet de l'année précédente. — Ce n'est pas 21, mais 36 personnes, savoir 12 prélats et hommes d'église, 12 chevaliers et écuyers, et 12 notables hommes de conseil et de justice que Louis XI avait nommés pour aviser sur les « réparations, provisions et remèdes convenables au bien public du royaume » (voy. la liste dans Lenglet, II, 514 et suiv.).

ilec attendans leurs maistres, prindrent noise et question [aux pages] desdiz seigneurs tenans le conseil dudit Bien Publique. Et se meut la noise d'entre lesdiz pages du Palais contre lesdiz pages du Bien Publique sur ce qu'ilz n'avoient point paie leurs bienvenues à iceulx du Palais et de ce avoient esté refusans. Et demoura à tant ladicte noise jusques au lendemain, qui fut jeudi, que tous lesdiz pages d'un costé et d'autre retournèrent en icelle court et remirent sus leur dicte question. Et, en pourparlant d'icelle, lesdiz pages du Bien Publique coururent sus ausdiz pages du Palais, qui se revencherent, et baillèrent les ungs aux autres de terribles et merveilleux cops, tant de poings, de pierres, basions, cousteaulx et dagues, et y en ot plusieurs navrez, batus et les yeulx crevez; et falut fermer les portes et que gens de bien s'en meslassent pour les défaire et appoincter. Et de ce fut dit par plusieurs que ces choses signifioient le bout de l'an de la rencontre de Montlehery.

Ladicte année fut fort moiste, et en divers lieux en France v crut de bons blez, et en autres lieux ne valurent gueres et estoient nuylez^; et y ot de grans tempestes en divers lieux, tant de escler que de tonnoirre, vent, pluies et autres tempestes, qui firent moult de maulx et de dommages en divers lieux dudit royaume, et par especial ou pays de Soissonnois, où elle gasta les blez, les vins et autres fruiz et destruisy plusieurs belles maisons, manoirs, couvertures d'églises et autres maulx.

1. Niellés, gâtés par la nielle. Il en fut ainsi dans tout le Nord, mais les vins furent i très bons et si en fust plenté » (Du Glercq, IV, 299).

En ce temps, s'esmeut grande guerre entre les Liegois et le duc de Bourgongne, qui pour ceste cause se mist en armes et leur ala faire guerre, et se y fist porter en une lictiere, et y mena avecques lui son filz ledit seigneur de Gharrolois^ avecques tous les nobles hommes, gens de guerre et autres qu'il pot recouvrer et tous ses harnez et artillerie, et fist mettre le siège devant la ville de Dynan, contre laquelle y fut incontinent fait grans approches, et sy y furent faictes de belles saillies et grandes escarmouches de costé et d'autre. Et, au commencement, lesdiz de Dynam firent de grans maulx et dommage ausdiz Bourguignons, et y en demoura plusieurs mors, qui gueres ne furent plains. Mais, en la fin, ceulx de ladicte ville de Dynan, par traison et autrement, furent surprins, et entrèrent lesdiz Bourguignons dedens icelle ville, qui d'icelle en gecterent et boutèrent dehors hommes, femmes et enfans, et retindrent prisonniers les plus notables gens d'icelle ville, et puis la pillèrent tellement qu'il n'y demoura rien. Et après boutèrent le feu parmy toutes les eghses et maisons, et y firent meschef et dommage irréparable-; et, après que tout fut bruslé et consumé,

1. Cf. Gommynes, éd. Dupont, I, 114 et suiv. Philippe le Bon quitta Bruxelles le 13 août et fit son entrée à Binant le 25 du même mois.

2. Le 29 août, après trois jours de meurtres et de pillage, le feu prit, on ne sait comment, au logis d'Adolphe de Glèves, et les pillards, préoccupés de sauver leur butin, laissèrent l'incendie accomplir son œuvre. Il n'est pas prouvé que le comte de Gharolais ait donné l'ordre d'incendier Dinant, mais en France on l'en accusa formellement (voy. Du Glercq, IV, 266 et suiv.; Gachard, Doc. inéd. concernant l'hist. de Belgique, II, 205 et suiv., et Maupoint, Journal, p. 103).

emplirent les fessez des murs d'icelle. Et, à cause d'icelle destruction, devindrent les povres habitans d'icelle mendians, et aucunes jeunes femmes et filles habandonnées à tout vice et pechié pour avoir leur vie^ . En ladicte année, es mois d'aoust et septembre, fut grande et merveilleuse chaleur, au moien de laquelle s'en ensuivy grande mortalité de pestilence et autres maladies, dont et de quoy il mourut, tant en la ville, villages voisins, prevosté et viconté de Paris, quarante mil créatures et mieulx, entre lesquelz y mourut maistre Arnoul, astrologien du roy, qui estoit fort plaisant homme -, plusieurs médecins et officiers du roy en ladicte ville de Paris. Et si grant nombre de créatures furent portées enterrer ou cymitiere des Sains-Innocens^, en ladicte ville de Paris, que, tant des mors en ladicte ville que de l'Ostel Dieu, tout y fut remply, et fut ordonné que de là en avant on porteroit les mors ou cymitiere de la Trinité*, qui est et appartient à l'ostel de la ville de Paris. Et continua ladicte mort jusques en la fin de novembre, que, pour faire cesser et prier Dieu que ainsi il lui pleust de le faire, furent faictes de moult belles processions générales

1. Sur les horreurs du sac de Dinant, voir le dramatique récit de Michelet (Louis XI et Charles le Téméraire. Paris, 1857, ia-8°, p. 200 et suiv.).

2. En 1466, Louis XI avait mandé à l'Université d'examiner certains livres traitant d'art magique composés par maître Arnould des Marets, astronome. L'Université ne trouva pas que ces ouvrages fussent « consonants à la doctrine chrétienne > et les condamna (Du Boulay, Hist. de l'Université de Paris, V, 678).

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