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3. Nicole Balue, seigneur de Villepreux, partageait la faveur de son frère, l'évèque d'Évreux, que Louis XI allait faire nommer cardinal-prêtre au titre de Sainte-Suzanne (18 sept. 1467). —
de Bourbon, laquelle fut moult belle et honneste. Et lui fut ilec fait grant honneur ce jour, car le roy et la royne, monseigneur de Bourbon et madame sa femme, monseigneur de Nevers, madame de Bueil^ et toute leur noblesse qui les suivoient y furent et se y trouvèrent. Et y fut fait moult grant chère, et si leur fist on de moult grans, beaulx et riches dons.
Et, depuis ce, le roy et la royne firent de grans chères en plusieurs des hostelz de leurs serviteurs et officiers en ladicte vijle. Et, entre les autres, le jeudi x^ jour dudit moys de septembre, oudit an IIIP LXVII, la royne, acompaignée de madicte dame de Bourbon et madamoiselle Bonne de Savoye, seur de la royne ^, et plusieurs autres dames de sa compaignie, soupperent en l'ostel de maistre Jehan Dauvet, premier président en Parlement, et ilec furent receues et festiées moult notablement et à grant largesse. Et y ot faiz quatre moult beaulx baings et richement aornez, cuidant que la royne se y deust baigner, dont elle ne fist riens pour ce qu'elle se senty ung peu mal disposée et aussi que le temps estoit dangereux. Mais en l'un desdiz baings se y baignèrent madicte dame de Bourbon, madamoiselle Bonne de Savoye ; et en l'autre
La fille de Jean Bureau et de Germaine Hesselin qui épousa Nicole Balue se nommait Philippe.
1. Il s'agit ici de la troisième des filles de Charles VU et d'Agnès Sorel, Jeanne, née vers 1445, laquelle épousa, par contrat du 23 décembre 1461, Antoine de Bueil, fils de Jean V et de Jeanne de Montejean {Le Jouvencel. éd. citée, t. I, Introd., p. ccxii).
2. Bonne, fille de Louis I*"", duc de Savoie et d'Anne de Lusignan, et sœur cadette de la reine Charlotte, épousa en 1468 Galéas- Marie Sforza, duc de Milan.
baing au joignant se baignèrent madame de Monglat et Perrete de Ghalon, bourgoise de Paris.
Et, le lundi ensuivant, xiiif jour dudit moys de septembre, le roy, qui avoit ordonné mettre sus les bannières de Paris, comme dit est devant, fist publier que audit jour ilz (sic) feussent toutes prestes pour estre aux champs dehors Paris, en faisant savoir à tous, de quelque estât ou condicion qu'ilz feussent, depuis l'aage de seize ans jusques à lx ans, yssissent dehors ladicte ville en armes et habillemens de guerre, et, s'il y en avoit aucuns qui n'eussent harnoys, que neantmoins ilz eussent en leurs mains ung baston defensable, et sur peine de la hart : ce qui fu fait. Et yssy hors de ladicte ville la pluspart du populaire d'icellui, chacun soubz son estendart ou bannière, qui faisoit moult beau veoir, car chacun y estoit en moult belle ordonnance et sans noise ne bruit, et estoient bien de lx à iiii^'' mille testes armées, dont il y en avoit bien xxx"^ tous habillez de harnois blans, jaques ou brigandines^ Et, tous estans en belle bataille, le roy et la royne et leur compaignie qui les suivoient les vindrent veoir; laquelle chose leur pleut moult, car onques n'avoient veu ystre de ville du monde à beaucop près telle ne si grant armée. Et se trouvèrent Lxvii bannières^ des mestiers, sans les estendars et guidons de la court de Parlement, de la Chambre des comptes, du Trésor, des generaulx des Aides, des
1. C'est-à-dire d'armures de fer ou d'acier poli, de pourpoints rembourrés et piqués (jaques) ou couverts de plaquettes de métal (brigandinos).
