‹ Journal (volume 2)Chapitre 82 sur 163 · Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessus, p

paillart varlet musnier, qui avoit ataché une chandelle contre le mur de son lit, qui chey dedens icellui lit et y brusla tout, réservé ledit paillart, qui se saulva et enfouy comme ung renart^ .

Le xv^ jour d'icellui mois de may, furent faictes joustes à Paris devant l'ostel du roy, aux Tournelles, par quatre gentilzhommes de guerre de la compaignie du grant seneschal de Normjendie, qui avoient ordonné les lisses et préparé le champ, en faisant assavoir à tous qu'ilz se trouveroient ilec audit xv^ jour de may, pour attendre tous venans, rompans chascun trois lances à rencontre d'eulx. Auquel jour y vindrent et comparurent cinq enfans de Paris, desquelz et tout le premier y vint et arriva Jehan Raguier, grenetier de Soissons et trésorier des guerres ou duchié de Normendie, filz de maistre Anthoine Raguier, conseiller et trésorier des guerres du roy-. Lequel Jehan Raguier vint et arriva à bien grant haste de la ville de Rouen, où il estoit, pour estre et comparoir es dictes joustes. Et

1. C'est-à-dire comme un renard enfumé dans sa tanière. — L'église Saint-Ladre était située en dehors de la porte Saint-Denis, et il y avait des moulins entre cette église et la porte Montmartre (pian dit de la Tapisserie).

2. Jean Raguier, écuyer, seigneur de la Mothe et de l'Hay, conseiller du roi, trésorier des guerres en Normandie, fut investi aussi, de 1468 à 1480, de l'office de receveur général des finances de Normandie, où il succéda à Noël Le Barge. Maître des comptes sous Charles YIII (li85|, il était mort au commencement de 1504. Il avait épousé Marie Beauvarlet, était neveu de Louis Raguier, évoque de Troycs, et frère de Louis, évêque de Lisieux. Son aïeul, Hémon Raguier, avait été trésorier des guerres sous Charles VI et Charles VU (Bibl. nat.. Pièces orig., vol. 2425, doss. Raguier. Cf. Vaesen, Lettres de Louis XI, IV, 244, et ms. fr. 25715, fol. 262, et Villon, éd. Longnon, p. 339).

arriva le soir de devant à Saint-Ladre lez Paris, acompaigné de plusieurs nobles hommes de la charge et compaignie de messire Joachin Rouault, mareschal de France, et autres gens, jusques au nombre de xx chevaulx. Auquel lieu de Saint-Ladre ilz se tinrent secrètement et sans faire bruit jusques au lendemain, qu'ilz y menèrent et compaignerent ledit Raguier, bien et honorablement garny de trompetes et clarons qui faisoient de grans mélodies, jusques au lieu desdictes lices. Et lequel Raguier, acompaigné comme dit est, avoit autour de lui quatre piétons vestus de livrée et tousjours estans près de lui et du coursier sur quoy il estoit monté, lesquelz estoient prestz de le servir et recueillir son bois ^ . Et estoient tous ceulx de sadicte compaignie habillez de hoquetons brodez à grans lettres d'or, et^ son courcier couvert de drap de damas ouvré de broderie aussi à grans lettres d'or. Et oudit champ et dedens les hces se pourmena plusieurs tours, attendant lesdiz quatre champions ou l'un d'eulx, contre lesquelz il se porta vaillamment, car il rompy cinq lances bien et nettement, et plus eust fait s'il eust pieu aux commissaires ordonnez pour lesdictes joustes. Et, après lesdictes lances ainsi rompues, s'en parti moulthonnorablement, en soy pourmenant par lesdictes lices et prenant congié des juges desdictes joustes et merciant les dames, damoiselles et bourgoises qui ilec estoient venus, desquelz il acquist moult grant los. Et, après lui y vint et comparut ung esleu de Paris

1. C'est-à-dire prêt à ramasser sa lance s'il la brisait ou si elle échappait de sa main pendant la joute.

2. Toute la fin de cette phrase fait défaut dans les éditions imprimées de la Chronique.

nommé Marc SenameS et deux des filz messire Jehan Sanguin^, qui aussi vindrent en ladicte jouxte honorablement et y firent tout le mieulx qu'ilz porent, mais ilz n'en emportèrent gueres de bruit. Et, en après, y vint aussi et arriva Charles de Louviers^, eschançon du roy, qui moult bien et vaillamment s'y porta, en portant honnestement son bois et sans aide, et rompy nettement plusieurs lances, et tellement se porta la journée que en la fin le pris lui fut donné. Et demourerent lesdiz quatre gentilzhommes de dedens moult soûlez^, desquelz les deux portèrent les bras en l'escharpe et le tiers ot la main blecée dessoubz le gantellet. Et par ainsi l'onneur fut et demoura ausdiz enfans de Paris.

