‹ Journal (volume 2)Chapitre 75 sur 163 · sept · texte numérisé non relu

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2. Tristan l'Ermite, chevalier, seigneur de Beauvois, de Mondion, etc., prévôt des maréchaux de France peu après 1436, est qualiUé par l'Anglais Robert Nevil « le plus diligent et le plus vif esprit et le plus tin du royaulme... C'est le chastie fol du roy » (Lettre du 17 nov. (1464), imprimée aux Preuves de Commynes, éd. Dupont, III, 215. Cf. Vaeseu, Leltres de Louis XL III, 86).

huit heures du soir. Et par avant et depuis, durant ledit moys, furent faictes grandes et merveilleuses chaleurs et les plus extrêmes que homme eust veu en sa vie, qui sembloit chose moult estrange et desnaturée.

Et, le lundi xn® jour dudit mois d'octobre, oudit an LVII, le roy party de son hostel des Tournelles à Paris pour aler en l'église Nostre-Dame, où il oyt les vespres. Et, après icelles dictes, fut faicte procession par l'evesque et chanoines dudit lieu, et puis s'en ala reposer en l'ostel de son premier président, maistre Jehan Dauvet, oii il y fut certaine espace de temps, et puis s'en party pour s'en retourner en sondit hostel des Tournelles. Et, à l'eure de son partement, qui estoit heure de noire nuit, il vit et apparceut ou ciel une estoile tout au dessus de l'ostel dudit président, laquelle, incontinent que le roy commença à marcher pour s'en retourner, ladicte estoile le suivoit et fut tousjours après lui, jusques à ce qu'il fut entré en sondit hostel. Et, incontinent qu'il y fut entré, elle se disparu et depuis ne fut veue.

Et, le jeudi ensuivant, xv® jour dudit moys, vint nouvelles au roy que certain grant nombre de Bretons estoient venus eulx bouter dedens le chastel et en la ville de Caen, et puis s'en alerent d'ilec à Bayeux^ et

1. Cf. Vaesen, ouvr. cité, III, 178. Les Bretons attaquèrent Louis XI de trois côtés à la fois : au sud, en Poitou, où ils pénétrèrent jusqu'à Saint-Gilles, en saccageant le pays; à l'ouest, où, le 11 octobre, la trahison leur ouvrit les portes d'Alençon; en Basse-Normandie, où ils surprirent Caen et Bayeux et occupèrent toutes les places du pays, à l'exception de Saint-Lô. C'est le 15 octobre, à Paris, que le roi apprit la brusque agression du duc de Bretagne. Il prit aussitôt les mesures que comportait la situation et se

tindrent lesdictes villes contre le roy, dont de ce il fut courroucié, et en renvoya pour ceste cause le mareschal de Loheac, qui lors estoit avecques le roy et qui avoit cent lances de Bretaigne soubz sa charge, es dictes villes de par le roy pour y pourveoir et mettre provision. Et ausquels Bretons... le duc d'Alençon, qui, comme crimineux de crime de leze majesté, du temps du roy Charles derrenier tresp'assé avoit esté constitué prisonnier, pour aucuns crimes qu'il avoit machinez contre lui et à la faveur des Anglois, anciens ennemis du royaume, en la ville de Vendosme, le lit de justice ilec séant; auquel lieu, après ses confessions prinses et procès fait, fut condempné à mourir, sauf sur ce le bon plaisir du roy^. Et lequel d'Alençon, depuis le temps de lors jusques au trespas dudit feu roy Charles, fut tenu prisonnier ou chasteau de Loches ; et, après icellui trespas que le roy vint à sa couronne, le bouta hors desdictes prisons et lui pardonna tout, en voulant que dudit procès ne feust jamais nouvelles. Et puis advint que ung boiteux^, qui avoit accusé ledit

dirigea de sa personne sur le Mans (Dupuy, Hist. de la réunion de la Bretagne à la France. Paris, 1881, in-8% t. I, p. 191).

1. Il manque un ou plusieurs mots à cette phrase incorrecte et tronquée, mais dont le sens n'est pas douteux. — C'est le 31 mai 1456 que Jean, duc d'Alençon, fut arrêté à Paris, sous l'accusation d'avoir appelé les Anglais en France. Le lit de justice fixé au le^'juin 1458, et qui devait se tenir à Montargis, fut tenu à Vendôme dès le 26 août de la même année. Charles VII y siégea entouré de ses pairs laïques et ecclésiasti(iues. Condamné à mort, Alençon vit sa peine différée en considération de ses services passés et en fait commuée en un emprisonnement qui cessa pou après l'avènement de Louis XI (11 oct. 1461. Voy. de Beaucourt, Uist. de Charles Vil, VI, passim).