2. L'ordonnance de Chartres mentionnée plus haut ne compte que soixante et une bannières.
Monnoyes, du Ghastellet et Hostel de la ville, soubz lesquelz il se trouva autant et plus de gens de guerre que soubz toutes lesdictes bannières. Et hors Paris, en aucuns lieux ordonnez, le roy fist porter et conduire plusieurs tonneaulx de vin, qui ilec furent défoncez, pour faire boire et rafreschir tous ceulx de ladicte monstre, qui tenoient moult grant pais, car ilz estoient tous en bataille, à commencer au bout de la voierie d'entre la porte Saint-Anthoine et celle du Temple, depuis les fossez de Paris en montant contremont jusques à ung pressouer devant ladicte voyerie, et de là en bataille au long des vignes jusques à Saint- Anthoine des Champs, et puis après jusques au long des murs dudit Saint-Anthoine des Champs jusques à la granche de Rully, et d'icelle granche jusques à Conflans, et dudit Conflans en revenant par la granche aux Merciers tout au long de la rivière de Seine, jusques au boulevert du roy de la tour de Billy, et d'icellui bolevert tout au long des fossez de ladicte ville par dehors jusques à la Bastille et à la porte Saint-Anthoine. Et brief, c'estoit merveilleuse chose à veoir du monde qui estoit en armes dehors Paris, et si maintenoient plusieurs qu'il en estoit à peu près demouré autant dedens Paris qu'il en y avoit dehors ^
1. Interpolations et variantes, § LUI. — Maupoint, qui fournit aussi des détails sur cette grande revue de la garde civique parisienne, estime à 28,000 ou 30,000 hommes le nombre des gens armés, cavaliers et piétons. Ils « feirent leurs premières monstres » entre la porte Saint-Antoine et le village de Conflans. L'évêque Balue, « sans révérence de l'habit episcopal, » y joua au capitaine, ce dont plusieurs furent « très mal édifiez de luy et disoient que il usurpoit et entreprenoit l'exécution de l'office et sur Testât des mareschaux de France! » {Journal, p. 104).
Et, le mardi ensuivant, xxii® jour de septembre, oudit an IIIIc LXVII, le roy party de Paris après disner pour aler à pié jusques à Saint-Denis en France. Et^avoit avecques lui, aussi à pié, mondit seigneur d'Evreux, monseigneur de GrussoH, Philippe Luiller^ et autres. Et, entre Paris et Saint-Denis, le roy, alant à son pèlerinage, trouva trois ribaulx qui lui vindrent requérir grâce et remission de ce que tout leur temps ilz a voient esté larrons, murdriers et espieurs de chemins^, laquelle chose le roy leur accorda benignement. Et tout ce jour demeura audit lieu de Saint- Denis jusques au lendemain après vespres, qu'il s'en retourna en son hostel des Tournelles, et d'ilec s'en ala souper en l'ostel de sire Denis Hesselin, son pennetier et esleu de Paris, qui nouvellement estoit devenu compère du roy à cause d'une sienne fille dont sa femme estoit accouchée^, que le roy fist tenir pour lui par maistre Jehan Balue, evesque d'Evreux ; et pour commères y furent madame de Bueil et madame de Montglat. Et, oudit hostel, le roy y fist grant chère et
1. Louis, seigneur de Crussol et de Beaudiner, grand panetier de France, sénéchal de Poitou, puis de Dauphiné, avait épousé Jeanne de Lévis et mourut en 1473 (Anselme, III, 766).
2. l'iiilippe Luillier, écuyer, seigneur de Gailly, de Manicamp, etc., capitaine de la Bastille, était fils de Jean Luillier et de Jeanne de Vitry. Il épousa : i° Anne de Morvilliers (morte vers 1481), fille du chancelier; 2° Gabrielle de Villiers, fille de Jacques, seigneur do risle-Adam. Philippe Luillier était mort au mois de mai 1505 (Bibl. nat., Pièces orig., vol. 1772, doss. Luillier. Cf. Arch. nat., KK 59, fol. 121, 128).