Et, le dimenche précèdent, qui fut le viii® jour dudit moys de may, se firent aussi à Bruges en Flandres autres joustes devant monseigneur le duc de Bourgongne, qui furent aussi moult triumpheuses, esquelles

1. Au ms. fr. 5062, fol. 64, le nom de Senamy a été corrigé anciennement en Senamc, mais la première forme a été conservée plus loin. On écrivait aussi Cename. Nous ne connaissons pas autrement ce personnage, qui appartenait à une famille de marchands d'origine lombarde, que des liens de parenté rattachaient au financier Jean Arnoulfin (Bibl. nat., ms. fr. 20428, fol. 81).

2. Jean Sanguin, chevalier, avait épousé Yonne de Feure. Son fils Antoine, seigneur de Meudon, panetier du roi, avait alors environ vingt-six ans. Un autre des fils de Jean Sanguin portait le nom de Louis (Bibl. nat., ms. fr. 2921 cité, fol. 55).

3. Charles de Louviers, seigneur de Ghâtcl et de Nangis, était fils do Nicolas, conseiller aux Comptes, qui mourut en 1483, et de Michelle Brice (Longnon, Villon, Index, p. 321. Cf. Arch. nat., LL 437, et Bibl. nat., ms. fr. 21448, copie).

4. C'est-à-dire frappés, meurtris (Godefroy, Dictionnaire de fancienne lanijue française).

aussi ung enfant de Paris, nommé Jerosme de Gambray, serviteur dudit mons. le duc, jouxta, et ilec se porta si vaillamment qu'il en emporta l'onneur de ladicte jouste '• .

Après lesdictes joustes, le roy, qui estoit à Amboise, s'en party pour venir à Paris, et en amena avecques lui mons. de Bourbon, monseigneur de Lyon^ et de Beaujeu et autres seigneurs, et se tint par aucun temps à Laigny, à Meaulx et autres villes ilec environ^. Et, avant son partement dudit Amboise, advint que, le jour veille d'Ascension Nostre Seigneur*, la terre trembla à

1. Jérôme de Cambrai, écuyer, échanson ordinaire du roi, reçut de Louis XI, par lettres datées du Piessis, 8 décembre 1473, 800 1. p. de pension à prendre sur les émoluments des greffes civil et criminel et auditoires du Châtelet de Paris (Sauvai, A7itiquitês de Paris, UI, 409). Peut-être était-il l'un des seize enfants du président au Parlement Adam de Cambrai. Jérôme de Cambrai est cité par Olivier de la Marche comme ayant pris part aussi à des joutes célébrées à Bruges au commencement du mois de juillet 1468 (III, 192).

2. Charles, fils du duc de Bourbon Charles 1" et frère du duc Jean II, naquit à Moulins vers 1434, fut élu archevêque de Lyon à l'âge de dix ans, mais ne fut consacré qu'en 1466. Prieur commendataire de Souvigny (1457), légat à Avignon (1465), ce prélat guerrier et diplomate, grand protecteur des arts et des lettres, sut, malgré la part qu'il prit au Bien-Public, gagner la faveur de Louis XI et la conserver longtemps. Ses mœurs peu austères ne l'empêchèrent pas d'être nommé cardinal au litre de Saint-Silvestre et de Saint-Martin-des-Monts (18 déc. 1476). Il mourut à Lyon le 13 septembre 1488. Sur ce personnage, fréquemment mentionné dans la Chronique Scandaleuse, on trouvera des notices biographiques dans la Revue du Lyonnais (nouv. série), t. X et XI, et dans La Mure, Hisl. des ducs de Bourbon, II, 376 et suiv.

3. Louis XI fut à Lagny-sur-Marne le 18 juin et les jours suivants (Itin. cité).

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