2. Pierre Fortin, surnommé le Tors-Filcux, parce qu'il boitait.

d'Alençon audit defunct roy, craignoit fort que ledit d'Alençon ne lui feist quelque grant desplaisir, se tira par devers le roy en lui suppliant qu'il lui feist avoir asseurance dudit d'Alençon, laquelle chose il fîst, et ordonna et commanda le roy de sa bouche audit duc d'Alençon que, sur sa vie, il ne lui meffist ne feist meffaire, en lui disant qu'il le mettoit en sa main, protection et sauvegarde, ensemble sa famille et biens. Laquelle chose ledit d'Alençon lui promist et enconvenança. Mais, tantost après, ledit d'Alençon, en alant contre sondit serement, fist prendre ledit boiteux et amener devant lui, et, nonobstant les défenses ainsi à lui faictes de par le roy, fist incontinent icellui boiteux murdrir et mettre à mort. Pour laquelle mort la femme dudit boiteux se tira devers le roy lui faire savoir ces choses et pour estre son injure reparée. Dont et de quoy le roy depuis empescha les villes et terres dudit d'Alençon; mais, bientost après, tout lui fut délivré et par lui tout pardonné comme devant. Et puis après, le duc d'Alençon, pour bien le rémunérer de toutes ses grâces et biensfaiz, bailla ou offrit bailler toutes ses villes et pays ausdiz Bretons et à monseigneur Charles, contre la voulenté du roy et à sa grant desplaisance^. En ce temps aussi, messire Anthoine de Chasteauneuf, chevalier, seigneur du Lau, grant bouteiller de France et seneschal de Guienne, qui estoit grant chambellan du roy et de lui plus aymé que onques n'avoit esté autre, et à qui le roy fist de moult grans biens tant qu'il fut autour de lui et en son service, car en

1. C'est le 11 octobre 1467 que le duc ouvrit aux Bretons sa ville d'Alfincon.

moins de cinq ans il amenda des biens du roy de trois à mi<= mil escuz d'or, qui avoit esté fait prisonnier du roy et mis ou chasteau de Sully sur Loire*, de l'ordonnance du roy fut envoie audit lieu oudit mois d'octobre messire Tristan l'Ermite, prevost des mareschaulx de l'ostel du roy, et maistre Guillaume Cerisay, nouvellement greffier civil de Parlement^, pour ilec tirer hors ledit seigneur du Lau et le mener prisonnier au chasteau d'Usson en Auvergne. Mais, lorsqu'il fut amené au dehors dudit lieu, il fut grant bruit que ledit seigneur du Lau avoit esté noyé, et fut ce que dit est longuement depuis continué^.

Et, le mardi xx® jour dudit moys d'octobre, le roy se parti de sa bonne ville de Paris pour aler au pays de Normendie, et ala ce jour au giste à Villepereux^, et le lendemain à Mante. Et, avant son parlement,

1. Auj. dép. du Loiret, arr. de Gien, sur la Loire. On trouvera dans Y\o[\et-le-T)\ic (Dictionnaire d'architecture, t. III, p. 162-165) la description, accompagnée d'un plan et d'une vue cavalière, de ce château fort, qui est un des types achevés de la construction militaire du xi\' siècle. La baronnie de Sully appartenait alors à Louis de la Trémoille.

2. Sur Guillaume de Cerisay, écuyer, baron du Hommet, seigneur de Cerisay, etc., en Normandie, prolonotaire et secrétaire du roi, voy. la notice de M. Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 222. Louis XI avait été peu satisfait de la manière dont le chancelier avait mené l'interrogatoire de Du Lau [Ihid., III, 84), et il prit le parti de remettre le prisonnier en des mains plus fermes.

3. Il est exact que le bruit en courut. Vers la mi-carême 1468, frère Guillaume Romain rencontra dans une des rues de Tours Poncet de Rivière, qui lui annonça que Du Lau avait fait sa paix avec le roi. Fri-re Guillaume en fut tout surpris, car il croyait bien que du Lau était mort (Ms. fr. 2921 cité, fol. 37).

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